Comme à chaque début de mois, les libraires arpentent le Salon des nouveautés pour repérer les titres s’étant démarqués au sein de l’effarante production du mois écoulé…
En voici un aperçu, question de s’aiguiser l’appétit livresque !
• À SIGNALER DANS LE SECTEUR GÉNÉRAL
LITTÉRATURE ÉTRANGÈRE

Les chaussure italiennes, Henning Mankell, Seuil, 340 p.
Un soixantenaire vivant reclus sur une île de la Baltique depuis qu’une tragique erreur a brisé sa carrière de chirurgien. Mais au solstice d’hiver, ressurgit la femme qu’il a aimée et abandonnée quarante ans plus tôt… Mankell nous révèle une facette peu connue de son talent avec ce récit sobre, intime, vibrant, sur les hommes et les femmes, la solitude et la peur, l’amour et la rédemption.
L’échappée belle, Anna Gavalda, Le Dilettante, 164 p.
Trois frère et sœurs s’enfuient d’un mariage de famille qui s’annonce particulièrement éprouvant pour aller rejoindre le cadet, devenu guide saisonnier d’un château perdu au fin fond de la campagne tourangelle. Oubliant pour quelques heures marmaille, conjoint, divorce, soucis et mondanités, ils vont s’offrir une dernière vraie belle journée d’enfance volée à leur vie d’adultes. Une récréation dans l’œuvre de Gavalda !
Chez nous, Marilynne Robinson, Actes Sud, 445 p.
Glory Boughton est de retour à Gilead où son père achève sa vie. Son frère, Jack - le fils prodigue de la famille, disparu depuis plus de vingt ans -, réapparaît lui aussi, en quête d’un refuge et dans l’espoir de faire la paix avec un passé tourmenté et douloureux. Jack nouera avec Glory un lien d’une intensité incandescente, de même qu’avec Ames, son parrain. Roman bouleversant et rédempteur sur le thème de la famille et des secrets qu’elle recèle, sur la fuite du temps et la succession des générations.
Les ruines du ciel, Christian Bobin, Gallimard, 181 p.
C’est autour d’un événement - la destruction de Port-Royal par Louis XIV - et d’une idée : retrouver dans les ruines de la société actuelle « les signes d’une vie heureuse, toujours possible », que l’auteur fait s’entrecroiser des portraits du XVIIe (saint François de Sales, Saint-Cyran, Pascal, Racine, etc.) et du XXe siècle (Dhôtel, un clochard, Genet, le grand-père de l’auteur, etc.) Leurs rencontres, leurs paroles, leurs visions tissent une tapisserie lumineuse, pleine d’espérance pour notre siècle en ruine.
Et la fureur ne s’est pas encore tue, Aharon Appelfeld, L’olivier, 269 p.
Bruno Brumhart, un rescapé des camps nazis, se demande comment retourner dans un monde qui a détruit les siens. Il décide de transformer un château, qu’il a acheté près de Naples, en lieu d’accueil pour les autres survivants, d’en faire une « étape » sur le chemin du retour. « Parmi nous, écrivains et survivants, la voix d’Aharon Appelfeld est unique, inimitable. D’une éloquence tout en retenue. » - Primo Levi.
La mort propagande, Hervé Guibert, L’arbalète / Gallimard, 122 p.
Nouvelle édition de cette étude du corps jouissant, souffrant, agonisant, puis mort, La mort propagande trace en douze brefs chapitres un troublant autoportrait de son auteur. D’une violence et d’une force de provocation inouïes, La mort propagande fut le premier livre publié d’Hervé Guibert, alors âgé de vingt et un ans.
LITTÉRATURE QUÉBÉCOISE

Paradis clef en main, Nelly Arcan, Coups de tête, 216 p.
Une obscure compagnie organise le suicide de ses clients. Une seule condition leur est imposée : que leur désir de mourir soit incurable. Antoinette a été une candidate de Paradis, Clef en main radis, Clef en main. Elle n’en est pas morte. Désormais paraplégique, elle est branchée à une machine qui lui pompe ses substances organiques. Roman sur la responsabilité, sur le rapport à l’Autre, sur le rapport au corps, à la vie.
Le monde, le lézard et moi, Gilles Courtemanche, Boréal, 230 p.
Claude, un juriste à la Cour pénale internationale de La Haye, démissionne pour traquer un chef de guerre congolais qui embrigade des enfants pour en faire des tueurs, relâché à cause d’un vice de procédure. Claude décide de réaliser dans l’action ce rêve de justice qui l’obsède depuis l’enfance. Mais une fois qu’il aura rencontré ces êtres de chair et de sang, bourreaux ou enfants soldats, que restera-t-il de ses idéaux ?
Maleficium, Martine Desjardins, Alto, 188 p.
Un acheteur d’épices pour un important négociant de Bombay est privé de son odorat et doit abandonner son métier. Pourtant à son retour des Indes, il ouvre une boutique non loin de la place Jacques-Cartier, où il vend des épices de première qualité - c’est du moins ce qui est écrit sur l’enseigne… Une oeuvre rare, parfumée de fantastique, d’exotisme et d’érotisme.
Au pays des masques, Pierre Godin, Fides, 618 p.
Un pays imaginaire dont l’histoire en pics et en creux ressemble à s’y méprendre à celle du Québec moderne avec ses moments de grâce, ses tragédies, ses joyeusetés et ses protagonistes, tels Vénus et Petrus, deux amants romantiques qui s’aiment passionnément, se déchirent, se trahissent… Tout cela, au nom d’une patrie mythique difficile à nommer qui existe dans les cœurs sinon dans la réalité.
Un bonheur si fragile, t. 1, Michel David, Hurtubise, 527 p.
Dans le Québec rural de 1900, Corinne, une jeune fille de dix-huit ans, accepte d’épouser le beau Laurent de Saint-Paul-des-Prés. Alors que fidélité, piété et esprit de travail sont prônés par le clergé, Corinne, issue d’une famille liée par l’amour et l’esprit d’entraide, découvre une belle-famille où l’argent et l’égoïsme sont rois. Roman sur la quête d’un bonheur bien fragile.
(sélection de Pierre Barnabé)
POLICIER / S-F

La faim de la terre, vol. 1 et 2, Jean-Jacques Pelletier, Alire, 786 et 850 p.
Depuis cinq ans, les amateurs attendaient le dénouement d’une des séries les plus acclamées du Québec, Les gestionnaires de l’apocalypse… Voici enfin les deux tomes finaux de ce thriller monumental, d’une angoissante actualité !
Les visages, Jesse Kellerman, Sonatine, 471 p.
Un homme disparaît en laissant des milliers de dessins. Les enfants qu’il a dessiné ont tous été victimes de crimes ; est-il coupable, et qui est-il ? Un polar déroutant et passionnant.
Coffret ¾ polar : Gabriel Trujillo Muñoz, Les Allusifs.
Ce coffret regroupe les quatre polars de Trujillo Muñoz publiés aux Allusifs. Une bonne manière de découvrir cet auteur à la fois poète, romancier, essayiste, journaliste et critique littéraire, dont l’œuvre est particulièrement emblématique de la littérature mexicaine frontalière
La zone du dehors, Alain Damasio, Gallimard, coll. «Folio», 651 p.
2084. Orwell est loin désormais. Le totalitarisme a pris les traits bonhommes de la social-démocratie. Souriez, vous êtes gérés ! Le citoyen ne s’opprime plus : il se fabrique. Au cœur de cette glu, un mouvement, une force de frappe, des fous : la Volte. Le Dehors est leur espace, subvertir leur seule arme. Un livre de combat contre nos sociétés de contrôle.

BIOGRAPHIE
Engels : le gentleman révolutionnaire. Tristram Hunt. Flammarion, coll. « Grandes biographies », 587 p.
À la fois complice intellectuel et mécène de Karl Marx, Friedrich Engels, héritier d’une famille prussienne calviniste, endura une carrière dans le «maudit commerce» du coton afin d’assurer à son ami les ressources et la liberté nécessaires pour écrire Le Capital. Dans cette remarquable biographie, qui replace ce «second violon» hors de l’ombre tutélaire de Marx le virtuose, Tristram Hunt brosse en véritable conteur le portrait d’un héros balzacien qui parvint, envers et contre tout, à «faire sa propre histoire». (sélection de David Murray)
HISTOIRE

Choix fatidiques : dix décisions qui ont changé le monde, 1940-1941. Ian Kershaw. Seuil, coll. « L’univers historique », 812 p.
L’auteur revient sur ces deux années qui furent décisives pour le monde entier, en analysant dix événements fatidiques: l’entrée en guerre de la Grande-Bretagne, la décision de Staline de faire alliance avec Hitler, le choix de Roosevelt d’entrer dans une guerre non déclarée, le génocide des Juifs décidé par Hitler, etc.
1848, la révolution oubliée. Maurizio Gribaudi et Michèle Riot-Sarcey. La Découverte, coll. « Sciences humaines et sociales », #306, 288 p.
Quatre mois après l’immense espoir de la IIe République, l’armée et les gardes mobiles brisent l’insurrection des ouvriers et artisans parisiens, massacrant plusieurs milliers d’entre eux. S’appuyant sur une impressionnante iconographie d’époque, et les récits de témoins ou acteurs des événements, d’Alexis de Tocqueville à George Sand, de Flaubert à Lamartine, cet ouvrage retrace la fatale succession des drames par lesquels cette société est passée du rêve au cauchemar.
Utopies américaines : expériences libertaires du XIXe siècle à nos jours. Ronald Creagh. Agone, coll. « Mémoires sociales », 397 p.
En revenant sur près de deux siècles d’expériences communautaires mettant à l’épreuve une volonté de vivre en dehors de la logique de la société dominante, ce livre lève non seulement le voile sur un phénomène méconnu et toujours actuel, mais le réinsère parmi les tentatives de lutte contre un système omnipotent, ouvrant une autre voie, originale et non exclusive, vers l’émancipation sociale.
Le Boréal Express : Journal d’histoire du Canada, 1524-1760. Jacques Lacoursière, Denis Vaugeois et Gilles Boulet. Septentrion, 300 p.
Des journalistes en Nouvelle-France ? Là réside le génie de ce journal qui s’était donné le défi d’imaginer ce qu’aurait pu être un périodique publié à l’époque. Par bonds successifs d’une dizaine d’années, ils dévoilent non seulement l’histoire mais aussi le patrimoine, la vie quotidienne et les dessous politiques de ces nouvelles terres nommées Amérique.
Les légendes des Canadiens : les 100 joueurs qui ont marqué l’histoire. Léandre Normand et Pierre Bruneau. De l’Homme.
Voici l’ouvrage le plus complet à ce jour sur l’histoire des grands joueurs du Canadien. Plus de 1000 anecdotes surprenantes et de 700 photos, des faits inédits, des documents d’archives, la première carte de hockey et les statistiques complètes de chacune des légendes, ainsi que de magnifiques fresques composent cet référence incontournable en la matière !
(sélection de David Murray)
ESSAIS

«J’haïs les féministes!» : le 6 décembre 1989 et ses suites. Mélissa Blais. Éditions du Remue-Ménage.
À travers une étude minutieuse des médias (en particulier, des quotidiens La Presse, Le Devoir et The Globe and Mail ), cet ouvrage retrace l’évolution des réactions à la tuerie. Mélissa Blais s’intéresse aux multiples explications du geste de Marc Lépine, et défend les analyses et discours féministes, nés dans l’urgence, puis violemment discrédités ou détournés, malgré les intentions clairement exprimées par le tueur. Elle examine également les principales commémorations, notamment celles entourant le 10e anniversaire, et consacre un chapitre au film Polytechnique.
Le diable, Jacques Duquesne, Plon, 235 p.
S’il existe un Dieu bon et tout-puissant, comment le Mal est-il possible ? Toutes les civilisations ont répondu qu’il existait aussi un « prince des ténèbres » : le diable. Et celui-ci est partout : au cinéma comme dans la peinture, dans le langage comme dans la chanson. Et surtout dans les esprits. Et son histoire, pittoresque ou tragique, n’est pas peuplée seulement de sorcières, mais aussi de savants. Tant que les Églises elles-mêmes ne savent plus s’il faut y croire.
Le grand aveuglement : Israël et l’irrésistible ascension de l’islam radical. Charles Enderlin. Albin Michel, coll. « Documents », 377 p.
En encourageant le développement à Gaza de la branche la plus extrémiste des Frères musulmans, Israël a joué avec le feu pendant près de deux décennies. Ce livre explique comment l’incompréhension, l’aveuglement, le double-jeu parfois des services de renseignement et des politiques à Jérusalem, à Tel-Aviv et à Washington ont fait le lit de l’Islam radical. Autant de leçons d’histoire à méditer par tous ceux qui prétendent œuvrer à une paix juste et durable dans cette région.
Gilles Groulx, le cinéaste résistant. Paul Beaucage. Lux, 280 p.
Cette figure marquante du cinéma québécois était hostile à toute forme de compromissions. Dans cette étude exhaustive de son œuvre, Paul Beaucage met en relation la démarche artistique du cinéaste et son enracinement dans les débats politiques qui ont secoué le Québec et le monde dans les années 1960 et 1970 : les indépendances nationales, les inégalités sociales, l’incommunicabilité entre les humains, les différences entre les hommes et les femmes, etc.
Le livre des violences : quelques pensées sur la violence, la liberté et l’urgence des moyens. William T. Vollmann. Tristram, 944 p.
Extraordinaire événement éditorial et critique lors de sa parution aux Etats-Unis, cette somme sans équivalent sur la violence, son histoire et ses justifications s’emploie à catégoriser éthiquement la violence, puis présente des études de cas, dont l’auteur a été témoin (ex-Yougoslavie, Malaysia, Somalie…) Il entreprend également de répondre à la principale question que pose ce livre : dans quels cas le recours à la violence est-il - ou non - justifié ?
L’étrange silence des abeilles : enquête sur un déclin inquiétant. Vincent Tardieu. Belin, coll. « Regards », 349 p.
Dans un monde sans abeilles, disparaîtrait le miel de votre table, mais aussi la confiture d’abricot ou la marmelade d’orange, le jus d’orange ou de pomme, le café et le chocolat : une projection inquiétante qui risque de devenir réalité… Cette enquête scientifiques montre les multiples raisons provoquant le déclin des abeilles : parasites, pesticides, virus, apiculture intensive, appauvrissement génétique, mauvaise gestion de l’espace rural… Il est urgent de comprendre et d’agir.
(sélection de David Murray)
PHILOSOPHIE

Correspondance 1949-1975, Hannah Arendt et Mary McCarthy, Stock, 521 p.
Entre Hannah Arendt, juive allemande émigrée aux États-Unis et auteur d’une des œuvres de philosophie politique les plus importantes du XXe siècle, et Mary McCarthy, américaine, romancière à scandale, adversaire forcenée du maccarthysme et femme aux multiples hommes, quoi de commun ? Une amitié au long cours, que traduisent ces lettres où il est question de tout…
Survivance des lucioles, Georges Didi-Huberman, Minuit, 141 p.
Dante a imaginé qu’au creux de l’Enfer s’agitent les petites lucioles des âmes mauvaises, bien loin de la grande et unique lumière promise au Paradis. Pourtant, l’histoire moderne inverse ce rapport : les « conseillers perfides » s’agitent triomphalement sous les faisceaux de la grande lumière (télévisuelle, par exemple), tandis que les peuples sans pouvoir errent dans l’obscurité, telles des lucioles. Mais les images, pour peu qu’elles soient rigoureusement et modestement pensées, par exemple comme images-lucioles, ouvrent un espace de résistance.
Le paradoxe amoureux, Pascal Bruckner, Grasset, 275 p.
Choisir qui l’on aime, aimer qui l’on veut : pour arriver à ces libertés qui nous semblent évidentes, il a fallu une longue révolution du sentiment commencée au 18e siècle. Mais ces droits chèrement acquis ont un prix. Comment l’amour, qui attache, peut-il s’accommoder de la liberté, qui sépare ? C’est tout le dilemme du couple contemporain, qui vénère à la fois la passion et l’indépendance.
Histoire de la philosophie, Jean-François Pradeau (dir.), Seuil, 800 p.
Très rares ont été les entreprises de synthèse d’histoire de la philosophie accessibles aux néophytes comme aux initiés. C’est le défi du présent ouvrage, rédigé par des spécialistes de toutes nationalités, et retraçant en un unique volume plus de deux millénaires de révolutions et de débats intellectuels en Occident.
(sélection de Marie-Douce St-Jacques)
• LA CRÈME DE LA LITTÉRATURE JEUNESSE

Hunger Games, Suzanne Collins, trad. Guillaume Fournier, Pocket jeunesse, 400 p.
Chaque année, le Capitole réunit 24 candidats devant s’affronter en direct à la télévision. Les règles : s’entretuer pour survivre. Pourquoi ? Suite à une révolution manquée, le gouvernement souhaite rappeler au peuple la place qu’il doit occuper. Un roman intriguant qui vous tiendra longtemps en haleine !
Le père Noël dans tous ses états, Valérie Dayre et Yann Fastier, L’atelier du poisson soluble, 32 p.
Et si le père Noël était un homme comme les autres ? S’il était un homme ordinaire, un homme soucieux, un père ? Ici, Noël se heurte à la réalité, à la vie ordinaire, et c’est finalement dans sa simplicité que se trouve toute sa beauté. Un album hors normes.
Zoo, Thierry Dedieu, Gallimard jeunesse, coll. «Giboulées», 32 p..
Thierry Dedieu vous invite à vous mettre à la place des animaux d’un zoo. Qui observe qui ? Qui est l’animal ? Je vous épargnerai le jeu de mots facile avec son nom de famille (ouf !), mais décidément, cet artiste nous surprend à chaque album.
Genesis, Bernard Beckett, trad. Laetitia Devaux, Gallimard jeunesse, 186 p.
Comme dans The Mind’s I, où Douglas Hofstadter se demande : « L’âme est-elle davantage que le bruit que font ses différentes particules ? », pointe dans ce roman de science-fiction la question de l’essence de l’humanité…

Le livre des têtes, Claire Didier et Beppe Giacobbe, Nathan, 79 p.
Si vous ne savez plus où donner de la tête, suivez Têtatoto, chasseur de têtes, et découvrez qu’une tête c’est 6 milliards et demi de possibilités, et bien plus encore… Art, esthétisme, intelligence, histoire, etc. ; vous ne vous regarderez plus de la même façon !
Le son des couleurs, Jimmy Liao, Bayard jeunesse, 100 p.
Une jeune aveugle se promène dans le métro, guidée par ses sens et son imaginaire. Elle évoque ses rêves, sa réalité, ses chagrins, ses doutes, mais surtout l’espoir, la beauté et la poésie de la vie. Un album onirique où l’on se perd avec délices.
Contes de la banlieue lointaine, Shaun Tan, trad. Anne Krief, Gallimard jeunesse, 96 p.
J’avais été très impressionnée par Là où vont nos pères, et je n’en attendais pas moins avec Contes de la banlieue lointaine. Un album où l’Ailleurs, le Mystère, l’Imagination et la Vie de tous les jours se côtoient pour mieux vous entourer de chaleur et de beauté.
Le coffret du Petit Chaperon rouge, Nathalie Lété, Thierry Magnier, 72 p.
Dans ce fabuleux petit coffret se nichent le petit chaperon rouge et un recueil intitulé Autour du petit chaperon rouge, qui décline le travail artistique de Nathalie Lété autour de ce conte. Un coffret sublime, un livre d’art.
(sélection et rédaction d’Alice Liénard)
• LA CRÈME DES BANDES DESSINÉES

Rébétiko : La mauvaise herbe, David Prudhomme, Futuropolis, 104 p.
Dans la dictature militaire grecque des années 30, l’histoire des derniers jours de la musique rébète, le pendant local du blues, vue à travers celle d’un groupe de musiciens fumeurs de haschish sans foi ni loi. Le dessin et les couleurs de David Prudhomme touchent au sublime tandis que le lecteur est entraîné dans les boui-bouis au son des bouzoukis. (EB)
Ida t. 1 : Grandeur et humiliation, Chloé Cruchaudet, Delcourt, 55 p.
Ida est une jeune bourgeoise souffreteuse qui ne connaît de notre monde que ce qu’elle en a vu lors de l’Exposition universelle de 1867. Un voyage dans le sud visant à lui faire reprendre des couleurs sera la prémisse à un fascinant périple au cours duquel s’accumuleront splendeurs et chocs culturels. Le tout servi par une mise en images aussi singulièrement flamboyante qu’organique. (ÉL)
Une histoire populaire de l’empire américain, Howard Zinn, Mike Konopacki et Paul Buhle, Vertige Graphic, 288 p.
À l’instar de Jacques Lacoursière, l’historien américain Howard Zinn incorpore les mémoires de citoyens ordinaires dans les événements marquants de l’histoire américaine des 120 dernières années. Pour cette première incursion en bande dessinée, Zinn s’est adjoint les services de Mike Konopacki, dont le style caricatural, pouvant sembler déplacé dans un essai de cette envergure, est tempéré par des photographies et des documents d’époque. Un album idéal pour les férus d’histoire. (RSH)
Noir c’est noir, Tim Lane, Delcourt, coll. «Outsider», 160 p.
Œuvre autofictionnelle protéiforme, réflexion sur les mythes l’Amérique et le mal de vivre, Noir c’est noir est un des titres les plus originaux parus cette année. Cette courtepointe insolite de portraits, instantanés, nouvelles, réflexions et souvenirs, créé un réseau de sens sombre et totalement fascinant, avec son graphisme à haut contraste empruntant beaucoup à Charles Burns, des références affirmées à Kerouac ou Hemingway, et pourtant une vraie voix d’écrivain. (EB)

La vierge froide, Hervé Tanquerelle et Gwen de Bonneval d’après Jorn Riel, Sarbacane, 168 p.
Le Groënland est le lieu de tous les racontars. L’isolement et la nuit qui n’en finit plus sont prétextes à toutes les divagations pour la clique des trappeurs locaux en combines à grandes manches que nous apprendrons à connaître au gré de ces contes savoureux. Adaptation inspirée, théâtrale avec ses longs monologues envahissant les planches, à lire au coin du feu, avec une vodka, sur glace, bien entendu. (EB)
Vers le Nord, Elodie Jarret et Xabi Molia, Sarbacane, 110 p.
Un scénariste télé français traverse à pied les forêts de Suède, sur les traces de son aïeul, un philologue s’étant retrouvé mêlé au Jokkmokk incident, une invasion extraterrestre avortée survenue en 1911. Le pèlerin, à travers ses rencontres banales ou surréalistes, trouvera-t-il un sens à son voyage ? Un scénario riche et inventif, auquel sied à merveille le dessin dépouillé, poétique et évocateur d’Elodie Jarret. (EB)
Le signe de la lune, Jose Luis Munuera et Enrique Bonet, Dargaud, 136 p.
La lune est capable du meilleur comme du pire. Autant elle peut nous éclairer, autant elle peut nous faire sombrer dans la pénombre du regret. Ainsi va ce conte cruel au dynamisme envoûtant, magnifiquement servi par un lavis sombre rehaussé d’éclats lumineux. (RSH)
Le Temps des Marguerite, Robin et Vincent Cuvellier, Gallimard Jeunesse, coll. «Giboulées», 125 p.
Par l’entremise d’une malle magique, deux jeunes filles prénommées Marguerite et vivant à 100 ans d’intervalle endossent, l’espace d’une journée, les habits et le quotidien de l’autre. Un magnifique regard comparé sur la vie d’enfants bien de leur temps. (ÉL)

Du côté des mangas, ne manquez pas le premier tome de Dossier A : Le continent perdu, d’Osamu Uoto et Garaku Oshusai (Delcourt), un thriller accrocheur mettant en scène un antiquaire érudit sur les traces de l’Atlantide, et Sky Hawk (Casterman), le surprenant nouvel opus de Jirô Taniguchi où deux samouraïs se retrouvent aux côtés des peaux-rouges pour affronter le général Custer ! Signalons également les rééditions cartonnées de Blankets de Craig Thompson (Casterman) et de la cauchemardesque saga de science-fiction L’éternaute de Solano Lopez et Hector Oesterheld (Vertige graphic), ainsi que la somptueuse réédition de l’inoubliable série Jonathan de Cosey (Le Lombard). (EB)
(sélection et rédaction de Réjean St-Hilaire, Éric Lacasse et Eric Bouchard)
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Bonnes lectures !
Mots-clefs : novembre 2009, Salon des nouveautés
