« Le Salon du livre est une manifestation annuelle, publique, ayant comme objectifs de promouvoir la lecture en favorisant le contact du public avec la production éditoriale régionale, nationale et internationale et ses artisans. De plus, il favorise les contacts professionnels entre éditeurs, libraires et bibliothécaires. Destiné à informer le public, il se veut aussi un moyen de promotion directe; c’est pourquoi il y a vente au public. »

Cette semaine débute la 32e édition du Salon du livre de Montréal, qui se tient du 18 au 23 novembre à la Place Bonaventure. Et comme à chaque année, on se questionne un peu (voire beaucoup) sur la pertinence de cette méga-foire du livre…
Car ce salon entretient quelques illusions. D’abord, celle de la diversité, car ce qu’on y retrouve se limite souvent à une sélection de nouveautés et de best-sellers, et qu’il est facile de retrouver davantage de titres dans bon nombre de librairies, où le public peut se rendre… gratuitement !
Nous nous retrouvons donc avec un public ne fréquentant pas particulièrement les librairies, qui paie huit dollars pour se retrouver dans un étourdissant brouhaha, et qui en ressort probablement déçu, excédé par la chaleur, la foule désorientée, et le fait d’avoir cherché une section en particulier alors que le salon n’est pas organisé par sujets, mais selon les diffuseurs et éditeurs, et que les exposants eux-mêmes ont souvent du mal à s’y retrouver.
Et, avouons-le, le Salon court-circuite la chaîne du livre : en se tenant pendant la période de magasinage des fêtes (plutôt qu’au printemps, par exemple), le SLM prive tout le milieu des librairies d’une part importante de sa clientèle potentielle ou normale. Et le pire dans tout ça, c’est que bien des diffuseurs et éditeurs, en dépit du fait qu’ils encaissent aussi le pourcentage du libraire dans cette opération de vente directe, peinent à faire leurs frais face aux coûts d’exploitation monstre (location d’espace, transport des marchandises, salaire des employés, promotion, etc.) de cet événement nécessitant le déploiement d’une énergie considérable.
Bien sûr, il y a les auteurs. Pendant que certains s’ennuient ferme seuls à leur tables, d’autres signent à la chaîne face à des files démesurées où des lecteurs peuvent patienter plusieurs heures pour quelques courtes minutes en tête-à-tête. Alors que le tout pourrait s’effectuer beaucoup plus confortablement dans l’intimité d’une librairie.
Le milieu du livre n’y gagnerait-il pas davantage à faire la promotion des librairies plutôt que de tenir une opération commerciale annuelle ?
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Bientôt un rayon boucherie chez Renaud-Bray ?
Dans un même ordre d’idées, nous apprenions cette semaine que la chaîne Renaud-Bray s’apprête à ouvrir trois points de vente de 40m2 de superficie dans des supermarchés IGA extra (Granby, Boisbriand et boulevard Langelier, dans l’est de Montréal).
La stratégie a de quoi surprendre. En effet, si Renaud-Bray espère ainsi appâter le client qui ne se rend pas en librairie, on peut redouter le retour de balancier qui fera sans doute en sorte que l’habitué de la librairie s’évite un détour, cède à la facilité en achetant son bouquin entre la botte de poireaux et la côte de porc. Bien sûr, on trouvait déjà des livres au Club Price. Mais bientôt, où que les gens aillent, ils trouveront des petits rayons de livres, et s’imagineront qu’ils n’ont plus besoin de librairies…
Et voilà précisément l’inquiétude culturelle qui se dessine : des librairies dignes de ce nom, pour qui la diversité n’est pas un vain mot, il y en a de moins en moins dans cette société qui lentement mais sûrement dérive en un gigantesque Walmart, où l’apparente «épargne» ne mène qu’à la paupérisation.
Mots-clefs : chaîne du livre, dédicace, foire, librairie, magasinage, points de vente, promotion, Renaud-Bray, Salon du livre de Montréal, supermarché


Je me suis longtemps demandé à quoi servait vraiment les Salons du livre. Et puis voilà que cette année, je le sais plus que jamais.
C’est personnel, remarquez bien, jusqu’à point ça peut s’étendre à plusieurs personnes, à vous de voir. Premièrement, mon mari et moi fréquentons les librairies assidûment. Nous sommes de bons acheteurs de livres, ça fait partie d’une priorité dans notre budget. Depuis 5 ans, nous habitons Eastman, voilà où ça se corse. Nous devons attendre 3 semaines et plus avant de mettre la main sur un livre sorti dans l’année. Les romans québécois (se sont mes principaux achats) ou bandes dessinées sont tenus tout au plus trois mois sur les tablettes … et encore. Par exemple, en ce moment, j’attends depuis bientôt 3 semaines “Le discours sur la tombe de l’idiot” de Julie Mazzieri en lice pour le Prix du Gouverneur Général. J’ai dû aussi attendre pour Mademoiselle Personne de Marie-Christine Bernard qui a gagné le Prix France-Québec. Même en mentionnant au libraire d’en commander au moins un autre exemplaire, cela n’a pas été fait à cause des Prix et des nominations. Ces librairies sont à Sherbrooke. En plus, j’ai eu la surprise de réaliser que les librairies ne tiennent pas plus les livres des auteurs qui habitent la région car maintenant les commandes partent de Montréal. C’est de là que se prennent les décisions.
Alors, serez-vous surpris d’apprendre qu’une gang de 5 filles se font une joie (je suis pas de cette gang) de passer une fin de semaine à Montréal, louant même une chambre d’hôtel pour se payer la traite et faire la tournée des kiosques avec une liste d’achats qui ne leur laissera pas grand répit. Je suis sur facebook et la quantité de filles qui s’organisent de telles sorties, même les blogueuses de Québec viennent rejoindre celles de Montréal et vice et versa. La lecture devient une activité sociale en plus d’une activité en solitaire.
C’est ça l’effet d’un Salon. Les librairies, on y va seul et les signatures d’auteur, c’est un auteur à la fois. Tandis qu’au Salon, c’est un vrai party de dédicaces. Pour les lecteurs assidus qui adorent les écrivains, un livre autographié, c’est un bijou. Et on en vient à collectionner les bijoux. J’ai des tablettes remplis de ces bijoux. En plus, pour moi, la sensation de tangible est bonne, voir que l’auteur qui m’a donné de si bons moments est là devant moi et que je peux enfin le lui dire. Pourtant, je le transmets par écrit, via Le Passe-Mot (www.passemot.blogspot.com) mais dieu, ce qu’ils sont affamés de cette reconnaissance, c’est leur carburant.
Voici 3 ans, je n’étais pas dans le milieu et je ne fréquentais pas les écrivains, maintenant que c’est le cas, je sais qu’ils en ont besoin et les lecteurs aussi, alors voilà pourquoi ils existent ces Salons. Quant à moi, cette année, ma liste est si longue, que je me demande si je vais y arriver. Et mon mari, Marsi, lui va être derrière le kiosque pour les signatures et il s’en fait une joie. Surtout que nous nous sommes informés à quelques librairies, et certaines nous disent que maintenant, ça ne s’appellent pas des séances de signatures, mais des séances d’humilité dans les librairies, tellement peu de personnes se déplacent.
Je sais que la libraire Monet tient un bon éventail de romans québécois, j’en suis agréablement surprise à chaque fois. Mais ce n’est pas la librairie de mon quotidien. Et nous sommes plusieurs vous savez à habiter la région.
À vous lire et à vous croire, la disparition des librairies vraiment professionnelles est pour bientôt.
Nous parlons ici de ces librairies qui engagent des employés qui, collectivement, connaissent en profondeur les produits mis en vente, qui savent questionner avec pertinence les clients de manière à découvrir exactement et ce dont ils ont besoin et le meilleur produit susceptible de répondre à ce besoin.
Nous parlons ici de librairies soucieuses de maintenir à jour l’expertise de ces employés, tant sur le plan du produit que sur le service à la clientèle.
Nous parlons ici de librairies soucieuses de poursuivre l’objectif fondamental du livre, apprendre, s’instruire, réfléchir et s’amuser de la vie, c’est-à-dire être et se sentir libre devant les bigs brothers de la publicité, de la pipolisation, et du consumérisme outranciers.
Ben ! Je crois que d’ici 10 à 20 ans, si la tendance que vous semblez décrire se maintient, il y aura autant de librairies de ce type à Montréal qu’il y a de musées.