
Après l’avoir ratée par une voix l’année dernière, la présidence du Festival, plus importante reconnaissance du monde de la bande dessinée francophone, revient enfin à Hervé Baruléa, dit Baru. Accède donc au cénacle des Grands Prix le dessinateur lorrain, après avoir remporté en 1985 l’Alfred du meilleur premier album pour le tome un de Quéquette blues, et deux fois l’Alph-Art du meilleur album : en 1991 pour Le chemin de l’Amérique et en 1996 pour L’autoroute du soleil.
Initialement publiée dans Pilote, Quéquette blues livre le récit attachant - et partiellement autobiographique - du passage à la vie adulte d’une bande d’adolescents issus de la classe ouvrière française dans les années 50. Le magnifique Chemin de l’Amérique dépeint quant à lui la fulgurante ascension d’un boxeur algérien déchiré entre la France et son pays lors de la guerre d’indépendance. Et L’autoroute du soleil, désormais un classique du roman graphique français, est un enlevant roadbook : la course de deux copains en fuite, un albinos et un Arabe, après que ce dernier ait cocufié un enragé militant au Front National qui les traque sans relâche…
Le dessinateur possède ses thèmes de prédilection, notamment celui des immigrants en France, qui se retrouve dans ses trois ouvrages précités. Glissons aussi un mot sur son style inimitable (et ses tronches mémorables !) : Baru est l’un des premiers auteurs français à avoir brillamment intégré les qualités dynamiques de la bande dessinée japonaise dans sa narration, notamment par son dispositif d’ellipses brutales et maîtrisées. Car Baru est l’un de ces auteurs qui font travailler le lecteur, qui lui demandent d’écrire lui aussi une partie de l’histoire…

Baru - Bibliographie sélective
Quéquette blues - Éd. intégrale, Casterman, coll «Classiques». Le chemin de l’Amérique, scénario de Jean-Marc Thévenet, Casterman. L’autoroute du soleil, Casterman, coll. «Écritures» Les années spoutnik - Éd. intégrale, Casterman. L’enragé (2 tomes), Dupuis, coll. «Aire libre».
Un fauve d’or fortement discutable
Évidemment, Angoulême ne s’arrête pas à son Grand Prix, et cette année l’album vainqueur de la compétition officielle, le troisième tome des aventures de Pascal Brutal, aura rarement autant prêté à la controverse. Car si d’aucuns s’accordent à reconnaître en son auteur, Riad Sattouf, l’un des nouveau grands humoristes de la bande dessinée, qui, pour la qualité d’un certain regard sociologique, serait aux années 2000 ce que Bretécher avait été aux années 70 et Lauzier au années 80, il faut dire que le troisième tome de la série Pascal Brutal n’en est pas le plus marquant, que cette série n’est pas aussi virulente dans le discours qu’elle caricature que l’est La vie secrète des jeunes, ni aussi rigolotes que les woodyallenesques Pauvres aventures de Jérémie (Prix René-Goscinny 2003).

Doit-on remettre l’intégrité du jury en cause ? On est en droit de le croire, d’autant plus que la sortie récente de son long-métrage Les beaux gosses, inspiré de son irrésistible Retour au collège, a remporté un franc succès aux guichets français. Le Fauve d’or prend ainsi des allures de mascarade si par lui on récompense le succès d’un auteur plutôt qu’une œuvre en tant que telle.
Le miracle Rabagliati

Alléluïa ! notre Paul national a remporté le Prix du Public FNAC-SNCF pour ses aventures à Québec ! Mais l’événement prend des allures de miracle, car le livre n’avait même pas encore été mis en marché en France… On sent la grogne et la perplexité chez certains bédéphiles français qui tempêtent sur les forums. Mais qu’à cela ne tienne : le Prix du public est le résultat d’un vote populaire réalisé sur Internet ; cependant, son pouvoir s’arrête au décret des cinq finalistes, le gagnant étant élu par le jury.
Bien sûr, les votes populaires se prêteront toujours aux critiques (ne songeons qu’au MétroStar ou aux Jutra, qui ramènent chaque année les mêmes discussions) Mais ce qu’il sera intéressant de remarquer, c’est la «nouvelle» influence d’Internet et des réseaux sociaux. En effet, la sollicitation rapide des internautes-fans au vote peut peser lourd dans la balance pour la détermination des finalistes.
Mais chipoterons-nous sur cette reconnaissance ?
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Jetons en terminant un coup d’œil au palmarès, qui a quelque peu précisé sa nomenclature :
Grand Prix : Baru
Fauve d’Or : Pascal Brutal T3 : Plus fort que les plus forts, Riad Sattouf, Fluide Glacial.
Les Fauves d’Angoulême (anciennement les Essentiels) :
Prix spécial du Jury : Dungeon Quest T1 de Joe Daly, L’Association. Prix de la Série : Jérome K. Jérome Bloche T21 : Déni de fuite, Alain Dodier, Dupuis. Prix Révélation : Rosalie Blum T3 : Au hasard Balthazar !, Camille Jourdy, Actes Sud. Prix Regards sur le monde : Rébétiko, La Mauvaise Herbe, David Prudhomme, Futuropolis. Prix de l’Audace : Alpha… Directions de Jens Harder, Actes Sud. Prix Intergénérations : Messire Guillaume : L’esprit Perdu (Intégrale), Matthieu Bonhomme et Gwen de Bonneval, Dupuis.
Prix du public Fnac-SNCF : Paul T6 : Paul à Québec, Michel Rabagliati, La Pastèque.
Fauve Jeunesse : Lou T5 : Laser Ninja, Julien Neel, Glénat.
Fauve Patrimoine : Paracuellos (Intégrale), Carlos Gimenez, Fluide Glacial.
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Sur Du9, deux articles reviennent sur le fameuse affaire du Prix du public.
Maël Rannou, un des membres du jury, donne son éclairante version des faits (http://www.du9.org/Plebiscite), tandis que Xavier Guilbert confronte quelques idées reçues véhiculées par les détracteurs des «choix du public» (http://www.du9.org/Vues-Ephemeres-Fevrier-2010).