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16 janvier 2012  par Maxime Nadeau

Les nouvelles technologies rendent-elles bête ?

Internet rend-il bête ? La question, elle, ne l’est pas. Elle donne son titre au plus récent livre de Nicholas Carr, qui se lance dans une sérieuse réflexion sur l’impact de l’usage des nouveaux médias sur le cerveau. En effet, la plasticité du cerveau provoque la modification de celui-ci selon la façon dont on s’en sert. Si on savait depuis plusieurs années que le cerveau s’adaptait à l’usage qu’en font un aveugle ou un musicien, des récentes études démontreraient que l’utilisation des nouveaux outils électroniques modifie aussi la structure de la pensée humaine. Rien de moins !

Que ce soit par ordinateur, tablette ou téléphone dit « intelligent », le multitâche et l’utilisation simultanée de plusieurs programmes ou applications a grandement augmenté chez les personnes branchées le traitement des signaux visuels et la coordination entre la main et l’œil. En contrepartie, le cerveau perdrait de sa capacité à rester concentré longtemps, habitué qu’il est de demeurer en surface et de passer d’une chose à une autre en un simple clic. Notre mémoire aussi perdrait de son efficacité : avec Internet et les agendas électroniques constamment à portée, elle serait moins sollicitée…

Bref, nous croyions que les iPad et autres Blackberry étaient des extensions de nous-mêmes, et nous constatons que l’inverse s’avère aussi. Pour optimiser la mémoire et l’acquisition de connaissances dans un contexte de nouvelles technologies, il faut lire le saisissant Internet rend-il bête ?, moins polémique et plus scientifique que son titre ne le laisse présager.

Le multitâche, une continuité du zapping ?

Internet, la tablette et le téléphone « intelligent » ne sont probablement pas les seuls responsables de ces « mutations » de notre cerveau. Que dire de la télévision et de sa télécommande ? Il y a quelques années, le comédien JiCi Lauzon a étudié pour son mémoire de maîtrise en communication le phénomène du zapping sur les comportements, et ses conclusions surprennent. Un peu comme le multitâche, le zapping nuirait à la concentration et à la mémoire : en suivant plusieurs émissions à la fois, le spectateur ne retiendrait presque rien de chacune. « Le problème, c’est qu’en essayant de ne rien manquer, on manque tout ». De l’autre côté, la crainte des diffuseurs de perdre le téléspectateur, qui est à une seule pression du doigt de passer à une autre chaîne, modifie le contenu de la programmation et des publicités : pas question d’ennuyer le public une seconde ! De là le besoin des discours punchés et spectaculaires pour garder le téléspectateur sur sa chaîne, au détriment de l’approfondissement d’une pensée plus nuancée. Le traitement médiatique de la période des questions de l’Assemblée nationale et de la Chambre des communes, par exemple…

Et la littérature dans tout ça ?

Tout cela a-t-il des répercussions sur la littérature et son enseignement ? Sur la lecture et les lecteurs ? Privilégie-t-on des livres plus courts ? Des nouvelles plutôt que le roman ? La littérature résisterait-elle plutôt aux effets sur le cerveau des nouvelles technologies ? La façon de raconter des histoires aurait-elle changé ? Les digressions dans un récit proviennent-elles d’une nouvelle façon de penser, équivalent-elles à une forme littéraire de zapping ? Sont-elles plus nombreuses qu’avant ? Se concentre-t-on aussi bien à lire un livre électronique qu’un livre papier ?

Faites-nous part de vos réflexions : le Délivré veut vous lire !

Dans deux semaines, nous aborderons la question de Twitter et de la twittérature. N’hésitez pas à nous écrire sur ce sujet d’ici là !

* * *

Internet rend-il bête ?, Nicholas Carr, 2011, Robert Laffont, 312 p., 9782221124437.

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2 commentaires à cet article

  1. Sébastien N. dit :

    Bien que j’aie remarqué une difficulté nouvelle à me concentrer des heures sur une tâche rébarbative, je suis encore capable de lire un bon roman en entier en une seule session. Mais je suis convaincu que le multitâche nuit à le concentration.

    Pour ce qui est de la télévision et du zapping, les enfants qui ne peuvent écouter le professeur plus de 5 minutes à l’école sont un example criant de ses effets. À la télévision, tout va très vite, l’image change constamment. Il est donc plus difficile pour les enfants de suivre le professeur, une image beaucoup plus « statique » que les émissions auxquelles ils sont habitués.

  2. Eric dit :

    « je suis encore capable de lire un bon roman en entier en une seule session »

    Sauf que l’utilisation du terme « session » ici est peut-être révélateur d’une contamination de l’activité humaine par le lexique (et donc l’environnement) informatique ;)

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