Le Délivré
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20 avril 2011  par Joëlle Hodiesne

Les p’tits clous qui dépassent

Vous souvenez-vous de votre enfance ? De ce que vous étiez capable de voir dans les nuages, dans les craquelures du plafond, ou dans les taches maladroites de vos œuvres à la garderie ? Peut-être avons-nous un petit peu oublié. Car les enfants possèdent une imagination débordante, une ouverture incroyable, observant le monde qui les entoure, prêts à s’émerveiller de tout. Prêts à voir des albums qui se démarquent de la masse en osant allier art et littérature, et qui nourriront leurs yeux et leur esprit. Avec des esthétiques et des contenus différents. Parfois farfelus, rigolos, polissons, poétiques, étranges ou carrément dérangeants, mais qui toujours ouvrent l’imaginaire, nourrissent ces petits cerveaux avides de nouveaux horizons.

Poésie des mots, poésie des couleurs

Avec ses étranges personnages colorés, l’album Comme ci ou comme ça nous invite à suivre un chat rouge qui se fait voler son histoire par un gros chien. Celle-ci passera de gueule en bec, traversera l’océan et se retrouvera dans la ville, à se faire lire par une faune urbaine. Une lune et des étoiles se mêleront aussi de cette histoire rigolote. Alors, le chat pourra-t-il lire la fin de son histoire ?

Du découpage, de la peinture, des petits papiers déchirés, différentes textures : dans cet album qui porte leur nom, les nuages nous racontent avec poésie le périple aérien sur le dos du vent, leur soif quand ils s’abreuvent à la mer, leur musique silencieuse, leur danse dans le jardin. Il arrive même qu’ils s’embrassent en pleuvant sur les oiseaux !

Hydromène : La chambre d’un garçon, est quant à lui aussi étrange qu’un rêve peut l’être… et tout aussi difficile à résumer !  Au cours de ces quelques cent trente pages, on observe Hydromène, petit garçon vivant dans une chambre d’eau. Plein de douceur et d’imagination, voilà un album qui donne l’impression de traverser un songe…

Les petits polissons

Tout simple et franchement rigolo, Mes bêtises préférées est un joyeux catalogues d’espiègleries ! Un ver qui sort tout nu dans la rue, un petit kangourou qui fait pipi dans la poche de sa maman, un loup qui fait un prout à table (et tiens donc, il y a du cochon au menu…), des grenouilles qui sautent sur le lit (nénuphar) de leurs parents… Voilà un album qui fera rire et jaser !

Les personnages de Papy, où as-tu mis tes dents ? sont à leur image : complètement déconstruits et réassemblés ! Entre l’oncle chauve porteur de postiche, le copain unijambiste, la grande sœur adepte de piercing et la boulangère dont les rides ont disparu, les questions et réflexions fusent.

Parce qu’il faut en parler

Pourquoi tu pleures ?, demande dans cette histoire la mère au petit garçon. Avec sa finale très évocatrice, cet album nous parle de la rudesse d’une mère envers son enfant. Pas de coups, mais des paroles dures, des ongles rouges agrippant un bras, des menaces voilées de dénonciation au père. Un album dur, mais juste.

Maxime a un papa, mais pas de maman. Il y a la copine de son papa, qui est bien gentille, mais ce n’est pas sa maman. Sa maman, elle est morte, parce qu’elle avait trop de chagrin. Il reste les souvenirs, et de petites photos prises dans un photomaton. Ma maman du photomaton est un album qui aborde avec beaucoup de délicatesse la question du suicide d’un parent.

« Je n’ai pas toujours été moi. Avant d’être moi, je n’étais pas dans moi. J’étais ailleurs. Ailleurs, c’est tout sauf moi. Ensuite, j’ai été moi, j’ai découvert un pays. Sa capitale est mon cœur. Ses arbres sont mes rêves. Ce pays, c’est dans moi. »  Histoire étrange et pleine de poésie, Dans moi nous parle des peurs d’un enfant et de la découverte de soi par le biais d’un ogre que celui-ci doit affronter, puis apprivoiser.

En conclusion, il ne faut pas enfoncer les petits clous qui dépassent. D’accord, parfois, ça accroche ; mais ce qu’il est important de retenir, c’est qu’il faut oser explorer des albums différents. Ne pas laisser les préjugés nous empêcher de découvrir de véritables petites merveilles. Parce qu’après tout, c’est en sortant des sentiers battus qu’on découvre les plus beaux paysages !

* * *

Comme ci ou comme ça, Anne Terral, ill. de Bruno Gibert,  Syros, 22 p.
Les nuages, Francine Bouchet, ill. de Yassen Grigorov, La joie de lire, coll. « Les versatiles », 44 p.
Hydromène : La chambre d’un garçon, Iwan, Quiquandquoi, 133 p.
Mes bêtises préférées, Agnès de Lestrade, ill. de João Vaz de Carvalho, L’atelier du poisson soluble, 24 p.
Papy, où as-tu mis tes dents ?, André Marois, ill. de Virginie Egger, Les 400 coups, 28 p.
Pourquoi tu pleures ?, Vassilis Alexakis, Quiquandquoi, 2001, 28 p.
Ma maman du photomaton, Yves Nadon, ill. de Manon Gauthier, Les 400 coups, 2006, 32 p.
Dans moi, Alex Cousseau, ill. de Kitty Crowther, Memo, 2007, 42 p.

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