Le Délivré

Archive par auteur


2 août 2010  par May Sansregret

Ceux qu’on pensait ne jamais aimer

NOTE : Le délivré sera en vacances jusqu’à la mi-août. Il ne vous laisse cependant pas en plan, alors que ces prochains jours vous pourrez lire une sélection des meilleurs articles que nos libraires ont publiés au fil des ans dans les pages du journal Le libraire.

Les contes traditionnels fourmillent d’êtres détestables et tyranniques qui sèment nombre d’embûches sur la route du héros ou de l’héroïne. Tel est le rôle généralement attribué aux belles-mères, celles qui, on s’en souvient, ont rendu si pénible la vie de Cendrillon et de Blanche-Neige. Heureusement, cet héritage n’a pas empêché la littérature romanesque pour la jeunesse de délaisser ce stéréotype pour réactualiser complètement le personnage.

C’est ainsi qu’Anne Vantal nous présente, dans Chère Théo, une belle-mère grecque aussi exotique que fascinante, dotée d’une magnifique authenticité. L’attachement qui naît entre elle et l’héroïne est extrêmement fort et demeure au premier plan du roman. Rapidement, la jeune fille souffre d’un sentiment de culpabilité face à sa mère, mais l’auteur en profite pour livrer au lecteur un savoureux entretien où la mère explique pourquoi elle ne se sent en rien menacée. Malgré tout, un véritable drame survient plus tardivement dans le récit lorsque le de la jeune fille et Théo se quittent. Cette femme, qui fut si longtemps dans sa vie, disparaît tout à coup : « L’arrivée de Théo avait été un cadeau des dieux. Son départ, un coup du diable. » En fait, Chère Théo constitue un véritable hommage aux individus qui croisent notre vie et qui, heureusement, y laissent une parcelle d’eux-mêmes.

Dans la même lignée, mais pour les plus jeunes lecteurs, Nancy Montour nous offre Le Cœur au vent, un roman illustré avec chaleur et poésie par Geneviève Côté. Cette fois-ci, le récit relate le temps d’apprivoisement entre l’héroïne et son beau-père. Ce dernier, à l’image de l’ancre tatouée sur son bras, prétend être un port d’attache pour cette famille meurtrie. Au fil du récit, il parvient à se hisser dans le cœur de la petite. C’est avec philosophie et admiration qu’elle l’accueille volontiers dans sa vie : « (…) Vincent, lui, a choisi de veiller sur moi parce que mon papa n’est plus là. »

Dans Tu parles Charles, le héros de Vincent Cuvellier trouve aussi du réconfort, mais pas là où il s’y attendait. Ses parents, autrefois séparés, sont à nouveau ensemble, mais il semble qu’ils n’en aient plus pour bien longtemps. Les chicanes se poursuivent et le héros sent l’inévitable approcher. De plus, il doit chaque jour apporter les devoirs à un garçon de sa classe, Charles, qui est alité à la suite à un accident. Il le fait à contrecœur, car il le considère comme un « type pas comme les autres » qui a « une tête de vieux, des habits de vieux » et même que « quand il n’est pas là, on ne le remarque même pas ». Pourtant, il se sent mieux aux côtés de Charles. Peu à peu, il découvre son humour, ses intérêts et sa véritable personnalité. Étrangement, cette nouvelle amitié saura alléger les souffrances qui le submergent.

Ainsi, bien que ces trois textes traitent d’un sujet très précis, idéal pour susciter des discussions, ils offrent surtout un magnifique moment de lecture empreint d’émotion et de sensibilité. Il est même surprenant de voir de quelle façon ils nous démontrent que, parfois, ceux que l’on croyait nos ennemis viennent tout doucement, à la manière d’une fée marraine, améliorer notre existence.

* * *

Chère Théo, Anne Vantal, ill. de Marc Boutavant, Actes Sud Junior, coll. «Les premiers romans», 70 p.
Le Cœur au vent, Nancy Montour, Dominique et compagnie, coll. «Roman rouge», 43 p.
Tu parles, Charles !, Vincent Cuvellier, Éditions du Rouergue, coll. «ZigZag», 87 p.


Autres titres sur le thème du divorce :

Le Dé-mariage, Babette Cole, Seuil jeunesse, 40 p.
Ma maman ours est partie, René Gouichoux, ill. de Olivier Tallec, Père castor/Flammarion, 30 p.
Un chien dans un jeu de quilles, Carole Tremblay, ill. de Dominique Jolin, Soulières, coll. «Chat de gouttière», 167 p.


* Date originale de publication : 19 septembre 2004


26 juillet 2010  par May Sansregret

Le livre mis en scène !

NOTE : Le délivré sera en vacances jusqu’à la mi-août. Il ne vous laisse cependant pas en plan, alors que ces prochains jours vous pourrez lire une sélection des meilleurs articles que nos libraires ont publiés au fil des ans dans les pages du journal Le libraire.

Quel ravissement de voir que la production estivale nous offre une quantité remarquable d’albums jeunesse où l’objet livre se trouve mis en scène de manière tout à fait surprenante ! Voilà une belle occasion de faire découvrir aux jeunes lecteurs à quel point cet objet est unique et fascinant ! De plus, cela permet à l’enfant qui ne lit pas habituellement de s’approprier le livre, d’en observer toutes les facettes et, finalement, de le démystifier.

Commençons l’aventure avec Surtout, n’ouvrez pas ce livre !, ouvrage au titre provocateur qui permet au lecteur de braver d’emblée - avec un bonheur certain! - une interdiction. Mais attention. Dès la première page, un porcelet plutôt grognon nous accueille avec aplomb : «Non mais, pour qui tu te prends ? Depuis quand on ouvre un livre quand il est clairement marqué sur la couverture SURTOUT, N’OUVREZ PAS CE LIVRE !?» Cette adresse au lecteur persiste tout au long de la lecture; tourner chacune des pages nous est défendu. C’est que le curieux auteur n’a pas terminé l’écriture de son livre. En fait, on s’aperçoit rapidement que notre action de lecteur agit directement sur l’histoire. Pour freiner notre course, l’étrange personnage va même jusqu’à mettre un mot extrêmement lourd - ROC - sur la page afin que nous soyons incapables de la tourner. Quelle idée ! Après avoir joué avec les mots de dizaines de façons, ce livre propose un dénouement savoureux, puisque le lecteur a aidé l’auteur à la queue en tire-bouchon à surmonter le syndrome de la page blanche pour créer une histoire rocambolesque à souhait.

Poursuivons notre itinéraire avec Le Livre de Charlie, un second album qui propose une initiation à l’art du récit. Le récit s’ouvre avec un petit garçon prénommé Charlie, qui ouvre son livre préféré. À la page suivante, la magie s’opère, le lecteur pénètre dans le livre lu par l’enfant : Contre vents et marées. Récit d’un vieux loup de mer. Nous y découvrons un capitaine qui ouvre un coffre contenant un livre. Vous l’aurez deviné : en tournant la page, nous plongeons dans le récit de ce nouveau livre et ainsi de suite jusqu’à la fin. Le lecteur aura donc l’opportunité de lire, entre autres, un conte traditionnel, une encyclopédie et même un magazine ! La finale est savoureuse, puisque le livre lu par le dernier personnage raconte l’histoire d’un petit garçon nommé Charlie ! Cet ouvrage fort bien construit propose également un jeu d’observation dans les illustrations. Dans la pièce où lit Charlie, des détails du décor représentent les personnages que nous découvrirons au fil de la lecture. Par ailleurs, dans la dernière illustration, en apparence semblable à la première, ils sont remplacés par les personnages réels. Portez également une attention particulière aux pages de garde, qui montrent une tablette remplie de livres, soit tous les livres présentés dans l’album.

Pour clore le voyage en beauté, les éditions Rue du monde ont publié deux titres dans la collection «L’atelier de l’imagination» qui permettent au lecteur de créer mille et un récits. Avec La Petite Bibliothèque imaginaire, nous découvrons une vingtaine de couvertures de livres, chacune accompagnée par un résumé et de courtes critiques. Tous ces éléments nous permettent d’imaginer l’histoire que nous désirons car, rappelons-le, aucun de ces livres n’existe réellement ! Il était une fois… Il était une fin propose quant à lui des images qui aident le lecteur à créer ses propres récits. Avec la page de gauche («Il était une fois…»), nous démarrons l’histoire, tandis qu’avec celle de droite («Il était une fin»), nous pouvons la terminer.

Voici des livres qui montreront aux jeunes lecteurs que la lecture appartient avant tout au domaine du ludique, tout en mettant l’accent sur le fait qu’un livre peut revêtir de multiples formes. Bref, du traditionnel à l’exceptionnel !

* * *

Surtout, n’ouvrez pas ce livre !, Michaela Muntean, ill. de Pascal Lemaître, Milan Jeunesse, 36 p.
Le Livre de Charlie, Julia Donaldson, ill. de Axel Scheffler, Autrement Jeunesse, 28 p.
La Petite Bibliothèque imaginaire, Alain Serres et vingt illustrateurs, Rue du monde, coll. «L’atelier de l’imagination», 46 p.
Il était une fois… Il était une fin, Alain Serres, ill. de Daniel Maja, Rue du monde, coll. «L’atelier de l’imagination», 40 p.


* Date originale de publication : 28 août 2006


28 juin 2010  par May Sansregret

Du livre au musée, du musée au livre

Le musée est un lieu de mystères et de découvertes. Les œuvres qu’il renferme stimulent l’imagination des petits et des grands, ouvrent leur horizon et font naître chez eux mille et une questions, tout en apportant quelques réponses, bien sûr.  Aussi, les visites au musée devraient-elle se mériter une place de choix dans l’horaire des vacances familiales. Elles sont idéales lors des jours de pluie ou par grandes chaleurs, bref tout au long de l’été.

Pour créer un véritable événement autour de cette activité, je vous propose dans cet article quelques livres qui éveilleront chez vous et vos enfants l’intérêt pour les lieux d’exposition et leurs œuvres d’art. Il ne sera pas question d’ouvrages documentaires (même si nombre d’entre eux sont magnifiques!), mais bien de fictions, tant sous forme d’album que de roman. Grâce à ces récits, les portes de musées fabuleux s’ouvriront à vous…

Une visite au musée avec Geisert et Browne

Avec Le Musée des mystères, Arthur Geisert donne à voir un musée aux nombreuses galeries où se côtoient tableaux, sculptures et animaux empaillés. L’œil fasciné du lecteur se promène sur la page s’arrêtant à tout moment sur un détail de l’illustration. L’histoire est celle d’une sympathique porcelette qui, comme tous les dimanches, se rend au musée avec son grand-père pour peindre et dessiner. Or, quelque chose d’étrange s’est produit…  La jeune narratrice se rend compte que certaines parties des tableaux ont été retirées et remplacées par des copies. Grâce à sa perspicacité, elle mène l’enquête et dévoile au grand jour les responsables du méfait. Au musée, il faut ouvrir l’œil!

L’album Le jeu des formes d’Anthony Browne met en scène une famille qui va au musée. Seulement, aucun membre de la famille ne s’emballe pour cette sortie, sauf la mère, l’initiatrice du projet. Au fil de la visite, ils apprendront néanmoins à poser un regard différent sur les œuvres. Ces dernières prennent littéralement vie et font vivre à la famille une pléthore de péripéties. L’intérêt croisant des personnages pour les œuvres d’art se voit dans l’illustration lorsque le beige de leurs vêtements se laisse progressivement gagner par la couleur. Cette histoire de famille et de musée vous fournira clés et idées pour aborder les œuvres de manière ludique lors de votre visite au musée.

Une œuvre, un musée, une histoire

Pour la suite, voici trois romans dont le récit prend forme à partir d’une œuvre d’art existante. L’exercice réalisé par les auteurs de ces histoires pourra vous servir d’inspiration… Lancez un défi à votre famille : « Faisons comme Anique Poitras! Choisissons une œuvre lors de notre visite au musée et créons une histoire à partir de celle-ci! » Cette activité prolongera l’effervescence de votre expédition muséale, mais créera surtout un lien entre un lieu, une œuvre et votre famille!

Anique Poitras s’inspire de La dame à la licorne, une série de six tapisseries datant de la fin du XVe siècle, pour concocter l’aventure de la frétillante petite Anique intitulée La dame et la licorne. Dans ce récit, les policiers arrêtent une dame sans papier d’identité au bord du fossé des quenouilles. Cette dernière affirme avoir perdu sa licorne. Devant l’incrédulité des adultes, Anique retrousse ses manches et promet à la dame de retrouver sa compagne à corne. Une fois l’animal retrouvé, Anique voyage au XVe siècle suite à l’invitation de la dame à la licorne. Puis, en visite au musée national du Moyen Âge à Paris, Anique et ses parents découvriront une septième tapisserie à la série La dame à la licorne où apparait… la petite Anique! Et vous, dans quelle toile aimeriez-vous voyager?

De son côté, le roman d’Yvon Brochu, intitulé Le fantôme du bateau atelier, a pour point de départ la toile Le Bateau atelier de Claude Monet. Cette histoire relate une rencontre extraordinaire entre une jeune fille, Émilie Legendre, et le fantôme de Claude Monet. Le peintre fera découvrir à sa jeune amie le paradis des couleurs. Le début et la fin du roman se déroule dans un musée, celui qui expose la toile Le bateau atelier, où Émilie, devenue peintre, tente avec émotions de converser à nouveau avec le peintre français.

En voici un court extrait pour vous donner un aperçu du ton du récit:

- Et vous, monsieur Monet, vous êtes aussi… un ange?

Le vieil homme éclate de rire à son tour:

- Qu’en penses-tu, toi?

Je réfléchis un instant avant de répondre:

- Moi, je crois que vous êtes le bon dieu de la couleur!

- C’est le plus beau compliment que j’ai reçu, me dit monsieur Monet d’une voix émue, les yeux tout brillants. Dis Émilie, tu veux bien peindre avec moi?

Et vous, avec quel artiste voudriez-vous discuter?

L’infante de Vélasquez de Marie Brantôme raconte pour sa part une histoire époustouflante de substitution. En visite au Louvre, Alice et Inès contemple la toile Les Ménines de Vélasquez. Lorsque Inès formule le souhait de prendre la place d’une jeune fille sur la toile, la voilà qui disparait. À sa place se tient la douce Dona Maria qui ne parle que l’espagnol… Suite à cette lecture, demandez-vous quel personnage figurant sur une œuvre d’art votre famille aimerait-elle héberger?

Bonne lecture… de livres ou de tableaux!

***

Le Musée des mystères, Arthur Geisert, Autrement, 2005,  32 p.
Le jeu des formes, Anthony Browne, Kaléidoscope, 2003, 25 p.
La Dame et la licorne, Anique Poitras, ill. Céline Malépart, série Anique, coll. « Roman rouge », Dominique et cie, 2004, 45 p.  
Le fantôme du bateau atelier, Yvon Brochu, ill. Steve Adams, coll. « Roman vert », Dominique et cie, 2003, 74 p,
L’infante de Vélasquez, Marie Brantôme, Seuil, 2003, 124 p.

16 juin 2010  par May Sansregret

Mission : constituer la bibliothèque de bébé !

Des bébés parsèment votre entourage ou vous avez une pléthore d’amies aux bedaines rebondies ? Eh bien, investissez-vous d’une mission, celle d’offrir aux poupons les premiers livres de leur bibliothèque. Lors des fêtes données en l’honneur d’une naissance prochaine, j’offre un panier surmonté d’une grosse boucle, bien garni de livres en tous genres, parmi lesquels bébé pourra faire ses premiers pas de lecteur. C’est un cadeau original, fort apprécié et, en général, assez inusité. J’aime mettre du temps à construire mon panier-cadeau en fonction de la personnalité des parents ou de la famille du petit à naître.

D’abord, je mets dans mon petit panier : trois incontournables

Pour les premiers mois de bébé, je choisis Blanc sur noir de Tana Hoban. Ce livre, constitué de formes blanches sur un fond noir, donne à voir une panoplie d’objets, comme un biberon, des boutons ou un oiseau. Le contraste créé par les jeux du noir et du blanc est ce qui rend ce livre parfaitement adapté à la vision des poupons. Voir un bébé observer ces images est, disons, impressionnant. L’intérêt du petit Elliot a vite été capté par ce livre. En l’ouvrant devant lui, nous avons vu son regard se fixer, ses yeux s’agrandir subitement, puis ses mains et ses pieds s’activer sans relâche !

Pour le plaisir des yeux et des oreilles, j’ajoute Le livre des bruits, de Soledad Bravi, qui amuse les petits autant que les grands. Chaque double page présente une image et l’onomatopée qui lui est associée. Par exemple, «Le rhume il fait atchoum», «La voiture fait vrouuum», «Le biberon fait hmmmm». Avez-vous remarqué ? D’une onomatopée à l’autre, on reprend une syllabe ou une lettre à la sonorité semblable pour créer un rythme de lecture des plus dynamiques et endiablés. Et ce jeu se poursuit sur plus d’une centaine de pages ! Imaginez, ce livre a été le doudou de Petit Victor. Celui-ci l’amenait partout. Et lors de ses un an, le livre ayant eu une vie bien remplie, il n’en restait plus que la moitié…

Tous les petits de Jeanne Ashbé, l’auteure pour bébé par excellence, est celui qui complète mon trio d’incontournables. C’est un livre-paravent que l’on peut installer au sol autour de bébé ou dans la couchette autour du matelas. D’un côté, on retrouve des portraits d’enfants aux expressions variées, chacun associé à une couleur : «Petit tout rouge, que personne ne bouge !» pour la petite en colère. De l’autre, c’est plutôt une ribambelle d’objets agrémentée de comptines rieuses et adorables, toujours associés à une couleur : «Jaune poussin… encore un câlin.»

Aussi, je mets dans mon petit panier : des livres québécois

Je choisis toujours un ou deux titres parmi les Toupie et Binou, une collection à l’humour aussi chaleureuse que désopilante. Mentionnons que cette dernière est à l’origine du dessin animé éponyme. J’aime particulièrement Binou en couleurs, qui, avec une économie de mots surprenante, raconte une histoire qui engendre maints éclats rires. Puis, Toupie raconte une histoire, qui met en scène la joie incommensurable que l’on ressent lorsqu’on se fait raconter une histoire.

Dans la production québécoise, le classique des tout-petits est sans conteste le personnage de Caillou. Si je glisse un Caillou dans mon panier, je choisis l’original, celui créé par Hélène Desputeaux. Il est douillet et potelé. Bref, il a une âme, au contraire de celui de Cinar, complètement dénaturé… J’ai un faible pour Caillou, c’est moi !, qui traite des origines, soit de la vie dans le ventre de maman.

Un autre livre que j’adore arrive tout juste de chez La courte échelle, et il a été présenté dans La crème de mai : Devant ma maison… Ce petit album peut s’adresser à des plus vieux, mais en l’offrant à bébé, on lui permet de grandir avec cet imagier hors du commun qui présente, à l’intérieur d’une trame narrative, des images et des mots provenant du monde réel ou imaginaire.

Dans mon petit panier, il y a la collection «Tête de lard»

La collection «Tête de lard» de Thierry Magnier présente un équilibre parfait entre art et audace. Pour stimuler la curiosité et le sens esthétique des petits, il importe de leur présenter une variété de styles et de médiums. Avec cette collection, dont les pages se soulèvent comme par magie pour garder l’intérêt des petits, c’est chose faite ! Chaque livre est tout simplement unique. En voici quatre, parmi lesquels le choix peut être très difficile… Etmoietmoi ? d’Olivier Besson présente des illustrations réalisées selon la technique de gravure sur bois. L’histoire est celle d’un chien qui, après avoir vu différentes paires d’animaux, se demande «Et moi ?», jusqu’à ce qu’il trouve son compagnon, un petit garçon. Avec Dodo d’Antonin Louchard et Katy Couprie, le bébé-lecteur suit un chat lors de ses déambulations nocturnes. Le même duo de créateurs nous offre également Ceci est un livre, qui s’amuse à partir de la formule de «Ceci n’est pas une pipe» de Renée Magritte. Puis, on joue à compter avec Des milliards d’étoiles !

Allez hop ! Un Ponti dans mon petit panier

Pour ajouter une touche de folle imagination, tout panier qui se respecte cache en son sein un livre de Claude Ponti. Celui qui m’arrache à chaque fois un sourire est Derrière la poussette, où un bébé se demande qui pousse sa poussette. Est-ce une fée, un monstre déguisé en sorcière ou un n’importe quoi ? Bonne question !

Lequel de ces trois livres ira dans mon petit panier ?

Pour compléter mon panier, j’hésite longtemps entre trois bouquins qui stimulent bébé chacun à leur manière. Le bébé : images en comptines de Pierre Coran propose de petites poésies à lire à bébé pour lui faire découvrir la musique des mots. Voici la comptine-poésie «Une tétine» :

« Sans son biberon / La tétine a l’air / D’un lampadaire, / D’un champignon. / Bébé la suce, / La suce, la suce, / Ou la repousse pour sucer son pouce. »

L’autre livre vient tout juste d’arriver en librairie, c’est Tout autour de moi de Clotilde Perrin. Le principe de ce grand album consiste à l’ouvrir à plat devant bébé qui pourra tournicoter autour du livre, car les détails de l’illustration vont dans tous les sens. Chaque double page aborde un thème (la nature, l’heure du repas, la ville) et se voit gratifiée d’une jolie phrase qui donne au lecteur un objet à trouver : «J’ai plein d’habits autour de moi et un chapeau beaucoup trop grand…» Et bien sûr, parce que ce livre est une véritable fenêtre ouverte sur le monde, les poupons grandiront avec lui…

Chansons douces, chansons tendres a tout pour séduire les nouveaux parents et leur progéniture. Ce recueil de berceuses recueillies par Henriette Major est agrémenté d’un disque et présente les illustrations de six créateurs québécois. Les berceuses proviennent d’époques et de cultures différentes. Un petit bijou pour apaiser bébé, mais aussi les parents par la même occasion !

Plein de livres fantastiques pour les bébés n’ont pas été présentés dans cet article. Et, bien sûr, le panier-cadeau proposé ici fait fi d’un budget à respecter. Mais qu’importe, car l’idée est de vous donner l’envie d’offrir des livres, peu importe l’âge des enfants. Rappeler-vous, il n’est jamais trop tôt pour devenir lecteur ! Imaginez comme c’est bon pour le bébé de se coller contre maman et papa pour regarder des pages toutes colorées et entendre la voix de ces dernier prononcer de doux sons mélodieux. Et comme c’est amusant pour lui de tourner le livre dans tous les sens, de feuilleter ses pages ou de le lancer un peu plus loin pour ensuite aller le rechercher !

* * *

Blanc sur noir, Tana Hoban, Kaléidoscope, 10 p.
Le livre des bruits, coll. «Loulou et cie», École des loisirs, 112 p.
Tous les petits, Jeanne Ashbé, Pastel, n.p.
Binou en couleurs, Dominique Jolin, Dominique et cie, 12 p.
Toupie raconte une histoire, Dominique Jolin, Dominique et cie, 14 p.
Caillou, c’est moi !, Hélène Desputeaux, Desputeaux + Aubin, 10 p.
Devant ma maison…, Marianne Dubuc, La courte échelle, 120 p.
Etmoietmoi ?, Olivier Besson, coll. «Tête de lard», n° 31, Thierry Magnier, 22 p.
Dodo, Antonin Louchard et Katy Couprie, coll. «Tête de lard», n° 23, Thierry Magnier, 22 p.
Ceci est un livre, Antonin Louchard et Martin Jarrie, coll. «Tête de lard», n° 29, Thierry Magnier, 22 p.
Des milliards d’étoiles, Antonin Louchard et Katy Couprie, coll. «Tête de lard», n° 6, Thierry Magnier, 22 p.
Derrière la poussette, Claude Ponti, L’école des loisirs, 8 p.
Le bébé, Pierre Coran, ill. de Guillaume Reynard, coll. «Images en comptines», Père Castor/Flammarion, 58 p.
Tout autour de moi, Claude Perrin, Rue du monde, 28 p.
Chansons douces, chansons tendres, Henriette Major, Fides, 125 p.

Pour en savoir plus :

Les livres, c’est bons pour les bébés, Marie Bonnafé, Hachette, coll. «Pluriel», 202 p.
Tout-petits déjà lecteurs, Colette Barbé-Julien, coll. « La littérature jeunesse, pour qui, pour quoi? », Sorbier, 156 p.


14 mai 2010  par May Sansregret

Un signe de mai ?

Coïncidence ou signe supplémentaire que le joli mois de mai bat son plein ? Ces derniers temps, nous avons reçu une volée de nouveaux titres les mettant en scène, tandis qu’ils sont toute une sarabande à gazouiller dans ma cour… Les voilà de retour pour égayer nos éveils matinaux et manger nos semis : ce sont… les oiseaux !

* * *

Les oiseaux sont très cordiaux. Mais leur besoin de tous se saluer peut rapidement devenir une étourdissante «cocophonie» !

Salut !, Perrine Dorin, Le Rouergue, 2008, 30 p.

Il n’empêche que leur chant est l’une des plus belles musiques à écouter…

L’étrange projet de monsieur G., Gustavo Roldán, Sarbacane, 2010, n.p.

Même sous les latitudes boréales, où ceux-ci bercent les aurores…

Ô corbeau, Marcus Malte, ill. de Rémi Saillard, Syros jeunesse, coll. «Albums», 2010, 40 p.

N’est-ce pas que si nous possédions leurs ailes, nous bouclerions sans doute nos valises ?

Les migrants, Mariana Chiesa Mateos, coll. «Les ethniques», Le Sorbier, 2010, n.p.

N’est-ce pas qu’il se dégage d’eux un irrésistible vent de liberté ?

Mes petites fesses, Jacques Godbout, ill. de Pierre Pratt, Les 400 coups, coll. «Grimace», 2002, 32 p.

Été, hiver, printemps ; tandis que certains sont fidèles au poste, d’autres résistent tant bien que mal aux caprices du temps, et nous reviennent parfois… curieusement remplumés !

Pas si bête, Philippe Béha, Hurtubise HMH, 2005, 88 p.

Ainsi, de leurs plumages bariolés, ils nous attirent et nous confondent ; sans doute est-ce contagieux, hein Monsieur Hulot ?

Le Jacquot de Monsieur Hulot, David Merveille d’après Jacques Tati, Le Rouergue, 2005, 32 p. dépliantes.

Il faut dire qu’avec eux nous ne sommes jamais au bout de nos surprises ; qui sait ce qui peut sortir d’un œuf ?!

Drôle d’œuf, Emily Gravett, Kaléidoscope, 2008, 26 p.

Ou qui sait même se qui se cache réellement sous cette tête ? Qu’en dites-vous ?

Canard ! Lapin !, Amy Krouse Rosenthal, ill. de Tom Lichtenheld, Kaléiodoscope, 2009, 36 p.


16 avril 2010  par May Sansregret

Voyage en uchronie

Il y a des genres littéraires, ou parfois certaines thématiques, qui apparaissent au lecteur comme une terre nouvelle à explorer. Un premier livre attise d’abord la curiosité et l’intérêt du lecteur, puis d’autres du même genre suivent, garnissant peu à peu la bibliothèque de ce dernier. De livre en livre, le lecteur se construit un véritable réseau, découvre des liens entre ses lectures et fait résonner du sens là où d’autres que lui n’auraient rien vu. Bref, le lecteur devient cartographe, traçant les contours d’un monde qui devient toujours plus familier pour lui.

Pour ma part, je voyage en uchronie. Je me délecte de romans uchroniques pour la jeunesse, découvrant les milles et une manière dont les auteurs jouent avec le genre. « Mais qu’est-ce que l’uchronie ? », demanderont certains. Rapidement, disons que c’est un genre à part entière qui s’associe à la science-fiction. Le terme, inventé par le philosophe Charles Renouvier au 19e siècle, s’inspire du mot utopie et se compose d’un U (qui veut dire non en grec) et de chronos (qui signifie temps). Il désigne un genre qui repense l’Histoire à partir de la modification d’un événement du passé. En d’autres mots, l’uchronie imagine l’Histoire telle qu’elle aurait pu être. Ce genre, vous vous en doutez, peut donner lieu à des romans fort originaux qui stimulent notre réflexion quant à notre implication individuelle et collective dans l’Histoire.

En 2008, le roman uchronique francophone pour la jeunesse bénéficie d’un espace où se déployer : la collection «Ukronie» chez Flammarion, créée par Alain Grousset. Ceux qui sauront de Pierre Bordage, le premier roman à s’inscrire au catalogue, est possiblement le premier roman francophone d’uchronie pure publié à l’intention du jeune public. Il met en scène un monde où Jules Ferry, le fondateur de l’école laïque et gratuite pour tous en France, a été fusillé avant la réalisation de ses projets. Le récit donne à voir les conséquences de cet événement, soit un XXIe siècle où seuls quelques riches privilégiés détiennent le savoir et l’accès aux technologies, et où le dernier espoir du peuple réside dans le réseau de la rébellion et ses écoles clandestines. À noter qu’un deuxième tome, Ceux qui rêvent, arrivera sur nos tablettes au mois de mai prochain. Mise à part cette série, trois autres titres constituent le présent catalogue de la collection, soit Divergences 001, Les fils de l’air et La reine des lumières.

Outre les titres de cette collection, l’uchronie est néanmoins présente en littérature pour la jeunesse, surtout depuis le XXIe siècle, période à partir de laquelle on assiste à un véritable boum, mais se déploie selon différentes modulations. Ces romans sont considérés à caractère uchronique puisque la mise en place de leur uchronie résulte d’un amalgame avec d’autres thèmes de la science-fiction, comme le voyage dans le temps et les mondes parallèles, ou encore avec le genre fantastique. Si la diversité marque le corpus des romans uchroniques pour la jeunesse, l’Histoire demeure toutefois au centre de chaque récit.

Souviens-toi d’Alamo! de Christophe Lambert combine voyage dans le temps et théorie des mondes parallèles ; il met en scène des pilotes de l’Armée américaine qui disparaissent dans le triangle des Bermudes avant de réapparaitre dans le ciel d’Alamo en 1836, soit en plein cœur de la guerre d’indépendance du Texas ! Les soldats y rencontreront même Davy Crockett ! Tout au long du récit, le lecteur se délecte de la réflexion des personnages concernant leur implication dans le cours de l’Histoire et la construction d’un meilleur avenir. Dans sa postface, l’auteur départage le vrai du faux chapitre par chapitre, ce qui donne au récit un deuxième souffle, car le lecteur se remémore ce dernier avec une nouvelle perspective.

Les romans de Fabrice Colin, Le réveil des dieux et la série que forment La malédiction d’Old Haven et Le maître des dragons, appartiennent quant à eux au genre fantastique. L’auteur y crée des mondes de toutes pièces où s’amalgament faits réels, magie, mythes, personnages historiques réels et bêtes fabuleuses. Dans le premier roman, l’Angleterre est devenue toute-puissante grâce à une pluie de comètes qui s’abattit sur ses côtes, par laquelle les anglais découvrent alors l’antélium, une roche extraterrestre d’une énergie impressionnante. Grâce à elle, l’Empire britannique vient en aide au Japon, victime d’une épouvantable catastrophe naturelle, et en profite pour envahir le pays. Le récit se déroule donc en pleine crise politique, alors que seul Errol Steel, un jeune Britannique, pourra sauver Tokyo menacé par un nouveau cataclysme. Le texte de Colin est vif et haletant : on vit le conflit presqu’en temps réel avec le héros, et le Tokyo en déroute qui y est mis en scène coupe littéralement le souffle au lecteur !

Le rythme se fait plus lent dans La malédiction d’Old Haven, où le temps prend une autre dimension : en fait, on lit les mémoires d’une jeune femme impliquée malgré elle dans un moment clé de l’Histoire de son monde. À l’image de ses personnages, l’écriture de Colin se fait ici envoûtante, tout particulièrement au cours du prologue, dont voici un court extrait :

Je repense à l’année où tout a commencé, bien avant ma naissance. Je repense à la façon dont les événements se sont précipités et entremêlés pareils aux thèmes d’une violente symphonie, et me voilà projetée cinquante ans en arrière. Brusquement, je réalise que, si toute cette histoire devait se jouer à nouveau, sous mes yeux ou ailleurs, rien, pas un seul mot n’en serait changé. Parce que les hommes avancent ainsi : courbés sous le joug du destin, soumis à un entrelacs de causes et de conséquences si complexes qu’ils se révèlent incapables, tant qu’ils n’ont pas vécu, de percevoir le sens secret des choses. (p. 9)

L’uchronie mise en place par l’auteur vient justement d’un entrelac de causes et de conséquences  qui divergent d’avec notre propre histoire. Des extraits de livres et de journaux encartés à travers le récit (par l’héroïne Mary Wickford) informe le lecteur de certains événements historiques. Le monde où elle évolue est dur, car l’Inquisition y fait régner la peur, tant en Europe qu’en Amérique. À la grande joie du lecteur, Mary Wickford n’est pas la seule à avoir écrit ses mémoires : son compagnon Thomas Goodwill a fait de même…

Denis Côté a aussi recours au fantastique dans son roman à caractère uchronique L’empire couleur sang. Il octroie l’immortalité à Cagliostro, rend puissantes les séances de spiritisme de Gérard de Nerval, Alexandre Dumas et Victor Hugo, et réveille la déesse Sekhmet en plein Québec de 1837 ; un délire savoureux ! Au fil des péripéties, le lecteur se fait complice de l’auteur et se prend au jeu. Seule ombre au tableau : il est possible que ce roman ne connaisse jamais de suite, et ce malgré une fin où tout commence… Mais il vaut malgré tout le détour !

* * *

Bref, lire des romans uchroniques relève d’un véritable jeu où la connivence avec l’auteur est manifeste. Je vous y invite avec grand enthousiasme !

Bibliographie

Ceux qui sauront, Pierre Bordage, Flammarion, coll. « Ukronie », 2008, 344 p.
Souviens-toi d’Alamo !, Christophe Lambert, Mango, coll. « Autres mondes », 2002, 201 p.
Le réveil des dieux, Fabrice Colin, Hachette, 2006, 309 p.
La malédiction d’Old Haven, Fabrice Colin, Albin Michel, coll. « Wiz », 2007, 635 p.
Le maître des dragons, Fabrice Colin, Albin Michel, coll. « Wiz », 2008, 619 p.
L’empire couleur sang, Denis Côté, Hurtubise, coll. « Atout », [2002] (2007), 337 p.

Pour en savoir plus sur l’uchronie et pour consulter une bibliographie de plus de mille œuvres, vous pouvez consulter les ouvrages suivants :

L’uchronie, Éric B. Henriet, Klincksieck, coll. « 50 questions », 2009, 262 p.
L’histoire revisitée : panorama de l’uchronie sous toutes ses formes, Éric B. Henriet, Encrage et  Les Belles lettres, coll. « Interface », 1999, 222 p.
« Pourquoi écrit-on une uchronie ? » dans Revue électronique Intermédialités, no 2 : Réinventer l’histoire : l’uchronie, Éric B. Henriet, 2007.


12 avril 2010  par May Sansregret

La littérature gaie, à l’index ? Oh que non !

Suite à notre remarqué poisson d’avril, puisque nous vous l’avions promis, et comme nous voulons faire plaisir au CFAC (!), voici une petite sélection thématique sur l’homosexualité du côté de la littérature jeunesse et de la bande dessinée. Une sélection en littérature générale suivra bientôt…

EN LITTÉRATURE JEUNESSE

Albums

Titiritesse, Xerardo Quintia, ill. de Maurizio A. C. Quarello, OQO, 2008, 44 p.

La princesse Titiritesse quitte le royaume d’Avant-hier afin d’échapper au cours de bonnes manières que veut lui imposer la reine. Arrivée au royaume d’Après-demain, elle apprend que le monstrueux Avalesix Duncoup a enlevé la princesse Wendoline. Avec son âne Buffalet, elle ira au secours de la demoiselle. Lors de leur rencontre, une brise joueuse se soulève et « leur fait des chatouillis dans la tête »…

Comme beaucoup de contes, Titiritesse se termine par un mariage, mais cette fois celui des deux princesses !  Le texte de Xerardo Quintia respire la fantaisie et donne à cet album une envolée rafraîchissante. Les émotions et la manifestation des sentiments des deux princesses sont, quant à elles,  à la fois crédibles et touchantes. Et que dire des illustrations de Quarello ? Elles sont superbes et l’imaginaire qui en émane sert à la perfection le propos du récit.

D’autres albums à découvrir :

Marius, Latifa Alaoui M., ill. de Stéphane Poulin, coll. «Carré blanc», Les 400 coups, 2001, 32 p.
Jean a deux mamans, Ophélie Texier, coll. «Loulou et compagnie», École des loisirs, 2004, 20 p.
Papa, c’est quoi un homme haut sèkçuel ?, Anna Boulanger, Zoom, 2007.
Secret d’Ugolin, Béatrice Alemagna, Seuil, 2000, 36 p.
Ulysse et Alice, Ariane Bertouille, ill. de Marie-Claude Favreau, Remue-ménage et Bouton d’or d’Acadie, 2006, 18 p.

Romans intermédiaires

Le rire de Milo, Églal Errera, coll. «Cadet», Actes Sud junior, 90 p.

Églal Errera est une auteure à la plume élégante et raffinée. Aussi, lorsqu’elle aborde le sujet de l’homosexualité dans Le rire de Milo, elle le fait avec une délicatesse renversante. Milo est un vieil homme malade qui souhaite plus que tout revoir son cher ami Samir qui vit au Caire, maintenant marié et père d’un garçon de seize ans. Irène et son père partent donc en Égypte à la recherche de Samir. C’est important, car entre Milo et Samir, il y a déjà eu plus que de l’amitié…

D’autres romans à découvrir :

À mes amoures, Claudine Galea, coll. «Zigzag», Rouergue, 2007, 105 p.
Je ne pense qu’à ça, Karim Ressouni-Demigneux, ill. de Monike Czarnecki, coll. «Roman du monde», Rue du monde, 2009, 111 p.

Romans pour adolescents

Philippe avec un grand H, Guillaume Bourgault, coll. «Ado», Vent d’Ouest, 2003, 195 p.

Il y a presque 7 ans, j’ai lu Philippe avec grand H. De ce texte, je me souviens avoir eu accès aux pensées d’un jeune personnage d’homosexuel qui tente de s’accepter. Je me souviens des difficultés qu’il rencontre, mais de son courage, surtout.  Je me souviens aussi de la violence à laquelle il est confronté. Bref, un personnage vraisemblable et émouvant, avec un entourage qui l’est tout autant.

D’autres romans à découvrir :

C’était mon ami, Anneke Scholtens, coll. «Ado», Actes Sud, 2006, 166 p.
Complexe de l’ornithorynque, Jo Hoestlandt, coll. «Macadam», Milan, 2007, 154 p
La Fille du squat, Ragnfrid Trohaug, Thierry Magnier, 2004, 173 p.
F comme garçon, Isabelle Rossignol, coll. «Médium», École des loisirs, 2007, 152 p.
French kiss ou l’amour au plurielles, Lyne Vanier, coll. «Ethnos», Pierre Tisseyre, 2008, 464 p.
Kiss, Jacqueline Wilson, coll. «Scripto», Gallimard, 2009, 345 p.
Pas raccord, Stephen Chbosky, coll. «Exprim», Sarbacane, 2008, 320 p.
Requiem gai, coll. «Faubourg St-Roch», Pierre Tisseyre, 1998, 185 p.
Tabou, Frank Andriat, Mijade, 2008, 136 p.
Tous  les garçons et les filles, Jérôme Lambert, coll. «Médium», École des loisirs, 2003, 111 p.

CÔTÉ BANDES DESSINÉES

Pedro & moi, Judd Winick, Ça et là, 187 p.

En 1993, l’auteur participe à une téléréalité dans lequel sept personnes partagent une maison durant six mois. À son arrivée, il se lie d’amitié avec Pedro Zamora, 22 ans, d’origine cubaine, homosexuel et séropositif depuis l’âge de 17 ans. Pedro va utiliser l’émission pour sensibiliser les américains à la prévention et la lutte contre le SIDA avant de mourir des suites de la maladie, peu après la fin du tournage. Formidable et bouleversant témoignage d’amitié, contre les préjugés et l’ignorance.

Fun Home, Allison Bechdel, Denoël graphic, 236 p.

Alison Bechdel nous donne une grande autobiographie, élue par le Time magazine comme LE livre de 2006. Après qu’elle eût avoué son homosexualité à ses parents et découvert celle, cachée, de son père, Bruce, celui-ci décède brusquement, fauché par un camion. Suicide ? Bruce Bechdel a vécu enfermé dans une petite ville de Pennsylvanie, contraint de reprendre l’entreprise funéraire paternelle (la fun home !) Le tempérament d’esthète de cet amoureux de Francis Scott Fitzgerald n’aura trouvé d’autre exutoire que dans la restauration obsessive de sa maison néogothique. À travers la psychanalyse et l’univers littéraire de son père, l’auteure décrit magnifiquement le puzzle de sa relation avec cet être inaccessible et curieusement attachant.

Comme des lapins, Ralf König, Glénat, 157 p.

Prix du scénario au festival d’Angoulême 2005, ce savoureux opus du « Brétécher gay », léger, sans tabous et furieusement drôle, monte en épingle à cheveux une série de quiproquos autour de deux voisins de paliers, un hétérosexuel coincé et un homosexuel plutôt libéral, qui deviennent amis. König, en observateur amusé des mœurs contemporaines, révèle d’un angle décomplexé les rapports entre sexes tout comme ceux entre orientations sexuelles. À découvrir également : l’excellent Super Paradise, sur le sida, ainsi que Et maintenant, embrassez-vous, sur le mariage gay.

Un monde de différence, Howard Cruse, Vertige Graphic, 224 p.

Début des années 60, l’Amérique est en train de changer sauf pour Toland Polk, un jeune homosexuel qui doit affronter seul ce que la société n’est pas encore prête à accepter. Il rencontre alors Ginger Raines, qui va lui faire découvrir une oppression encore plus violente que celle qu’il subit : celle des Noirs dans le Sud. L’auteur rassemble toutes les différences dans un même combat pour la liberté. (Prix de la critique à Angoulême 2002)

Journal (4 tomes), Fabrice Neaud, Ego comme X, 112, 72, 376 et 222 p.

Loin des clichés, dans une démarche autobiographique sans concessions où le lecteur n’est pas à l’abri de la crudité ou de la violence du propos, l’auteur confronte sa lucidité comme son idéalisme au climat social difficile d’une petite ville de France et à ses déboires amoureux. On est parfois tenté de croire que l’auteur cultive son malheur, mais on ne peut qu’admirer la puissance de sa narration et son dessin incisif, qui permettent au Journal d’atteindre des moments de paroxysme d’une rare intensité. (Prix coup de cœur à Angoulême 97 pour le tome 1, mais les tomes 3 et 4 sont les plus aboutis)

À découvrir aussi :

En Italie, il n’y a que des vrais hommes, Sara Corlaone et Luca De Santis, Dargaud, 168 p.
Princesse aime princesse, Lisa Mandel, Gallimard, coll. «Bayou», 124 p.
Love and rockets : Locas (2 tomes), Jaime Hernandez, Seuil, 348 et 324 p.
Love my life, Ebine Yamaji, Asuka, 208 p. (en nomination pour le prix du Meilleur premier album à Angoulême 2005)

Et jetez un œil au site de l’Association LGBT BD !

(sélection et rédaction d’Eric Bouchard pour les bandes dessinées)


19 février 2010  par May Sansregret

Tempête fugace

Comme nous sommes contents d’avoir reçu quelques flocons aujourd’hui ! La neige est si rare cet hiver…

Quand elle nous manque trop, on ouvre quelques albums. Car il neige aussi dans les livres…

* * *

« Mon nom est Hiver. Mon pays est blanc de neige et de froid. De givre brillent mes étoiles. Le temps est immobile, mais soudain se lèvent le vent, la glace et la neige. »

Lundi, Anne Herbauts, Duculot, 2004, 40 p.

« Il neige ! chantonne Maman. Et si on faisait un troll de neige ? Bébé sourit et éternue. »

Regarde la neige, Bébé !, Olivier Dunrea, Kaléidoscope, 2003, 40 p.

« Soudain, un vent violent s’est levé. Je ne voyais que du blanc à perte de vue. Si je n’avais pas remarqué sur la neige une série d’empreintes en forme d’oies, je me serais égaré. »

Missuk et les oies des neiges, Anne Renaud, ill. de Geneviève Côté, Dominique et compagnie, 2009, 36 p.

« Ça parle aux p’tits moineaux ! Mon champ de tomates ! s’exclame Toupet. C’est bien joli, des tomates sur la neige, mais quel peut bien être leur goût ? demande Pauline. Le fermier cueille une tomate givrée et l’offre à la jeune femme. Je vais faire un vœu, dit celle-ci avant d’y goûter. »

La perruque de monsieur Lanoix, Mireille Villeneuve, ill. de Bruce Roberts, Les 400 coups, 2002, 32 p.

« Finalement, les cymbales se taisent. Mais un autre bruit se fait entendre : celui d’une pelle qui gratte le trottoir devant la maison de Melville. »

Melville et maricha : La magie de la neige, James Howe, ill. de Marie-Louise Gay, Dominique et compagnie, 2009, 32 p.

« C’est froid et … ça brûle !!! »

Sur le bout de la langue, Alain Bergeron, ill. de Philippe Germain, Imagine, 2009, 24 p.



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