Objet : un questionnaire d’auteur, quelque part entre ceux de Proust et de Pivot. Contenu : une quarantaine de questions, générales ou indiscrètes. Consigne : choisissez-en une dizaine, celles qui vous interpellent. Notre invité bande dessinée pour décembre : Philippe Girard (alias phlppgrrd).

Comment êtes-vous devenu lecteur ?
Par la force des choses. Quand j’étais petit, j’habitais loin de mon école. Je devais faire une heure d’autobus matin et soir. Au bout d’un moment, j’en ai eu marre de regarder le paysage défiler par la fenêtre (surtout l’hiver!) Naturellement, j’ai commencé à emprunter des livres à la bibliothèque de l’école. Surtout les titres de la Bibliothèque verte et des bandes dessinées d’humour.
Quel genre de lecteur êtes-vous ?
Un peu désordonné. J’aime que les livres me tombent entre les mains au hasard, donc je fréquente beaucoup les bouquinistes. Et lorsque je bouquine, j’essaie de ne pas chercher un titre en particulier pour me rendre disponible à la surprise. D’ailleurs, l’idée qu’un livre puisse venir à ma rencontre sans que je ne l’aie cherché me plaît énormément.

Quel qualificatif décrirait votre bibliothèque personnelle ?
Précieuse. Je tiens beaucoup à mes livres. Ils sont rangés dans mon salon dans un meuble qui occupe une place de choix. J’aime les regarder, les sentir près de moi et j’aime l’effet qu’une bibliothèque imposante inflige aux gens qui me visitent. Parfois, je souhaiterais pouvoir me débarrasser de tout ce que je possède pour me sentir plus léger, mais je dois admettre que perdre mes livres serait une perte immense.
Quel est le dernier livre que vous avez lu ?
Parfum de Poussière de Rawi Hage, aux éditions Alto.

Pourquoi êtes-vous auteur ?
Parce que le fait de dessiner et d’écrire me donne le sentiment d’être en vie. Lorsque je suis penché sur ma table, je me laisse couler en moi-même, le temps s’arrête et je me calme. C’est un sentiment très puissant. En plus, cette occupation me permet de travailler seul et cela aussi vient combler un besoin fondamental chez moi. La seule autre activité qui me rapproche de cet état d’esprit est la marche.

Comment vous exprimeriez-vous, si vous n’étiez pas auteur ?
Peut-être par la peinture ou la cuisine.
Comment choisissez-vous votre style de dessin ?
Je ne peux pas dire que j’ai choisi mon style. C’est lui qui s’est imposé à moi. En d’autres termes, j’essaie de m’arranger avec ce que je sais faire. Évidemment, je veux m’améliorer et aller de l’avant, mais une grande partie de cette démarche artistique se fait à coup d’essais/erreurs. Par contre, il est évident que ma manière de dessiner me force à choisir certaines histoires au détriment d’autres. Comme je déteste dessiner des chevaux , je me verrais mal, par exemple, illustrer la conquête de l’Ouest.

Votre œuvre est-elle marquée par un thème récurrent ?
Je ne sais pas. Par contre, j’essaie de changer de thème (ou d’axe dramatique) à chaque livre. Dans Les ravins, le thème était le peur. Dans Tuer Vélasquez, c’est l’importance des livres. Dans Danger public, c’était la violence intérieure. Je vois chaque projet comme une opportunité d’approfondir un nouveau thème.
Quel auteur appréciez-vous pour sa démarche créatrice ?
Sébastien Japrisot, pour sa créativité et sa manière de choisir ses idées. Quand je referme l’un de ses livres, j’ai l’impression de comprendre ce qui l’a poussé à l’écrire. Malheureusement, il a choisi un genre littéraire (le polar) qui est mésestimé et qui lui vaut d’être sous-évalué. Sinon, j’ai eu ma phase latino-américaine (Luis Sépulveda, Francisco Coloane, Arturo Pérez-reverte, Gabriel Garcia Marquez, etc). Côté BD, je lis ce qui me tombe entre les mains, mais mes plus grandes influences sont d’ici : Benoît Joly, André-Philippe Côté, Leif Tande et Jean-François Bergeron.
Avez-vous des projets en cours ?
Oui, en ce moment, je travaille sur un récit de fiction qui s’appelle La visite des morts. L’idée de départ m’est venue de mon beau-père qui a l’habitude d’aller « rendre visite » à des morts au salon funéraire les week-ends. Souvent, il arrête chez nous une heure avant pour prendre un petit verre de porto et il me dit : « J’ai rendez-vous avec un mort ! » À force de l’entendre répéter ces quelques mots, j’ai réfléchi à la question et l’idée a fait son chemin dans ma tête…
Qu’est-ce qui vous préoccupe au quotidien ?
L’horaire des autobus, les devoirs et leçons de ma fille aînée, la préparation des repas (manque de temps !)

Y a-t-il une cause qui vous tient à cœur ?
Celle de la bande dessinée québécoise !
Y a-t-il une citation qui vous interpelle ?
Il y en plusieurs (je les collectionne d’ailleurs dans un carnet qui est rangé près de mon lit). La dernière que j’ai récoltée est de Jean d’Ormesson : Merci pour les roses et merci pour les épines.
Merci Philippe Girard !
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Bibliographie sélective :
- Béatrice t.2 : L’affaire est ketchup, Les 400 coups, (2009)
- Tuer Vélasquez, Glénat Québec, 191 p. (2009)
- Les ravins : Neuf jours à Saint-Petersbourg, Mécanique générale / Les 400 coups, 153 p. (2008)
- Danger public, dessin de Leif Tande, La pastèque, 88 p. (2007)
- Béatrice, Mécanique générale / Les 400 coups, 76 p. (2006)
- Une histoire de pêche, Mécanique générale / Les 400 coups, 60 p. (2004)
- Petits mensonges, Mécanique générale / Les 400 coups, 56 p. (2003)
- Des nouvelles d’Amériques : Discussions imaginaires, Mécanique générale, 48 p. (2002)
Mots-clefs : Danger public, La visite des morts, Les ravins, Philippe Girard, phlppgrrd, questionnaire d'auteur, Tuer Vélasquez

Le 11 mars, Philippe Girard a donné une entrevue autour de sa bande dessinée «Tuer Vélasquez» (en nomination au prix Bédélys Québec ainsi que pour le Grand prix de la Ville de Québec au FBDFQ) à l’émission «Une pilule une petite granule» sur les ondes de Télé-Québec :
http://pilule.telequebec.tv/occurrence.aspx?id=693