
C’est bien connu, tout ce qui est petit se voit automatiquement attribuer le qualificatif de «mignon». Les albums petits formats ne font pas exception à cette règle, d’autant plus qu’ils nous présentent, la plupart du temps, des personnages et des récits tout à fait craquants. Ceci dit, inutile de vous dire que je suis totalement incapable de résister à ces petits mignons dès qu’ils pointent le coin de leur couverture. Après avoir renoncé à ma collection d’oursins (trop rare), à celle des sifflets (trop inutile) et à celle des sacs à main (trop coûteuse) me voilà bien déterminée ; je collectionnerai désormais les albums petits formats que je nomme affectueusement «petits minis».
Je cogite donc à plein régime et cherche déjà l’endroit idéal pour exposer ces petits bijoux ; c’est nécessaire, sinon à quoi bon une collection dont personne ne profiterait ? C’est clair, cette collection doit être bien en vue. Ce constat établi, une autre idée fait son chemin : je vais partager ma passion des petits minis. J’en ferai donc la lecture, aussi souvent que possible, à mes invités qui, une fois la surprise passée, seront, j’en suis certaine, enchantés ! Enfin, en attendant l’endroit idéal et les visites de vacances, je les sème un peu partout : fourre-tout, sac de plage, coffre à gants, panier à pique-nique…

C’est avec Salut ! de Perrine Dorin que j’ai d’abord succombé. Comment pourrait-il en être autrement ? Tous ces petits oiseaux bien dodus se saluant avec enthousiasme sont adorables. Et quel défi pour le conteur que de donner une voix bien personnelle à chacune de ces petites bêtes à plumes… De plus, comme je craque toujours pour les albums qui ont une fin «surprenante», Salut ! était donc tout indiqué pour être la première pièce de ma collection. Soyez bien discipliné et, malgré cette révélation, n’allez surtout pas voir la fin avant l’heure, vous risqueriez de gâcher une belle chute ! Ah oui, j’oubliais : au passage vous apprendrez à compter jusqu’à 10 !
Voulant donner un peu d’essor à cette collection, j’envisageais d’y aller au rythme d’un nouvel album par mois, budget oblige ! Toutefois, lorsque je suis tombée totalement par hasard - n’allez rien imaginer ! - sur le petit dernier d’Ole Könnecke, toute résistance était vaine. Pour le simple plaisir de faire la connaissance de Burt et de rigoler à la vue des chouettes illustrations de Konnecke, ou pour amorcer des échanges sur les craintes, les hésitations ou les «premières fois» des tout-petits, Il l’a fait ! vaut le détour.

Prochains achats : quelques titres de la collection «La P’tite Étincelle» aux éditions Frimousse. Je commencerai sans aucun doute avec Tic-Tic la girafe et Chtok-Chtok le chameau. Je suis complètement sous le charme de cette petite collection qui explique avec beaucoup d’humour la manière dont les animaux ont acquis les caractéristiques qu’on leur connaît. Ainsi, vous pourrez apprendre comment la girafe a acquis ses taches ou encore comment le chameau a vu naître les deux bosses qui ornent son dos. Sous le crayon d’Édouard Manceau, ces sympathiques personnages se retrouvent avec une bouille des plus rigolotes. Après toutes ces lectures zoologiques, vous ne serez plus jamais sans voix lorsqu’il vous faudra expliquer les petits secrets des animaux…

Parlant girafe, pour meubler les quelques journées de pluie qui ne manqueront pas de vous surprendre pendant vos vacances, pourquoi ne pas tenter la cuisine avec Camille ? Choisissez avec soin une journée «pas pressée», sortez vos bols, ustensiles et tabliers, et suivez la gourmande girafe dans sa cuisine. Vous aurez alors le choix entre déguster d’appétissantes crêpes jaunes et brunes (Camille fait des crêpes) ou vous sucrer le bec avec une Camille en chocolat (Camille est en chocolat). Tout ce qu’il faut pour oublier la pluie jusqu’à la prochaine éclaircie.

De la cuisine, passez à la salle de bain et joignez-vous à la longue liste d’intrus venus déranger la petite «cochonnette» de Michel Van Zeveren (La porte). C’était pourtant bien parti, «cochonnette» entre doucement dans la salle de bain, referme la porte, se déshabille, se mire un peu et… zut ! Voilà quelqu’un ! On se reconnaît aisément dans ce tableau : qui n’a pas, au moins une fois, cherché en vain un peu de tranquillité ? Ce petit album sans texte ne manque pas de charme, il sera à coup sûr un point fort de ma collection.

Avec toute cette ménagerie, je suis en train d’oublier Raoul la Terreur. Je dois vous avouer que j’ai d’abord été un peu rebutée par l’espèce de chevelure rouge hirsute qui orne la couverture de ce petit album. N’étant pas une adepte des livres-jouets, j’ai d’abord eu une petite moue de dédain jusqu’à ce que la curiosité l’emporte et me pousse à ouvrir la chose. Première page : deux drôles de monstres, également hirsutes, se dévisageant d’un air menaçant… et me voilà déjà conquise. Je suis tout de suite impressionnée par le talent de Claire Cantais, qui parvient, en quelques traits (et là, il faut vraiment le voir pour le comprendre), à donner à ses personnages une attitude qu’on saisit au premier coup d’œil. Maintenant, à vous de découvrir qui tiendra tête à Raoul la Terreur !

L’été, c’est les vacances ; mais c’est aussi la saison de tous les projets, et le coloré Monsieur G. en a un bien spécial… Ce drôle de petit homme qui vit dans un village au beau milieu du désert décide un jour que le silence des lieux a assez duré : il quitte son village et revient avec tout ce qu’il faut pour mettre un peu de musique dans son désert. Sous les yeux perplexes de ses voisins, il se met immédiatement à la tâche. J’aime bien cette histoire parce qu’elle permet, l’espace de quelques pages, de croire que tout est possible et que les projets, même les plus fous, peuvent se voir réaliser. De quoi faire rêver !

Enfin, deux petits derniers auxquels je ne pourrai résister encore bien longtemps… D’abord, le magnifique Cyrano de Taï-Marc Le Thanh illustré par Rebecca Dautremer ; bien qu’il ne soit pas né «petit format», il ne perd rien de sa splendeur dans cette version plus menue. C’est un réel petit bijou tant au niveau du texte, que l’auteur s’amuse à agrémenter de quelques notes de bas de page non dénuées d’humour, qu’au niveau des illustrations, tendres et aériennes, qui donnent toute sa majesté à cette histoire qu’on connaît tous. Finalement, dans un tout autre style, Loulou de Grégoire Solotareff aura aussi sa place dans ma collection. Je craque pour Loulou le petit loup (qui n’a absolument rien de son vilain cousin «Le grand méchant»), pour cette histoire d’amitié qui vous donnera envie de partager un petit rosé avec votre ami de toujours.

Cette liste pourrait s’allonger à loisir (et ma collection aussi je l’espère), mais pour le reste de l’été, je vous laisse le soin d’en faire vous même la cueillette chez votre libraire préféré.
* * *
Salut !, Perrine Dorin, Éditions du Rouergue, 2008, 32 p. Il l’a fait !, Ole Konnecke, L’école des loisirs, 2010, 32 p. Tic-Tic la girafe, Édouard Manceau, Frimousse, 20 p. Chtok-Chtok le chameau, Édouard Manceau, Frimousse, 20 p. Camille fait des crêpes, Jacques Duquennoy, Albin Michel Jeunesse, 2003, 24 p. Camille est en chocolat, Jacques Duquennoy, Albin Michel Jeunesse, 2010, 24 p. La porte, Michel Van Zeveren, Pastel, 2008, 61 p. Raoul la Terreur, Claire Cantais, L’atelier du poisson soluble, 2008, 45 p. L’étrange projet de monsieur G., Gustavo Roldan, Sarbacane, 2010, 30 p. Cyrano, Taï-Marc Le Thanh, ill. de Rébecca Dautremer, Gautier-Languereau, 2008, 34 p. Loulou, Grégoire Solotareff, L’école des loisirs, 2009, 29 p.
