Le Délivré
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28 février 2011  par David Murray

Des lectures sur la voie de la décroissance

La décroissance. Voilà un courant de pensée qui bénéficie d’un écho grandissant depuis quelques années. Prenant acte des crises environnementale, économique, sociale et politique qui alimentent l’état de morosité dans lequel sont plongées nos sociétés, ce corpus idéologique soutenu par divers mouvements propose une critique radicale de la modernité, du capitalisme, du productivisme et d’un système économique reposant sur le mythe de la croissance infinie. Les adhérents de cette mouvance nous invitent ainsi à s’engager sur la voie de la décroissance pour éviter que l’humanité ne franchisse le point de non-retour.

Plusieurs ouvrages concernant la décroissance paraissent régulièrement dans le monde francophone. Si certains traitent d’aspects plus pointus, plusieurs se veulent des ouvrages grand public et visent à présenter les grands axes d’analyse et de réflexion qui animent la décroissance. Voici un aperçu de quelques-uns des titres parus dans la dernière année sur ces questions.

Le discours de la décroissance n’a pas toujours fait l’objet d’une attention soutenue dans les cercles économiques de la gauche, longtemps influencée par les promesses du productivisme. Mais c’est une situation qui est en train de changer : des organisations autrefois réticentes à remettre en question le paradigme de la croissance s’aventurent maintenant dans cette voie. C’est notamment le cas d’ATTAC. Toutefois, certains de ses animateurs avaient déjà amorcé cette réflexion depuis quelques temps. C’est notamment le cas de l’économiste Jean Gadrey, qui depuis quelques années consacre ses recherches à la critique du modèle économique dominant en réfléchissant sur de nouveaux indicateurs de richesse et sur les limites à la croissance. C’est dans cette optique qu’il signait l’an dernier l’ouvrage Adieu à la croissance : bien vivre dans un monde solidaire, paru aux éditions Les petits matins, en collaboration avec Alternatives économiques. Dans cet essai, l’auteur considère la croissance comme un facteur de crise et une menace pour l’humanité et la planète. Selon lui, il faut envisager une baisse de la croissance, afin de répartir autrement le travail dans une perspective plus durable.

Serge Latouche, figure incontournable de la décroissance s’il en est une, a quant à lui poursuivi son travail de « vulgarisation » du sujet avec la parution de Pour sortir de la société de consommation : voix et voies de la décroissance, aux éditions Les Liens qui libèrent. Dans cet ouvrage, l’économiste de formation explore les conditions de la construction d’une civilisation de sobriété choisie et d’auto-limitation, présentée comme alternative à l’impasse que constitue une société fondée sur la croissance. Pour parvenir à cette fin et sortir du carcan de la société de consommation, il présente quelques pistes de solutions qui constituent autant de voies vers le chemin d’un monde plus juste et durable.

Un peu dans la même veine, on soulignera aussi la parution d’un ouvrage de Marc Prieto et assen Slim, économistes à l’École supérieure des sciences commerciales d’Angers, intitulé Consommer moins pour vivre mieux ? : idées reçues sur la décroissance, paru dans la fameuse collection « Idées reçues » du Cavalier bleu. Dans ce livre, les auteurs entendent poursuivre le travail de réflexion sur la décroissance et envisager quelques-unes de ses implications sur le type de modèle de société que l’on souhaite qu’il en découle. Après être revenus sur quelques définitions et analysé nos habitudes de consommation, ils se plongent dans les débats touchant à l’insertion politique du concept de décroissance. En définitive, les deux auteurs réfléchissent à la question de savoir si la décroissance est forcément anti-capitaliste. L’un des constats qu’il dressent est le suivant : « Si la définition de la décroissance se borne à une remise en cause de l’imaginaire croissance, la rupture avec le capitalisme ne semble pas nécessaire. En revanche, dès que la décroissance est appréhendée comme une société alternative à inventer, alors la sortie du capitalisme est hautement souhaitée » (p.122).

Dans une orientation toujours « vulgarisatrice », soulignons aussi la parution du livre de Denis Bayon, Fabrice Flipo et François Schneider : La décroissance : 10 questions pour comprendre et en débattre. Il est paru aux éditions La Découverte, dans la collection « Cahiers libres ». On y présente quelques-uns des grands enjeux qui animent actuellement la réflexion sur la décroissance.

Autrement, Gilbert Rist est l’un de ceux qui ont articulé une critique acerbe du développement ces dernières années. Après avoir fait paraître Le développement : histoire d’une croyance occidentale, voilà qu’il récidive avec L’économie ordinaire entre songes et mensonges, dans la collection « Références » des Presses de Sciences Po. Dans cet essai, il déconstruit les principaux concepts de l’économie pour montrer que la théorie économique dominante ne représente qu’une vision partielle du monde, source d’inégalités et d’épuisement des ressources. Au passage, il remet en question le concept de croissance et envisage une théorie économique descriptive plutôt que normative.

Finalement, parmi d’autres parutions en 2010, soulignons celle, dans la collection « Idées libres » de chez Sulliver, de L’avenir est notre poubelle : l’alternative de la décroissance de Jean-Luc Coudray, candidat aux législatives françaises de 2007 pour le Parti pour la décroissance. Celui-ci y dresse avec humour le portrait de la société actuelle et passe en revue le comportement de ses pairs, dont les habitudes consuméristes sont confrontées à une réflexion morale et écologique. Mentionnons aussi celle de Vers la sobriété heureuse de Pierre Rabhi, chez Actes Sud, ouvrage dont la parution au Québec coïncidait grosso modo avec sa venue chez nous au printemps dernier. Un court texte plein de sagesse qui en appelle à la modération et nous enjoint à faire le choix d’une sobriété libératrice et volontairement consentie, seule voie de salut pour rompre avec la société de consommation dominante, et remettre l’humain et la nature au centre des préoccupations de notre espèce.

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Le Québec n’est pas en reste au niveau de la réflexion sur la décroissance. Le jeune Mouvement québécois pour une décroissance conviviale, par exemple, œuvre  à en diffuser les idées dans la Belle province (1). Aussi,  les éditions Écosociété ont publié en novembre 2007 l’ouvrage Objecteurs de croissance : Pour sortir de l’impasse : la décroissance, qui reprend essentiellement les actes d’un colloque tenu le printemps précédent. Un ouvrage fort accessible qui présente les principaux axes de réflexion qui animent la décroissance. Par ailleurs, la petite maison d’édition compte poursuivre ce travail de défrichage puisque devrait paraître ce printemps Développement durable versus décroissance : Débat pour la suite du monde. Cet essai devrait offrir quelques clés pour illustrer en quoi la décroissance se distingue du développement durable.

(1) Par souci de transparence, je souligne que je participe à la rédaction du journal de ce mouvement, L’objecteur de croissance. Une version légèrement différente de ce texte est parue dans le dernier numéro.

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  1. Adieu à la croissance : bien vivre dans un monde solidaire, Jean Gadrey, Les petits matins/Alternatives économiques, 189 p.
  2. Pour sortir de la société de consommation : voix et voies de la décroissance, Serge Latouche, Les Liens qui libèrent, 220 p.
  3. Consommer moins pour vivre mieux ? : idées reçues sur la décroissance, Marc Prieto et Assen Slim, Le Cavalier bleu, coll. « Idées reçues », 151 p.
  4. La décroissance : 10 questions pour comprendre et en débattre, Denis Bayon, Fabrice Flipo et François Schneider, La Découverte, coll. « Cahiers libres », 236 p.
  5. Le développement : histoire d’une croyance occidentale, Gilbert Rist, Presses de Sciences Po, coll. « Références. Mondes », 483 p.
  6. L’économie ordinaire entre songes et mensonges, Gilbert Rist, Presses de Sciences Po, coll. « Références », 250 p.
  7. L’avenir est notre poubelle : l’alternative de la décroissance, Jean-Luc Coudray, Sulliver, coll. « Idées libres », 140 p.
  8. Vers la sobriété heureuse, Pierre Rabhi, Actes Sud, 141 p.
  9. Objecteurs de croissance : Pour sortir de l’impasse : la décroissance, Collectif sous la direction de Serge Mongeau, Écosociété, coll. « Actuels », 139 p.
  10. Développement durable versus décroissance : Débat pour la suite du monde, Yves-Marie Abraham, Louis Marion et Hervé Philippe, Écosociété, coll. « Théorie » (À paraître).

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