Du 26 au 31 mars dernier se tenait la 30e édition du Salon du livre de Paris, à la Porte de Versailles. Et j’ai eu la chance, à titre de libraire, de travailler au kiosque de Québec-Édition. Cet organisme, chapeauté par l’Association nationale des éditeurs de livres (ANEL), a pour mandat, entre autre, de faire rayonner le livre québécois et canadien francophone dans les différents salons du livre internationaux (Paris, Bruxelles, Genève, etc) et les foires internationales (Bologne, Francfort, Guadalajara, etc). Les éditeurs-membres sont sollicités en vue de ces différents événements et décident eux-mêmes de leur participation et des livres qu’ils veulent présenter. Pour plusieurs d’entre eux, qui ne bénéficient pas d’une diffusion sur le marché français, c’est une occasion de faire connaître leurs fonds et leurs auteurs.

Pour son 30e anniversaire, le Salon de Paris, plutôt que de mettre à l’honneur un pays, a décidé de souligner le travail de 90 auteurs, francophones et étrangers. Se côtoyaient, entre autres, Paul Auster, Umberto Eco, Amélie Nothomb, Yasmina Khadra, Dany Laferrière et Anne Robillard. Tous ces gens participaient à des colloques, rencontres, séminaires, panels et incontournables séances de signature. Durant 6 jours, le salon aura attiré environ 190 000 visiteurs, une baisse de 7% par rapport à l’année 2009. A titre de comparaison, le salon de Montréal, qui en sera en 2010 à sa 32e présentation, a attiré en 2009 environ 120 000 visiteurs.
Alors, comment le Québec se comporte-t-il sur le marché français ? Sommes-nous attendus ? A-t-on faim et soif de nous ? D’abord une petite remarque qui me semble bien révélatrice. Sachez, chers lecteurs, que la France fait peser sur nos épaules le poids de la défense de la langue française ! Que de fois n’ai-je entendu, durant mon assez court séjour, des gens m’affirmer que le destin de la francophonie était entre nos mains, que la France s’enfonçait inexorablement, qu’elle se croyait forte de par le nombre mais que sa forteresse était attaquée de toutes parts par le virus anglais ! Voilà que le petit cousin devra montrer la voie à la Mère-Patrie !

Pour ce qui est des livres, la quarantaine d’éditeurs présents ont offert un bel échantillonnage de la production québécoise : romans, poésie, essais, livres universitaires, périodiques culturels et livres pour enfants. Étaient aussi présents une quarantaine d’auteurs québécois et canadiens francophones, heureux de venir rencontrer, pour la plupart, de futurs lecteurs. Et je dois dire, sans crainte de me tromper, que ce fut sûrement pour plusieurs d’entre eux un exercice d’humilité. Alors qu’au stand Albin Michel, il suffit qu’Amélie Nothomb s’installe à une table pour créer en quelques instants une affluence monstre, chez Québec-Édition, chaque auteur devait user de tout son charme et de toute sa générosité pour aller chercher, un par un, les possibles lecteurs de leur œuvre. Il faut dire que la littérature québécoise étant si peu diffusée en France (ma visite de quelques librairies de Paris ne m’a pas permis de trouver d’auteurs québécois, même publiés chez des éditeurs français), nos auteurs sont pour ainsi dire inconnus. Cependant, certains d’entre eux, bénéficiant de la cote d’amour des lecteurs pour le roman historique, tirent bien leur épingle du jeu. Michel David et Louise Tremblay-d’Essiambre, pour ne citer que ces deux-là, possèdent déjà un lectorat qui est conquis.

Doit-on se sentir inquiet, irrité, découragé du fait que, malgré une présence soutenue depuis des dizaines d’années en France, notre littérature soit encore si mal connue de nos cousins français ? Bien sûr, ils ont le poids, le nombre, la tradition, et contre tout cela nous ne pouvons rien. La littérature française s’est bâtie sur des classiques, au fil des siècles. Qui avons-nous à opposer à Hugo, Baudelaire, La Fontaine, Villon ? Bien peu de choses j’en ai peur. Pendant que ces derniers composaient, nos préoccupations étaient toutes autres, à savoir établir un territoire. Si bien que, pour reprendre une idée de M. Robert Melançon dans son livre Qu’est-ce qu’un classique Québécois, notre littérature est encore bien jeune, et ses classiques encore bien peu nombreux. Mais ceux qui se qualifient pour ce titre n’ont rien à envier aux autres qui constituent le patrimoine mondial de la littérature. Et voilà pourquoi nous avons encore devant nous de belles années où nous pourrons, à nouveau, visiter nos amis français, belges, suisses et autres. Et nous aurons comme mission de faire résonner notre voix pour l’inscrire dans le grand chant choral de la littérature mondiale.


