Objet : un questionnaire d’auteur, à quelque part entre ceux de Proust et de Pivot. Contenu : une quarantaine de questions, générales ou indiscrètes. Consigne : choisissez-en une dizaine, celles qui vous interpellent. Notre invitée bande dessinée pour novembre : Iris.
Comment vous exprimeriez-vous, si vous n’étiez pas auteure ?

Malheureusement, je n’ai trouvé aucun autre mode d’expression artistique qui me convienne autant que la bande dessinée. Je dis malheureusement, parce que, paradoxalement, je trouve ça un peu embêtant de faire de la bande dessinée. C’est long, ardu… Dessiner, pour moi, c’est souvent épuisant et frustrant. J’aimerais un mode d’expression plus rapide, plus direct. J’envie les dessinateurs qui dessinent sans crayonnés, pour qui ça sort tout seul.
Vous me direz : « Mais pourquoi tu ne fais pas du roman alors ? » Et bien, non, ça ne fonctionne pas. Quand je ne fais qu’écrire, sans dessins, il manque quelque chose… Je ne sens pas que je dis vraiment ce que je veux dire. Et si je dessine seulement, sans textes, sans dialogues, c’est la même chose. Je me plais bien à faire des trucs simplement décoratifs, mais je n’arrive pas a faire passer tout ce que je veux dans un dessin ou un texte seuls.
Je crois que ce qui est essentiel pour moi ce sont les dialogues ET les expressions et le langage corporel des personnages…
Enfant, que lisiez-vous ?
Je lisais tout. J’étais un peu une lectrice compulsive étant enfant. Après un moment, j’avais l’impression d’avoir tout lu ce qui m’intéressait dans les romans et bandes dessinées de la bibliothèque municipale. Je lisais en marchant, je lisais en cachette dans mon lit avec une lampe de poche alors que je devais être couchée. Quand je dis que je lisais de TOUT, et bien ça fait que je lisais aussi beaucoup de trucs merdiques.
Sinon, plus précisément, pour ce qui est des bandes dessinées, je lisais les classiques: Tintin, Astérix, Gaston Lagaffe, The Far Side (ça, c’est les bandes dessinées qui se trouvaient à la maison) ; et par la suite, quand je ne savais plus quoi lire, je lisais les bandes dessinées que ma mère empruntait à la bibliothèque. Celles qui étaient dans la section des adultes et que je n’avais pas le droit d’emprunter selon les bibliothécaires : Les passagers du vent, Fulù, les bandes dessinées de Servais, Les 7 vies de l’épervier, etc.
Plus tard, quand j’étais jeune ado, vers 12-13 ans, j’ai commencé à m’intéresser à Michel Tremblay, puis ensuite à John Irving, Fréderic Dard, Edgar Poe, etc.

Comment est né votre premier livre ?
En 2005, j’ai ouvert un blogue… Tout le monde le faisait à l’époque… C’est Pascal Girard qui m’a donné envie avec le sien. Il y racontait des histoires de son adolescence en bandes dessinées. Ayant fait ma part de conneries étant ado, j’ai commencé à faire pareil. C’était l’été 2005 et je m’étais lancé le défi débile de faire une page par jour, encrée, colorée et publiée sur le web. Le blogue a eu un petit succès et Jimmy Beaulieu, qui s’occupait à l’époque de Mécanique générale (qui n’existe plus depuis peu), a été intéressé par mes pages et m’a proposé d’en faire un livre.
Ça n’as pas été facile : l’automne suivant, je commençais ma dernière année d’université en bande dessinée et j’avais quelques contrats. En plus, je savais pas trop comment faire la colorisation (pour le web ça allait, ça n’avait pas besoin d’être très précis comme c’est à basse résolution) et j’ai dû la refaire au moins deux fois et demie pour le livre en entier !!! Pfff…
Mais à la fin, j’étais contente : ça m’a fait un beau livre en couleurs d’une centaine de pages.
Quel regard posez-vous aujourd’hui sur vos premiers livres ?
Hum… sur mon premier livre, parce que je n’en ai publié qu’un. En fait, après, j’ai publié plusieurs fanzines, mais je n’ai qu’un vrai livre.

Ben, je trouve que ça ne me ressemble plus. Ça fait presque quatre ans que je l’ai dessiné et en plus, c’était un truc spontané que j’ai fait au fur à mesure, sans trop réfléchir. Je ne regrette pas ce livre, mais je m’y sens de moins en moins attachée. Il y a beaucoup de choses qui changent en quatre ans dans la vie d’une auteure, surtout en début de «carrière» (je déteste ce mot).
Il y a un drôle de phénomène aussi… je ne saurais pas comment le nommer. Mon livre, c’est de l’autobio, c’est un journal ; j’y raconte des anecdotes qui me sont arrivées. Quand j’étais enfant et ado (j’ai pas réessayé depuis), j’étais incapable de tenir un journal intime. Je me relisais, à peine une semaine plus tard et la Iris du présent trouvait tellement que la Iris du passé était insignifiante et stupide ! C’est un peu l’effet que me fait mon premier livre. Je le lis et je me dis « Argh… Comment est-ce que j’ai pu raconter ça de cette façon-là ! C’est tellement nul… » Et l’effet est décuplé parce que c’est de l’autobiographie.

Les premières pages de « Justine », publiées aux éditions Fichtre !
Avez-vous des projets en cours ?
Oui, TROP !!! Je travaille sur mon prochain livre, qui paraîtra à La Pastèque en 2010. C’est une histoire de fiction avec un personnage féminin qui s’appelle Justine et qui habite Gatineau, ma ville natale. Et NON, Justine n’est pas Iris.
J’ai aussi un projet de cartes de tarot animalières. C’est mon projet «soupape». Quand je suis vraiment tannée de dessiner et que je suis découragée de tout, je fais une carte de tarot et ça me relaxe. J’en ai pratiquement fait la moitié, mais c’est long : il y a 76 cartes dans un jeu…

L'ostie d'chat
Ensuite, j’ai un projet de bande dessinée jeunesse avec mon collègue Pascal Girard. On travaille à quatre mains : on fait le scénario à deux, il fait le crayonné, je fais l’encrage et la couleur. On veut essayer de le proposer à des éditeurs français… Spirou (la revue) nous a dit non, mais il y a un autre éditeur qu’on aime bien qui est peut-être intéressé, sauf qu’il veut voir plus de pages.
Et bon, j’ai aussi mes 56000 blogues, dont L’ostie d’chat, un blogue-feuilleton que je tiens avec mon amie Zviane. Là on est un peu en pause, mais on a presque 100 pages de faites. C’est un projet qui me motive beaucoup. Quand on en parle ensemble, on est pas arrêtables, on à l’air de deux folles, on est toujours mortes de rire !
Avez-vous un lieu privilégié pour créer ?
Non. Je crois que la bande dessinée a un avantage dont il faut profiter : c’est un mode d’expression qui se transporte bien. J’essaie de plus en plus d’adapter ma manière de travailler de façon à pouvoir le faire n’importe où, n’importe quand. Même mes projets de livres, je les fais dans des carnets. C’est plus facile à transporter : pas de feuilles volantes, tout est regroupé au même endroit. Avant, j’encrais à la plume, avec de l’encre. Maintenant, je travaille au feutre. C’est un peu moins joli, un peu plus cher, mais au moins je peux travailler où je veux, sur mon sofa, chez des amis, etc. Comme j’ai envie de voyager beaucoup (le plus possible) dans les prochaines années, je veux que ce soit facile pour moi de travailler sur mes trucs quand même, sans traîner des valises de matériel.

Quel personnage de fiction aimeriez-vous rencontrer ? Et que lui diriez-vous ?
HOLDEN CAULFIELD !!! le personnage principal de The catcher in the rye de Salinger. Haaaa… je lui dirais à quel point je suis amoureuse de lui ! Il est tellement… …mature et immature en même temps, tellement charmant. Mais bon, malheureusement pour moi, il n’existe pas, et surtout, il a 17 ans. Hum.
Sinon, j’aimerais beaucoup rencontrer Tintin. Il serait TELLEMENT trop drôle en vrai ce personnage ! J’aimerais virer une brosse avec Tintin, lui qui est saoul seulement avec des vapeurs d’alcool…
Pour quel dessinateur aimeriez-vous écrire un scénario ?
Si vraiment je pouvais faire ce que je veux et que le/la dessinateur/trice ne poserait pas de question : Hergé (décidément). Hergé, pour lui faire dessiner des cochonneries vulgaires et absurdes avec son dessin tout propre et coincé.
Sinon, Daniel Clowes… Parce que je l’adore et parce que je ne pourrait jamais dessiner comme lui. Je serais contente de pouvoir l’utiliser pour sa précision et son talent à créer des ambiances.
Finalement, Morgan Navarro. J’adore son dessin, ses couleurs, ses thèmes…
De quel scénariste aimeriez-vous dessiner le livre ?
Je ne sais pas si je serais capable… Ça dépend de quelle liberté le/la scénariste me donne par rapport au scénario. Mais autrement, ne faire que de l’exécution, ça ne m’intéresse pas. Je n’aime pas assez dessiner pour ça.
Donc, ça dépend des conditions. Ceci-dit, j’adore l’univers de Florence Dupré La Tour. En plus elle est charmante, j’aimerais beaucoup travailler avec elle. Et je sais qu’avec elle, je ferais un truc que je ne serais jamais capable de faire. Elle fait des histoires fantastiques ou de science-fiction. Moi je ne fais jamais ça…

Sinon, j’ai toujours eu envie de faire une BD avec un roman de Jacques Poulin. Je sais pas ce que ça donnerait. Peut-être que ça gâcherait tout ou que ça serait juste super plate. J’aime beaucoup ses personnages et l’ambiance réconfortante et mélancolique de ses livres.
Qu’est-ce qui vous préoccupe au quotidien ?
Malheureusement, TOUT. Je suis quelqu’un d’extrêmement angoissée. J’ai peur de tout, tout m’inquiète au quotidien. Dessiner m’angoisse, ne pas dessiner m’angoisse encore plus, être amoureuse m’angoisse, ne pas être amoureuse m’angoisse, l’argent, l’ennui, les relations avec les autres humains, la politique, le quotidien, mes chats, trop manger, pas assez manger, voyager, ne pas voyager, la ville, la campagne, avoir du travail, ne pas avoir de travail, internet, les blogues, les e-mails, mes ex, dormir, etc. Tout ça m’angoisse, et même plus. C’est décourageant. Haha, quelle belle conclusion !
Merci, Iris !
- Monsieur le blog, le blogue d’Iris.
- L’ostie d’chat, le blogue-feuilleton d’Iris et Zviane.
- Dans mes rellignes, Mécanique générale, 2006, 102 p.
- … ainsi que nombreux fanzines, restez à l’affut !
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