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19 septembre 2012  par Le Délivré

Avant-goût de la rentrée : Testament de Vickie Gendreau

En ce début de rentrée littéraire, Le Délivré poursuit la publication d’extraits de nouveautés. Cette fois-ci, nous remercions chaleureusement Le Quartanier de nous en avoir fourni un avec tant d’enthousiasme. Grâce au Quartanier, nous vous présentons aujourd’hui un extrait de Testament, le très attendu premier livre de Vickie Gendreau. Au-delà de sa touchante histoire (que vous pouvez lire dans cet article de La Presse), ceux et celles qui l’ont entendu lire de sa poésie avaient déjà été soufflés par son souffle, son ton sans concession et son humour. Nous sommes aujourd’hui servis à souhait avec la sortie de Testament, qui nous « donne des claques dans la face », dixit la blogueuse Aimée V.

Testament *
Vickie Gendreau
Le Quartanier

Je ferme les yeux, j’ouvre les yeux. Je suis à l’urgence. Je ferme les yeux, j’ouvre les yeux. Je suis encore à l’urgence. Je ferme les yeux, j’ouvre les yeux. Je suis en chemin vers le département de nécrologie. Je ferme les yeux, j’ouvre les yeux. Non, c’est neurologie. J’ai une haleine de fennec mort ce matin. Je repense à ce que l’infirmière d’oncologie m’a dit hier: Mets un condom, fille, il ne faudrait pas que tu tombes enceinte. Mon haleine sert de barrière. De me voir ainsi sur ma civière, ça ne te donne pas l’érection facile. Mon sein droit fait des clins d’œil aux visiteurs à travers mes cheveux. Mais pourquoi on voit ton sein droit non-stop de même? Ben, parce que je n’ai pas compris ma jaquette. C’est une nouvelle jaquette. Il y a des étoiles chinoises dessus. C’est full cute avec mon tutu. Elle est jolie mais même Daniel a eu de la misère à l’attacher. Une chance que le tutu est là pour tout tenir. L’outfit dépend du tutu. Ben oui, je porte un tutu dans ma chambre d’hôpital. Je suis dans mon lit. Devant les chaises vides pour les visiteurs. Les deux chaises vides sont appuyées contre le mur. Je me dis qu’à tout moment l’Appendice Dominic Montplaisir et sa copine pourraient entrer pour m’annoncer qu’ils vont nommer leur enfant Amandine Montplaisir. Amender son plaisir, c’est hot, c’est poétique. À tout moment, Jim Jarmusch pourrait entrer pour me chanter I Put a Spell on You avec sa voix cigarettée. À tout moment, le poète Andrés Morales pourrait arriver en boxers avec du whisky et m’offrir des Malboro. Je suis en manque de nicotine. Je suis en manque de quiétude. Il va toujours me manquer quelque chose pour être heureuse. De temps, ultimement. En ce moment, les chaises sont vides, les possibilités sont infinies, tous les culs qui pourraient s’y poser. Divine pourrait venir me chanter Female Trouble, le homard géant violeur pourrait danser sur l’autre chaise. Je pourrais m’installer dans la chaise confortable. Ça dérangerait moins madame Tardif si Divine chuchotait. Madame Tardif, c’est la femme avec qui je partage ma chambre, elle a subi une grosse opération aux vertèbres du cou. Son liquide lymphatique se rendait mal à ses jambes. Je suis un peu jalouse. Moi aussi, j’aimerais ça, être opérable. Elle est gentille, elle supporte tous mes visiteurs. Stanislas pourrait venir me regarder dormir, me flatter les cheveux. Stanislas, ça va toujours être l’homme de ma vie, je ne suis tout simplement pas la femme de la sienne. Je t’expliquerai ça plus tard. Plus tard dans ce petit livre, dans ma petite vie. Je pensais que j’allais écrire ce livre et ne plus jamais revenir sur le sujet, sur le garçon. Tout est impératif maintenant dans ma vie. C’est probablement la dernière peine d’amour que je vis. Ça fait mal les dernières fois, c’est vulgaire la vie. J’aimerais au moins pouvoir chiller pendant quelques semaines dans la bibliothèque avec Genet et Guyotat. Je ne vous casserai pas trop les oreilles. Mes histoires ne fonctionnent jamais. C’est pour ça que j’aime la poésie, c’est toujours infini. Les gens qui finissent leurs poèmes par un point, je m’en méfie.

* * *

Le Quartanier lancera aussi :


Les bases secrètes, David Turgeon (déjà en librairie)*
Grande école, Clément de Gaulejac (16 octobre)
De très loin, Franz Schürch (16 octobre)

* Commandez ces titres sur monet.ruedeslibraires.com en suivant les hyperliens des titres.

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2 commentaires à cet article

  1. Claude MP dit :

    Magnifique… Il me le faut tout de suite!

  2. Maxime Nadeau Maxime Nadeau dit :

    Si vous aimez cet extrait, vous ne risquez pas d’être déçu du livre!

    D’ailleurs, pour ceux que cela intéresserait, Vickie Gendreau était invitée à Tout le monde en parle dimanche dernier. On peut voir l’entrevue à cette adresse : http://bit.ly/VxOvN8. Malheureusement, on y a peu parlé de son livre en tant que tel, mais elle vaut tout de même la peine d’être vue.

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