Le Délivré

Archive pour mai 2010


31 mai 2010  par David Murray

100 000 cerveaux armés intellectuellement

Lux éditeur annonçait récemment que le 100 000e exemplaire du Petit cours d’autodéfense intellectuelle de Normand Baillargeon allait être mis sous presse. Une belle réussite pour un essai de ce registre, initialement paru en 2005 sous la plume du militant libertaire et professeur en science de l’éducation de l’Université du Québec à Montréal.

L’idée du livre était venue à Normand Baillargeon après avoir entendu le linguiste Noam Chomsky affirmer que « si nous avions un vrai système d’éducation, on y donnerait des cours d’autodéfense intellectuelle ». L’auteur, qui dans son travail s’est abondamment penché sur les questions d’éducation, s’est amusé à imaginer ce à quoi pourrait ressembler un tel cours. Le fruit de sa réflexion est ce Petit cours d’autodéfense intellectuelle paru dans la collection « Instinct de liberté », dont les qualités ont été maintes fois reconnues et qui a été nominé pour le prix du public au Salon du livre de Montréal en 2006.

Rédigé dans un langage clair et accessible et brillamment illustré par Charb, le livre est une véritable initiation à la pensée critique et constitue un antidote de premier ordre pour se prémunir contre le discours parfois trompeur des médias, gouvernants et autres charlatans au propos pseudo-scientifique. Quatre thèmes structurent l’ouvrage. D’abord le langage, où sont mis en lumière les pratiques de la langue de bois, des faux arguments, de l’exagération et des faux dilemmes. L’auteur veut ainsi nous faire prendre conscience du poids des mots et de l’importance de leurs choix.

Normand Baillargeon

Normand Baillargeon

Ensuite, l’auteur s’attaque aux mathématiques, un détour incontournable malgré un a priori rebutant. Les chiffres qu’on nous balance constamment ont souvent pour effet de séduire ou impressionner le lecteur. Pourtant, comme nous le montre Baillargeon, leur pertinence n’est pas toujours démontrée, quand ils ne sont pas tout simplement erronés. Il nous invite donc à nous questionner sur leur provenance, les calculs sur lesquels ils reposent, le contexte dans lequel ils sont avancés.

Le troisième champ d’intervention est celui de la science. Comme ce n’est pas tout le monde qui possède une culture scientifique suffisante pour distinguer le vrai du faux, l’auteur nous donne des outils pour distinguer ce qui relève de la science et de ce qui émane de la pseudo-science. Sur ce point, Baillargeon se fait le digne héritier de la pensée rationnelle héritée des Lumières.

Finalement, Normand Baillargeon décortique le discours médiatique et nous invite à être plus critique envers l’information véhiculée dans les médias. Les questions que pose l’auteur sur ce point ne sont d’ailleurs pas étrangères à celles développées par Noam Chomsky et Edward S. Herman dans leur célèbre modèle de la fabrication du consentement.

En parallèle aux critiques institutionnelles, l’auteur nous met aussi en garde contre l’expérience personnelle, qui bien souvent s’avère trompeuse et mauvaise conseillère sur certaines questions. Dans un monde noyé dans un flot continu d’informations, voilà donc un ouvrage essentiel pour se munir d’outils pour développer un esprit critique digne de ce nom. Un livre qui devrait être lu par tous les étudiants et étudiantes, à défaut de vouloir mettre en place de véritables cours d’autodéfense intellectuelle.


28 mai 2010  par Eric Bouchard

Vehlmann Fabien les choses

Fabien Vehlmann fait partie de la crème des scénaristes ayant émergé au cours de la décennie 00, navigant avec aisance dans tous les registres de la bande dessinée de genre : science-fiction, aventure historique, intrigue policière, conte, fantastique… Celui qui avait été remarqué dès la parution de sa première série, Green manor, trois enthousiasmants recueils de courtes histoires au charme tout victorien et à l’humour noir que n’auraient pas reniés Agatha Christie ou Conan Doyle, n’a assurément pas fini de nous étonner, alors qu’il aligne des petits bijoux de scénario avec constance et ferveur. Le défunt rédacteur-en-chef du journal de Spirou, Yvan Delporte, a même surnommé Vehlmann de « Goscinny du troisième millénaire » !

Soif de SF

S’il y a un terrain où l’on doit absolument signaler combien l’auteur se démarque, c’est bien celui de la science-fiction. Alors que le gros de la production BD s’enlise souvent dans un cyberpunk rabâchant les mêmes clichés, Vehlmann tisse avec soin des récits lumineux où s’affirme une réelle réflexion sur les potentialités du pourtant immense champ narratif du genre. Explorons deux de ces réussites…

Dans un futur lointain, Elijah, haut gradé et star de la police philosophique, est médiateur en résolution de conflits entre espèces intelligentes dont les mœurs sont bien souvent exo-incompatibles. Ainsi d’un Bru’Gahien ayant accidentellement assassiné son partenaire de travail humain en voulant lui démontrer son affection ; il faut dire que les embrassades des Bru’Gahiens, des êtres d’une constitution étonnamment robuste, sont particulièrement violentes… Dans la société humaine du futur, les alcools s’absorbent par voie ondulatoire et les individus fortunés peuvent acquérir autant d’échos, de clones d’eux-mêmes qu’ils veulent, mais les couples doivent recevoir un permis de l’État pour que la femme ait droit à l’insémination. Les êtres y sont immortels, mais choisissent eux-mêmes le moment et la manière de leur mort, qui s’effectue souvent lors d’une grande réjouissance. Cependant, Elijah en proie à une certaine crise morale, en viendra à remettre en question cette disposition d’immortalité…

L’esthétique minimaliste, glamour et théâtrale des Derniers jours d’un immortel rappelle énormément celle des années 60 (Fahrenheit 451 de François Truffaut, par exemple) qui, si de prime abord peut sembler simpliste et rebutante, dévoile à la longue énormément de charme, charme appuyé par la douceur d’une bichromie aux gris bleutés et veloutés.

Maintenant, dans un futur rapproché, F.G. Wilson a implacablement asservi l’humanité au moyen de sa compagnie d’implants cérébraux : Technolab. Si les hommes jouissent dorénavant de facultés optimisées, une « clause neuronale » leur interdit d’attenter à la vie de celui envers qui leur gratitude est redevable… L’ingénieur Nolan Ska, quant à lui, a inventé clandestinement une machine à remonter l’histoire, pour aller « arranger » l’avenir de Wilson dans un passé où celui-ci rêvait de devenir, malgré un flagrant manque de talent, écrivain à succès. Ska aura tôt fait de devenir son nègre…

Le plaisir majeur de Des lendemains sans nuages tient aux fictions de Ska, mini-récits extraordinaires et inventifs distillés tout au long de l’album, nous entraînant d’un univers à l’autre et dynamisant notre plaisir de lecture. Un récit rare dans l’imaginaire SF de la bande dessinée !

Le 18e en lumière

Vehlmann s’en donne également à cœur joie dans l’aventure historique, surtout en étant si bien épaulé par la rigueur du superbe trait néo-classique stylisé de Matthieu Bonhomme (Le voyage d’Esteban, Messire Guillaume). Avec Le Marquis d’Anaon, les deux compères nous livrent l’une des séries les plus captivantes des dernières années, alors qu’au siècle des Lumières, Jean-Baptiste Poulain, ex-étudiant en médecine, arpente la France et frotte sa curiosité scientifique aux superstitions paysannes, dans des pages magnifiques nous faisant aussi bien voyager dans le passé qu’au cœur de l’âme humaine ! Souvenons-nous particulièrement du quatrième tome, La bête, dans lequel le «marquis des âmes en peine» accompagne son frère, capitaine d’un détachement de Dragons du Roi, alors qu’ils sont dépêchés en Isère afin d’en finir avec une bête particulièrement féroce : «un loup-garou», murmurent certains. Mais la bête surnaturelle file dans les montagnes de Savoie, et les deux frères devront chasser sur un territoire inexploré par l’homme, pour une intrigue admirablement mise en scène, avec un casting sans faille et des dialogues fleurant bon le français du 18e siècle !

Du côté de chez Shérahazade

Vehlmann, expert-conteur ? Aussi ! Voici encore deux autres albums nous dévoilant une facette supplémentaire de son talent…

« Il y a de cela bien longtemps, le calife de Bagdad, qui adorait les contes, eut l’idée d’organiser un grand concours… » Mille et un candidats s’inscrivirent. La compétition, qui devait n’avoir lieu officiellement que trois ans plus tard, laissait à chacun le temps de parfaire un conte, le meilleur qui soit. L’enjeu était colossal : une richesse incommensurable pour le vainqueur et l’empalement sur la place publique pour le plus mauvais conteur, car on ne gaspille pas impunément le temps du calife ! Cinq d’entre eux décidèrent alors de s’unir pour monter une expédition de par le monde connu, et même au-delà ! L’objectif étant bien sûr de mettre la main sur la perle de toutes les histoires.

Éloge de la tradition orale, cet album nous amène à la rencontre de tout ce que la Terre peux compter de raconteurs. De l’orateur politique jusqu’aux fabulateurs religieux, en passant par la diseuse de bonne aventure, les prophètes de malheur et autres jacasseurs haut-perchés.

Berceau des Mille et une nuits, Bagdad devient du coup pour le scénariste Vehlmann le lieu tout désigné pour camper cette apologie du conte. Frantz Duchazeau, quant à lui passé maître dans l’art de la grafigne, impose ce style d’encrage qui colle des plus parfaitement à ce récit nerveux et flamboyant. Les deux auteurs, qui se sont mérité pour cet album le Prix de l’Association des libraires BD en 2007, n’en sont pas à un prodige près. D’ailleurs, pour les amateurs d’histoires racontant l’histoire de conteurs d’histoires, nous vous conseillons aussi fortement de vous enivrer du titre suivant…

Car la rencontre magique de ces deux auteurs n’en était pas à sa première occurrence, alors qu’on les avait déjà retrouvés ensemble dans Dieu qui pue, Dieu qui pète ! Frantz Duchazeau, dont le trait s’accorde aussi bien avec l’esprit de l’Afrique, a mis en valeur les beautés et les légendes africaines dans ces courtes histoires ni étouffantes ni moralisatrices, et ô combien lumineuses. Dans cet album tous publics, ils proposent une Afrique envoûtante, mystérieuse et attachante où les éléphants causent, la tortue devient monture utile et Dieu, qui pue et qui pète, a des allures d’homme souillé de crottin : un voyage de Jean de la Fontaine au pays de l’art naïf. Un griot serait certainement enchanté par ces histoires. En somme, le mariage de ces deux auteurs fait de cette bande dessinée une œuvre à dévorer et à revisiter.

Et là n’est qu’un aperçu de ses collaborations, qu’il vous reste à explorer, en attendant toutes les autres surprises à venir…

* * *

Les derniers jours d’un immortel, Gwen de Bonneval et Fabien Vehlmann, Futuropolis, 150 p.
Des lendemains sans nuage, Ralph Meyer, Bruno Gazzotti et Fabien Vehlmann, Le Lombard, coll. «Signé», 64 p.
Le Marquis d’Anaon (5 t. parus), Bonhomme et Vehlmann, Dargaud, 52 p. ch.
Les cinq conteurs de Bagdad, Duchazeau et Vehlmann, Dargaud, coll. «Long courrier», 76 p.
Dieu qui pue, Dieu qui pète et autres petites histoires africaines, Duchazeau et Vehlmann, Milan, 44 p.

(avec des textes d’Éric Lacasse sur Les cinq conteurs et Geneviève Savard sur Dieu qui pue)


26 mai 2010  par David Murray

L’anarchisme au menu

Proudhon, Bakounine et Kropotkine.

L’anarchisme. Proudhon, Bakounine, Kropotkine, Reclus, Goldman, Malatesta : quelques-unes de ses figures de proue. Voilà pourtant un courant de pensée qui a souvent eu mauvaise presse et dérangé la quiétude de la « bonne société ». Souvent associés à la violence, les anarchistes sont cependant loin d’être simplement des poseurs de bombes, bien qu’une frange de l’anarchisme ait ouvertement épousé la violence comme stratégie de lutte à la fin du 19e siècle par ce qu’on a appelé la propagande par le fait[1]. Mais si l’anarchisme reste en fait plutôt méconnu de la plupart de nos contemporains, il existe pourtant un bon moyen d’en pénétrer l’univers…

Les 29 et 30 mai prochains aura lieu la 11e édition du Salon du livre anarchiste de Montréal. L’événement est devenu au fil des ans le plus important rassemblement du genre en Amérique du Nord, et cette année encore, plusieurs éditeurs et collectifs du Québec, du Canada anglais, des États-Unis et d’Europe nous feront découvrir leurs publications et activités. Une nouveauté cette année : les kiosques des exposants accueilleront les visiteurs les deux journées, contrairement aux années précédentes.

Ainsi, cette année encore, ils seront une centaine d’exposants à présenter leur travail. Ce sera là une belle occasion de découvrir des ouvrages difficilement accessibles au Québec. En dehors des librairies L’Insoumise à Montréal et La Page noire à Québec, qui toutes deux se spécialisent dans les publications relevant de la mouvance anarchiste, il est plutôt difficile voire impossible de se procurer nombre de ces ouvrages dans la Belle Province - bien qu’Internet nous offre maintenant le moyen de contourner ces limites. Parmi ces éditeurs étrangers qui nous feront l’honneur de leur présence, mentionnons les piliers de South End Press et AK Press aux États-Unis, mais également, toujours chez l’Oncle Sam, les gens de PM Press et Microcosm Publishing ; on y verra également la revue Réfractions ou la Fédération anarchiste pour le vieux continent, ou New Star Books et Fernwood Books pour le Canada anglais. Autant d’éditeurs qui donnent non seulement dans les essais théoriques sur l’anarchisme, mais aussi dans la fiction, la poésie, les arts.

Le Québec n’est évidemment pas en reste. On retrouve les incontournables Lux ou Écosociété, mais aussi de petits éditeurs tels que Black Rose Books, Poètes de brousse, Rodrigol, Les Pages Noires, Sabotart et Moult éditions, qui publient les décapants travaux de la Conspiration dépressionniste. On retrouvera également au sein des exposants plusieurs collectifs et groupes militants anarchistes d’ici et d’ailleurs, qui partageront leurs expériences de lutte au quotidien.

Mais le salon, c’est aussi plus que des kiosques et des exposants. Au menu, on retrouve également tout au long de ces deux journées des ateliers d’introduction à l’anarchisme, d’autres d’approfondissement de certains enjeux touchés par l’anarchisme, des films, des ateliers de réflexion, des rencontres de parents anarchistes, une salle de solidarité avec les luttes autochtones, une zone pour enfants, des manifestations artistiques, etc. De quoi satisfaire toute la famille !

Comme à chaque année, notons que le salon est précédé du Festival de l’anarchie. S’échelonnant tout au long du mois de mai, celui-ci présente un peu partout dans la ville conférences, tables rondes, soirées de projection vidéo, lancements de livres, festival de théâtre et plus encore, le tout se terminant par un cabaret anarchiste qui donne le coup d’envoi au salon.

S’adressant autant aux initiés et aux non-initiés des pratiques et idées anarchistes, le salon aura encore lieu cette année au CEDA, un centre communautaire des quartiers Petite-Bourgogne et St-Henri, situé au 2515 rue Delisle, tout près du métro Lionel-Groulx. Deux journées pour ceux et celles qui voudraient faire connaissance avec une frange radicale de la marge sociale, mais bien ancrée dans la réalité !

* * *

Pour ceux et celles qui voudraient en connaître davantage sur les idées développées par le mouvement anarchiste, on consultera entre autres le catalogue des éditions Lux, qui ont publié plusieurs ouvrages des penseurs classiques de ce courant idéologique.


[1] Il est cependant intéressant de constater que cet amalgame anarchisme/violence soit toujours en vogue, comme en fait foi la couverture médiatique du récent incendie criminel ayant ravagé une succursale de la RBC à Ottawa, où rapidement les anarchistes furent mis en cause, bien que dans le communiqué revendiquant l’attentat il n’est nullement indiqué que le soi-disant groupe responsable - au demeurant totalement inconnu jusqu’ici - soit d’obédience anarchiste. Comme quoi sur certains dossiers la rigueur journalistique semble demeurer au vestiaire…


24 mai 2010  par Le délivré

Êtes-vous Dollard, Victoria ou Patriote ?

« Le patriote » d'Henri julien (1904)

« Le patriote » d'Henri julien (1904)

Les jours fériés se comptent sur les doigts des mains. Si nous sommes toujours heureux de pouvoir profiter d’une grasse matinée, d’un après-midi ensoleillé ou d’une chaleureuse soirée en famille, on oublie souvent les raisons pour lesquelles ces journées ont été instituées…

La date du lundi précédant le 25 mai a d’abord été choisie pour célébrer l’anniversaire de la naissance de la reine Victoria, le 24 mai 1819 ; d’ailleurs, le Canada anglais nomme cette fête Victoria Day. Ce que l’on a donc appelé la fête de la Reine a coexisté au Québec, dès le premier quart du 20e siècle, avec la fête de Dollard. Dollard, pour Dollard des Ormeaux bien sûr, que le chanoine Groulx a voulu donner comme héros à la jeunesse canadienne-française. Mais des recherches historiques ont quelque peu terni l’image de ce personnage légendaire, mort en 1660, et c’est sans doute un peu pour cela que la fête de Dollard a été rebaptisée officiellement Journée nationale des patriotes en 2002, instituée pour « souligner l’importance de la lutte des patriotes de 1837-1838 pour la reconnaissance de leur nation, pour sa liberté politique et pour l’établissement d’un gouvernement démocratique ».

En espérant vous donner le goût de creuser les faits et personnages à l’origine de ce jour férié et chômé, voici quelques références :

Dollard des Ormeaux

Pour en savoir davantage sur le héros canadien-français de la bataille du Long-Sault, porté aux nues par Lionel-Groulx et consorts, et surtout, pour faire la part des choses entre mythe et réalité historique…

Dollard : ses compagnons et ses alliés : selon les textes du 17e siècle, Aurélien Boisvert, Septentrion, 2005, 274 p.
Pièges de la mémoire : Dollard des Ormeaux, les Amérindiens et nous, Patrice Groulx, Vents d’Ouest, coll. «Asticou - Histoire», 1998, 436 p.

La reine Victoria

Alexandrina Victoria of Hanover, qui allait devenir la toute première reine du Canada lorsque celui-ci devint un dominion britannique en 1867, avait justement commencé son règne en 1837, le 20 juin, quelques jours à peine avant qu’une série d’assemblées publiques menée par les chefs du Parti Patriote enflamme les passions durant l’été suite au rejet des demandes de réformes…

La reine Victoria, Jacques de Langlade, Perrin, coll. «Biographies», 2009, 409 p.

Les Patriotes

Il existe véritablement plusieurs titres dignes de mention, régalez-vous !

Les Patriotes de 1837-1838, Laurent-Olivier David, Lux, coll. «Mémoire des Amériques», 2007, 360 p. (un ouvrage qui avait beaucoup inspiré Pierre Falardeau)
Histoire des Patriotes, Gérard Filteau, Septentrion, 2003, 632 p.
Patriotes et Loyaux : Leadership régional et mobilisation politique en 1837 et 1838, Gilles Laporte, Septentrion, 2004, 414 p.
Dictionnaire encyclopédique et historique des patriotes (1837-1838), Alain Messier, Guérin, 2002, 500 p.
Habitants et patriotes : la rébellion de 1837 dans les campagnes du Bas-Canada, Allan Greer, Boréal, 1997, 370 p.


21 mai 2010  par Eric Bouchard

Lieux enrayés

On entend souvent dire d’une bande dessinée qu’elle doit débuter par une vaste case présentant une vue d’ensemble du lieu. Manière d’aborder le récit, l’établissement du lieu fixe un cadre de référence pour le lecteur, alors que le dessinateur pourra se contenter, dans les cases subséquentes, de ne fournir qu’un décor sommaire à l’arrière-plan (lorsqu’il n’est pas tout simplement absent !), se contentant de suggérer l’endroit évoqué.

Mais voilà que le fantastique permet de proposer des récits où les lieux sont mouvants, évoluent, désarçonnent les protagonistes du récit. François Schuiten et Benoît Peeters nous faisaient déjà le coup avec Les murailles de Samaris, où, dans une ville utopique, les immeubles - paradoxe - ne sont plus immobiles­ ­; posés sur des rails, ils se déplacent et enferment le visiteur étranger dans un piège irrésistible se refermant sur lui, telle une plante carnivore emprisonnant sa proie.

Mais tournons notre regard sur la jeune génération. Nous vous avions déjà parlé dans ces pages de Guillaume Trouillard, jeune aquarelliste virtuose à l’imagination complètement débridée. Cet auteur participe à une réjouissante petite aventure éditoriale, Les éditions de la Cerise. De cette riche pépinière de nouveaux talents, se groupant périodiquement autour de la jolie revue Clafoutis, auront aussi émergé les voix singulières de Thomas Gosselin ou de Vincent Perriot (ce dernier nous ayant gratifié de sa présence en avril dernier au Festival de la bande dessinée francophone de Québec), qui développent tous des récits alliant réflexions conceptuelle et esthétique.

Après Colibri, une audacieuse fable écologique, Guillaume Trouillard nous gratifie de La saison des flèches, récit renversant d’un couple de Français moyens faisant l’acquisition d’une famille d’Amérindiens en conserve ! Mais sitôt sortis de leur petite boîte métallique, les Indiens ont taille humaine ; ce qui déjà déjoue les proportions se propage bientôt à tout l’espace de l’action, celui de l’appartement devenant progressivement aussi vaste que l’Ouest sauvage. Alors que les Sioux se sont montrés réfractaires à s’adapter aux mœurs du petit couple français, ce dernier, au contraire, aura tôt fait de succomber à l’aspirant appel de la nature qui investit et dilate l’endroit.

Quant à Thomas Gosselin, qui nous avait proposé le surprenant L’humanité moins un en 2004, il revient lui aussi en force avec Au recommencement, un autre de ses récits inclassables, qui remet en question de manière inattendue une foule de conventions. Machine, une jeune femme, doit déménager temporairement à la ville avec son mari Abel et leur fils Joseph. Machine vit une situation pour le moins particulière, alors que tout son entourage tente de la ramener à la raison : tandis qu’elle est convaincue vivre en France au 21e siècle, on l’assure se trouver en Italie, et en 1911… Et elle ne parle pas français, mais bien italien !

« Mon visage, c'est l'univers » : la devise d'Abel.

La devise d'Abel.

Ce décalage étrange et irrésolu entraînera la jeune femme dans une rupture progressive avec le monde qui l’entoure. On la définira comme une paranoïaque mégalomane, «mais que voulez-vous… Je l’aime !», conclura son mari qui tente d’expliquer l’étrange réalité de sa femme à son entourage. «Décidément… Je ne serai jamais au bon endroit à la bonne époque… Suis-je au moins la bonne personne ?», s’interroge Machine…

La ligne tordue, anguleuse et rebondie de Gosselin se prête à merveille au jeu de détournement de repères auquel l’auteur convie le lecteur, déjouant ses perceptions là où il s’y attend le moins, et en profitant au passage pour le tirer à travers toutes sortes de réflexions métaphysiques et autres détournement de sens troublants ou réjouissants, au fur et à mesure que Machine se retrouve écartée, isolée, dans la ville que tous désertent.

L’île mystérieuse

La figure insulaire semble se prêter à merveille au jeu d’enrayement du lieu. Coupée du monde et du temps, on y tente ou y vit des expériences qui peuvent dépasser l’entendement. Jules Verne ne s’y était pas trompé en nous laissant l’un des ses chefs d’œuvre. Le grand Jean-Claude Forest non plus quand de son pinceau calligraphique, il s’appropria et détourna ce récit au moyen de son puissant imaginaire fantasmagorique.

Jean-Pierre Mourey a visiblement été séduit par cette idée en réalisant lui aussi une adaptation, et particulièrement réussie, de l’envoûtant roman d’Adolfo Bioy Casares, L’invention de Morel, où un homme se réfugie sur une île oubliée pour échapper à la justice.

Imaginant s’y retrouver seul, il réalisera par la suite qu’y trône une villa immense, habitée par des estivants aux comportements pour le moins étranges : ils ne semblent même pas s’apercevoir de la présence de l’intrus, même lorsque celui-ci se présente à leurs yeux, et, à la longue, paraissent se livrer à un comportement ritualisé où ils répètent les mêmes conversations, jouent sans cesse les mêmes scènes. Et Jean-Pierre Mourey use discrètement de la couleur comme d’un jeu de piste étayant le stupéfiant secret de l’île de Morel…

Poursuivons sur la même lancée. Tous les lecteurs de ce classique qu’est Trait de craie de Miguelanxo Prado en conservent un souvenir impérissable, mêlé d’enthousiasme et de confusion. Le titre désigne par métaphore l’exagérément longue jetée, qui s’avance telle un trait de craie dans l’océan, d’une petite île ne figurant sur aucune carte, où accoste un homme après avoir subi deux jours d’orage et de tempête sur son voilier. Cette jetée est surmontée d’un long mur blanc couvert de graffitis dans toutes les langues. Sur l’île : un phare et une petite auberge habitée d’une femme entre deux âges et de son gamin antipathique et taiseux.

Et lorsque le lendemain un autre bateau vient accoster, l’aubergiste confie à l’homme qu’à chaque fois qu’il s’est retrouvé plus de trois personnes sur les lieux, des événements inexplicables sont survenus. Cet avertissement s’appliquera-t-il à la présence de la voyageuse, qui vient sur l’île pour la deuxième fois parce qu’elle s’est laissé prendre à l’idée qu’un des messages du mur lui était adressé ? Avec son trait acéré et ses pastels aux couleurs saturées, Prado construit justement l’ambiance crayeuse de ce lieu où, comme sur un tableau noir, un coup de brosse peut tout effacer…

Coincidence ? Dans Trait de craie Raùl fait allusion à L'invention de Morel...

Coincidence ? Dans Trait de craie, Raùl fait allusion à... L'invention de Morel.

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Les cités obscures t.1 : Les murailles de Samaris, François Schuiten et Benoît Peeters, Casterman, 1983, 64 p. (Une édition augmentée est parue en 2007)
La saison des flèches, Guillaume Trouillard et Samuel Stento, La cerise, 2009, 104 p.
Au recommencement, Thomas Gosselin, Atrabile, coll. «Bile blanche», 2009, 56 p.
Mystérieuse matin, midi et soir, Jean-Claude Forest, L’Association, coll. «Éperluette», 2004, 68 p.
L’invention de Morel, Jean-Pierre Mourey d’après Adolfo Bioy Casares, Casterman, coll. «Écritures», 2007, 126 p.
Trait de craie, Miguelanxo Prado, Casterman, 1990, 88 p.


19 mai 2010  par David Murray

Quelques échos du numérique

La révolution semble bel et bien en marche. Du moins, c’est ce qu’on soutient dans certains milieux et de la voix de certains observateurs : le livre numérique est une réalité avec laquelle il faudra composer. L’arrivée de nouvelles liseuses plus conviviales et pratiques vient entre autres solidifier ce processus. Mais la forme exacte que prendra la commercialisation du livre électronique et le rôle qu’occuperont les principaux maillons de la chaîne du livre traditionnel reste encore à définir.

L’évolution qui se dessine actuellement n’est cependant pas pour rassurer tous les observateurs. Marin Dacos, directeur du Centre pour l’édition électronique ouverte (Cléo) et fondateur du portail de revues électroniques Revues.org, et Pierre Mounier, responsable de la formation, des études et des usages au Cléo et créateur du site Homo Numericus, et qui ont rédigé ensemble L’édition électronique (La Découverte), ont récemment fait part de leurs préoccupations dans un article paru sur le site du Monde : Le livre numérique est dans l’impasse, faisons le choix de l’édition électronique ! Les auteurs s’inquiètent du fait que trois géants - Google, Amazon et Apple - aient actuellement pris les devants, eux dont la logique d’opération, malgré certaines divergences, recèlent des dangers pour les auteurs, les lecteurs et les éditeurs.

Pierre Mounier

Pierre Mounier

Concernant les premiers, les deux auteurs s’inquiètent des risques de censure, comme en témoigne notamment le fait que Apple soit décidé à exercer un droit de regard sur les contenus mis à disposition des utilisateurs de l’iPad via sa librairie électronique iBook Store. Ils rappellent d’ailleurs le cas du dessinateur Mark Fiore, récipiendaire d’un Prix Pulitzer, qui s’est vu refuser son application sur iPhone, pour « contenu pornographique, obscène ou diffamant ». Le patron d’Apple, Steve Jobs, a depuis reculé. Mais comme l’indiquent Martin Dacos et Pierre Mounier, qu’est ce qui garantit que n’apparaîtra pas des chartes de décence sur le contenu mis en ligne ?

Dacos et Mounier s’inquiètent, d’abord pour les lecteurs : actuellement, les livres achetés en ligne sont très souvent incompatibles d’une machine à l’autre ; contrairement au livre imprimé, il est ainsi impossible pour eux de se les partager. Mais aussi pour les éditeurs : malgré le fait que certains d’entre eux semblent satisfaits des dispositions, ils déplorent la dépendance de ces derniers à des entités commerciales ayant leur propre agenda. De plus, les prix de vente actuels ne constituent pas encore à leurs yeux une alternative crédible au livre imprimé.

Marin Dacos

Marin Dacos

Pour les auteurs, ces dangers sont le résultat de dix ans d’attentisme et d’aveuglement de la part des acteurs du livre. Pour sortir de ce qu’ils considèrent être une voie sans issue, ils proposent que le livre numérique soit à la fois lisible, manipulable et citable. Lisible en ce sens qu’il doit « reposer sur des formats ouverts et standards permettant sa transmission d’une machine à l’autre et sa conservation dans le temps ». Manipulable, au sens où il « doit permettre au minimum le copier-coller et l’annotation » et « permettre les recompositions et les modifications selon les envies du lecteur ». Finalement, citable, dans la mesure où il « doit pouvoir être retrouvé par tous les chemins dans la masse quasiment infinie d’informations aujourd’hui disponibles, ce qui signifie qu’il doit disposer au minimum d’un identifiant unique, d’une adresse pérenne sur Internet et d’une description riche et utilisable. » Autant de propositions qui ne sont pas rencontrées dans l’offre actuelle.

De la forme que prendra véritablement le livre électronique, nul n’est devin. Mais ce qui est sûr, c’est que les enjeux ne sont pas uniquement économiques, mais aussi culturels et politiques. Car c’est non seulement un modèle de commercialisation, mais aussi une façon de voir le livre est qui est en jeu par l’entremise de cette innovation technologique. Si on peut encore douter que les lecteurs embrassent majoritairement le livre numérique au point de rendre le livre imprimé marginal, on ne peut évidemment pas faire l’économie de ne pas se pencher sur ces formes que prendra le livre électronique dans son évolution.

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Face aux avancées du livre électronique et à divers sondages qui affirment qu’ils sont de plus en plus nombreux à être prêts à se laisser convaincre d’acheter des tablettes informatiques et des livres électroniques, certains acteurs du milieu ont évidemment déjà commencé à en exploiter les possibilités, et c’est notamment déjà le cas de quelques éditeurs. Ainsi, en France, certaines librairies ont reçu des lecteurs eBook contenant onze ouvrages de la rentrée littéraire. Comme on pouvait le lire sur le site du Libraire, « cette initiative de Place des éditeurs a été prise dans le but de simplifier la vie des libraires, plus légers de quelques livres, ainsi que celle des éditeurs qui n’ont plus à payer l’envoi des nombreux services de presse à ces mêmes libraires. »

Sur le front québécois, la maison d’édition Septentrion vient de publier son premier titre disponible uniquement en version numérique : 1760, les derniers jours de la Nouvelle-France de Réal Fortin. De son côté, le distributeur Diffusion Dimedia vient de signer une entente avec l’entrepôt numérique De Marque afin d’entreposer les livres de ses éditeurs québécois. Pour l’instant, seul le feuilletage en ligne est offert, à savoir qu’il n’est pour l’instant possible que de consulter les premières pages des ouvrages présentés. Il est possible d’en avoir un aperçu en allant sur le site transactionnel des Librairies indépendantes du Québec (LIQ).

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L’édition électronique, Marin Dacos et Pierre Mounier, La Découverte, coll. «Repères», 126 p.


17 mai 2010  par Alice Liénard

Rendez-vous avec des adolecteurs

Détails de la fresque réalisée lors de l'édition 2009 de la Nuit des adolecteurs du Salon régional du livre pour la jeunesse de Troyes

Il suffit parfois d’un seul client pour illuminer ma journée. Un éclat de rire, un mot, une question, un simple merci… Ce jour là, ils furent neuf ados !

L’année dernière, un petit groupe d’élèves - trois ou quatre, je ne sais plus - de l’École secondaire Vanguard est venu à la librairie pour se faire présenter des livres. Je me souviens de leur plaisir (et du mien !) de parler livres, de se faire raconter des histoires. Je me souviens surtout du plaisir de les écouter, d’entendre leurs commentaires, de les voir rire, s’étonner, et même sourciller…

Cette année, à leur demande, ils sont revenus. Le bouche à oreille à l’école sur leur journée en librairie a eu un effet boule de neige et a incité d’autres jeunes à se joindre à eux. Que du bonheur !

Certains s’intéressent uniquement aux documentaires, d’autres adorent la chick lit, d’autres sont des mordus de bandes dessinées, d’autres encore lisent de tout. Certains aiment lire, d’autres moins. Au fond, peu importe ; ce qui compte lors de moments pareils, ce sont les échanges. Et aussi le regard sans jugement que le libraire porte sur leurs lectures, le sérieux qu’il leur accorde. Que de moments délicieux à écouter leurs commentaires, ah non, moi je préfère Jacob, pas Edward, Et quand la libraire y va aussi de son avis, alors là, ils n’en reviennent pas…

Mon rôle est celui d’un passeur, de faire découvrir des auteurs, des mondes, des mots ; je donne mon avis, mais cela ne m’empêche pas pour autant d’écouter les lecteurs, de suivre leurs envies, leurs demandes. L’écoute. Un libraire est un lecteur comme un autre, avec des goûts, des frustrations, des avis parfois péremptoires, mais il écoute aussi.

Il me semble que pour ces ados, ces journées sont synonymes de plaisir car ils sont là, hors des cadres de l’école, dans un univers à part. Ils circulent parmi les livres, ils se font raconter des histoires, et peu importe leurs affinités avec les livres, ils les ouvrent, les ferment, les commentent, rient, soupirent aussi. Lors de telles journées, je raconte, j’explique, mais surtout, j’apprends à mieux écouter.

* Cet article est paru dans le numéro 55 (mars 2010) de Citrouille, la revue de l’Association des librairies spécialisées pour la jeunesse.


14 mai 2010  par May Sansregret

Un signe de mai ?

Coïncidence ou signe supplémentaire que le joli mois de mai bat son plein ? Ces derniers temps, nous avons reçu une volée de nouveaux titres les mettant en scène, tandis qu’ils sont toute une sarabande à gazouiller dans ma cour… Les voilà de retour pour égayer nos éveils matinaux et manger nos semis : ce sont… les oiseaux !

* * *

Les oiseaux sont très cordiaux. Mais leur besoin de tous se saluer peut rapidement devenir une étourdissante «cocophonie» !

Salut !, Perrine Dorin, Le Rouergue, 2008, 30 p.

Il n’empêche que leur chant est l’une des plus belles musiques à écouter…

L’étrange projet de monsieur G., Gustavo Roldán, Sarbacane, 2010, n.p.

Même sous les latitudes boréales, où ceux-ci bercent les aurores…

Ô corbeau, Marcus Malte, ill. de Rémi Saillard, Syros jeunesse, coll. «Albums», 2010, 40 p.

N’est-ce pas que si nous possédions leurs ailes, nous bouclerions sans doute nos valises ?

Les migrants, Mariana Chiesa Mateos, coll. «Les ethniques», Le Sorbier, 2010, n.p.

N’est-ce pas qu’il se dégage d’eux un irrésistible vent de liberté ?

Mes petites fesses, Jacques Godbout, ill. de Pierre Pratt, Les 400 coups, coll. «Grimace», 2002, 32 p.

Été, hiver, printemps ; tandis que certains sont fidèles au poste, d’autres résistent tant bien que mal aux caprices du temps, et nous reviennent parfois… curieusement remplumés !

Pas si bête, Philippe Béha, Hurtubise HMH, 2005, 88 p.

Ainsi, de leurs plumages bariolés, ils nous attirent et nous confondent ; sans doute est-ce contagieux, hein Monsieur Hulot ?

Le Jacquot de Monsieur Hulot, David Merveille d’après Jacques Tati, Le Rouergue, 2005, 32 p. dépliantes.

Il faut dire qu’avec eux nous ne sommes jamais au bout de nos surprises ; qui sait ce qui peut sortir d’un œuf ?!

Drôle d’œuf, Emily Gravett, Kaléidoscope, 2008, 26 p.

Ou qui sait même se qui se cache réellement sous cette tête ? Qu’en dites-vous ?

Canard ! Lapin !, Amy Krouse Rosenthal, ill. de Tom Lichtenheld, Kaléiodoscope, 2009, 36 p.



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