Le Délivré
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2 février 2011  par Alice Liénard

Février, mois de l’Histoire des Noirs

Être libraire ce n’est pas seulement partager des lectures, c’est aussi s’impliquer socialement et culturellement.

« Mais les grands évènements laissent un écho persistant, faisant planer dans l’air cette sensation d’attente comparable au grand silence qui suit souvent un orage spectaculaire, nous empêchant d’oublier à jamais ce qui a eu lieu. » – Homi K. Bhabha

Depuis 20 ans, février est le mois de l’Histoire des Noirs. À cette occasion, nous vous proposons une sélection de livres que nous avons mûrement choisis et décidés de mettre en avant.

Lors de la préparation de cette sélection, une phrase de Julius Lester, dans Les larmes noires, m’est sans cesse revenue à l’esprit : « L’Histoire ce n’est pas seulement ce qui s’est passé tel jour à tel endroit. C’est aussi la biographie émotionnelle de ceux à qui l’Histoire s’est imposée avec une cruauté que nous pouvons à peine imaginer. » Plus que des dates, ce que nous conservons de l’esclavage, de la ségrégation raciale, des tueries, est un sentiment d’horreur et de répulsion face à ces libertés brimées, ces douleurs vécues, ces vie détruites. Les cours d’histoire, les documentaires et essais rapportent des faits, des images, des analyses. L’horreur est là, étalée. Elle frappe de plein fouet.

La littérature permet une approche plus émotive, si je peux dire. On entre dans un livre, on s’y installe, on le ressent, on le vit. Cette sensation est effrayante, et belle à la fois, car les émotions explosent. Il ne faut pas en avoir peur, bien au contraire ; malheureusement, le discours ambiant des divers prescripteurs va dans le sens opposé. Car ces émotions nous permettent d’apprendre, non pas au sens didactique du terme, mais plutôt sensoriel ; elles permettent de voir, encore une fois, « la biographie émotionnelle de ceux à qui l’Histoire s’est imposée avec une cruauté que nous pouvons à peine imaginer. » Car l’imagination nous fait souvent défaut lorsqu’il s’agit de considérer l’existence intrinsèque des autres.

L’album Un homme de Gilles Rapaport en est une, de ces lectures qui heurtent, car l’injustice et la douleur subies sont exprimées sans concession. Ce récit, où la violence est rendue par un graphisme et un texte très forts, met en scène le quotidien d’un esclave qui tente de fuir, encore et encore, et cela malgré l’amputation et le marquage au fer rouge. C’est dans la mort que la libération sera enfin : «Je vais être enfin libre ». Ses mots sont des coups de poing: « Je suis la souffrance, je suis la rage. Je suis une femme, je suis un homme. Je suis. »

De tels livres sont importants, ils sont plus qu’un témoignage, plus qu’une exposition des faits, et sont certainement plus que les gentils messages sur l’importance d’aimer autrui et de refuser la haine. Ils sont l’expression d’une vérité historique, humaine et émotionnelle. Là réside leur force et l’empreinte qu’ils laissent sur le lecteur.

Cet album incarne pour moi la phrase de Julius Lester, que je ne me lasse pas de vous répéter : « L’Histoire ce n’est pas seulement ce qui s’est passé tel jour à tel endroit. C’est aussi la biographie émotionnelle de ceux à qui l’Histoire s’est imposée avec une cruauté que nous pouvons à peine imaginer. »

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Pour célébrer ce mois de l’Histoire des noirs, je vous invite aussi à  jeter un œil sur  L’océan noir, qui retrace l’histoire des hommes noirs : rois, marchands d’esclaves, esclaves, musiciens, et des personnalités telles Martin Luther King, etc. Tous ont voix au chapitre. Ce documentaire est la prise de conscience identitaire d’un métis, William Wilson, né d’une mère française et d’un père togolais, qui est aussi l’artisan des magnifiques tentures illustrant le livre.

Et si vous souhaitez approfondir le sujet, il existe également des biographies sur des personnalités telles que Martin Luther King, Malcolm X, Nelson Mandela, Rosa Parks.

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Des histoires du temps d’avant, au temps où l’on ne comptait pas le temps

Je vous invite aussi à feuilleter – dans le désordre ou pas ! – ces recueils de contes issus de la culture africaine.

C’est un régal d’écouter la voix envoûtante de Souleymane Mbodji nous narrer les contes de son pays dans l’album-CD 10 contes d’Afrique. Et pourquoi ne pas enchaîner en lisant (et pourquoi pas à voix haute !) les quatre contes de Adama N’Diaye, le Tout Premier Griot du Monde. Ce petit recueil rassemble des contes inspirés de la tradition des griots de l’Afrique de l’Ouest. Une fois l’ouvrage terminé, découvrez la multitude de contes proposés par le Mille ans de contes africains. Vous en redemanderez !

Question romans, vous aurez compris que Les larmes noires m’a profondément marquée ; j’en avais d’ailleurs déjà posté un commentaire de lecture sur notre site. Autrement, toutes ces suggestions font, bien entendu, partie d’une liste non exhaustive. N’hésitez pas à venir nous rendre visite !

Avant de vous laisser, je ne résiste pas à l’envie de vous faire partager la première phrase de Le miroir de la liberté, ma prochaine lecture : « Il est des objets qui ne nous appartiendront jamais entièrement. » Cette première phrase est celle d’un roman se passant en Afrique, au 18e siècle, et de la manière dont un miroir va changer le destin d’une jeune fille… Et pas seulement le sien ! Alléchant, non?

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Un homme, Gilles Rapaport, Circonflexe, 2007, 42 p.
Océan noir, William Wilson, Gallimard jeunesse, coll. « Giboulées », 2009, 92 p.
Mandela, l’Africain multicolore, Alain Serres, ill. de Zaü, Rue du monde, coll. « Grands Portraits », 2010.
Martin Luther King, Brigitte Labbé et Michel Puech, ill. de Jean-Pierre Joblin, Milan, coll. « De vie en vie », réed. 2010, 62 p.
Rosa Parks : « Non à la discrimination raciale », Bena Djangrang Nimrod, Actes sud junior, coll. « Ceux qui ont dit non », 2008, 93 p.
Pensez par vous-mêmes : un discours de Malcolm X, Malcolm X, présenté par Philippe Godard, Syros, coll.«les documents Syros», 2006, 111 p.
10 contes d’Afrique, Souleymane Mbodj, ill. de Christian Guibbaud, Milan jeunesse, coll. « De bouche à oreilles », 2006.
Adama N’Diaye, le Tout Premier Griot du Monde, Alain Korkos, Bayard jeunesse, 2009, 84 p.
Mille ans de contes : Afrique, Souleymane Mbodj, ill. de Bertrand Dubois et al., Milan jeunesse, 2010, 220 p.
Les Larmes noires, Julius Lester, Hachette, coll. « Black moon », 2007.  Existe aussi en poche.
Le miroir de la liberté, Liliana Bodoc, Seuil jeunesse, coll. « Chapitre », 2010, 93 p.

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