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13 décembre 2014  par Le Délivré

La littérature en 2014 : les palmarès personnels de nos libraires

Nos libraires ont un privilège certain: ils sont en première ligne pour repérer les livres qui pourraient susciter leur intérêt, et ce dans tous les genres littéraires. Voici les oeuvres qui ont séduit nos collègues cette année.

MARIE-ÈVE BLAIS

Françoise Collin : anthologie québécoise, 1977-2000, Françoise Collin, Marie-Blanche Tahon, 2014, Remue-Ménage, 267 p., 9782890914780*

« Une diversité de textes s’intéressant à la place des femmes et du féminisme en société. L’auteure développe une pensée qui défend l’importance de la pluralité des individus, processus nécessaire à une libération qui ne serait pas assujettie à la masse. Autant l’impérialisme, le nationalisme, la démocratie que les concepts de culture et de politique sont mis sous sa loupe unique. La nécessité de réfléchir à notre rapport à l’histoire, à la transmission, à l’amitié et à une pratique où les tensions entre les différents féminismes et individus peuvent être positives. Les idées sont malléables, non figées, le style rigoureux. La pensée évolue et se construit avec chaque nouvelle phrase, à chaque nouveau texte. On ne peut en détourner les yeux trop longtemps. » – Marie-Ève Blais

Bleu nuit : histoire d’une cinéphilie nocturne, Éric Falardeau, Simon Laperrière (Dir,), 2014, Somme Toute, 344 p., 9782924283486*

« Réunissant un bouquet de cinéphiles, Bleu nuit : histoire d’une cinéphilie nocturne assemble visions historiques, témoignages et analyses de films. Il y est proposé une réflexion sociale sur les impacts qu’à eu cette plage horaire érotico cinématographique qu’était Bleu nuit. À travers la panoplie de textes, on nous rappelle ces oeuvres à la qualité discutable, ces scènes érotiques qui en montraient si peu et cet interdit qui a créé l’envie chez toute une génération d’adolescents. C’est, au final, la construction de l’imaginaire sexuelle d’une époque qui est mise sous la loupe des auteurs. Agrémenté de quelques créations inédites d’illustrateurs, c’est un livre à poser sur la table de chevet, et à lire, sans interdit. » – Marie-Ève Blais

Forêt contraire, Hélène Frédérick, 2014, Verticales, 159 p., 9782070143894*

« Une femme quitte Paris pour s’installer dans la forêt d’Inverness au Québec où se trouve le chalet de son enfance. Elle explorera sa solitude, ainsi que des vieux souvenirs à travers la lecture de l’oeuvre d’un ami et la rencontre d’André, un voisin comédien qui ne joue plus. Elle s’installe, incognito, dans une petite maison en décrépitude. L’histoire se construit lentement, accompagnée d’une atmosphère particulière à la forêt, aux grands espaces vides. Comme une longue marche dans les bois, on se laisse porter par les phrases et l’ambiance calme que le personnage apprivoise. Différents protagonistes interviennent, à l’occasion, mais les interactions sont souvent indirectes, et n’influencent que très peu le fil du récit. Une plume habile. » – Marie-Ève Blais

La petite communiste qui ne souriait jamais, Lola Lafon, 2014, Actes Sud, 317 p., 9782330027285*

« Un vol plané dans le quotidien de Nadia Comaneci, jeune athlète roumaine ayant fait détraquer les ordinateurs après avoir obtenu une note parfaite aux barres asymétriques, au cours des Jeux Olympique de Montréal, en 1976. Sur fond de conflit Est-Ouest d’avant 1989, Lola Lafon construit un dialogue fictionnel entre une narratrice et cette petite fille qui à vécu une chute aussi brutale que fût rapide son ascension. À l’aide d’une écriture précise, sensible et réflexive, elle nous porte à travers une fable au communisme déchu et à la violence du marché de l’image, et réussi, avec talent, à proposer une lecture différente de cette histoire de la gymnastique. » – Marie-Ève Blais

Ce que dit l’écorce, Catherine Mavrikakis et Nicolas Lévesque, 2014, Nota Bene, coll : « Essais Spirale », 165 p., 9782895184805*

« L’écorce est une partie de la surface de l’arbre, le tissu externe, mort. Les auteur-e-s de  »Ce que dit l’écorce » explorent le thème de ces peaux qu’on revêt ou qu’on dévêt, esquissant cette écorce qui les forme. Écrivant en alternances des courts textes d’environ 5 pages chacun-e, la seule signature qu’on peut y percevoir est celle du féminin ou du masculin, les textes se répondent et se confondent, semant l’ambiguïté qui brouille l’identité des auteur-e-s. Un jeu d’écriture intéressant, bien ficelé. Les textes sont fluides, les mots poétiques et les histoires nous portent à questionner ces différentes couches qui nous forment. On est rapidement plongé-e-s dans les souvenirs présentés. Un livre du travail du deuil, de certaines peaux perdues ou laissées de côté. » – Marie-Ève Blais

Rattrapage :

Nous sommes les oiseaux de la tempête qui s’annonce, Lola Lafon, 2014, Actes Sud, coll : « Babel », 429 p., 9782330032760*

« L’amie de la narratrice est maintenue sous respirateur artificiel, son coeur s’est arrêté subitement de battre, un après-midi, dans un café où elles avaient l’habitude de passer leurs journées. C’est sur cette rupture cardiaque que débute le roman. On sera transporté.e.s dans leur histoire, le partage du vécu d’un viol, la solidarité, et surtout la résistance face à cet État et ses violences répressives. Elles s’approprient le rôle de survivantes plutôt que d’accepter la place de victime qui leur est imposée, brisant les schèmes sociaux étouffants. Inspirée d’un vocabulaire du mouvement et de la danse, Lola Lafon brise les règles de l’habitude, comme le fait la narratrice, une ancienne danseuse qui détruit les cadres classiques. Elle construit des personnages qui découvrent d’autres façons de bouger et de danser; et le corps, qui prend une place particulièrement importante, se pose comme espace de révolte et nouvelle forme de langage. Lafon livre un conte poétique de la révolte comme on en voit peu, des personnages féminins qui se tiennent debout, malgré les tentatives multiples de les affaiblir. » – Marie-Ève Blais

CÉLINE BOUCHARD

Métis Beach, Claudine Bourbonnais, 2014, Boréal, 456p., 9782764623053*

Métis Beach est le grand roman sur les années soixante. Il traduit à merveille l’extraordinaire mouvement de libération qui a marqué cette époque, les dérèglements qui l’ont accompagné, certes, mais surtout l’irrépressible idéalisme qui a emporté alors toute la jeunesse. Métis Beach est l’histoire d’un homme qui a vu son rêve se réaliser puis lui échapper, mais qui lutte jusqu’au bout pour ses idéaux. C’est une célébration de l’héritage inaliénable des sixties, le droit de chacun au bonheur, son bonheur.

Le poison des jours, Lauren B. Davis, 2014, Leméac, 384p., 9782760933729*

Qu’arrive-t-il lorsque nous cessons de considérer ceux qui nous entourent comme nos semblables ? Quel pouvoir insoupçonné recèlent les liens improbables qui se tissent parfois entre les êtres ? Telles sont les questions posées par cette oeuvre forte et touchante, inspirée d’événements réels qui se sont produits en Nouvelle-Écosse, dans les années 1980.

La petite communiste qui ne souriait jamais, Lola Lafon, 2014, Actes Sud, 317 p., 9782330027285*

Le parcours fantasmé de Nadia Comaneci, gymnaste de la Roumanie de Ceausescu, qui sous les yeux émerveillés de la planète, mis à mal guerres froides, ordinateurs et records. Le portrait d’une enfant, puis d’une femme, sacralisée par la pureté de ses gestes et d’une existence dévolue à la recherche de la perfection. Prix de la Closerie des Lilas 2014, prix Ouest-France Etonnants voyageurs 2014.

Une femme discrète, Catherine Perrin, 2014, Québec Amérique, 127p., 9782764427842*

Dans ce récit intime et émouvant, Catherine Perrin raconte le singulier destin de sa mère, une femme douce et discrète, qui a souffert à la fin de sa vie d’une maladie dégénérescente rare qui affecte à la fois les mouvements, l’équilibre et la mémoire, le syndrome cortico-basal. Catherine Perrin entreprend de remonter le fil de la vie de cette femme qu’elle a tant aimée, des jours heureux, en famille, aux jours plus sombres.

Une vie à soi, Laurence Tardieu, 2014, Flammarion, 186p., 9782081330559*

La narratrice, Laurence, en pleine tourmente personnelle, visite par hasard la rétrospective consacrée à la photographe Diane Arbus du Jeu de Paume, et c’est un choc pour elle, d’abord esthétique puis existentiel : elle va revisiter sa vie intime et familiale à la lumière de la photographe. En partant à sa recherche, Laurence se reconnaît dans le miroir. Récit autobiographique.

Rattrapage :

Dans la tanière du loup, Traudl Junge, 2014, Tallandier, 307p., 9791021005143*

T. Junge (1920-2002) a consigné ses souvenirs après la Seconde Guerre mondiale. Elle relate son enfance dans l’Allemagne d’avant guerre et raconte comment elle fut, à partir de 1942, la secrétaire d’A. Hitler jusqu’à la mort de ce dernier en 1945. Elle tente de comprendre comment elle a pu demeurer aveugle face à l’entreprise de destruction décidée par Hitler.

EMMANUELLE CARTIER

Chercher Sam, Sophie Bienvenu, 2014, Cheval d’Août, 172 p., 9782924491003*

Mathieu vit dans la rue. Il l’a choisi. Ce n’est pas un aventurier, et ça n’a rien à voir avec la liberté. Est-ce qu’il s’autodétruit? Est-ce ainsi qu’il se préserve? Peu importe. Sa chienne Sam est là, qui l’aide à continuer. Mais quand elle disparaît, Mathieu doit mettre fin à son errance. Pour la retrouver, il entreprend un voyage dont les bifurcations le ramènent au secret de son passé. Chercher Sam s’intéresse aux survivants. Dans une langue cassée et tendre, Bienvenu déboîte puis remonte le délicat assemblage de poupées gigognes qui constituent la mémoire humaine, jusqu’au coeur, et jusqu’à la plus petite raison d’espérer.

L’imprimeur doit mourir, Vic Verdier, 2014, XYZ, 334 p., 9782892618174*

Dans « L’imprimeur doit mourir », les excès de la rivalité fraternelle servent de carburant à un thriller sur fond de chronique (presque) historique. Campé à Québec, en 1919, ce roman débridé nous fait assister à une soirée de blues avec Tom Millard, à un spectacle de magie à la Houdini et au premier amerrissage d’un hydravion à Québec. On y trouve même les aventures de Phantomax, le feuilleton que Victor-Hugo rédige chaque semaine, en cachette, pour Le Mercure.

Terminus radieux, Antoine Volodine, 2014, Seuil, 616 p., 9782021139044*

Des années après l’irradiation complète de la Sibérie et l’écroulement de la Deuxième Union soviétique, la région est devenue inhabitable. Des soldats fantômes et autres morts-vivants poursuivent obstinément le rêve soviétique. Le centre du monde se nomme désormais Terminus radieux et Solovieï, chef du village, met ses pouvoirs surnaturels au service de son rêve de toute-puissance. Prix Médicis 2014

CLARENCE COLLINGE-LOYSEL

Révolutions, Dominique Fortier et Nicolas Dickner, 2014, Alto, 432 p., 9782896941957*

Les révolutionnaires français ne se contentèrent pas de guillotiner le roi, de prendre la Bastille et de raccourcir bonne quantité d’aristocrates : ils renversèrent aussi le calendrier, créant douze nouveaux mois dont les noms étaient censés évoquer les divers moments de l’année : vendémiaire, pluviôse, germinal. Ce qu’on sait moins, c’est qu’ils en chassèrent aussi tous les saintes et les saints au regard sévère qui leur rappelaient par trop l’Ancien Régime, pour placer chaque jour de l’année sous les auspices d’une plante, d’un animal ou d’un outil censés incarner et exalter les vertus républicaines. Créé par Fabre d’Églantine et André Thoüin, le calendrier révolutionnaire utilisé de 1793 à 1806 semble ainsi procéder à la fois de l’herbier, du bestiaire et de l’encyclopédie. L’année y est divisée en douze mois, chacun constitué de trois décades ; ces mois tous égaux sont suivis de cinq ou six sans-culottides, journées dédiées à des vertus particulières, ce qui donne un tour de l’an complet : une révolution. Deux cent vingt et un ans plus tard, deux citoyens curieux, Dominique Fortier et Nicolas Dickner, ont chargé un certain Reginald Jeeves, ingénieux majordome informatique, de leur envoyer quotidiennement le mot du jour qu’ils revisiteraient jusqu’à combler les 366 cases du calendrier.

Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier, Patrick Modiano, 2014, Gallimard, 145 p., 9782070146932*

Un jour, deux inconnus qui prétendent avoir retrouvé le carnet d’adresses de l’écrivain Jean Daragane insistent pour le rencontrer. Celui-ci leur accorde un rendez-vous. Il se retrouve alors embarqué malgré lui dans l’enquête que ces deux jeunes mènent sur un certain Guy Torstel.Prix Nobel de littérature 2014.

Ma vie rouge Kubrick, Simon Roy, 2014, Boréal, 176 p., 9782764623329*

« Véritable hybride littéraire, Ma vie rouge Kubrick ne connaît pas la frontière des genres. Flirtant avec le roman, l’essai, l’autobiographie et même le scénario de film, Simon Roy raconte son expérience d’un film, The Shining, et d’une violente tragédie familiale. C’est un récit aux multiples voies, porté par une langue profondément sensible et poignante. La fascination pour le film et l’héritage familial côtoient la fêlure d’un traumatisme, révélé en filigrane des analyses et anecdotes, couleur sang « rouge Kubrick ». Une expérience de lecture labyrinthique et passionnante par laquelle qui nous happe inévitablement. » – Clarence Collinge-Loysel

BENOIT DESMARAIS

Les mots sans les choses, Éric Chauvier, 2014, Allia, 122 p., 9782844858870*

L’anthropologue analyse les détournements ou contresens dans l’emploi, par le marketing et le monde politique, de concepts et théories du champ des sciences sociales, comme ville-monde, éco-responsabilité, care, etc. Il dénonce une aliénation de la société par ces techniques.

Meursault, contre-enquête, Kamel Daoud, 2014, Actes Sud, 152 p., 9782330033729*

Le frère de l’Arabe tué par Meursault, dans L’étranger de Camus, a soif de reconnaissance, cinquante ans après les faits, dans l’Algérie contemporaine. Premier roman. Prix des Cinq continents de la francophonie 2014.

Le tort du soldat, Erri De Luca, 2014, Gallimard, 88 p., 9782070144419*

Deux hommes et une femme dans une auberge des Dolomites, deux récits qui se font écho. Dans le premier, l’auteur évoque son amour du yiddish. Dans le second, la femme dévoile le passé nazi d’un ancien soldat qui ne se reproche qu’une seule chose : avoir perdu la guerre. Prix Jean Monnet de littérature européenne 2014.

Bad girl, Nancy Huston, 2014, Actes Sud, 144 p., 9782330037185*

Récit autobiographique sur l’enfance de la romancière, marquée par le départ de sa mère à l’âge de six ans. Un abandon qui habitera pour toujours son imaginaire.

Sept ans de bonheur, Etgar Keret, 2014, l’Olivier, 196 p., 9782823603934*

Des chroniques retranscrivant sept années de faits marquants et d’anecdotes vécus à Tel Aviv. L’auteur évoque ici sa soeur ultra-orthodoxe, son frère adepte de marijuana, ses parents, les chauffeurs de taxi irascibles, les journalistes mal élevés.

Rattrapage :

L’ombre de l’eunuque, Jaume Cabré, 2014, Babel/Actes Sud, 479 p., 9782330034405 *

L’histoire d’une famille, les Gensana, à travers la Catalogne de la fin du XIXe siècle jusqu’à nos jours. Lors d’un dîner dans un restaurant à Feixes, Miquel Gensana, chroniqueur dans un journal, dévoile la chute de la famille dont il est le dernier représentant. Le lecteur est alors transporté dans l’histoire personnelle du narrateur et dans celle plus générale de la Catalogne.

CAROLINE LE GAL

Réparer les vivants, Maylis De Kerangal, 2014, Verticales, 9782070144136 *

De retour d’une session de surf dans le pays de Caux, trois lycéens sont victimes d’un accident sur la route qui les ramène au Havre. Simon, 19 ans, blessé à la tête, est déclaré en état de mort cérébrale. Ses parents ayant autorisé le don d’organes, le récit suit le parcours de son coeur et les étapes d’une transplantation qui bouleverse de nombreuses existences.

Deep Winter, Samuel W. Gailey, 2014, Gallmeister, 9782351780787 *

Danny, colosse orphelin et simple d’esprit depuis une tragédie advenue dans son enfance, retrouve le corps de Mindy, sa seule amie à Wyalusing en Pennsylvanie le soir de son quarantième anniversaire. Accusé de ce meurtre, toute la ville finit par le croire coupable. Une chasse à l’homme est alors lancée par le shérif, son adjoint et ses renforts.

Rien que la vie, Alice Munro, 2014, Boréal, 320 p., 9782764623275 *

Dans ce recueil de treize nouvelles, Alice Munro nous emporte avec ses personnages jusqu’aux moments charnières de leurs existences, là où tout peut basculer : une mère perd la trace de son enfant, un soldat saute inopinément du train qui le ramène chez lui, une jeune professeur part enseigner dans un sanatorium reculé, une femme perdue se lie à un inconnu… Le hasard des rencontres, l’étrangeté des actes manqués, les coups funestes du destin : autant de lignes de force que Munro ausculte et nous restitue avec la grâce d?un « Tchekhov de notre temps ». Pour la première fois, elle se confie également sur sa propre vie dans une ultime nouvelle. Alice Munro est, plus que jamais, l’écrivain de l’âme humaine.

La dernière fête, Gil Scott-Heron, 2014, Édition de l’Olivier, 9782823600742 *

Recueil posthume de textes dans lesquels le musicien et poète retrace son enfance, son engagement politique et social, ses rencontres artistiques, ses grands concerts, etc.

Une vie à soi, Laurence Tardieu, 2014, Flammarion, 9782081330559 *

La narratrice, Laurence, en pleine tourmente personnelle, visite par hasard la rétrospective consacrée à la photographe Diane Arbus du Jeu de Paume, et c’est un choc pour elle, d’abord esthétique puis existentiel : elle va revisiter sa vie intime et familiale à la lumière de la photographe. En partant à sa recherche, Laurence se reconnaît dans le miroir. Récit autobiographique.

« Rattrapage » :

Un plaisir trop bref, Truman Capote, 2014, 10-18, 9782264063540 *

Truman Capote écrivait à ses amis comme il leur parlait, en toute franchise et liberté, dans un langage sans fioriture. Il mettait tout de lui-même dans ses lettres ? ses blessures, ses plaisirs, ses succès, ses échecs. Aussi vivantes de nos jours qu’au moment où elles ont été écrites, il en émane un tel feu qu’on est obligés de les lire sans en sauter une ligne. Ami amoureux, potinier insatiable, esprit étincelant ? Capote a été tout cela. Mais aussi, presque jusqu’à la fin, écrivain de la plus haute ambition, se consacrant à l’écriture avec une rigueur spartiate.

MORGANE MARVIER

Bondrée, Andrée A. Michaud, 2014, Québec-Amérique, 304 p., 9782764425053*

Été 67. Le soleil brille sur Boundary Pond, un lac frontalier rebaptisé Bondrée par Pierre Landry, un trappeur canuck dont le lointain souvenir ne sera bientôt plus que légende. Le temps est au rire et à l’insouciance. Zaza Mulligan et Sissy Morgan dansent le hula hoop sur le sable chaud, les enfants courent sur la plage et la radio grésille les succès de l’heure dans l’odeur des barbecues. On croit presque au bonheur, puis les pièges de Landry ressurgissent de la terre, et Zaza disparaît, et le ciel s’ennuage.

Empty mile, Matthew Stokoe, 2014, Gallimard, 415 p., 9782070138807*

« Johnny Richardson rentre en Californie après huit ans d’absence. En retrouvant sa famille, il veut essayer de rattraper ses erreurs. Mais rien ne se passe comme prévu: son frère perd son emploi, son père disparait subitement et tout semble se liguer contre eux. Johnny doit découvrir qui les menace pour les protéger. En plus, il y a le terrain d’Empty Mile dont il a hérité. Pourquoi son père y tenait-il tant? Pour l’or de la rivière? Matthew Stokoe nous présente une galerie de personnages hantés par la culpabilité, persuadés que leur vie ne peut s’améliorer. Il y ajoute toutefois une lueur d’espoir offerte par le frère qui, peut-être, arrivera à convaincre Johnny qu’il faut parfois se pardonner. Un roman noir à l’écriture très forte. » – Morgane Marvier

Crimes à la libraire, sous la dir. de Richard Migneault, 2014, Druide, 240 p., 9782897111083*

« Votre librairie comme vous ne l’avez jamais vue! Un blogueur, Richard Migneault, a eu l’excellente idée de demander à seize auteurs de nous raconter ce qui pourrait se passer si celle-ci devenait scène de crime et ils ont une imagination débordante. Une belle manière de découvrir ou de retrouver des plumes d’ici. Cela donne un recueil de nouvelles très variées : noir, horreur, enquête ou même humoristique, toutes les tendances du polar sont représentées. Le lecteur ne s’ennuie pas un instant et il y en a pour tous les goûts sans répétition. On trouve bien sûr des textes mieux réussis que d’autres, mais l’ensemble se tient très bien et saura ravir les amateurs de polar. Attention, vous ne verrez plus votre libraire de la même manière! » – Morgane Marvier

Police, Jo Nesbo, 2014, Gallimard, 593 p., 9782070141449*

Un policier d’Oslo est assassiné sur les lieux d’un crime non élucidé, le jour de son anniversaire. S’ensuit la mort de deux autres hommes ayant participé à des enquêtes infructueuses. La police est dépassée par les événements, et l’inspecteur Harry Hole ne semble plus en mesure d’aider qui que ce soit.

Créole Belle, James Lee Burke, 2014, Rivages, 619 p., 9782743627362*

Persuadé que la jeune Tee Jolie Melton est venue à son chevet et a laissé sur son iPod le blues My creole belle, Dave Robicheaux apprend que Blue la soeur de Tee Jolie est morte et que cette dernière a disparu depuis des mois.

Rattrapage :

Ils vivent la nuit, Dennis Lehane, 2014, Rivages, coll. Rivages Noirs, 553 p., 9782743628154*

A Boston, en 1926, Joe, le plus jeune fils du capitaine Coughlin, veut entrer dans le milieu de la pègre. Il commet l’erreur de séduire la maîtresse du parrain local et se retrouve en prison. Il y fait la connaissance du parrain Maso Pescatore, qui se charge de son éducation. Joe se retrouve en Floride à la tête d’un trafic de rhum. Mais la prohibition prend fin et c’est le début de la rédemption.

MAXIME NADEAU

Solstice d’hiver, Svetislav Basara, 2014, Noir et blanc, coll. « Notabilia », 136 p., 9782882503299*

A travers l’histoire du lien complexe entre le narrateur et Nana, ce roman offre une variation méditative autour de l’amour : fascination pour l’éternel féminin, contradiction, beauté, cruauté, lubricité, intelligence, etc. Il est suivi d’un court essai sur l’auteur, écrivain et ancien diplomate né en 1953, par D. Albahari.

Où irez-vous armés de chiffres?, Hélène Monette, 2014, Boréal, 132 p., 9782764622957*

En ces temps que les médias n’arrivent plus à qualifier, à la vitesse où le train fonce dans le tunnel bouché, quiconque subit du harcèlement au travail et de la violence psychologique et sociale sera ici en terrain connu. On y lit les moeurs réfrigérantes et le néo-cynisme de l’époque occupée à pleine capacité par la lutte des places, le narcissisme ambiant et la mort de l’empathie. Considérés miroirs déformants, coupables éhontés ou menteurs de première, on abandonne les gens brisés si jamais on a pris le temps d’entendre ce qu’ils peinent à raconter. Stress garanti. Coeurs serrés. Rythme d’enfer. Fidèle à sa manière, Hélène Monette allie prose, poésie, lyrisme et rythme fulgurant. Elle dénonce avec l’énergie du désespoir et la force de ses mots les conditions de travail de ce qu’on nomme maintenant le capital humain.

Rien que la vie, Alice Munro, 2014, Boréal, 320 p., 9782764623275 *

Dans ce recueil de treize nouvelles, Alice Munro nous emporte avec ses personnages jusqu’aux moments charnières de leurs existences, là où tout peut basculer : une mère perd la trace de son enfant, un soldat saute inopinément du train qui le ramène chez lui, une jeune professeur part enseigner dans un sanatorium reculé, une femme perdue se lie à un inconnu… Le hasard des rencontres, l’étrangeté des actes manqués, les coups funestes du destin : autant de lignes de force que Munro ausculte et nous restitue avec la grâce d?un « Tchekhov de notre temps ». Pour la première fois, elle se confie également sur sa propre vie dans une ultime nouvelle. Alice Munro est, plus que jamais, l’écrivain de l’âme humaine.

Price, Steve Tesich, 2014, Monsieur Toussaint Louverture, 536 p., 9791090724143*

L’histoire de Daniel Price, un jeune homme de 17 ans, au sortir de l’adolescence. Une étape majeure chargée d’émotions contradictoires, de moments étranges et de rêves à concrétiser. Le premier roman de Steve Tesich.

La mécanique des fluides, Lidia Yuknavitch, 2014, Denoël, coll. « Et d’ailleurs », 334 p., 9782207117552*

Destinée à la natation, Lidia échappe à son univers familial en acceptant une bourse sportive à l’université du Texas. Après en avoir été renvoyée, elle décide de participer au projet littéraire de Ken Kesey, persuadée que l’écriture est sa vocation. Le chaos de l’alcool, des drogues et de la sexualité s’installe, finalement chassé par l’amour des siens, et son travail d’écrivain.

Rattrapage

Mémoires d’un bison, Oscar Zeta Acosta, 2014, 10/18, 331 p., 9782264062680*

Victime d’ulcères à répétition, usé par dix ans de thérapie, lassé du racisme dont les Chicanos sont victimes, O. Acosta quitte sa vie d’avocat pour explorer l’Ouest américain en 1967. Il raconte son errance californienne et sa vie : l’absence du père, le rejet des communautés américaine et mexicaine, son obésité, la découverte du sexe et des drogues, etc. Premier roman, publié en 1972.

CAROLINE SCOTT

Le carnet écarlate : fragments érotiques lesbiens, Anne Archet, 2014, Remue-Menage, 144 p., 9782890915169*

– Qu’est-ce qu’il y a là-dedans? me demande-t-elle en feuilletant le carnet écarlate. – Le meilleur de moi-même. – Vraiment? Alors je dois lui faire l’amour. Elle lèche une page comme s’il s’agissait de mon sexe, effaçant petit à petit de sa salive tout ce que j’avais écrit, puis offre à ma bouche un petit bout de langue bleue. Vedette anarcha-féministe du wild wild web, Anne Archet fait son entrée officielle dans la littérature papier avec ce recueil joyeux et sans complexe. À la fois torride et tendre, cruel et hilarant, Le carnet écarlate réunit des centaines d’aphorismes et microrécits sulfureux mettant en scène l’érotisme lesbien sous toutes ses formes. Un livre cochon et féministe qui vous fera rire aux éclats, pour un public large (d’esprit).

Tête première dos contre dos, Martine Audet, 2014, le Noroit, 9782890188891*

Fixer l’image, l’occuper ou s’y dissoudre. Les poèmes de Tête première / dos / contre dos explorent ce qui nous précipite, parfois nous saisi, souvent nous invente. En trois mouvements qui articulent la mémoire de ce qui est advenu et la mémoire de ce qui est à venir, ce livre se veut une rencontre, la rencontre de ces fins qui nous tournent et nous retournent, entre crainte et ravissement, parmi les rêves, là où réellement le coeur bât.

Chercher Sam, Sophie Bienvenu, 2014, Cheval d’Août, 172 p., 9782924491003*

Mathieu vit dans la rue. Il l’a choisi. Ce n’est pas un aventurier, et ça n’a rien à voir avec la liberté. Est-ce qu’il s’autodétruit? Est-ce ainsi qu’il se préserve? Peu importe. Sa chienne Sam est là, qui l’aide à continuer. Mais quand elle disparaît, Mathieu doit mettre fin à son errance. Pour la retrouver, il entreprend un voyage dont les bifurcations le ramènent au secret de son passé. Chercher Sam s’intéresse aux survivants. Dans une langue cassée et tendre, Bienvenu déboîte puis remonte le délicat assemblage de poupées gigognes qui constituent la mémoire humaine, jusqu’au coeur, et jusqu’à la plus petite raison d’espérer.

Nan Goldin : guerrière et gorgone, Martine Delvaux, 2014, Héliotrope, coll. «Série K. », 109 p., 9782923975344*

Ce livre est un hommage aux images à la fois tendres et violentes de la photographe Nan Goldin. Goldin est une guerrière, une gardienne de la mémoire. Elle lutte pour qu’on n’oublie pas la vie des femmes, des sidéens, des bannis. Depuis la mort brutale de sa soeur aînée adorée, elle se bat pour le souvenir de ceux qu’elle a perdus. Goldin est une gorgone dont le regard sidère. Elle demande de poser les yeux sur ce qui est étranger, elle exige que les secrets soient dénudés. Martine Delvaux met ici ses pas dans les pas de Goldin, et avance avec elle dans la colère, la rébellion et l’amour fou. L’écrivaine trouve chez la photographe une oeuvre-soeur, un écho de sa propre esthétique et de son engagement à dire, coûte que coûte, ce qu’elle sait et ce qu’elle voit.

Outrenuit, Benoit Jutras, 2014, Herbes Rouges, 130 p., 9782894194591*

« Il y a une autre nuit derrière la nuit. Où ma mémoire est faite d’étoiles tombées et mon corps d’apparitions. Où mon visage et ma voix sont des histoires aveugles. Cette nuit ne ressemble à rien. Sa pureté est terrible, son amour est lapidaire. Elle est mon unique prière, mon renversement. »  – Benoit Jutras

Rattrapage:

Simone de Beauvoir : biographie, Bernadette Costa-Pradès, 2014, Libretto, 99 p., 9782369140764*

« Je n’ai jamais rencontré quelqu’un qui fut aussi doué que moi pour le bonheur. » Ainsi se définissait Simone de Beauvoir. Un don qui a poussé la philosophe à saisir toutes les opportunités, à n’accepter aucune contrainte, à ne refuser aucun amour, aucune amitié. Le couple mythique qu’elle a formé avec Jean-Paul Sartre témoigne de cette belle indépendance qu’elle défendait avec vigueur. C’est l’histoire d’une femme qui ne s’est pas contentée d’être libre, mais a ouvert aussi la voie à toutes les autres, grâce à sa plume et à ses combats.

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