Le Délivré

Archive pour la catégorie ‘▪ Bande dessinée’


30 août 2010  par Eric Bouchard

Du beau dessin ?

Section bandes dessinées - une belle journée où les chariots ploient sous les arrivages. Un libraire s’approche d’un client, le salue, s’informe s’il peut l’aider. Sans vouloir le bousculer, bien sûr. Le sens du service passe avant tout. Mais demeure que le libraire s’interroge : est-ce que ce client a fait le tour de ce qu’il connaissait ? aurait-il envie qu’on l’amène à la découverte de nouveaux paysages livresques ? et même, voudrait-il franchement se jeter à l’eau en ayant envie qu’on le surprenne ? Et voilà que le client se risque : Oui, que proposez-vous ?

Quel bonheur ! alors que le libraire peut se mettre en marche, et commencer son réel boulot : identifier les goûts de ce nouveau lecteur, comme on chercherait à le faire des variables d’une équation à deux inconnues ; entreprise épineuse s’il en est une, mais enthousiasmante au possible, alors qu’on opère, qu’on dissèque, qu’on discerne, bref, qu’on cherche la réponse à l’éternelle et fondamentale question: quel est l’album qu’il faudrait absolument lui mettre entre les mains ?

Parce que souvent, à la question Qu’avez-vous aimé ?, on se fera répondre Ah, mais moi j’aime tout !, et voilà que le champ des livres possibles paraît s’élargir d’un coup, rendant l’opération encore plus délicate. Et si, en tâtonnant ça et là, on aura réussi à se faire une idée du genre de récits qu’affectionne le lecteur en herbe, voire en friche, reste un facteur déterminant : le dessin. Du dessin, ça ne va pas de soi.

Car alors qu’on entreprend de présenter la perle rare à coup d’arguments massue savamment agencés, on perçoit soudain une neutralité non feinte : ça ne prend pas. Très bien, on ne s’attardera pas ; on s’était conservé quelques autres idées lumineuses sous la manche, et on enchaîne tout de suite sur ce nouveau titre qui vous enchantera à coup sûr, voyez ces pages… Mais cette fois, on devine même une pointe d’agacement chez notre destinataire. Celui-ci prend alors le taureau par les cornes et avertit l’obstiné destinateur : Ah, mais moi, ce que j’aime, c’est du beau dessin…

Mmmoui, pas facile de répondre à cet électrochoc de subjectivité. Ce qu’un trouve beau, l’autre ne peut le souffrir en peinture, et vice-versa. Les goûts et les couleurs…, comme le tranche ce célèbre dicton relativiste si utile pour couper court à toute discussion. Mais toujours est-il qu’on ne se laisse pas démonter : on cherche à découvrir LE type de dessin qui se cache derrière cette appréciation individuelle du dessin. Et souvent, on découvre que ce beau dessin est en fait… le réalisme classique.

« Impression, soleil levant » (1872) de Claude Monet, qui a donné son nom à l'impressionnisme

« Impression, soleil levant » (1872) de Claude Monet, qui a donné son nom à l'impressionnisme

À partir de là, le conseil pourra enfin toucher la cible et faire un heureux. Mais tandis que le client s’éloignera ravi et qu’on lui adressera nos vœux sincères, on ne pourra s’empêcher d’avoir cru revivre le conflit de la modernité artistique.

D’une part, qu’est-ce qu’un beau dessin en bande dessinée ? Si de nombreux lecteurs semblent s’entendre sur le fait qu’un dessin beau en est un qui ressemble, qui cherche à imiter le monde qui nous entoure comme le fait une photographie, tant d’autres rejettent cette idée. Je m’explique : si l’imitation du réel était le principal objectif des peintres avant l’invention de la photographie, alors qu’ils vivaient surtout de portraits commandés par les nobles, quel intérêt y eût-il à poursuivre dans cette voie académique alors qu’une machine reproduisait dorénavant le réel d’une manière infiniment plus rapide et économique qu’eux ? Ce pourquoi ceux-ci orientèrent par la suite leur travail dans une autre direction. Apparurent les impressionnistes, nommés ainsi parce qu’ils recherchaient surtout à traduire une impression fugitive des choses ; puis les expressionnistes, qui déformaient volontairement la réalité au service de l’émotion qu’ils désiraient susciter. S’enchaînèrent quantité de ces nouveaux mouvements picturaux (par ailleurs qualifiés d’art dégénéré par les Nazis), dont le travail se radicalisa suite aux horreurs de la première guerre mondiale (où est dorénavant la beauté ?) Dans un même ordre d’idées, Theodor W. Adorno se demandera plus tard si la poésie est encore possible après Auschwitz… Toujours est-il qu’en tant que médium de l’image, la bande dessinée se nourrit évidemment de ces nombreux courants.

Hugo Pratt, 1927-1995.

Hugo Pratt, 1927-1995.

D’autre part, à quoi sert le dessin dans le médium bande dessinée ? Il y est le support de l’histoire. Le dessin doit donc avant tout être narratif : il cherche à servir le récit, avant toute conception de la beauté. Fort de cet état de fait, le dessinateur bénéficie d’une importante liberté : loin d’être cantonné aux textes pour matérialiser son récit, il peut moduler son dessin en fonction de ce qu’il désire raconter. Hugo Pratt disait d’ailleurs à ce propos : Je dessine mon écriture et j’écris mes dessins. S’il est vrai que le père de Corto Maltese avait le sens de la formule, il n’en demeure pas moins qu’il avait touché là à quelque chose d’essentiel. Pourquoi se cantonner à la neutralité du réalisme lorsqu’une infinité d’émotions est possible à partir du travail pictural ?

Un auteur comme Joann Sfar a d’ailleurs usé de manière convaincante de cette philosophie du dessin tandis qu’au fil de ses cases - Pascin, par exemple, nous en offrant une bonne démonstration -, il alterne tracé fin et minutieux ou coup de pinceau rapide et enlevé, détails fourmillants ou évocation brute. Dans L’art invisible, Scott McCloud, quant à lui, définit la représentation en bande dessinée comme un vaste territoire compris entre réalisme, art abstrait et langage, où toutes les situations sont possibles…

Pour revenir au gentil client, évidemment, on ne forcera pas ses goûts. Comme le répète souvent mon estimé collègue Monsieur Lacasse (je paraphrase !) : Dans cette librairie, un de nos plaisirs est de pouvoir servir avec la même attention le fan de Michel Vaillant et le lecteur de bande dessinée d’auteur. Mais, seulement, de temps à autre, présenter un petit truc différent, question de toujours laisser ouverte la possibilité qu’à défaut d’un plongeon, la saucette se fasse !

Et je repense ici aux propos pleins de sagesse d’un autre client s’étant mis «tardivement» à la bande dessinée qui m’avait confié, après quelques rencontres, qu’au fond, les styles visuels en bande dessinée s’appréciaient un peu comme le vin : quand on ne connaît pas, c’est moins évident d’essayer des trucs bien corsés. Et de même que pour un dégustateur novice, au début, il fallait y aller avec quelque chose d’accessible, un cabernet sauvignon par exemple. Bref, qu’il faut laisser au goût le temps de se développer. Et, qu’un jour, ses pupilles pourraient goûter un noir et blanc bien expressionniste !

Puis le client suivant arrive, et demande : Mais vous là, c’est quoi votre bande dessinée préférée ?

* * *

Pascin, Joann Sfar, L’association, coll. «Ciboulette», 186 p.
L’art invisible, Scott McCloud, Delcourt, 224 p.


25 août 2010  par Eric Bouchard

De l’anti-héros à l’anti-Québec

Dans la série «Ces Français qui nous aiment», rencontrons cette semaine le scénariste de bandes dessinées Matz. Bien connu des amateurs de bande dessinée policière, Matz (Alexis Nolent) fourbit ses premières armes avec Chauzy au début des années 90 (Bayou Joey, et Peines perdues, nominé pour l’Alph’Art du Meilleur album à Angoulême 93), avant de nous proposer en 1998 l’étonnant premier tome de la série Le tueur. À l’époque, le parti-pris narratif à la première personne pour cet anti-héros tueur à gages ainsi que les trouvailles visuelles de Jacamon font sensation : la série Le tueur devenait assurément un nouvel incontournable de la bande dessinée policière grand public.

Jusqu’en 2003, ce sont cinq tomes qui paraîtront coup sur coup ; et si l’impact du premier tome s’estompe à la lecture des suivants, on suit tout de même avec excitation la course effrénée de ce tueur qui cherche à se planquer aux Caraïbes pour couler une vie de loisir une fois son magot amassé. Puis Matz semble passer à autre chose alors qu’il scénarise le drame napoléonien Shandy pour l’époustouflant Dominique Bertail ; un autre polar, Du plomb dans la tête, pour le giraudien Colin Wilson ; puis Cyclopes, pour son ex-complice Jacamon, une intéressante série d’anticipation qui peinera toutefois à trouver son public - sans doute la raison pour laquelle le tandem reprendra en 2007 les destinées du Tueur pour un nouveau cycle.

Alexis Nolent est également connu pour sa carrière de scénariste de jeux vidéos chez Ubisoft, carrière qui l’aura amené à travailler à Montréal. Par contre, il semble que Nolent n’ait pas du tout apprécié son expérience dans la métropole québécoise ; on pourrait même songer qu’il a une dent contre le Québec entier… Dans L’ordre naturel des choses, huitième tome de la série Le tueur paru le mois dernier, Nolent profite de sa tribune pour régler ses comptes avec nos compatriotes dans une diatribe à l’em- porte-pièce, grossière, simpliste et haineuse. Et il s’agit bien de Nolent. Pas du tueur.

Car disons-le tout de suite : si le personnage du tueur est bien évidemment misanthrope, sa haine s’adresse aux truands de ce monde - hommes d’affaires et politiciens sans scrupules -, dont il règle froidement le compte et par les comportements desquels il justifie ses assassinats ; jamais sa misanthropie n’aura été de nature discriminatoire envers un peuple. Hélas, les propos qu’il tient via son personnage sur la «médiocrité» québécoise ont tout du discours rapporté, alors que le décalage avec le personnage est flagrant.

Au-delà de l’insulte gratuite, il est encore plus navrant que l’éditeur ait laissé passer pareille chose. S’il avait par exemple été question des Noirs, des Musulmans ou des Juifs, Casterman s’en serait-il autant lavé les mains ? S’avèrerait-il que pour le public français, le Québec est une cible discriminatoire légitime ?

Les Québécois ont exterminé les Amérindiens, n’ont aucun goût (ni au niveau du design, de l’architecture ou de la cuisine) et insultent l’intelligence en vivant sous la neige, c’est bien connu. (p. 36, case 3)

Il est amusant de constater que le même jugement hâtif pourrait être appliqué aux habitants de l’Hexagone. Idée courte, quand tu nous tiens ! Et si nous ne parlons pas la même langue, comment se fait-il que nous comprenons leur français alors qu’ils refusent de comprendre le nôtre ? Que nous acceptons leur accent alors que le nôtre est intolérable ? (p. 36, case 4)

Remplacez «char» par «bagnole» et «blonde» par «meuf», et voyez comme vous aurez tout de suite une idée de la subtilité et de la sophistication. (p. 36, case 6)

La seule réelle conversation qui surviendra avec un Québécois se fera avec un membre des Hell’s Angels, échantillon linguistique probablement jugé représentatif par le scénariste et par lequel il justifie une nécessaire traduction de cette «langue limitée et abâtardie». Et apprenons que «criss» équivaut à «bourge». (p. 39, case 6)

Alors qu’on rigole de l’existence des «bad quartiers» à Montréal (et surtout, qu’on les nomme de la sorte), le Québec regagne sa dignité en constatant que le bad bandit sait faire montre de politesse en vouvoyant à l’interrogatif, et ce, même en sacrant. (p.40, cases 1-2)

Voilà donc l’ordre naturel des choses selon Alexis Nolent, qui confond parler populaire et langue (et il n’est pas le seul à le faire chez Casterman), junk-food et cuisine, accent français et intelligence, et qui surtout se repaît d’un colonialisme, d’une xénophobie primaire et désolante. Aurions-nous trouvé notre Maurice G. Dantec (ou notre Thierry Ardisson) de la bande dessinée ?

* * *

Mentionnons au passage que le huitième tome de cette série, qu’on souhaite biodégradable, est truffé de coquilles et d’erreurs, que cet énième scénario à l’intrigue géopolitico-pétrolo-financier-gnagna est d’un convenu consommé, et que le radotage intérieur du tueur sur ses motivations commence sérieusement à sentir le renfermé…

* * *

Le tueur t. 8 : L’ordre naturel des choses, Casterman, coll. «Ligne rouge», 56 p.


20 août 2010  par Eric Bouchard

Tamara Drewe : un collage tabulaire

Alors que l’adaptation cinématographique de Stephen Frears arrivera sur nos écrans le 8 octobre, nous recevions cette semaine une édition à prix attractif du Grand prix de la Critique 2009, Tamara Drewe de Posy Simmonds. Que voilà une occasion rêvée pour revenir sur ce bijou à mettre entre toutes les mains ! Car au-delà de son récit croustillant à la croisée des genres et de sa brillante satire de l’institution littéraire, Tamara Drewe propose un impressionnant collage formel ; le véritable tour de force de Simmonds est sans doute d’être parvenue à créer un espace où le tout se tienne naturellement…

Quand la frénésie urbaine s’en mêle

Le récit se déroule à Ewedown, village britannique du Wessex en voie de gentrification, et plus précisément autour de l’ancienne ferme Stonefield, transformée en retraite de travail pour écrivains. Ce lieu idyllique, censé apporter toute la tranquillité requise à ses auteurs en résidence, dont Glen, le prof d’université en panne d’inspiration, est dirigé par un couple de cinquantenaires : la vaillante et replète Beth Hardiman, et son mari, Nicholas, auteur de romans policiers à gros tirages et d’adultères à répétition. Ce petit univers se verra bouleversé par le retour de Londres de la jeune Tamara Drewe, qui reprend possession de la maison familiale Winnards suite au décès de sa mère. Surtout compte tenu du fait que Tamara compte dorénavant un nouvel atout de taille, son énorme nez campagnard ayant été avantageusement raboté pour atteindre les dimensions d’une chic petite bosse urbaine. Avec ses airs de princesse sexuelle, sa chronique mondaine dans le journal The Monitor, ses aspirations à la célébrité et sa propension à briser les cœurs, Tamara Drewe est l’archétype de l’Amazone urbaine de ce début de 21e siècle.

L'oeuvre de Thomas Hardy a été adaptée en 1967 par John Schlesinger.

Mais Ewedown ne se limite pas à Stonefield et à sa population de rentiers : une autre portion du village, plutôt défavorisée, se compose principalement de mères monoparentales assistées sociales et de leurs adolescents désœuvrés. Or, voilà qu’en plus de susciter les jalousies et désirs des membres de la petite communauté d’auteurs, le personnage de Tamara provoquera également un effet non-négligeable sur ces adolescents, et plus particulièrement sur les personnages de Casey Shaw et Jody Long, grandes consommatrices de revues à potins, qui voient dans la présence de la chroniqueuse glamour une certaine forme d’accession directe à leur principal fantasme : l’univers jet-set des gens riches et célèbres.

Si Tamara Drewe s’inspire librement de Far from the Madding Crowd (1874) du Britannique Thomas Hardy, certaines similitudes s’offrant en toute transparence, l’approcher du strict point de vue de la référence à Hardy risquerait de négliger ses particularités et son travail d’innovation. Soulignons d’abord que Posy Simmonds éloigne l’emphase narrative de Tamara en présentant les évènements des points de vue de trois autres personnages : Beth, Glen et Casey, qui offrent chacun des monologues détaillés, tandis que les pensées intimes de Tamara sont confinées aux chroniques qu’elle rédige pour The Monitor.

L’écriture en scène

Cependant, les figures de l’écrit ne s’arrêtent pas là, tandis qu’au-delà de son corps de bandes dessinées, le discours visuel de Tamara Drewe multiplie et intègre d’autres supports d’information.

Le ton est donné dès l’incipit, petite annonce de la retraite de Stonefield, encerclée à la main d’un feutre rouge et déchirée de son support. Cette image condense dès le départ le lieu et les enjeux du conflit : bien sûr, s’inscrit le lieu de l’action, résumé en quelques phrases hachées, télégraphiques, la langue littéraire se retrouvant ainsi dès lors hors-jeu, mise à l’écart à profit de celle du «journalisme». Mais aussi le lieu du conflit, alors que la matière du journal est superposée à l’espace de la page de bande dessinée. Cette coupure de presse devenant par voie de métaphore coupure ontologique du médium, qui de collecteur d’images devient collecteur de supports d’images.

Car à cette occurrence inaugurale s’ajouteront plus loin des images des manuscrits de Nicholas que lit Beth et de la correspondance qu’elle rédige pour lui, de Loin de tout, les chroniques mondaines de Tamara, de coupures de presse, de couvertures de livres et de disques, d’extraits des revues à potins que lisent les adolescentes, de photos prises à l’aide des téléphones cellulaires, de prospectus, de pages Internet, de lettres, courriels et autres messages textes que s’échangent les personnages, tous naturellement intégrés à l’espace des planches, dans un déploiement de mises en page complexes qui ne sacrifient rien à la fluidité et au sens de la lecture.

Scrap-booking

Le récit est donc construit sous la forme d’un collage, collage s’articulant à des niveaux divers. Premièrement, nous avons cette construction chorale, ce jeu des trois narrateurs du récit écrit, qui prennent la parole à tour de rôle, chacun possédant son propre point de vue sur les événements. Dans la majorité des cas, ces monologues ne se suffisent pas à eux-mêmes, et seront illustrés d’un tableau, d’une case unique ou d’un strip, équilibre «factuel» ou «événementiel» du témoignage subjectif.

Ensuite, si l’on passe à l’aspect graphique du discours, ces pavés de textes, de par leur interdépendance aux images environnantes, s’affirment comme des vignettes de texte ; leur inscription dans le continuum tabulaire surdétermine visuellement, matériellement, leur nature textuelle, surdétermination renforcée par le fait que chacun de ces trois narrateurs possède sa propre police de caractère : le Times pour Beth, l’Helvetica pour Glen et le Comic Sans pour Casey. Par un jeu métaphorique simple fondé sur l’identité typographique, Simmonds révèle les enjeux d’écriture qui animent ces narrateurs : le Times, associé au classicisme scriptural, paraphrasant le rôle de secrétaire de Beth, qui met en forme les manuscrits de son mari ; l’Helvetica, née sous l’impulsion de courants tels le Bauhaus, insistant sur le formalisme et le fonctionnalisme, appuyant la réalité académique et austère du professeur d’université ; et enfin, le Comic Sans, une typographie populaire, développée à rebours des standards institutionnels et vertement critiquée par les puristes de la typographie, renforçant le statut de Casey, dont les outils fictionnels sont para-littéraires.

Autrement, certains événements rapportés par la presse sont séparés, déchirés ou découpés de leur contenant pour être rassemblés sur un nouveau support ; en cela nous reconnaissons bien l’esthétique du scrapbook, album vierge servant à accueillir coupures de presse, collections ou collages d’images, etc. Le terme scrap lui-même (fragment, rebut, déchet) renvoie à la fois à une certaine connotation péjorative à travers laquelle nous pourrions transposer les ségrégations littéraires, et à la nature du médium bande dessinée lui-même, dont l’esthétique est fondée sur la fragmentation.

Une bande dessinée ?

On pourrait décrire de manière générale Tamara Drewe comme une bande dessinée, son récit s’offrant essentiellement à la lecture sous forme d’images juxtaposées. Plus encore, son éditeur et la critique l’assimilent au graphic novel. Pourtant, malgré les codes qu’elle partage avec ce genre, cette bande dessinée échappe d’une certaine manière à son cadre formel conventionnel : aux traditionnelles vignettes, se joignent, comme nous l’avons vu, pavés de texte et représentations de différents régimes d’écriture et supports de l’imprimé. Les images qui composent cette œuvre sont autant des dessins, des images de l’espace fictionnel, que des images d’autres supports. Même les textes y sont pris pour objets visuels : plus que simples codifications de la langue écrite, ils revendiquent différentes identités matérielles. On pourrait ainsi dire que non seulement Tamara Drewe cumule les images, mais aussi les systèmes de représentation, puis de communication.

C’est à partir de son premier grand succès international, Gemma Bovery, inspiré très librement du roman de «mœurs de province» de Gustave Flaubert, que l’auteure développe son système de narration entre texte et dessin. Dans un entretien au journal genevois Le Temps, elle explique qu’en 1996, son employeur, le journal londonien The Guardian, lui propose de créer un feuilleton : on lui donne une colonne étroite et cent épisodes. Pour pallier aux contraintes du format, elle commence à utiliser des textes entre les cases et les strips, textes dont elle finira par systématiser l’usage pour la description d’ambiances ou l’évocation d’éléments du passé, alors que la bande dessinée est impartie aux images «fortes», notamment lors des scènes de conflits entre les personnages. Ainsi, Simmonds a été confrontée à certaines contraintes éditoriales matérielles qui l’ont amenée à réfléchir à une cohabitation, à une hybridation des supports narratifs du texte et de l’image. Aux commentaires suivant la publication en France de Gemma Bovery (si ce n’est ni une bande dessinée, ni un roman classique, qu’est-ce que c’est ?), l’auteure lançait en boutade qu’il s’agissait d’« un roman illustré », bien que l’épithète illustré exclue en réalité la forte composante bédéistique de l’œuvre. Par ailleurs, le système encore plus complexe que Simmons atteint dans Tamara Drewe vient à plus forte raison invalider ce choix terminologique.

Du tableau au tabloïd au tabulaire

Deux exemples d'alternance texte/bande dessinée : Les voyages de Théodore de Susan Schade et Jon Buller (Bayard jeunesse) et Capitaine Static d'Alain M. Bergeron et Samuel Parent (Québec Amérique).

Deux exemples d'alternance texte/bande dessinée : Les voyages de Théodore de Susan Schade et Jon Buller (Bayard jeunesse) et Capitaine Static d'Alain M. Bergeron et Samuel Parent (Québec Amérique).

Le marché du livre commence à proposer de plus en plus de ces ouvrages hybrides mêlant texte et bande dessinée. Mais si jusqu’à main- tenant nous avons surtout vu, et principalement du côté de la littérature jeunesse, des systèmes d’alternance (des pages de texte intercalées entre des pages de bandes dessinées, ou des paragraphes de textes intercalés entre des strips), peu d’auteurs auront développé un système allant au-delà, pour utiliser un terme linguistique, du simple code-switching. Dans Tamara Drewe, non seulement des textes, mais une variété d’autres supports sont intégrés au discours du médium, et pour filer le parallèle linguistique, on pourrait dire que nous assistons à une espèce de créolisation, où une syntaxe bédéistique recouvre un lexique de formes diverses du texte et de l’image.

Or, dans Tamara Drewe, il est avant tout question d’une certaine impasse dont souffre la littérature : des écrivains se retrouvent dans une situation censée être idéale pour écrire, mais, englués dans un tableau champêtre, ne trouvent que la page blanche, ou sont prisonniers d’une routine stérile. Puis, cette stagnation se voit contaminée, bousculée par la dynamique de la presse paparazzi (Tamara), et renversée par les moyens d’«écriture» modernes, technologiques (Jody et Casey). Ainsi, Posy Simmonds propose, au-delà d’une simple mise en scène d’un conflit entre littératures académique et populaire, une solution structurelle unifiée au conflit de ces moyens d’écriture hétérogènes, qui permet de rendre compte de leur diversité. Et que ce carrefour est l’espace tabulaire, la planche.

« Retrouver le monde ou retrouver le langage : on exagère à peine en prétendant qu’il s’agit là des attitudes fondamentales qui départagent l’ensemble de ceux qui s’intéressent à la littérature », nous disent Louise Milot et Fernand Roy dans Les figures de l’écrit (Nuit Blanche éditeur, 1993). Mais peut-on dire que ces attitudes se joignent dans Tamara Drewe, alors qu’on y retrouve le monde des langages ?

* * *

Tamara Drewe (broché), Posy Simmonds, Denoël graphic, 2010, 133 p.
Gemma Bovery, Posy Simmonds, Denoël graphic, 2000, 112 p.


11 août 2010  par Eric Bouchard

Bandes d’ados

NOTE : Le délivré sera en vacances jusqu’à la mi-août. Il ne vous laisse cependant pas en plan, alors que ces prochains jours vous pourrez lire une sélection des meilleurs articles que nos libraires ont publiés au fil des ans dans les pages du journal Le libraire.

Depuis l’avènement de la révolution industrielle, l’adolescence s’est constituée, élargie et segmentée: on distingue les prépubères et pubères, les sixteenagers et eighteenagers, les jeunes adultes et autres Tanguy ! La BD francophone vécut un destin parallèle : s’adressant d’abord aux jeunes, elle devint adulte à la fin des années 60. Et la BD jeunesse en pâtira, alors qu’on appliqua texto la recette des maîtres belges pendant trente ans de séries radoteuses et insipides, avant que les éditeurs ne se décident à garnir leurs catalogues de titres originaux et contemporains.

Soleil, soleil levant et impérialisme culturel

Qu’en est-il pour le public ado ? Depuis la mi-90, un éditeur comme Soleil table sur l’heroic fantasy. À la suite de l’arrivée de mégalithes médiatiques tels Le Seigneur des anneaux ou Harry Potter, ce choix finit par s’avérer si fructueux qu’on croule aujourd’hui sous le genre. L’adaptation des mangas, datant de la même période, culmine en 2005 avec  40% du nombre des titres édités sur le marché de la BD francophone ! Mais bien que ces produits leur plaisent, les ados rongent tous les mêmes os.

Laissons-en aux adolescents

Joann Sfar, directeur de la défunte collection «Bréal jeunesse», reconvertie chez Gallimard sous le label «Bayou », nous offre une épatante première brassée de titres qui séduira un public laissé en friche par la BD. Avec Aya de Yopougon, nous sommes loin des clichés de l’Afrique exsangue, dans une comédie légère et sensible aux couleurs ensoleillées. Yopougon, quartier populaire d’Abidjan en Côte d’Ivoire, est la scène de ces quelques jours de la vie d’Aya, sérieuse jeune femme aspirante médecin, et de ses deux copines, qui songent davantage à remuer du popotin à la discothèque du coin, le Ça va chauffer! Et c’est un prix amplement mérité pour ce lauréat du Meilleur premier album à Angoulême en 2006.

Skateboard et vahinés nous emmène dans le quotidien préado de Flip le dauphin. Confronté aux conflits de ses deux parents, il trouvera un exutoire dans le skateboard et les BD qu’il réalise, mettant en scène son papi sous le charme des douces vahinés lors de son service militaire à Tahiti. Le désir s’éveille, la rencontre des interdits aussi. Sur un ton très juste, Gipi (tiens, un autre lauréat : Meilleur album pour Notes pour une histoire de guerre, publié chez Actes Sud) nous dépeint dans Le local, avec de superbes aquarelles et beaucoup d’ambiance, l’aventure rock de quatre garçons aux tempéraments forts différents qui retrouvent dans leur local et la musique un terrain pour exprimer leur énergie.

Bonhomme néoclassique

Où s’en est allée la bonne vieille aventure classique ? Écrasé depuis longtemps sous le joug du semi-réalisme ou de l’inévitable style «gros nez» des séries d’humour, le traitement réaliste revient de loin avec le trait enthousiasmant de Matthieu Bonhomme (Le Marquis d’Anaon, Dargaud), qui met dans le mille avec deux nouvelles séries prometteuses.

Esteban est un jeune indien de la Terre de Feu, en 1900. Sa mère décédée, il n’a qu’une idée en tête : s’embarquer comme harponneur sur un ba- leinier ! Au quai d’embauche du Léviathan, les marins se tapent sur les cuisses devant ce gringalet téméraire, qui saura néanmoins gagner sa place en rap- pelant le souvenir de sa mère, un ancien amour du capitaine. Et bien vite l’adolescent s’attirera l’amitié de l’équipage grâce à ses talents de conteur, mais aussi au courage dont il fera preuve au cours d’une dangereuse première chasse. Cette chasse à la balei- ne, un sujet plutôt litigieux de nos jours, trouve beaucoup de grâ- ce sous la remise en contexte brillante et documentée de l’auteur.

Dans un Moyen Âge chevaleresque, Guillaume, découvrant que sa sœur aînée a fugué, partie sur les traces d’un père censé être mort, choisira de faire de même, échappant ainsi à la présence d’un beau-père retors et malvenu. Il sera guidé par les auspices d’une cousine qui voit au-delà des choses ; aidé de la rencontre opportune d’un chevalier errant, mal dégrossi et au grand cœur ; et aussi éclairé par une troublante intuition, de plus en plus manifeste, qui devra être apprivoisée. L’esthétisme soigné de Bonhomme insuffle à cette aventure mélancolique une grande authenticité… Mais gare à la tournure fantastique en fin d’album !

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Aya de Yopougon, t.1, Clément Oubrerie & Marguerite Abouet, Gallimard, coll. «Bayou», 112 p.
Les Aventures de Flip, t.2 : Skateboard et vahinés, Morgan Navarro, Gallimard, coll. «Bayou», 96 p.
Le Local, Gipi, Gallimard, coll. «Bayou», 120 p.
Le Voyage d’Esteban, t.1 : Le Baleinier, Matthieu Bonhomme, Milan, 44 p.
Messire Guillaume, t.1 : Les contrées lointaines, Matthieu Bonhomme et Gwen de Bonneval, Dupuis, coll.«Repérages», 48p.


* Date originale de publication : 13 mai 2006


28 juillet 2010  par Eric Bouchard

Comic-strip-teaseurs

NOTE : Le délivré sera en vacances jusqu’à la mi-août. Il ne vous laisse cependant pas en plan, alors que ces prochains jours vous pourrez lire une sélection des meilleurs articles que nos libraires ont publiés au fil des ans dans les pages du journal Le libraire.

La bande dessinée est-elle un support pertinent pour la mise à nu de l’expérience vécue ? Aux côtés de monuments tels que Maüs d’Art Spiegelman, Pilules bleues de Frédérik Peeters ou Persepolis de Marjane Satrapi, un nombre grandissant d’auteurs privilégient cette forme d’expression pour livrer leurs témoignages, souvent bouleversants, informatifs, et parfois ludiques.

En réaction à la détresse

Ces derniers mois nous ont apporté quelques livres-chocs d’individus confrontés à des maladies incurables, dont deux traitant du cancer. Celui, autobiographique, de Miriam Engelberg, recèle déjà dans son titre, Comment le cancer m’a fait aimer la télé et les mots croisés, un aperçu de l’incroyable humour noir dont a fait preuve l’auteure face à un mal qui l’emportera. L’approche par thèmes du récit nous offre à voir une foule d’anecdotes sur le quotidien d’un malade condamné, où l’absurde le dispute souvent au pathétique. Engelberg réussit, malgré un dessin naïf et grâce à une étonnante lucidité, à faire rire franchement son lecteur là où d’autres n’auraient tiré que des larmes : un véritable tour de force humain.

Dans Le Cancer de Maman, Brian Fies raconte la rémission de sa mère atteinte d’un cancer du poumon, ce qu’absolument rien ne laissait présager. Car, contrairement à celui d’Engelberg, le ton de Fies est plutôt celui d’un exposé clinique, heureusement allégé de quelques allégories ludiques, mais où l’accent est mis sur la dégradation de l’état du patient. De manière spectaculaire, la persévérance peu commune de la mère de l’auteur lui a valu de faire partie des 5% des personnes atteintes de ce type de cancer ayant connu la rémission. Un ouvrage dérangeant et instructif.

Passages en institutions

Cette détresse a pu dans certains cas être encadrée dans des institutions. Journal d’une disparition du Japonais Hideo Azuma nous livre sans fard l’incroyable récit de l’épisode d’itinérance de l’auteur, puis de sa convalescence au pavillon des alcooliques d’un hôpital psychiatrique. L’Espagnol Paco Roca s’est, quant à lui, inspiré de faits vécus et d’anecdotes de proches, notamment de l’histoire du père d’un ami, pour traiter de l’«inexorable décadence» des personnes âgées, et plus particulièrement dans Rides, de la maladie d’Alzheimer et des misères quotidiennes des malades en hospice. La mise en scène originale de l’auteur nous donne à voir de savoureux télescopages entre les souvenirs éveillés des malades et la triste réalité qui leur échappe.

L’association BD Boum, du Festival BD de Blois, propose depuis quelques années une série de projets éditoriaux à vocation sociale, en partenariat avec des auteurs de bande dessinée. Après plusieurs collectifs de témoignages de détenus, de jeunes issus de banlieues défavorisées et de malentendants, BD Boum récidive avec Paroles de tox, douze témoignages de toxicomanes en cure dans différents établissements, mis en images par une galerie de dessinateurs talentueux. Avec des propos âpres, certes, mais qui ont le mérite de placer un visage humain sur des parcours trop souvent noyés sous les tabous.

Déchirants destins

Bien sûr, ces faits vécus nous donnent aussi à lire des destins hors du commun. Tel Spiegelman, qui sut restituer dans Maüs l’effroyable expérience de son père, survivant des camps nazis, Miriam Katin nous livre avec Seules contre tous le premier témoignage direct d’une rescapée juive de la Seconde Guerre mondiale. Alors fillette, l’auteure est entraînée par sa mère de la Hongrie vers l’URSS. Elle subit les horreurs du régime pour sauver leurs deux vies. En plus d’être un superbe objet et d’être dessinée par une griffe charbonneuse et délicate à la fois, cette BD possède également le mérite de prêter la voix à une opinion souvent tue sur la condition juive actuelle… À son mari souhaitant inscrire leur fils à l’école hébraïque du quartier «pour être avec les siens», l’auteure réplique avec tristesse : «Oui, pour nous séparer encore, eux, nous.»

Des professionnels sur la sellette

Ces témoignages nous laissent également découvrir avec intérêt les coulisses de professions variées. En effet, certains professionnels tâtent de la BD comme violon d’Ingres pour nous livrer quelques confessions sur les joies et les peines de leur principale occupation. C’est le cas du médecin ORL Charles Masson, qui nous a gratifié de son réjouissant style spontané dans deux touchants ouvrages d’anecdotes hospitalières : Soupe froide, un récit romancé sur la dure nuit hivernale d’un itinérant, ainsi que Bonne Santé, un recueil de réflexions off-the-record désarmantes de sincérité sur les coulisses du milieu médical.

La BD a aussi la cote du côté des enseignants : deux d’entre eux viennent de livrer en cases de savoureux morceaux de leurs expériences ! Martin Vidberg est remplaçant dans des petites écoles de campagne en Franche-Comté. Quand il reçoit enfin son affectation principale, quelques semaines après le début de l’année scolaire, il est estomaqué : il est désigné volontaire pour un IR, un institut de redressement pour élèves ultra-violents ! C’est cette expérience qu’il rapportera dans Le Journal d’un remplaçant, alors que sa mission initiale se borne à «installer un climat de classe», tellement toute tentative d’enseignement semble vouée à l’échec. Vidberg, pratiquement laissé à lui-même, vivra une année plutôt bouillante, mais saura nous la rendre divertissante avec ses attachants bonshommes-patates…

Benoît Jahan, dit «Big Ben», restitue quant à lui de manière légère et fidèle une séquence de quelques journées de sa vie d’enseignant alors qu’une grève se profile et que les élèves sont drôlement turbulents ; la routine, quoi ! Plein d’humour, ce petit ouvrage sucré qu’est Jours de classe dissimule en son cœur un passionnant exercice : «une tentative de retranscrire 40 minutes de cours en collège [...] en 280 cases», le prétexte étant un cours sur les thèmes des sirènes et de Charybde et Scylla, de L’Odyssée d’Homère. Et le résultat est saisissant : la narration coule avec une fluidité rare, et le lecteur a littéralement l’impression d’écouter une bande audio !

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Comment le cancer…, Miriam Engelberg, Delcourt, coll. «Contrebande», 144 p.
Le Cancer de Maman, Brian Fies, Çà et là, 122 p.
Seules contre tous, Miriam Katin, Seuil, 132 p.
Paroles de tox, collectif, Futuropolis, 100 p.
Soupe froide et Bonne santé, Charles Masson, Casterman, coll.«Écritures», 134 et 191 p.
Journal d’une disparition, Hideo Azuma, Kana, 200 p.
Rides, Paco Roca, Delcourt, coll. «Mirages», 104 p.
Journal d’un remplaçant, Martin Vidberg, Delcourt, coll. «Shampoing», 128 p.
Jours de classe, Big Ben, Le Potager moderne, 92 p.


* Date originale de publication : 4 juin 2007


14 juillet 2010  par Le délivré

Les vacances du libraire (II)

Voici la suite de notre spécial sur les lectures de vacances de nos libraires. Vous-mêmes, êtes-vous plutôt de type plage, randonnée, chalet ou hamac ? Préférez-vous les lectures d’évasion ou celles plus costaudes ? Peu importe, il y a de bonnes chances que la pléiade de titres évoqués vous donne quelques envies… Aujourd’hui, découvrez les titres qu’emporteront dans leurs bagages nos libraires bandes dessinées.

Bien qu’à l’habitude, Éric Lacasse se tape sa ou ses deux dizaines de romans et biographies chaque année, depuis janvier, apparemment il n’en a eu que pour la bande dessinée ! Ces vacances en seront donc de rattrapage : se plonger dans tous ces bouquins qui s’accumu- lent… ou terminer ceux déjà commencés ! C’est le cas notamment du Little Bird de Craig Johnston (Gallmeister), un savoureux polar qui s’est inexplicablement retrouvé sur le bas-côté après un départ de lecture plein de promesses… Sinon, l’une des biographies pour lesquelles il salive d’avance, c’est Aspects de Chopin par Alfred Cortot (Albin Michel), un solide portrait d’artiste comme il les aime, et qui, par la bande, pourrait même pousser notre libraire à retourner effleurer du regard quelques-unes des grandes biographies qu’à commises Stefan Zweig, telles qu’introduites par l’ouvrage Trois maîtres : Balzac, Dickens, Dostoïevsky (Belfond). Autrement, si d’habitude Éric ne manque pas d’aller retrouver le calme des abords de la Rivière Mistassini, cette année il effectue également un petit séjour dans la Ville-Lumière. Pour s’y rendre, pas de livres dans les bagages, question de les alléger au maximum ; par contre, une fois là-bas, une promesse d’aller jeter le nez dans quelques librairies parisiennes de bandes dessinées, histoire d’en respirer les parfums particuliers…

Vacances urbaines pour Sébastien, et pour cause : c’est l’ailleurs qui vient à lui alors qu’il recevra la visite d’une bonne amie de Nouvelle-Écosse… Difficile dans ces circonstances de passer son temps à parcourir des pages, au risque de paraître impoli ! Mais qu’à cela ne tienne, se glissera bien ça ou là un petit temps mort qui lui permettra de dévorer Paradise X, le dernier pan de l’univers Earth X piloté par Alex Ross et Jim Krueger (Marvel comics), une version futuriste dystopique du panthéon Marvel… Son incursion dans le monde du comic américain ne s’arrêtera pas là, alors que l’attend le tome 2 de l’édition de luxe de Y, The Last Man de Brian K. Vaughan et Pia Guerra (Vertigo). Et pourquoi ne pas lorgner également du côté du graphic novel, alors que collègue Éric lui suggérait la nostalgie tranquille de La vie est belle malgré tout de Seth (Delcourt) et la satire du monde de la librairie et de la culture super-héros de Box Office Poison (De mal en pis) d’Alex Robinson (Top Shelf), deux lectures taillées sur mesure… Et ça prendra aussi quelques romans de science-fiction, de fantasy, de polar, et en version originale francophone s’il-vous-plaît ! Après consultation de collègue Guillaume, qui lui a suggéré Le goût de l’immortalité de Catherine Dufour (Mnémos), Sébastien hésite entre Les sources de la magie de Joël Champetier et Le deuxième gant de Natasha Beaulieu (Alire), dont il avait fort apprécié le premier roman, L’ange écarlate. Pour quelqu’un qui n’avait pas le temps de lire pendant ses vacances, ça commence à s’allonger dangereusement ; l’astuce : Sébastien préfère de loin pour lire le calme de la nuit, loin des distractions diurnes…

Eric Bouchard se trouve face à une pile impres- sionnante de lectures scolaires, mais tant pis, il faut aussi pouvoir prendre ses distances… mais pas trop ! Ce pourquoi il attend avec impatience de pouvoir se frotter à Histoire du manga de Karyn Poupée (Tallandier), en espérant qu’il paraisse à temps pour réussir à l’emporter pour ses quelques derniers jours de farniente sur la plage du Lac St-Jean. Par ailleurs, les vacances d’été constituent année après année la césure, l’ellipse idéale pour échapper aux cases et lorgner du côté de la littérature et de ses classiques. Suite à tant de recommandations (et son récent décès), la conjecture semble plus que jamais indiquée pour explorer l’œuvre du Portugais José Saramago (L’aveuglement, Points). Après, Eric retrouvera Paul Auster avec Invisible (Actes Sud), qu’on dit être son meilleur roman depuis Cité de verre, livre fétiche et véritable condensé des préoccupations de notre libraire. Sinon, son goût pour la nouvelle le fera revisiter ou visiter quelques auteurs à saveur d’étrange, alors qu’il emmène avec lui Bizarre ! Bizarre ! de Roald Dahl, et se décide enfin à Dino Buzzati avec Le K, vanté en ces mêmes pages. Car quoi de mieux pour débuter le congé estival, sur la véranda d’un chalet des Laurentides, entre deux escapades cyclistes, que de tremper ses yeux dans une nouvelle comme ses lèvres dans un apéro…

C’est une liste courte aujourd’hui, alors que nos autres collègues libraires BD s’en sont déjà allés ! Mais nous pourrions fantasmer sur leurs lectures idéales : alors que Geneviève a pris son été pour aller faire du reboisement dans l’Ouest Canadien, nous la verrions bien s’extasier, se bidonner ou s’indigner au gré des pages de Voyage en zone d’exploitation de Louis Rémillard (Les 400 coups)…

Quant à Réjean, après une année de course contre la montre aux commandes de la section, pourquoi ne pas simplement retrouver la sérénité avec La lenteur de Milan Kundera (Folio) ?


5 juillet 2010  par Éric Lacasse

Dix livres fétiches : Éric Lacasse

Dix livres fétiches : une nouvelle rubrique qui reviendra périodiquement sur Le délivré. Dans celle-ci, un libraire de l’équipe se confie sur les dix titres qui l’ont marqué à vie : les dix titres qu’il emmènerait sur cette inévitable île déserte, qu’il sauverait d’un incendie, qu’il planquerait en cas de perquisition. Et comme le fait si justement remarquer notre libraire bandes dessinées Éric Lacasse, dix titres, c’est aussi une manière de se présenter…

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Un peu comme on découvre la personnalité de quelqu’un en jetant un œil sur les livres composant sa bibliothèque, vous faire partager mes ouvrages fétiches me présente fort bien. Voici dix de mes plus foudroyants coups de cœur à vie : dix bandes dessinées inspirantes, comme autant de nourritures terrestres m’ayant permis de goûter la vie différemment par la suite. Vous aurez bien sûr compris qu’il s’agit ici d’une sélection toute personnelle…

Julie Doucet est l’artiste qui me procura mon premier véritable électrochoc. De ceux qui ébranlent les bases des plus tenaces perceptions. Autant au niveau de la forme que du fond, la bande dessinée pris alors pour moi le chemin troublant de l’exploration intimiste. À la suite de quoi les Valium, Crumb et autres Joe Matt s’alignèrent sans répit pour le plus grand bonheur de ce nouveau plaisir coupable. De tous les ouvrages publiés par Julie Doucet, Changements d’adresses demeure celui que je relis avec le plus de délectation, entre autres choses parce qu’elle nous y révèle une partie de son cheminement créatif.

Xavier Mussat aussi nous ouvre les portes de ses inspirations avec Sainte Famille. Dans un style tout en rondeur, Mussat nous entraîne au cœur du déséquilibre socio-familial à l’origine de ses pulsions créatrices. Bédéiste tourmenté à la recherche d’une saine réalité, c’est dans un foisonnement de symboles et de métaphores visuelles qu’il découvrira le sens et le sacré de son existence.

Parlant de sacré, s’il y a un auteur devant lequel je suis à genoux, c’est bien le divin Blutch. Bien plus qu’un trait d’une force exceptionnelle jumelée à une composition à couper le souffle, ce sont les sujets choisis et leur traitement qui cristallisent toute mon admiration pour cet artiste. Bien que Blotch le Roi de Paris, Vitesse Moderne et Péplum m’aient tous formidablement déstabilisés et éblouis, Le petit Christian demeure mon album fétiche. Sans doute parce qu’on y explore l’imaginaire complètement débridé du petit Christian, gamin fabulateur et conteur en devenir.

En matière d’histoires aussi imprévisibles que fantasques, La jonque fantôme vue de l’orchestre de Jean-Claude Forest, fait office à mes yeux de pur chef-d’œuvre. Pour dire vrai, cet album est sans doute l’œuvre qui hante de la façon la plus incisive mes fantasmes de lecteur. Car, au travers cette «fenêtre hygiénique» que trimballent les personnages principaux de villes en villages, ce n’est rien de moins que du pur plaisir anticipé qui nous est offert en spectacle. Allégresse que l’on ressent d’ailleurs à chacune des planches comme autant de fenêtres ouvertes sur l’émerveillement.

Avec Ma vie mal dessinée, Gipi pousse quand à lui à l’extrême l’idée d’introspection jusqu’à nous faire voir les facettes les plus sombres de son âme. Une âme caractérisée par une psyché sans visage et au travers laquelle abordages amoureux et piraterie se confondent dans la crainte d’un éventuel naufrage. Porté par un visuel tout fait d’encre et de grafignes, c’est la terra incognita d’un écorché vif qui s’offre à notre regard. Foudroyé et déstabilisé tout comme l’est l’auteur devant cette ligne de vie terrifiante, mais qui a tout de même fait de lui ce qu’il est devenu. Grandiose.

Magistral aussi est pour moi l’album Cages de Dave McKean. Alternant les styles graphiques au fil des pages, McKean fera pour nous l’ombre et la lumière sur quelques pensionnaires du Meru House, un immeuble en réparation, cintré d’échafaudages. Dans cette cage à l’échelle humaine s’ébattent, entre autres spécimens, un romancier vivant cloîtré chez lui, un peintre en panne d’inspiration, un jazzman qui a trouvé la vibration capable de faire voltiger les cailloux et une botaniste qui fait pousser une forêt dans son appartement. Autant de regards mélancoliques et graves, qui ne sont en fait que la vision diffractée d’un créateur confronté au doute.

À l’ombre des coquillages, de José Roosevelt, est aussi une œuvre qui a pour thème les tourments de la création ; tiens donc ! Dans cet album, nous emboîtons le pas à trois singuliers personnages, Juanalberto, Vi et Ian, qui, chacun de leur côté, sont habités par une même et persistante intuition : aller à la rencontre du «Peintre». Le «Peintre» en question étant au final nul autre que Roosevelt lui-même, attendant patiemment que les idées qu’il vient d’avoir quittent leurs mondes respectifs afin d’arriver jusqu’à lui. Un fantastique essai sur la créativité, par celui qui nous avait déjà donné La table de Vénus et Derfal le Magnifique.

Ma principale source d’éblouissement en provenance du pays du soleil levant se situe dans l’œuvre d’Usamaru Furuya. En particulier grâce à un fascinant diptyque intitulé La musique de Marie, sorte de fable utopiste dans laquelle l’auteur nous révèle le prix à payer afin de vivre en harmonie permanente.  D’autres titres traitant d’important problèmes sociaux, tels que Le cercle du suicide et L’âge de déraison, sont venus par la suite confirmer à mes yeux l’importance de ce perspicace conteur nippon.

Avec sa façon toute personnelle d’agencer mots et images, l’auteure britannique Posy Simmonds occupe une place de choix au panthéon de mes idoles. Avec Tamara Drewe, Simmonds nous entraîne dans un coin reculé de la campagne anglaise à la rencontre d’une faune bigarrée d’écrivains en résidence. Du roman policier au journal à potins, en passant par les courriers personnels et les textos, nous découvrons avec le plus grand amusement que toute forme d’écriture est bonne pour colporter des idées. Drôle, rafraîchissante : cette bande dessinée est un pur enchantement.

Bon nombre de coups de cœur se sont produits au cours de mes dix années en librairie. Mais il serait injuste de passer sous silence mon premier véritable vertige devant une œuvre dessinée, vers 17 ans, lorsque j’ai découvert l’album La tour de François Schuiten et Benoît Peeters . Plongeon qui alors me permit d’entrevoir le colossal travail de construction que devait demander une bande dessinée.

Au moment de conclure cette liste d’appréciation, certaines choses me frappent. Parmi celles-ci, je me rends compte que la majorité de mes albums fétiches de bandes dessinées n’ont été concoctés que par un seul individu, et que les processus créatifs semblent être pour moi une source d’intarissables curiosités… Exercice révélateur.

Au plaisir de vous rencontrer en librairie.

* * *

Changements d’adresses, Julie Doucet, L’assossiation, coll. «Ciboulette», 54 p.
Sainte Famille, Xavier Mussa, Ego comme X, 88 p.
Le petit Christian, Blutch, L’association, coll. «Ciboulette», 54 p.
La jonque fantôme vue de l’orchestre, Jean-Claude Forest, Casterman, 102 p.
Ma vie mal dessinée, Gipi, Futuropolis, 144 p.
Cages, Dave McKean, Delcourt, 496 p.
À l’ombre des coquillages, José Roosevelt, La Boîte à Bulles, 192 p.
La musique de Marie (2 t.), Usamaru Furuya, Casterman, coll. «Sakka», 248 p.
Tamara Drewe, Posy Simmonds, Denoël Graphic, 134 p.
Les cités obscures : La Tour, François Schuiten et Benoît Peeters, Casterman, 112 p.


30 juin 2010  par Eric Bouchard

Black and tan fantasy

« Docteur, je suis un genre malade de son image, et ça fait une bonne quinzaine années que ça dure ! Depuis que Soleil, fort du succès de sa série-phare Lanfeust de Troy, a décidé de m’éditer ad nauseam, et que plusieurs autres éditeurs l’ont suivi dans son sillage, tout un pan de l’intelligentsia BD me ridiculise, insinuant que je ne suis destiné qu’aux puceaux boutonneux et autres ados attardés… Docteur, aidez-moi, je vous en supplie ! »

Si la bande dessinée de fantasy se retrouvait chez le psychologue, voilà sans doute à quoi ressemblerait sa confession. Mais mentionnons à sa décharge qu’ils sont plusieurs (Soleil en tête, mais aussi d’autres tels Delcourt, Clair de lune ou plus récemment les Humanoïdes associés) à entacher sa crédibilité avec des séries racoleuses et bâclées, sans imagination, où trône en couverture l’inévitable image d’une femme armée à demi-nue. Édités à un rythme industriel et dans une logique purement commerciale, ces bien pâles ersatz de l’œuvre de Tolkien se contentent de saturer le marché et de flatter leur public, souvent complaisant il est vrai.

« Les fantasyens » de Riad Sattouf, dans L'épouvette t.2, L'association.

Par contre, ce serait oublier la vraie nature du fantasy, un sous-genre du merveilleux avec lequel il est régulièrement confondu. À la différence du genre fantastique, qui fait survenir un élément surnaturel dans un univers réaliste, le merveilleux met tout simplement en scène un univers imaginaire ; pas de quoi faire s’outrer un snob, on s’entend.

Le fantasy, de son côté, est un univers merveilleux, mais dans lequel intervient la magie ou le mythe, tandis que l’heroic fantasy, quant à lui, est généralement centré sur un guerrier devant accomplir une quête… héroïque. Mais mis à part ces distinctions génériques, qu’est-il grosso modo mis en scène dans tout récit de fantasy ?

L’affrontement des forces du bien et du mal, bien sûr, mais au-delà ? La création contre la fin de la création… ou encore la fiction proprement dite : l’acte de création d’un univers dépeignant en somme l’acte d’écriture lui-même. Un bon exemple de cette mise en abyme étant le film L’histoire sans fin (The NeverEnding Story) de Wolfgang Petersen, adapté du roman de Michael Ende, où le jeune Bastien, au fur et à mesure qu’il lit un livre lui-même intitulé L’histoire sans fin, devient partie prenante de la quête qui s’y déroule : sauver de l’extinction le monde et les habitants de… Fantasia.

Or ce retour aux sources définitoires du fantasy (plutôt que la simple imitation des œuvres à succès) semble toujours s’avérer salvateur et entraîner la création d’œuvres de qualité, tel que l’illustrent deux nouvelles séries récentes.

Martinique fantasy

En début d’année paraissait le premier tome d’Encyclomerveille d’un tueur de Thierry Ségur et Patrick Chamoiseau. De cette rencontre a priori improbable entre Chamoiseau, Goncourt 92, essayiste de la culture créole, et Ségur, chantre de l’heroic fantasy classique qu’on connaît surtout pour sa série Légendes des contrées oubliées, un des premiers grands succès de l’éditeur Delcourt, est surgi un univers qui dépasse l’entendement, et même un nouveau genre, le fantasy créole. Et en effet, quel site bien trouvé que celui du créole, qui naît d’une hybridation de cultures et de langues, pour mettre en scène l’acte de création…

Dans un cimetière martiniquais, un fossoyeur et son apprenti doivent contrôler les failles entre la réel et l’au-delà, sur une île où les croyances se croisent et se démultiplient. Déjà là, les ouvertures sur l’autre monde offrent au lecteur des images plutôt saisissantes. Mais la richesse de cette œuvre ne s’arrête pas là, alors que le jeune orphelin supporte en parallèle son apprentissage à l’aide d’un carnet où notes et esquisses «annoncent» un univers en construction. Et où le lecteur retrouve-t-il le contenu de ce carnet ? Hors du cadre, hors des cases du récit, comme si le blanc des marges de la bande dessinée était un infra-monde précédant l’histoire elle-même. À cet effet, Philippe Sohet et Yves Lacroix avaient remarqué à propos d’Andreas qu’il pratiquait la planche comme une « surface narrative » envisagée avec une porosité rappelant « l’antériorité fondatrice du support »[1]. De même, la planche de bande dessinée s’affiche, dans Encyclomerveille d’un tueur, comme un seuil poreux vers la fiction, tel le cimetière de Cocoyer Grand-Bois en est un vers le creuset des mythes créoles.

Ségur, de son côté, a significativement affiné son art depuis ses dernières publications en bande dessinée, et s’affirme de plus comme l’un des rares auteurs à se servir des outils de traitement de l’image de manière créative d’une part, et signifiante d’autre part, tandis que les effets de déchirure et d’intrusion qu’il inclut dans ses images ne sont pas qu’au service de l’esbroufe, mais bien du récit. Troublante mise en abîme de la fiction, fantasy métaphysique, réflexion sur le mariage des cultures : Encyclomerveille d’un tueur est une spectaculaire révélation, baroque, flamboyante et post-moderne !

Arabique fantasy

Puis, ces derniers jours, nous recevions une autre de ces surprises : 3 souhaits, du scénariste Mathieu Gabella (La Licorne, éd. Delcourt) et du dessinateur italien Paolo Martinello où, sous une couverture désespérément conventionnelle, se dissimule un étonnant jeu de portes historiques, fantastiques et littéraires entre Proche et Moyen-Orient.

Sans trop en dire, sachons seulement que Jérusalem, point de rencontre du Christianisme, du Judaïsme et de l’Islam, offre d’emblée un cadre exceptionnel pour un scénariste sachant l’exploiter (souvenons nous du savoureux second tome de Professeur Bell de Joann Sfar, Les poupées de Jérusalem).

Mais si, à cet univers déjà riche, on ajoute celui des haschichins, qu’on croise au tout celui des djinns et du merveilleux arabe, et qu’empruntant cette voie de la métamorphose et des faux-semblants, on retrouve le panthéon des grands mythes littéraires d’Orient ? On obtient un récit totalement exaltant sur l’identité de l’au-delà et celle de la frontière entre réalité et imaginaire…

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« Finalement, Docteur, suis-je un malade imaginaire ? »

Encyclomerveille d’un tueur t.1 : L’orphelin de Cocoyer Grand-Bois, Thierry Ségur et Patrick Chamoiseau, Delcourt, coll. «Terres de légendes», 56 p.
3 souhaits t.1 : L’assassin et la lampe, Paolo Martinello et Mathieu Gabella, Drugstore, 56 p.


[1] Dans L’ambition narrative : parcours dans l’œuvre d’Andreas, 2000, XYZ, 266 p.



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