Le Délivré

Archive pour la catégorie ‘▪ Monde du livre’


6 septembre 2010  par Le délivré

Rôles inversés

Le 31 août dernier, libraires et bibliothécaires étaient conviés à découvrir les points forts de la rentrée automnale de Dimedia, l’un des plus importants diffuseurs (et distributeurs) de livres de langue française au Canada. L’opportunité était trop belle pour ne pas vous dévoiler l’un de ces aspects peut-être moins connus du métier de libraire…

Car être libraire, c’est aussi être un acheteur avisé. Chaque mois, les représentants des différents diffuseurs de livres, chacun d’entre eux diffusant de manière exclusive quantités d’éditeurs sur le territoire national (près de 150 pour Dimedia, dont une quarantaine d’éditeurs québécois), rendent visite aux libraires pour leur présenter leurs programmes de parutions. Les libraires en charge des achats fixent alors, sur foi de leur connaissance des auteurs et des éditeurs, des ventes, des goûts de leur clientèle, mais aussi de leur propre sensibilité, le nombre d’exemplaire qu’ils désirent recevoir d’office pour chaque titre lors de sa mise en marché.

L'un des titres-phares de la rentrée québécoise

L'un des titres-phares de la rentrée québécoise

Or, une journée de diffuseur, c’est un peu le best-of de la saison à venir ; pas d’achat à cette occasion, mais plutôt une entreprise de charme visant à aller chercher les appuis des libraires, « principaux et premiers alliés des éditeurs », sur les locomotives éditoriales comme sur les coups de cœurs des éditeurs et autres nouvelles valeurs montantes qui défraieront à coup sûr les chroniques culturelles des médias généralistes au moment les machines promotionnelles des éditeurs se mettront en marche. En effet, pas question d’être en rupture de stock lorsque tous les lecteurs s’arracheront les exemplaires de la prochaine coqueluche du monde du livre ; les libraires doivent assurer.

On a mis les petits plats dans les grands lors de ce rendez-vous au Reine Elizabeth où notre maître de cérémonie, Pascal Assathiany, président de Dimedia, a fait déplacer deux pointures françaises pour le programme de l’avant-midi : Emmanuelle Vial, directrice de Points, et Vera Michalski, présidente-fondatrice du groupe Libella. Mais avant tout, Assathiany nous instruit sur les développement du livre électronique, alors qu’il nous annonce que dès la semaine prochaine, les versions numériques de près de 700 titres de leur fonds de commerce seront disponibles à l’attention des librairies, et que des nouveautés suivront ensuite. Modus operandi : le client se rendra en librairie pour se procurer un jeton avec lequel il pourra effectuer le téléchargement du fichier de son bouquin, à un prix d’au moins 20% inférieur à la version papier.

Emmanuelle Vial

L’énergique Emmanuelle Vial, qui a succédé à Robert Pepin chez Seuil Policiers, nous raconte les mises en place des récits de ses incontournables de l’automne, adaptations de romans américains surtout : Habillé pour tuer de Jonathan Kellerman, Le prédateur de C.J. Box, L’envers du décor de Joseph Wambaugh ; puis celle de la dernière enquête d’un commissaire Wallender vieillissant et mélancolique, L’homme inquiet d’Henning Mankell.

Vial a également participé à la relance de Points en 2005. Le département poche du Seuil (qui pioche aussi dans les catalogues de l’Olivier, Chritian Bourgois, Viviane Hamy, Sonatine, Métayer, etc.) élargit alors considérablement son spectre éditorial pour atteindre le plateau des quelques 250 titres publiés annuellement, dont 10% d’inédits, avec une « insistance sur le qualitatif », le poche étant par essence un fonds se bâtissant sur le long terme. Côté littérature générale, Points, qui vient d’inaugurer son nouveau site, nous offre pour la rentrée une brochette de titres enthousiasmants dont Le chasseur de l’Australienne Julia Leigh, coup de cœur de l’équipe éditoriale, Netherland de Joseph O’Neill, le livre de chevet de Barack Obama, Rencontres fortuites de la Canadienne Mavis Gallant, ou encore Contes carnivores du Belge Bernard Quiriny, un recueil de nouvelles à l’imagination débridée s’étant déjà mérité une avalanche de prix, et qui semblait d’ailleurs le favori de Madame Vial… Côté policier, les projecteurs semblent braqués sur Fakirs d’Antonin Varenne, une « vraie découverte, du niveau des meilleurs Fred Vargas ».

Vera Michalski

Vera Michalski

Arrive ensuite Vera Michalski, présidente fondatrice du groupe Libella, qui existe depuis 2000 et regroupe les éditeurs Buchet-Chastel, Le Temps Apprivoisé, Phébus, Maren Sell et bien sûr Noir sur Blanc, maison qu’elle a fondée en 1986 avec son défunt mari Jan Michalski. Née du désir de faire découvrir les écrivains de L’autre Europe, celle de l’Est, à cette époque où le rideau de fer tenait toujours, Noir sur Blanc affiche une prédilection pour les auteurs classiques et contemporains, les témoignages et la littérature de voyage au sens large.

L'intéressante couverture de « Les pérégrins » offre une vue comparée des principaux fleuves du monde.

L'intéressante couverture de « Les pérégrins » offre une vue juxtaposée de fleuves du monde.

De sa voix de fontaine, Michalski nous présente à son tour les figures de proue de la rentrée Libella, dont Bifteck de Martin Provost (Phébus) ; récit truculent autour d’un boucher porté sur la chose et de paternité ; Les pérégrins de la Polonaise Olga Tokarczuk (Noir sur blanc), collage d’histoires sur le phénomène du voyage ; Du plomb dans le cassetin de Jean-Bernard Maugiron (Buchet-Chastel), émouvant cri-hommage aux ouvriers du livre ; Quand blanchit le monde de la Pakistanaise Kamila Shamsie (Buchet-Chastel), destin de femme dont le titre fait référence aux ombres projetées sur les murs, telles des photographies négatives, des victimes de l’explosion d’une bombe atomique ; ou encore Léa de Pascal Mercier (Maren Sell), dernier opus de l’auteur de l’acclamé Train de nuit pour Lisbonne.

Après un repas copieux, la seconde partie de cette journée spéciale sera consacrée aux éditions du Boréal, principal éditeur de littérature générale au Québec, et c’est son directeur éditorial lui-même, Jean Bernier, qui alternera présentations des œuvres-phares de la saison et entrevues avec leurs auteurs, pour un après-midi bien rempli. On y rencontrera Nicolas Langelier autour de Réussir son hypermodernité et sauver le reste de sa vie en 25 étapes faciles, sur l’expérience particulière d’une génération : le bonheur obligatoire, vrai-faux ouvrage de psycho-pop, choisie en tant que forme représentative de notre époque ; ou Michael Delisle pour Tiroir N° 24, errance urbaine d’un orphelin dépolitisé dans le Québec référendaire. On se laissera bercer par la voix de Suzanne Jacob, le temps d’une lecture de la nouvelle éponyme de son recueil Un dé en bois de chêne. On recevra un exemplaire de La constellation du lynx, car on ne pourra passer à côté de ce livre absolument exceptionnel d’un Louis Hamelin obsédé par les pistes de l’après-Crise d’Octobre. Octobre ne sera pas en reste cette saison tandis que deux romans jeunesse en traitant paraîtront également : 21 jours en octobre de Magali Favre (coll. «Inter») et Mesures de guerre d’André Marois (coll. «Junior»).

Christian Nadeau

Christian Nadeau

Puis viendront les essais, et on écoutera avec grand intérêt les propos du philosophe Christian Nadeau, qui dans Contre Harper : bref traité philosophique sur la révolution conservatrice, a approché la politique de l’actuel gouvernement canadien non pas dans une optique partisane, mais bien dans un examen de ses valeurs, imposées d’une manière qui les feront persister encore longtemps après un éventuel renversement des Conservateurs. Car l’idéologie d’Harper, en affaiblissant les institutions canadiennes, englue la population dans des combats pour des libertés tenues pour acquises depuis longtemps, et se donne du même coup le pouvoir d’agir sur d’autres plans… Mentionnons également qu’on attendra avec hâte Les femmes en politique changent-elles le monde ? de Pascale Navarro, qui s’interroge notamment sur l’apport concret de la présence féminine croissante et de la revendication du rôle de la maternité dans l’action politique, et Ma dernière conférence : La planète en héritage de David Suzuki, synthèse de la pensée et de l’action du célèbre généticien écologiste, et livre inspirant sur le vieillissement.

Jean Paré

Jean Paré

Finalement, on écoutera avec émotion l’interview de Jean Paré autour de la pensée de Marshall McLuhan, alors que paraîtra la version française de la biographie de Douglas Coupland (Génération X) de cet intellectuel et théoricien de la communication, qui, dès les années 60, avait prédit les concepts d’«interdépendance électronique» et de «village global». En tant que traducteur en français de l’œuvre de McLuhan, c’est évidemment a Jean Paré que revenait le droit, dit-il à la blague, de traduire sa biographie ! En fouillant ses notes, le fondateur du magazine L’actualité a également découvert quantité d’entrevues inédites avec l’écrivain canadien le plus cité au monde, qui feront aussi l’objet d’une parution.

On saute quelques passages pour ne pas s’éterniser, car il y eût encore bien d’autres choses lors de cette journée qui, somme toute, inversait les rôles : oui, oui, c’était bien au tour des libraires de se faire présenter des histoires…


18 août 2010  par David Murray

Le modèle Amazon face aux indépendants

Le rictus d'Amazon

Le rictus d'Amazon

Le 28 juillet dernier, l’écrivain Dominic Bellavance publiait sur son blogue un billet dans lequel il fustigeait l’initiative lancée par l’éditeur français L’Autre éditions, initiative par ailleurs endossée par un regroupement de libraires indépendants en France, de boycotter le site de vente en ligne Amazon pour la période estivale. Qualifiant l’idée de «pathétique», il dénonce du même coup l’appui des librairies indépendantes québécoises à cette campagne. Il enjoint par le fait même celles-ci à faire preuve d’innovation pour concurrencer le géant Amazon, et ainsi répondre aux besoins des clients dans leur «nouvelles façons de consommer».

Dominic Bellavance

Dominic Bellavance

L’intéressante discussion qui suit son billet pourrait sembler lui donner raison. Mais permettons-nous d’émettre quelques réserves et d’exposer quelques faits concernant Amazon. S’il est vrai que l’incontournable site de vente en ligne peut s’avérer très pratique pour le consommateur, cela n’est pas sans effet sur les différents maillons de la chaîne du livre. Si le consommateur «je-me-moi je sais ce que je veux et je le veux tout de suite au pied de ma porte» semble y trouver son compte, collectivement, il n’est pas si certain qu’il en soit de même.

Dans The trouble with Amazon, un article publié dans le magazine états-unien The Nation (et également paru sur le webzine alternatif Alternet sous le titre How Amazon Kills Books and Makes Us Stupid), Colin Robinson, co-éditeur chez OR Books, expose quelques-unes des facettes du vrai visage d’Amazon. Car à l’instar de l’impact économique des Wal-Mart de ce monde, les bas prix et l’efficacité des achats que propose Amazon entraînent un coût à payer pour les différents acteurs de l’industrie.

Colin Robinson

Colin Robinson

D’entrée de jeu, rappelons-le, Amazon est un géant, dont les moyens sont maintenant à la mesure de ses ambitions insatiables. Depuis sa fondation en 1995, l’entreprise a connu une croissance fulgurante. Seulement l’an dernier, nous rappelle Colin Robinson, ses ventes ont connu une hausse de 28 % par rapport à l’année précédente. Pour 2009, les ventes de l’entreprise ont ainsi totalisé 24,5 milliards de dollars. À titre de comparaison, en 2008, les ventes de livres de tous les détaillants américains étaient d’un peu moins de 17 milliards… Amazon enregistre donc des ventes nettement supérieures à l’ensemble du marché du livre au sud de nos frontières. Soulignons cependant que de ces ventes, le livre en occupe une place de moins en moins importante : 75 % des ventes chez Amazon ne relèvent ainsi pas du milieu livresque. Malgré tout, ces chiffres sont là pour témoigner du poids énorme que représente Amazon dans le milieu du livre.

Jeff Bezos

Jeff Bezos

Évidemment, l’entreprise se targue de satisfaire les besoins des consommateurs : « Amazon offre aux consommateurs ce qu’ils veulent : des bas prix, une vaste sélection et une commodité extrême », comme le souligne le fondateur d’Amazon, Jeff Bezos. Dans un sens, les chiffres pourraient lui donner raison et force est d’admettre, comme nous l’avons déjà relevé, que le site est effectivement très pratique. Mais là où la rhétorique d’Amazon tombe à plat, c’est lorsque l’entreprise soutient qu’elle contribue à la bibliodiversité et qu’elle offre aux auteurs et éditeurs une visibilité à nulle autre pareil. À n’analyser Amazon qu’à travers la lorgnette individuelle du consommateur averti et éclairé, oui, on peut croire qu’on fait de bonnes affaires avec cette compagnie. Mais à regarder le portrait dans son ensemble, le jeu en vaut-il réellement la chandelle ?

Si la croissance d’Amazon lui permet aujourd’hui d’offrir quelques 2 millions de titres et de vendre des best-sellers avec un escompte avoisinant parfois les 50 %, Colin Robinson rappelle que cette croissance a reposé depuis les débuts sur une approche dure et agressive envers les éditeurs. Les pressions que l’entreprise exerce sur ces derniers pour imposer ses conditions sont constantes. Robinson donne entre autres l’exemple de Melville House qui, à l’instar d’autres éditeurs, s’est vu l’objet de menaces de la part de représentants d’Amazon pour, en quelque sorte, «rentrer dans le rang», à défaut de quoi il deviendrait impossible de se procurer les titres de l’éditeur via le site. Bien que critiquant toujours les façons de faire d’Amazon, Melville House a fini par céder, ne pouvant se permettre de faire l’économie du méga-site de vente en ligne, puisque c’est par lui - le marché étant ce qu’il est - que l’éditeur enregistre ses ventes les plus importantes.

Un autre exemple de relation conflictuelle entre Amazon et les éditeurs est celui de MacMillan. La discorde provenait de la manière de fixer le prix des versions électroniques des ouvrages de ce dernier. Sans entrer dans tous les détails, MacMillan proposait grosso modo à Amazon de pouvoir lui-même fixer le prix des versions électroniques en échange d’une remise fixe, ce que refusait obstinément le géant de la vente en ligne. Contrairement à plusieurs éditeurs qui finissent par plier l’échine, MacMillan a finalement eu gain de cause, mais non sans peine. Une partie de son salut est entre autres venue grâce à l’entrée en scène d’Apple dans le marché du livre électronique, le jeu de la concurrence ayant poussé Amazon à assouplir ses politiques.

Il n’y a pas que les éditeurs qui ont maille à partir avec Amazon ; la bibliodiversité en prend aussi pour son rhume ! Sur Amazon, le choix est immense et l’entreprise entend se faire un devoir de vendre tout ce qui se publie, encouragé en cela par les nouvelles possibilités « d’auto-publication » qui ont vu le jour depuis une quinzaine d’années. Mais la façon de procéder d’Amazon rend l’entreprise victime de ce que le professeur de psychologie sociale Barry Schwartz a appelé le paradoxe du choix, à savoir que plus le choix est grand, moins grande s’avère la diversité. C’est qu’à moins d’être un lecteur averti qui sache ce qu’il veut, la méthode Amazon rend très difficiles les heureux hasards de la découverte. Pourquoi ? Parce qu’à la différence d’un libraire qui peut conseiller le lecteur néophyte et le diriger vers de nouvelles découvertes, la méthode de «promotion» d’Amazon repose sur les ventes déjà effectuées et les correspondances de titres. Un contexte qui favorise la redondance de certains titres et qui est peu propice, par exemple, pour faire connaître un nouveau roman ou de nouveaux auteurs.

Un autre effet pervers de la méthode Amazon provient de la course aux bas prix que l’entreprise suscite. Cette course vers le bas tue littéralement les indépendants qui n’ont pas les moyens de participer à la surenchère des rabais. Comme le rappelle Colin Robinson dans son article, ces dernières vingt années ce sont environ la moitié des librairies indépendantes qui ont du fermer leurs portes au pays de l’Oncle Sam ; en effet, cette guerre des prix ne peut être soutenue que par d’autres gros joueurs comme Wal-Mart. Robinson donne entre autres l’exemple d’Under the Dome de Stephen King qui, sous l’effet de la compétition entre les deux géants, a fini par se vendre à 75 % du prix de vente suggéré de 35$ !

Le phénomène se manifeste aussi chez nous et touche les indépendants d’ici, comme en témoignent la fermeture récente de la Librairie Blais de Rimouski (événement commenté avec saveur par Foglia dans La Presse), ainsi que celle, annoncée, de la Librairie Boule de Neige, spécialisée dans la philosophie et les pratiques de santé orientales. Le propriétaire de cette dernière, Pierre Grenier, affirmait à Rue Frontenac que « l’arrivée des librairies virtuelles et la vente de livres dans les grandes surfaces comme Costco ont sonné le glas des petites entreprises comme la sienne. »

Cette course aux prix les plus bas a aussi des répercussions sur les éditeurs, auxquels on demande sans cesse d’accorder des remises de plus en plus grandes aux détaillants comme Amazon. Dans un tel contexte, les éditeurs ont désormais tendance à se tourner davantage vers les blockbusters pour s’assurer de faire leurs frais, au détriment des nouveaux auteurs et des œuvres moins accessibles dont le risque d’échec devient plus difficile à assumer. Sans promotion adéquate, les auteurs de la relève écopent donc. Étant au bout de la chaîne, ces derniers sont d’ailleurs ceux qui semblent le plus pâtir du succès des géants tels qu’Amazon.

Amazon n’est donc pas nécessairement le meilleur gardien de la diversité culturelle et les méthodes de l’entreprise, à l’instar des autres géants de l’industrie tels que Wal-Mart et Costco, pourraient avoir des effets dévastateurs à cet égard si la tendance actuelle se poursuit. Colin Robinson rapportait que l’American Booksellers Association tire d’ailleurs la sonnette d’alarme, elle qui soutient que « si laissées sans contrôle… les politiques prédatrices de tarification vont dévaster non seulement l’industrie du livre, mais notre capacité collective à maintenir une société dans laquelle le plus large éventail d’idées est toujours accessible à la population. » (notre traduction)

Peinture de Pierre-Luc Bartoli

Peinture de Pierre-Luc Bartoli

Si on peut reconnaître avec Dominic Bellavance que les librairies indépendantes ne devraient pas se contenter de seulement « mettre des livres sur les tablettes », mais faire preuve d’innovation et investir de nouveaux créneaux tels que le livre électronique, ne perdons pas de vue le rôle qu’occupent tous ces libraires dans la promotion d’une réelle diversité culturelle et dans leur fonction de passeur de savoirs et de culture. Le rôle du libraire pourrait assurément à lui seul faire l’objet d’un autre billet, mais mentionnons simplement en terminant qu’encenser Amazon au détriment du libraire indépendant parce que ce dernier serait moins rapide et plus cher, c’est adopter une attitude très nombriliste et individualiste des choses. Et c’est oublier que les Amazon de ce monde ne constituent jamais un portail d’ouverture à la culture digne de ce nom. Comme le souligne un commentateur du billet de Dominic Bellavance, un certain Monsieur de La Marnierre, « Les supermarchés du livre de type entrepôt ou sur le réseau ne sont que de pauvres moyens de se procurer un livre qu’on connaît déjà. Le commerce y gagnera, la culture y perd beaucoup. Mais la culture est morte, il ne reste que les « industries culturelles », qui m’indiffèrent. Je suis finalement bien content de n’avoir plus beaucoup de temps à vivre dans ce monde-là. » En espérant que le monde qui survivra à cet homme ne sera pas celui qu’il dépeint amèrement… et qui apparaît comme celui où nous mènera le modèle Amazon.

* * *

Le paradoxe du choix : Et si la culture de l’abondance nous éloignait du bonheur ?, Barry Schwartz, Marabout, coll. «Société», 252 p.


19 juillet 2010  par David Murray

La littérature 2.0

Déjà, nous avons eu droit au roman écrit en «langage SMS», le fameux sociolecte qui a pris forme et s’est généralisé avec l’explosion du web 2.0, que ce soit via les messageries instantanées, les courriers électroniques, les forums Internet ou autres sites de réseaux sociaux. L’heure est à l’émergence d’une littérature sous le signe du texto !

Le Japon connaît d’ailleurs une mode de ces romans rédigés sur téléphone cellulaire. On les appelle les keitai roman et on en dressait l’an dernier un top 10 afin de récompenser les meilleures œuvres écrites « sur le pouce » au pays du soleil levant. Il n’y a pas que l’Asie qui soit touchée par ce phéno- mène, puisqu’en Italie un certain Roberto Bernocco a publié un roman de science-fiction rédigé sur un Nokia 6630 pendant dix-sept semaines de transport en commun, comme on peut l’apprendre sur le blogue Actualitté.com.

Mais voilà qu’une nouvelle étape a été franchie dans la sphère de la littérature 2.0 le 14 juillet dernier avec la parution sur papier du premier roman publié sur Twitter… Intitulé The French Revolution, le livre a été publié chez Soft Skull Press. Il aura fallu à son auteur, Matt Stewart, environ quatre mois pour twitter, à coups de 140 caractères, les 95 000 mots du roman. Une expérience ardue, aux dires de l’auteur, pour qui le célèbre site de micro-blogues n’est pas très adapté au roman (le contraire nous aurait surpris !) L’auteur avait décidé de tenter l’expérience afin de trouver de nouvelles façons de toucher le public ; dans la même veine, il travaille aussi actuellement avec la société Ricoh Innovations pour lancer une application pour l’iPhone basée sur son livre, peut-on lire sur technaute.cyberpresse.ca.

Contrairement aux romans SMS, dont la qualité littéraire est souvent discutable et qui n’ont pas eu l’heur de susciter l’adhésion de la critique, le roman de Stewart semble avoir reçu un accueil favorable, un chroniqueur du San Francisco Chronicle le comparant même à La conjuration des imbéciles, de John Kennedy O’Toole.

Ce qui nous amène à nous demander : quel intérêt porter à cette littérature « nouvelle génération » ? Sommes-nous devant une réelle « révolution » ou simplement un phénomène amusant et divertissant ? Si on regarde l’histoire de la littérature, on réalise que de tout temps les écrivains ont usé de multiples supports pour pondre leurs œuvres. En ce sens, le portable ou le clavier n’en constitueraient que de nouveaux avatars à travers lesquels des œuvres brillantes pourront forcément surgir un jour ou l’autre. Mais d’un autre côté, la planète 2.0 carburant plus souvent qu’autrement à l’instantanéité et à la consommation rapide, n’y a-t-il pas plutôt un risque que ces « auteurs 2.0 » ne sombrent rapidement dans l’oubli ? La question est lancée…


25 juin 2010  par Eric Bouchard

Encore un effort

Le cheval blême de David B. inaugure en janvier 1992 la collection «Ciboulette» de L’association, qui a popularisé le format roman en bande dessinée.

En janvier 1992, paraît le premier album de la collection «Ciboulette» de L’association, qui a popularisé le format roman en BD.

Les indépendants : un vocable qu’on entendait à tout moment il y a quelques années, alors qu’ils renversaient l’édition mainstream ; mais aujourd’hui, qu’en est-il ? Quelle est leur importance, leur nécessité ?

Rappelons les faits : les années 80 voyaient la bande dessinée plongée dans une crise éditoriale, alors que le marché de la prépublication s’écroule (disparition des magazines Tintin, Pilote, Métal hurlant, Circus, etc.) devant celui, naissant de l’album. Mais en disparaissant, les revues emportent avec elles dans la tombe les bancs d’essais des auteurs débutants et les expérimentations qui n’étaient pas forcément soumises à des impératifs immédiats de rentabilité ; le public cherchait avant tout l’esprit d’une revue où cohabitaient une diversité d’auteurs. Par contre, il en allait tout autrement pour l’édition d’albums : les éditeurs ne veulent pas prendre le risque de miser sur un auteur novice et se réfugient dans les valeurs éprouvées. La décennie 80 fut donc celle du règne de la bande dessinée d’aventures standardisée, avec sa pointe d’érotisme nécessaire… Déjà, certains éditeurs étaient nés en réaction à cet immobilisme : le Futuropolis original  ou Magic Strip, par exemple, qui proposaient des politiques éditoriales davantage centrées sur le travail d’auteur. Hélas, ces structures ambitieuses n’auront pas survécu à la crise.

Affiche de l’adaptation cinématographique de Persepolis de Marjane Satrapi (2007)

Affiche de l’adaptation cinématographique de Persepolis de Marjane Satrapi, sorti en salles en 2007.

Il faudra attendre 1992 pour que, sur les cendres de Futuropolis, naquisse la bien-nommée L’association, formée par des auteurs dont les démarches personnelles originales ne trouvaient aucun écho chez les éditeurs alors en place, avec le succès que l’on sait. En quelques années, de nombreuses maisons alternatives envahiront le paysage (Ego comme x, Cornélius, Fréon ou Atrabile, pour n’en nommer que quelques-unes), formant un véritable mouvement. Cette nouvelle école place les auteurs au pouvoir, affiche sa prédilection pour le noir et blanc comme choix artistique (et non comme contrainte économique), pour les livres-objets, pour la diversité des formats. Le succès culmine dans la première moitié de la décennie 2000 avec Persepolis, alors qu’à ce moment une bonne partie de l’activité du Comptoir des indépendants, qui diffuse le gros de ces petits éditeurs en Europe, tourne autour de la manutention du best-seller de Marjane Satrapi.

Voyant une partie du marché leur échapper, les gros éditeurs finissent par réagir en mettant sur pied des collections sur mesure pour accueillir les artistes de la scène indépendante : «Poisson pilote» chez Dargaud, «Écritures» chez Casterman ou «Bayou» chez Gallimard par exemple, tandis que ce dernier s’associe de plus à l’éditeur de fantasy Soleil pour ressusciter Futuropolis.

Image d'un transfuge : Lapinot passe, à l'instar de son créateur, Lewis Trondheim, chez les grands éditeurs.

Image d'un transfuge : Lapinot passe, à l'instar de son créateur, Lewis Trondheim, chez les grands éditeurs, et subit le remodelage nécessaire.

Résultat : la génération des auteurs indépendants n’aura jamais joui d’une diffusion aussi large, certains imposant même leur noir et blanc chez les majors. Mais ces auteurs le sont-ils toujours, indépendants ? Cette ouverture économique s’est-elle effectuée sans sacrifices ? Si le public est heureux de retrouver ces auteurs de manière plus accessible chez les grands éditeurs, n’y a-t-il pas un biais qui s’est installé dans leur production ? N’y a-t-il pas apparence de liberté alors que ces auteurs exécutent un travail sur mesure pour des collections… formatées pour eux ?

Et pendant ce temps, qu’arrive-t-il aux indépendants, alors que la majorité de leurs auteurs, attirés vers de plus verts pâturages, les désertent ? Comment l’édition indépen- dante parviendra-t-elle à réacquérir sa valeur symbolique, à se repositionner, à réinventer encore le marché ? À l’heure actuelle, il est difficile de répondre à la question alors qu’elle fait face à de nombreuses difficultés.

En premier lieu, ses organes de diffusion périclitent. Par exemple, les principaux éditeurs qui faisaient la force du Comptoir des indépendants en Europe le quittent les uns après les autres (Cornélius pour Harmonia Mundi ou Ego comme x pour Flammarion, alors que L’Association et Atrabile passaient récemment chez Belles Lettres Diffusion, qui n’a pas d’antenne au Québec !) Deuxièmement, les ouvrages deviennent de plus en plus inabordables, et peuvent difficilement supporter la comparaison avec des «produits similaires» : alors qu’un roman graphique peut se vendre 30$ chez un grand éditeur, il est souvent 50% plus cher chez un petit.

Qui paiera 79,95$ pour la traduction française d'American Elf de James Kochalka alors que la version originale se vend 31,50$ ?

Qui paiera 79,95$ pour la traduction française d'American Elf de James Kochalka alors que la version originale se vend 31,50$ ?

Troisièmement, la stratégie commerciale de leurs diffuseurs pique du nez alors que les conditions d’envoi des nouveautés se fragilisent dangereusement. En cherchant à minimiser les risques, ceux-ci ne commandent plus que de toutes petites quantités aux éditeurs ; pour peu qu’un des ces bouquins jouisse d’un engouement en librairie, il devient aussitôt manquant chez le diffuseur, souvent pour plusieurs mois, condamnant d’office un éventuel succès. Et toujours dans l’optique de réduire ces risques au maximum, ces diffuseurs cherchent carrément à exclure les retours en proposant les nouveautés en vente ferme, fermant ainsi la porte des librairies à tout ouvrage sortant le moindrement des sentiers battus. On s’inquiète que bientôt, ces drôles de joueurs de poker n’aient plus de diffuseur que le nom…

Le dernier tome de L'éprouvette

L'éprouvette vol. 3

Il n’en reste pas moins que malgré les déboires des diffuseurs, la scène indépendante se retrouve elle-même en crise identitaire. L’une des dernières entreprises d’envergure de L’association, la revue L’éprouvette (trois numéros parus de janvier 2006 à janvier 2007) cherchait justement à remettre en question l’identité de la bande dessinée, à se demander comment la sortir de ses frontières actuelles. À ce propos, si l’examen d’auteurs de bande dessinée qui en sont sortis en important leur culture au sein d’autres médiums (Julie Doucet et ses collages, Benoît Jacques et ses broderies, Edmond Baudoin et la danse contemporaine, etc.), ou le questionnement légitime sur la complaisance de la critique, qui prive peut-être le milieu d’une nouvelle (r)évolution, sont à coup sûr salutaires, il n’en demeure pas moins qu’on se demande bien où émergeront les nouvelles avant-gardes.

* * *

Sur tous ces questionnements légitimes, on pourra lire avec intérêt quelques ouvrages parus dans la collection «Éprouvette» : Désœuvré, de Lewis Trondheim, une enquête parmi ses collègues pour répondre à cette question : les auteurs de bande dessinée sont-ils condamnés à mal vieillir ? ; Plates-bandes, de Jean-Christophe Menu, un essai virulent sur la vidage de sens des expériences de l’édition indépendante par les grands éditeurs ; L’art selon Madame Goldgruber de Nicolas Mahler, ou les hilarants démêlés d’un bédéiste autrichien avec une fonctionnaire à l’esprit hermétique du ministère du revenu ; Contre la bande dessinée de Jochen Gerner, un inventaire de jugements sur le médium jouant dans sa forme sur les limites entre «ce qui est BD» et «ce qui ne l’est pas» ; et finalement, Encore un effort d’Alex Baladi, l’émouvant manifeste d’un auteur pour l’esprit… indépendant.

Extrait d'Encore un effort d'Alex Baladi

Extrait d'Encore un effort d'Alex Baladi

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L’éprouvette (trois numéros), collectif, L’association, 192, 416 et 570 p.
Désœuvré, Lewis Trondheim, L’association, coll. «Éprouvette», 72 p.
Plates-bandes, de Jean-Christophe Menu, L’association, coll. «Éprouvette», 76 p.
L’art selon Madame Goldgruber, Nicolas Mahler, L’association, coll. «Éprouvette», 120 p.
Contre la bande dessinée, Jochen Gerner, L’association, coll. «Éprouvette», 150 p.
Encore un effort, Alex Baladi, L’association, coll. «Éprouvette», 78 p.


2 juin 2010  par Eric Bouchard

An outstanding cartoonist

Ce samedi 5 juin se déroulera la 6e remise annuelle des Joe Shuster Awards, qui récompensent les auteurs de bandes dessinées canadiens, à l’Université de Toronto. Ces prix nationaux, nommés en l’honneur du Torontois Joe Shuster, avec qui le scénariste Jerry Siegel avait créé le personnage de Superman en 1932, cherchent à récompenser et à attirer l’attention sur les efforts menés par les Canadiens qui créent, publient ou vendent des bandes dessinées. L’association sans but lucratif qui chapeaute les prix s’efforce d’assurer une représentation de toute la production nationale, que les œuvres soient en français ou en anglais, l’essentiel étant que les artistes nominés soient… Canadiens.

Ayant eu l’honneur de faire partie du jury de sélection pour les prix du Meilleur auteur, du Meilleur scénariste ainsi que de la Meilleure bande dessinée publiée sur Internet (soit Outstanding Cartoonist, Outstanding Writer et Outstanding Webcomic), j’ai eu envie, quelques jours avant la remise des prix, de vous faire part des arguments qui ont déchiré les membres du jury au fil de leurs réflexions dans la catégorie Outstanding Cartoonist

Quelques mots sur le processus : en janvier de chaque année, la Joe Shuster Awards Association produit une liste de tous les titres et auteurs éligibles publiés au cours de l’année précédente. À partir de cette liste, un premier comité de sélection, un panel national de journalistes et d’experts en bandes dessinées renouvelé annuellement, détermine ses meilleurs choix dans chaque catégorie. Par la suite, un jury final, cette année composé pour les trois catégories précitées de Bart Beaty, professeur à la Faculté de Communication et Culture de l’Université de Calgary, Patrick Bérubé, gérant du site Comic Book Bin, Robin Fisher, animatrice du Onamatopoeia Show à la radio de l’Université Concordia, Duane Murray, scénariste, réalisateur et comédien, et moi-même, se charge de déterminer les vainqueurs, le tout sous la supervision éclairée de Kevin Boyd, directeur exécutif des Shuster Awards. Voici donc les finalistes, leurs qualités et leurs défauts…

chasseur

Darwyn Cooke. Richard Stark’s Parker : The Hunter, IDW Publishing (Parker : Le chasseur, trad. fr. de Tonino Benacquista chez Dargaud).

The Hunter offre un récit bien structuré, une intrigue forte et beaucoup d’action ; bien sûr, il est tiré d’un récit déjà solide. Mais malgré une narration divertissante, celle-ci manque de nuance - à l’image de ce personnage principal, monolithique (il est en colère et se venge ; point) -, semble passer à côté du ton de Stark, et peut paraître éparse, de par la difficulté du travail de condensation d’un roman en bande dessinée. Par contre, sur le plan graphique, le tout est magnifiquement dessiné, visuellement impressionnant, alors que Cooke se distancie de son style habituel vers une touche plus épurée.

Philippe Girard. Tuer Vélasquez, Glénat Québec.

Question de culture ? Le travail de Philippe Girard n’emportait pas facilement l’enthousiasme des membres anglophones, avec son rythme lent, sa densité, et le statisme, la froideur de son style graphique. Néanmoins, on peut voir les oppressantes masses noires que déploie l’auteur en totale adéquation avec le climat du récit… Et Tuer Vélasquez, avec la puissante idée qu’il exprime, comment les livres et la lecture peuvent aider à surmonter les épreuves, et tout l’aspect cathartique qu’il implique pour les autres victimes d’abus, demeure sans aucun doute l’œuvre la plus aboutie de l’auteur.

Jeff Lemire. The Nobody, DC/Vertigo (Monsieur Personne, trad. fr. chez Panini) ; Sweet Tooth 1-4, DC/Vertigo ; « The Old Silo » dans Noir : A Crime Comics Anthology, Dark Horse ; « The Horseless Rider » dans Awesome 2 : Awesomer, Top Shelf.

Lemire ne crée pas une aussi forte impression que l’an dernier, alors que paraissait l’immense Essex County (qui vient de paraître en français chez Futuropolis). The Nobody, énième variation de L’homme invisible de H.G. Wells, comporte néanmoins quelques bons moments, mais les premiers tomes de Sweet Tooth, malgré une histoire qui s’annonce captivante, ne nous propose tout de même que la mise en place d’un récit. Aussi, il est surprenant de retrouver Lemire sous le label Vertigo, qui semble lui dicter une voie qui n’est pas forcément la sienne… Lemire perd des points en raison du trop grand nombre d’œuvres parues cette année ; ses quelques autres histoires courtes ne sont pas forcément mémorables. Autrement, son dessin s’avère inégal par moments.

Bryan Lee O’Malley. Scott Pilgrim 5 : Scott Pilgrim vs. the Universe, Oni Press (le t. 1 est paru en fr. chez Milady).

L’auteur présente, avec son mélange de styles, un concept rafraîchissant et original, très énergique et abouti dans son traitement graphique, sa mise en page, et même son lettrage ! L’histoire et ses personnages sont à la fois mignons et excentriques, mais malheureusement le scénario de l’épisode actuel, pas forcément le plus abouti de la série, n’apporte pas grand chose de neuf….

Michel Rabagliati. Paul t. 6 : Paul à Québec, La Pastèque.

Alors qu’on croyait qu’il serait difficile pour l’auteur de surpasser Paul à la pêche, il semble qu’il l’ait réussi ! Loin du récit errant, Paul à Québec se sert du passage du temps comme d’un catalyseur à son rythme, et dans un cadre local, livre un propos universel. Rabagliati, qui n’aura jamais démontré une telle assurance en ses moyens, se livre à toutes sortes d’astuces graphiques et convie le lecteur à une large gamme d’émotions. Cependant, le récit long et fortement axé sur la «tranche de vie» de Rabagliati a pu déconcerter certains membres, plus habitués à une narration «arquée», tandis que d’autres reprochent à Paul son caractère inoffensif, sans provocation, égal à lui-même, comme un jour gris montréalais…

Simon Roy. Jan’s Atomic Heart, New Reliable Press.

Quelle surprise que cette excitante courte histoire de science-fiction, avec une finale déstabilisante à souhait ! Jan’s Atomic Heart révèle un talent d’écriture certain, avec une économie de la narration qui va droit au but. On songe aux histoires courtes de Moebius de la période The Long Tomorrow (il y a pire comme comparaison !) Son dessin peut paraître un peu terne, mais offre déjà une couleur toute personnelle. Cependant, ce jeune auteur prometteur se retrouve dans la cour des grands, où la comparaison est difficile. Roy, qui aurait certainement remporté les honneurs de la catégorie Meilleur premier livre si elle avait existé, doit encore trouver sa voie, mais est définitivement un auteur à suivre…

Seth. George Sprott 1894-1975, Drawn & Quarterly (trad. fr. chez Delcourt).

Assurément, ce bouquin géant au design soigné est physiquement magnifique. Sa construction atypique ne se laisse pas forcément approcher facilement, mais on s’y laisse prendre, notamment en raison de certaines pages d’une bouleversante beauté ! Mais Seth-narrateur y prend-il trop de place ? Épuise-t-il sa recette du tranquille, banal, lent et nostalgique ? Mais si l’artiste «pain-blanc» préféré des Canadiens pourrait sembler ne plus dessiner que pour les mamies des villages oubliés de l’Ontario, il ne faut pas oublier à quel point il nous offre une œuvre et un personnage d’une grande complexité ; on y pénètre un tombeau magnifique, un cimetière des éléphants, un cimetière curieusement situé au 3e sous-sol de la CBC…

Michael Nicoll Yahgulanaas. Red : A Haida Manga, Douglas & McIntyre.

Belle découverte que cet artiste jouissant d’une certaine notoriété au Canada anglais, mais quasiment inconnu au Québec. Cette véritable œuvre d’art propose des mises en page d’une incroyable inventivité, fortement décoratives, fondées sur l’art traditionnel Haïda, un peuple autochtone de la côte du Pacifique. Et si ses couleurs à l’aquarelle sont magnifiques, le récit de ce conte traditionnel est difficile à suivre, ses personnages difficiles à cerner, tellement le lecteur est captivé par l’emphase portée sur les étonnantes dispositions de cases. Il n’en demeure pas moins que Red nous offre une sage parabole, au caractère fugace, sur la guerre et ses conséquences.

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Comme nous l’a rappelé Kevin, toutes ces œuvres possèdent des structures, des techniques et des styles radicalement différents. De plus, George Sprott (Best Book aux Doug Wright Awards), Parker (Graphic Novel of the Year d’après Diamond Comics) et Paul à Québec (deux Bédélys, Grand prix de la ville de Québec, Prix du public à Angoulême) se sont tous mérités de nombreux prix ; aux Eisner Awards, Jeff Lemire est nominé pour Sweet Tooth (Best New Series), Bryan Lee O’Malley pour Scott Pilgrim (Humour Publications), et Darwyn Cooke, deux fois, pour Parker (Graphic Novel - Adapted, Writer/Artist). Sinon, Michael Nicoll Yahgulanaas reçoit beaucoup d’attention pour Red, véritable jalon culturel… Et il va sans dire que les membres du jury ont tous défendu leurs choix différents avec fougue et passion !

Le tout est un veritable casse-tête : « Who was truly OUTSTANDING last year ? » La réponse samedi…

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Le site des Joe Shuster Awards


26 mai 2010  par David Murray

L’anarchisme au menu

Proudhon, Bakounine et Kropotkine.

L’anarchisme. Proudhon, Bakounine, Kropotkine, Reclus, Goldman, Malatesta : quelques-unes de ses figures de proue. Voilà pourtant un courant de pensée qui a souvent eu mauvaise presse et dérangé la quiétude de la « bonne société ». Souvent associés à la violence, les anarchistes sont cependant loin d’être simplement des poseurs de bombes, bien qu’une frange de l’anarchisme ait ouvertement épousé la violence comme stratégie de lutte à la fin du 19e siècle par ce qu’on a appelé la propagande par le fait[1]. Mais si l’anarchisme reste en fait plutôt méconnu de la plupart de nos contemporains, il existe pourtant un bon moyen d’en pénétrer l’univers…

Les 29 et 30 mai prochains aura lieu la 11e édition du Salon du livre anarchiste de Montréal. L’événement est devenu au fil des ans le plus important rassemblement du genre en Amérique du Nord, et cette année encore, plusieurs éditeurs et collectifs du Québec, du Canada anglais, des États-Unis et d’Europe nous feront découvrir leurs publications et activités. Une nouveauté cette année : les kiosques des exposants accueilleront les visiteurs les deux journées, contrairement aux années précédentes.

Ainsi, cette année encore, ils seront une centaine d’exposants à présenter leur travail. Ce sera là une belle occasion de découvrir des ouvrages difficilement accessibles au Québec. En dehors des librairies L’Insoumise à Montréal et La Page noire à Québec, qui toutes deux se spécialisent dans les publications relevant de la mouvance anarchiste, il est plutôt difficile voire impossible de se procurer nombre de ces ouvrages dans la Belle Province - bien qu’Internet nous offre maintenant le moyen de contourner ces limites. Parmi ces éditeurs étrangers qui nous feront l’honneur de leur présence, mentionnons les piliers de South End Press et AK Press aux États-Unis, mais également, toujours chez l’Oncle Sam, les gens de PM Press et Microcosm Publishing ; on y verra également la revue Réfractions ou la Fédération anarchiste pour le vieux continent, ou New Star Books et Fernwood Books pour le Canada anglais. Autant d’éditeurs qui donnent non seulement dans les essais théoriques sur l’anarchisme, mais aussi dans la fiction, la poésie, les arts.

Le Québec n’est évidemment pas en reste. On retrouve les incontournables Lux ou Écosociété, mais aussi de petits éditeurs tels que Black Rose Books, Poètes de brousse, Rodrigol, Les Pages Noires, Sabotart et Moult éditions, qui publient les décapants travaux de la Conspiration dépressionniste. On retrouvera également au sein des exposants plusieurs collectifs et groupes militants anarchistes d’ici et d’ailleurs, qui partageront leurs expériences de lutte au quotidien.

Mais le salon, c’est aussi plus que des kiosques et des exposants. Au menu, on retrouve également tout au long de ces deux journées des ateliers d’introduction à l’anarchisme, d’autres d’approfondissement de certains enjeux touchés par l’anarchisme, des films, des ateliers de réflexion, des rencontres de parents anarchistes, une salle de solidarité avec les luttes autochtones, une zone pour enfants, des manifestations artistiques, etc. De quoi satisfaire toute la famille !

Comme à chaque année, notons que le salon est précédé du Festival de l’anarchie. S’échelonnant tout au long du mois de mai, celui-ci présente un peu partout dans la ville conférences, tables rondes, soirées de projection vidéo, lancements de livres, festival de théâtre et plus encore, le tout se terminant par un cabaret anarchiste qui donne le coup d’envoi au salon.

S’adressant autant aux initiés et aux non-initiés des pratiques et idées anarchistes, le salon aura encore lieu cette année au CEDA, un centre communautaire des quartiers Petite-Bourgogne et St-Henri, situé au 2515 rue Delisle, tout près du métro Lionel-Groulx. Deux journées pour ceux et celles qui voudraient faire connaissance avec une frange radicale de la marge sociale, mais bien ancrée dans la réalité !

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Pour ceux et celles qui voudraient en connaître davantage sur les idées développées par le mouvement anarchiste, on consultera entre autres le catalogue des éditions Lux, qui ont publié plusieurs ouvrages des penseurs classiques de ce courant idéologique.


[1] Il est cependant intéressant de constater que cet amalgame anarchisme/violence soit toujours en vogue, comme en fait foi la couverture médiatique du récent incendie criminel ayant ravagé une succursale de la RBC à Ottawa, où rapidement les anarchistes furent mis en cause, bien que dans le communiqué revendiquant l’attentat il n’est nullement indiqué que le soi-disant groupe responsable - au demeurant totalement inconnu jusqu’ici - soit d’obédience anarchiste. Comme quoi sur certains dossiers la rigueur journalistique semble demeurer au vestiaire…


19 mai 2010  par David Murray

Quelques échos du numérique

La révolution semble bel et bien en marche. Du moins, c’est ce qu’on soutient dans certains milieux et de la voix de certains observateurs : le livre numérique est une réalité avec laquelle il faudra composer. L’arrivée de nouvelles liseuses plus conviviales et pratiques vient entre autres solidifier ce processus. Mais la forme exacte que prendra la commercialisation du livre électronique et le rôle qu’occuperont les principaux maillons de la chaîne du livre traditionnel reste encore à définir.

L’évolution qui se dessine actuellement n’est cependant pas pour rassurer tous les observateurs. Marin Dacos, directeur du Centre pour l’édition électronique ouverte (Cléo) et fondateur du portail de revues électroniques Revues.org, et Pierre Mounier, responsable de la formation, des études et des usages au Cléo et créateur du site Homo Numericus, et qui ont rédigé ensemble L’édition électronique (La Découverte), ont récemment fait part de leurs préoccupations dans un article paru sur le site du Monde : Le livre numérique est dans l’impasse, faisons le choix de l’édition électronique ! Les auteurs s’inquiètent du fait que trois géants - Google, Amazon et Apple - aient actuellement pris les devants, eux dont la logique d’opération, malgré certaines divergences, recèlent des dangers pour les auteurs, les lecteurs et les éditeurs.

Pierre Mounier

Pierre Mounier

Concernant les premiers, les deux auteurs s’inquiètent des risques de censure, comme en témoigne notamment le fait que Apple soit décidé à exercer un droit de regard sur les contenus mis à disposition des utilisateurs de l’iPad via sa librairie électronique iBook Store. Ils rappellent d’ailleurs le cas du dessinateur Mark Fiore, récipiendaire d’un Prix Pulitzer, qui s’est vu refuser son application sur iPhone, pour « contenu pornographique, obscène ou diffamant ». Le patron d’Apple, Steve Jobs, a depuis reculé. Mais comme l’indiquent Martin Dacos et Pierre Mounier, qu’est ce qui garantit que n’apparaîtra pas des chartes de décence sur le contenu mis en ligne ?

Dacos et Mounier s’inquiètent, d’abord pour les lecteurs : actuellement, les livres achetés en ligne sont très souvent incompatibles d’une machine à l’autre ; contrairement au livre imprimé, il est ainsi impossible pour eux de se les partager. Mais aussi pour les éditeurs : malgré le fait que certains d’entre eux semblent satisfaits des dispositions, ils déplorent la dépendance de ces derniers à des entités commerciales ayant leur propre agenda. De plus, les prix de vente actuels ne constituent pas encore à leurs yeux une alternative crédible au livre imprimé.

Marin Dacos

Marin Dacos

Pour les auteurs, ces dangers sont le résultat de dix ans d’attentisme et d’aveuglement de la part des acteurs du livre. Pour sortir de ce qu’ils considèrent être une voie sans issue, ils proposent que le livre numérique soit à la fois lisible, manipulable et citable. Lisible en ce sens qu’il doit « reposer sur des formats ouverts et standards permettant sa transmission d’une machine à l’autre et sa conservation dans le temps ». Manipulable, au sens où il « doit permettre au minimum le copier-coller et l’annotation » et « permettre les recompositions et les modifications selon les envies du lecteur ». Finalement, citable, dans la mesure où il « doit pouvoir être retrouvé par tous les chemins dans la masse quasiment infinie d’informations aujourd’hui disponibles, ce qui signifie qu’il doit disposer au minimum d’un identifiant unique, d’une adresse pérenne sur Internet et d’une description riche et utilisable. » Autant de propositions qui ne sont pas rencontrées dans l’offre actuelle.

De la forme que prendra véritablement le livre électronique, nul n’est devin. Mais ce qui est sûr, c’est que les enjeux ne sont pas uniquement économiques, mais aussi culturels et politiques. Car c’est non seulement un modèle de commercialisation, mais aussi une façon de voir le livre est qui est en jeu par l’entremise de cette innovation technologique. Si on peut encore douter que les lecteurs embrassent majoritairement le livre numérique au point de rendre le livre imprimé marginal, on ne peut évidemment pas faire l’économie de ne pas se pencher sur ces formes que prendra le livre électronique dans son évolution.

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Face aux avancées du livre électronique et à divers sondages qui affirment qu’ils sont de plus en plus nombreux à être prêts à se laisser convaincre d’acheter des tablettes informatiques et des livres électroniques, certains acteurs du milieu ont évidemment déjà commencé à en exploiter les possibilités, et c’est notamment déjà le cas de quelques éditeurs. Ainsi, en France, certaines librairies ont reçu des lecteurs eBook contenant onze ouvrages de la rentrée littéraire. Comme on pouvait le lire sur le site du Libraire, « cette initiative de Place des éditeurs a été prise dans le but de simplifier la vie des libraires, plus légers de quelques livres, ainsi que celle des éditeurs qui n’ont plus à payer l’envoi des nombreux services de presse à ces mêmes libraires. »

Sur le front québécois, la maison d’édition Septentrion vient de publier son premier titre disponible uniquement en version numérique : 1760, les derniers jours de la Nouvelle-France de Réal Fortin. De son côté, le distributeur Diffusion Dimedia vient de signer une entente avec l’entrepôt numérique De Marque afin d’entreposer les livres de ses éditeurs québécois. Pour l’instant, seul le feuilletage en ligne est offert, à savoir qu’il n’est pour l’instant possible que de consulter les premières pages des ouvrages présentés. Il est possible d’en avoir un aperçu en allant sur le site transactionnel des Librairies indépendantes du Québec (LIQ).

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L’édition électronique, Marin Dacos et Pierre Mounier, La Découverte, coll. «Repères», 126 p.


26 avril 2010  par Claude Lussier

Retour sur le Salon du livre de Paris

Du 26 au 31 mars dernier se tenait la 30e édition du Salon du livre de Paris, à la Porte de Versailles. Et j’ai eu la chance, à titre de libraire, de travailler au kiosque de Québec-Édition. Cet organisme, chapeauté par l’Association nationale des éditeurs de livres (ANEL), a pour mandat, entre autre, de faire rayonner le livre québécois et canadien francophone dans les différents salons du livre internationaux (Paris, Bruxelles, Genève, etc) et les foires internationales (Bologne, Francfort, Guadalajara, etc). Les éditeurs-membres sont sollicités en vue de ces différents événements et décident eux-mêmes de leur participation et des livres qu’ils veulent présenter. Pour plusieurs d’entre eux, qui ne bénéficient  pas d’une diffusion sur le marché français, c’est une occasion de faire connaître leurs fonds et leurs auteurs.

Pour son 30e anniversaire, le Salon de Paris, plutôt que de mettre à l’honneur un pays, a décidé de souligner le travail de 90 auteurs, francophones et étrangers. Se côtoyaient, entre autres, Paul Auster, Umberto Eco, Amélie Nothomb, Yasmina Khadra, Dany Laferrière et Anne Robillard. Tous ces gens participaient à des colloques, rencontres, séminaires, panels et incontournables séances de signature. Durant 6 jours, le salon aura attiré environ 190 000 visiteurs, une baisse de 7% par rapport à l’année 2009. A titre de comparaison, le salon de Montréal, qui en sera en 2010 à sa 32e présentation, a attiré en 2009 environ 120 000 visiteurs.

Alors, comment le Québec se comporte-t-il sur le marché français ? Sommes-nous attendus ? A-t-on faim et soif de nous ? D’abord une petite remarque qui me semble bien révélatrice. Sachez, chers lecteurs, que la France fait peser sur nos épaules le poids de la défense de la langue française ! Que de fois n’ai-je entendu, durant mon assez court séjour, des gens m’affirmer que le destin de la francophonie était entre nos mains, que la France s’enfonçait inexorablement, qu’elle se croyait forte de par le nombre mais que sa forteresse était attaquée de toutes parts par le virus anglais ! Voilà que le petit cousin devra montrer la voie à la Mère-Patrie !

Pour ce qui est des livres, la quarantaine d’éditeurs présents ont offert un bel échantillonnage de la production québécoise : romans, poésie, essais, livres universitaires, périodiques culturels et livres pour enfants. Étaient aussi présents une quarantaine d’auteurs québécois et canadiens francophones, heureux de venir rencontrer, pour la plupart, de futurs lecteurs. Et je dois dire, sans crainte de me tromper, que ce fut sûrement pour plusieurs d’entre eux un exercice d’humilité. Alors qu’au stand Albin Michel, il suffit qu’Amélie Nothomb s’installe à une table pour créer en quelques instants une affluence monstre, chez Québec-Édition, chaque auteur devait user de tout son charme et de toute sa générosité pour aller chercher, un par un, les possibles lecteurs de leur œuvre. Il faut dire que la littérature québécoise étant si peu diffusée en France (ma visite de quelques librairies de Paris ne m’a pas permis de trouver d’auteurs québécois, même publiés chez des éditeurs français), nos auteurs sont pour ainsi dire inconnus. Cependant, certains d’entre eux, bénéficiant de la cote d’amour des lecteurs pour le roman historique, tirent bien leur épingle du jeu. Michel David et Louise Tremblay-d’Essiambre, pour ne citer que ces deux-là, possèdent déjà un lectorat qui est conquis.

Doit-on se sentir inquiet, irrité, découragé du fait que, malgré une présence soutenue depuis des dizaines d’années en France, notre littérature soit encore si mal connue de nos cousins français ?  Bien sûr, ils ont le poids, le nombre, la tradition, et contre tout cela nous ne pouvons rien. La littérature française s’est bâtie sur des classiques, au fil des siècles. Qui avons-nous à opposer à Hugo, Baudelaire, La Fontaine, Villon ? Bien peu de choses j’en ai peur. Pendant que ces derniers composaient, nos préoccupations étaient toutes autres, à savoir établir un territoire. Si bien que, pour reprendre une idée de M. Robert Melançon dans son livre Qu’est-ce qu’un classique Québécois, notre littérature est encore bien jeune, et ses classiques encore bien peu nombreux.  Mais ceux qui se qualifient pour ce titre n’ont rien à envier aux autres qui constituent le patrimoine mondial de la littérature. Et voilà pourquoi nous avons encore devant nous de belles années où nous pourrons, à nouveau, visiter nos amis français, belges, suisses et autres. Et nous aurons comme mission de faire résonner notre voix pour l’inscrire dans le grand chant choral de la littérature mondiale.



© 2007 Librairie Monet