Pour souligner la disponibilité exclusive en librairie de Citrouille, la fameuse revue de l’Association des librairies spécialisées en jeunesse, Le délivré vous présente l’entrevue avec Marie-Louise Gay qu’y a publiée notre libraire Alice Liénard. L’entrevue avait été réalisée le 18 août dernier.
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Un après-midi caniculaire à Montréal, une chaleur écrasante et une fébrilité intacte à l’idée de rencontrer Marie-Louise Gay.
Marie-Louise Gay est depuis plus de 30 ans illustratrice et auteure d’albums jeunesse. Elle a écrit également quelques romans et pièces de théâtre, pour lesquelles elle a d’ailleurs conçu les costumes, les marionnettes, et les décors. Elle fête actuellement les 10 ans de Stella, personnage incontournable de la littérature jeunesse québécoise.
Son atelier de travail est une bulle cotonneuse de lumière, une pièce tampon, un cocon propice à l’émerveillement silencieux. Pas très longtemps, car je découvre accrochées aux murs les illustrations de son album en cours. Plaisir savoureusement égoïste que d’être parmi les premières à le découvrir…
C’est entourées de bouts de papiers, de couleurs, de morceaux de mots aux murs, de livres, d’affiches, et d’une bibliothèque où reposent des Stella dans une vingtaine de langues - entre autres, Estella (la Stella espagnole), Sophie (la Stella allemande), Zarja (la Stella slovène) ou Lleucu (la Stella Galloise) - que débute notre entretien.
Où travaillez-vous, Marie-Louise Gay ?
J’aime travailler seule. Partager un atelier est absolument impossible pour moi. Même si j’ai l’air de ne rien faire, que je suis en train de lire, de faire des esquisses, de faire du vélo, mon processus créatif est toujours en marche, il est dans une continuité. J’ai vraiment besoin de m’isoler, de me retrouver seule avec mes idées.
Vous êtes bilingue ; dans quelle langue écrivez-vous ?
J’ai appris l’anglais dès l’âge de 5 ans, mes parents ont vécu en Ontario et en Colombie-Britannique. Lorsque je crée un livre, un projet, cela commence soit par le dessin, soit par les mots, et les mots me viennent ou en français ou en anglais. Je ne le sais jamais d’avance.
Ensuite je réécris le texte dans l’autre langue. C’est vraiment une adaptation plutôt qu’une traduction. J’aime jouer avec ces deux langues totalement différentes : la langue française est si poétique et si imagée comparée à la langue anglaise, qui est plus directe et vivante.
Est-ce dû aussi au fait que lorsque vous écrivez, par exemple d’abord en anglais, les émotions s’expriment d’abord dans cette langue ? Et lorsque vous réécrivez en français, s’agit-il de retrouver cette émotion là?
Non, ce sont le ou les personnages que j’ai créés qui sont porteurs de l’émotion, les mots ne font que la décrire.
La solitude vous est nécessaire pour créer. Comment cela se passe-t-il lorsque vous écrivez à quatre mains ? Je pense notamment à la série Voyages avec mes parents, que vous écrivez avec votre mari, David Homel.
Nous écrivions chacun de notre côté et nous nous rencontrions pour discuter. Par exemple, je croyais écrire un album de 32 pages pour le premier Voyages avec mes parents mais plus j’écrivais, plus j’avais des idées et bientôt il a été clair pour moi que ce livre se transformait en roman. J’en ai parlé avec David et il a été intéressé. J’ai donc d’abord fait un premier très long synopsis et à partir de là, il a commencé à écrire. Ensuite, j’ai revisé. Et ainsi de suite. L’histoire se construisait en voyageant de l’un à l’autre. Mais les moments d’écriture restaient individuels. Chacun dans son bureau et dans sa tête.
Sur les murs, je peux voir votre travail sur votre prochain album, Roslyne Rutabaga.
Cette fois-ci, je suis allée directement aux illustrations finales, j’ai à peine fait d’esquisses. L’éditeur a vu mon travail comme cela. C’est l’histoire d’un petit lapin qui essaie de bip, bip, bip, bip ( Alice : Je ne souhaite pas vous gâcher la surprise lorsque le livre paraîtra, alors chut… )
J’ai trouvé tellement excitant d’explorer directement la surface. Il y a du papier déchiré partout, des collages, je me demandais comment procéder avec la forme de la page et, soudain, l’histoire de Roslyne a émergé de ces bouts de papier, de colle, et de couleurs vives et spontanées.
Les parents ne sont pas souvent présents dans votre œuvre, sauf dans Voyage avec mes parents, où ils sont plutôt des éléments déclencheurs et ont des idées farfelues qui mettent les enfants dans le trouble !
Voilà, ça, c’est moi et mon mari, et c’est tout à fait nous ! Mais il y a peu de parents parce que je crois que les enfants vivent intensément leur vie, leurs émotions, dans leur petit monde. Les parents sont parfois périphériques à tout ça, sauf dans Voyages avec mes parents et dans mon nouvel album, où ils encouragent plutôt l’enfant dans sa créativité. Ce sont des parents complices.
Ce que je trouve intéressant, et récurrent dans votre œuvre, c’est qu’elle n’est pas moralisatrice. Comment percevez-vous les ouvrages empreints de moralisme, qui affichent une volonté de donner des leçons, d’être pédagogiques ?
C’est une chose qui m’inquiète. Cette vision de la littérature jeunesse où l’enfant doit lire surtout pour apprendre. Cela me choque tellement ! En tant qu’adulte, je peux lire pour m’instruire, pour me dépayser ou pour le plaisir. On confond littérature et apprentissage pédagogique. Pourquoi les enfants ne pourraient pas apprendre plutôt le plaisir de lire ?
Je comprends que parfois les adultes cherchent des solutions ou des réponses : on veut un livre sur le divorce, la maladie, l’obéissance, etc. et c’est parfois utile et nécessaire. Mais à mon avis, il faut lire avec plaisir et passion, et être libre choisir ce qu’on a envie de lire.
C’est la liberté du lecteur qui est en jeu.
Oui, oui, et je pense qu’à force de gaver les enfants de livres moralisateurs ils n’ont pas ce plaisir, ce frisson de peur, de découverte, cette joie de transgresser un peu, de se reconnaître. Quand on donne des réponses toutes cuites, et qu’on est tout à fait scientifique dans nos réponses, les enfants n’ont plus cette joie de rêver, de jouer avec leurs vision du monde, d’explorer. Ils ont une façon de voir le monde qu’en tant qu’adultes nous ne reconnaissons plus. Ils découvrent tout le temps, observent et apprennent seuls aussi. Leurs questions viennent de leurs processus de compréhension du monde.
Lorsque vous étiez petite, étiez-vous comme Stella ? Il y a des petites ressemblances physiques…
Il y a un peu de moi dans tous mes livres. Mais je ne fais pas de lien direct avec mon enfance et ma personnalité, autrement je me sentirais très contrainte par les limites du réalisme. À faire plus vrai que vrai, l’ennui s’y immisce rapidement.
En ce qui concerne Stella, certainement, je m’y reconnais, et je reconnais des impressions de mon enfance, mais je n’ai pas eu pas une enfance aussi libre que la sienne. J’ai eu deux garçons, je les ai bien sûr observés à l’âge de Stella et de Sacha, et j’ai, sans doute, incorporé une partie de leur enfance dans cette série. Que Stella soit une fille m’importe peu, car si on regarde l’âme de l’enfant, garçon ou fille, cela n’a pas d’importance.
Je suis contente de vous entendre dire ça ! Les adultes souhaitent souvent que, dans un livre, le sexe du personnage corresponde à celui de leur propre enfant…
Je n’y crois pas du tout. Cela fait 10 ans que je lis Stella et mes autres livres à des enfants partout à travers le Canada, les États-Unis le Mexique ou la Chine. Et les enfants me disent continuellement qu’ils connaissent quelqu’un comme Stella ou Sacha. Parfois les garçons me disent « Moi, je pense comme Stella. »
Je n’ai pas voulu stéréotyper mes personnages : Stella a une personnalité forte, elle est créative, pas spécialement féminine et ne joue pas avec les poupées, et Sacha, l’enfant timide et introverti, curieux, pour sa part, ne joue pas avec des camions ou des outils. Ils explorent le monde naturel qu’ils découvrent dans toute sa splendeur.
Ce qui est important, c’est que les enfants-lecteurs s’identifient avec les émotions vécues ou ressenties par les personnages. Les enfants n’ont pas les préjugés de leurs aînés… La reconnaissance de soi, et de l’autre, passe par la différence, cela permet aussi de faire des liens.
Oui, et de pouvoir reconnaître des émotions comme la tristesse, la gêne, l’ignorance.
Sacha, parfois, pose des questions et les enfants rient. Ils trouvent drôle qu’il pose de telles questions. Mais au même moment, reconnaissent qu’ils auraient parfois eu envie de poser les mêmes questions. Lorsque je leur lis les albums, je pose la question (de Sacha) et j’attends la réponse. Par exemple avec la question « D’où viennent les étoiles de mer ? », un va me dire « Bah, de la mer ! », et là, je continue : « Mais non, dit Stella, elles viennent du ciel, ce sont des étoiles qui sont tombées en amour avec la mer ». Les enfants rigolent. Certains disent « Impossible ! » et d’autres encore restent silencieux, étonnés, rêveurs.
Les enfants sont toujours dans le questionnement mais aussi dans l’ouverture vis-à-vis des réponses.
Vous parliez de la Chine… Vous êtes traduite en Chinois : qu’est-ce que cela vous fait ?
Je suis traduite dans plus de 20 langues. Petit à petit, mes livres ont été traduits et au fil des ans j’ai rencontré des enfants qui parlent ces langues différentes. Cela me touche tellement de voir que ces livres parlent à tous ces enfants de langues, de cultures, de traditions différentes. C’est un cadeau incroyable !
J’ai lu mes livres en Chine avec une interprète devant une centaine d’enfants de 7/8 ans. L’interprète a suivi mon intonation, mon rythme et lorsque je lisais, les enfants ne la regardaient, pas, ils me regardaient, car je donnais le ton et je m’adressais à eux. C’était fabuleux, ils riaient, ils étaient étonnés et éberlués. Tout comme les enfants de Rimouski, Thunder Bay ou Vancouver.
Il semble qu’il y ait quelque chose d’universel dans mes livres qui les touche. Je reviens toujours au même mot : l’émotion. L’enfant s’identifie avec les préoccupations, les questionnements, les hésitations, les joies et la détresse des protagonistes de l’histoire, quelle que soit la langue qu’ils parlent.
En ce qui concerne votre album Quand Stella était toute petite, je n’avais jamais imaginé que Stella puisse l’avoir déjà été !
Quand j’étais enfant, cela m’intriguait tellement de voir mes personnages préférés tout petits, comme Babar. Je trouvais cela hilarant de le voir petit.
Et puis les enfants me demandaient toujours comment Stella était lorsqu’elle était petite.
Ce qui était important pour moi, c’est de souligner comment l’imagination, la créativité de Stella était déjà là à sa naissance. Tous les enfants se développent différemment. En lisant Quand Stella était toute petite, l’enfant peut comprendre qu’il peut voir le monde à sa manière, que toutes les façons sont bonnes.
D’ailleurs, avec la série Stella, j’ai voulu ouvrir des portes aux petits lecteurs d’images. L’enfant, il lit les images, et y découvre beaucoup de choses qui ne sont pas mentionnées dans l’histoire. C’est comme si je m’adressais directement à l’enfant sans passer par l’adulte-lecteur.
Comment travaillez-vous au niveau des illustrations et des dialogues ? Cela relève-t-il de l’instinct aussi ?
Je travaille beaucoup sur le rythme sans tomber dans le langage de bébé, et dans le trop poétique. C’est extrêmement difficile. Je peux passer des jours sur deux phrases pour trouver le mot juste, le rythme, l’intonation, sans tomber dans une parodie du langage enfantin. Comme mes livres sont souvent lus à voix haute, il est important aussi que le rythme soit travaillé. Donc, lorsque je travaille mon texte, je le lis à voix haute, car je veux imposer un rythme. Autant dans l’illustration où j’ emmène le lecteur à voir certaines choses, où je dirige son regard, autant je dois aussi le faire dans les mots, les phrases et le rythme afin que le lecteur ne se prennent pas la langue dedans.
Je vois dans votre atelier Les loups d’Emily Gravett, une affiche de Wolf Erlbruch… Qu’est ce qui vous attire chez un illustrateur et avez-vous des noms en particulier en tête ?
Un album jeunesse n’est pas qu’illustrations et n’est pas que mots. Souvent d’ailleurs, les deux ne collent pas, ne s’enrichissent pas et ne font que se côtoyer. C’est pourquoi parfois j’ai tendance à moins aimer un livre lorsque l’un ou l’autre, les illustrations ou le texte, domine. Un bon livre d’images atteint un équilibre. Par exemple, Wolf Erlbruch est un de mes illustrateurs préférés. Mais je considère que ses livres ne sont pas toujours pour les enfants. L’atelier des papillons est magnifique, mais pour moi c’est un livre pour artistes. Kveta Pacovska aussi est incroyable. Son petit chaperon rouge est fabuleux ! Mais comment un lecteur conventionnel, c’est-à-dire un adulte habitué au conte classique de son enfance, lira-t-il ce conte à un enfant ?

Il y a un grand débat : faut-il que les enfants soient exposés à tous les styles d’art et d’écriture ? Ou ne doivent-ils que lire des livres qui sont évidemment destinés qu’aux enfants ? Évidemment, plus un enfant à accès à la différence, à l’originalité, à l’étonnant, plus sa vision du monde s’enrichit. Mais d’abord il faut se questionner : à quoi ont-ils vraiment accès comme livres, et quels livres seront préférés et choisis par leurs parents ? Est-ce qu’un adulte se donnera la peine d’explorer un monde visuel éclaté avec un enfant ?
Sur mon île, sans me comparer à Pacovska, est dans cette veine de livres destinés aux artistes. Il est éclaté et surréel. Ce livre exige une lecture différente : l’enfant doit être accompagné par un adulte ouvert à explorer toutes les dimensions de l’histoire et de l’art qui l’accompagne.
Il y a la question de la médiation. En tant que libraire, on se questionne souvent sur certains ouvrages : à quels lecteurs les recommander ? Et on est souvent étonné. L’album permet une liberté exceptionnelle. Ce qui est important aussi, c’est la liberté du lecteur, il va choisir ou pas…
Si on compare mes deux livres, Sur mon île et Stella, étoile de la mer, on voit que l’un est une exploration graphique, théâtrale et surréaliste de la mer, où l’artiste s’est permis d’utiliser la mer comme le théâtre de toutes les folies, de toutes les absurdités ; l’autre est une histoire toute simple de deux enfants qui découvrent la mer, curieux, enthousiastes ; ils explorent ce milieu naturel avec créativité et émotion. Voilà deux manières complètement différentes d’explorer un même sujet. Qui, des adultes ou des enfants, aura envie d’explorer un album éclaté ou de se laisser bercer par une histoire aux repères à la fois familiers et poétiques ?
Pour répondre à votre question, le libraire ou la bibliothécaire a un rôle important : il ou elle doit raconter le livre, séduire le lecteur adulte ou enfant. Mais en fin de compte, c’est l’enfant qui accrochera ou pas… Qui exigera la relecture joyeuse soir après soir.
D’ailleurs, pour moi, une des grandes joies d’être auteur/illustrateur est d’avoir un lien privilégié avec les enfants, de voir comment ils réagissent lorsque je fais des animations ou lorsqu’ils montent des projets autour de mes livres. Les livres ont une continuité dans la vie d’un enfant et aussi dans celle des adultes. Les adultes viennent me rencontrer en me disant « Stella c’était moi, petite ! », « Sacha c’est moi ! » ; quel cadeau extraordinaire !
Cette capacité de toucher, de rassembler des publics différents, est selon moi, ce qui fait la différence.
Lorsque je crée un livre, je ne pense jamais au lecteur, ni à son âge. Je m’assois à ma table et j’écris… C’est évident qu’à un certain moment, je me rends compte que j’écris et illustre pour des enfants un peu plus jeunes ou au contraire, mon texte s’allonge, prend des détours et finalement devient un roman. Mais j’écris aussi pour moi : je dois aussi rire, m’amuser, m’émouvoir.
Quelles lectures vous ont marquées enfant ?
Babar m’est resté comme un des livres les plus engageants, les plus captivants. J’avais une fascination pour Babar et Célestine, ces éléphants fort attachants, qui découvrent la civilisation urbaine.
Mais je pense à un livre que j’ai retrouvé à la bibliothèque : Capitaine Pat. Ce livre m’avait tellement touché et lorsque je l’ai revu, quelques trente ans plus tard, j’ai trouvé les illustrations sirupeuses et le texte banal, sans aucune émotion. J’ai été tellement surprise, c’est un livre que j’adorais.
Ce qui me m’a vraiment marquée, ce sont les BD que je lisais lorsque j’étais adolescente : F ‘Murr et son Génie des Alpages, Gotlib, Le Concombre Masqué, Brétecher, la revue Pilote, etc. J’ai d’ailleurs été très influencée et inspirée par ces créateurs tant au niveau des textes que des images.
Et comment voyez-vous l’évolution vers le livre numérique ?
Il y a trois ans j’aurais dit, un peu comme tout le monde, « Mais voyons donc, c’est encore très loin ! » Mais, lorsque je faisais mes bagages pour aller en France cet été et que je mettais huit livres dans ma valise, je me disais que cela ne serait finalement pas si bête ! Il faudra voir comment tout ça évolue. Si c’est une façon d’emmener plus de gens à lire, pourquoi pas ?
Mon travail restera le même : créatrice, artiste, écrivaine.
Les habitudes de lectures vont changer, mais les créateurs seront toujours là.
Il y a énormément de questions par rapport à tout ça. Est-ce que le livre sera vu de la même manière? Est-ce que la qualité de l’écriture va changer ? Va-t-on écrire différemment pour accommoder ce genre d’outils ? Probablement. C’est intéressant de voir évoluer ça.
Je continuerai de travailler de façon manuelle, avec mes pinceaux, mes couleurs, mes collages ; j’adore ça, je ne vais pas changer. Cela ne m’apporterait rien de plus. Roslyne Rutabaga a été créé de manière si viscérale, si dynamique. Pourquoi essayer d’imiter du papier déchiré ?
D’ailleurs, j’écris tous mes textes à la main plusieurs fois, jusqu’à ce que je sente que cela coule de manière fluide, et ensuite je transfère mon texte sur ordinateur.
Donc je fais tout à la main, et je suppose que ça fait partie, encore une fois, de cette solitude dont j’ai besoin pour créer. Je dois être complètement plongée dans ce que je fais, autant dans la solitude, dans la concentration, que dans le temps que cela prend d’écrire à la main, de découper, d’essayer, de recommencer, d’explorer. C’est mon processus créatif.
C’est une façon de moduler soi-même le temps ?
Oui, il faut que je sois dans ma bulle.
Si vous deviez associer l’illustration, l’écriture à un des cinq sens, ce serait lequel ?
Quand je commence un nouveau projet, c’est comme si je plongeais dans l’eau. J’aime beaucoup l’eau, être sous l’eau, la lumière qui s’y immisce, le silence, les couleurs feutrées. C’est à la fois un monde en soi, mais transparent vers la vie extérieure. J’associe mon illustration, mon écriture, à une immersion dans l’eau. Les cinq sens sont en éveil.
Dans la mer ?
Dans un grand lac, parce que la mer est trop agitée !
Le site internet Ricochet-jeunes propose régulièrement un questionnaire avec, notamment, la ques- tion suivante « Que diriez-vous à un ogre si vous en croisiez un ? » … Je vous demanderais plutôt : « Et si vous rencontriez Stella au coin de la rue, que lui diriez-vous ? »
( Silence. ) Cela serait comme rencontrer mon enfant. Je la prendrais par la main. On n’aurait pas besoin de se parler, on se connaît si bien.
( Une libraire et une auteure les yeux un peu humides… )
Après avoir créé Stella étoile de la mer, j’avais une telle peine de ne plus vivre avec Stella et Sacha au jour le jour. Il y avait quelque chose qui me manquait, mais je ne pouvais pas vraiment la nommer. L’hiver suivant, à la sortie automnale de Stella, étoile de la mer, un jour où je me promenais dans un parc à Montréal, une superbe journée - il neigeait à gros, gros flocons -, tout d’un coup, j’ai vu Stella qui regardait la neige tomber. Sacha, tout emmitouflé, lui tenait la main. Il avait de grands yeux ronds. J’ai écris cette histoire en quatre jours.
Je crois que je l’attendais…