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17 octobre 2011  par Isabelle Melançon

Mon top 10 de la BDQ !

Le Québec profite d’un certain succès dans le monde de la bande dessinée. En effet, bon nombre d’artistes québécois sont édités en Europe par de grands éditeurs tels Dargaud, Delcourt, Casterman, etc. ; citons par exemple les Sherbrookois Delaf et Dubuc, dont la série Les nombrils est publiée chez Dupuis. Le Québec sert également d’inspiration pour des auteurs européens, tels Loisel et Tripp, qui ont concocté ensemble Magasin général, superbe série sur la vie champêtre des années 30 dans un petit village fictif de la région de Charlevoix. Bref, sur la scène internationale, le Québec est à la mode.

Toutefois, qu’en est-il de la bande dessinée québécoise comme telle ? J’entends par bande dessinée québécoise, souvent appelée « BDQ » (ou encore « BDK » dans la décennie 1970), la bande dessinée créée par un ou des Québécois et éditée par une maison d’édition québécoise.

Pendant très longtemps, la BDQ s’est exprimée dans des magazines, des fanzines et des publications à compte d’auteur. Puis, dans les années 1990, quelques maisons d’édition, toujours actives aujourd’hui, ont été créées, dont Les 400 coups et La pastèque… Depuis, la bande dessinée québécoise est de plus en plus présente sous forme d’albums et de romans graphiques, et explore tous les genres, de l’humour à l’aventure, en passant par le polar ou les récits du quotidien.

Donc, la BDQ est présente et bien vivante. Mais quelles sont les meilleurs titres québécois ? Ceux qui enchantent les lecteurs ? Ceux qu’on lit et relit sans arrêt ? Afin de guider les lecteurs avides de bandes dessinées québécoises dans leurs choix de lectures, voici mon palmarès personnel, mon « Top 10 de coups de cœur BDQ » :

Numéro 10. L’Académie des chasseurs de primes est une série mélangeant humour, action et science-fiction, dans laquelle un groupe d’adolescents aux talents divers et mystérieux étudient dans une école reconnue dans tout l’univers pour les capacités de ses gradués à faire régner la justice interstellaire. Cette série est intéressante pour plusieurs raisons : tout d’abord, le dessin de Benoît Godbout est superbe et efficace, et enchantera les lecteurs avides de séries européennes comme Sillage ou Travis ; ensuite, on s’attache rapidement aux personnages et à l’univers détaillé qui les entourent. En somme, cette série est idéale pour les amateurs de space opera et les adolescents.

Numéro 9. Le suicide de la déesse mélange suspense, enquête, anticipation et philosophie. Et si notre planète avait engendré les êtres humains avec pour objectif ultime de mettre fin à ses jours ? Voilà le point de départ du Suicide de la Déesse, une création littéraire que composent Ariane et ses quatre coéquipiers dans le cadre d’un travail universitaire. Des dizaines d’années plus tard, la déesse, oubliée par ses créateurs, apparaît de nouveau dans leurs vies ; leur texte a été diffusé sur Internet et les conséquences sont dévastatrices : il a inspiré une secte suicidiste cherchant à accélérer le processus fatal au nom de la Déesse. À travers les personnages, l’auteur nous immerge dans une critique écologique teintée de mysticisme. Ici, il n’est pas seulement question de  « sauver la planète », mais aussi de comprendre les désirs qui motivent les gens à la détruire, à adhérer à une telle secte… Le livre de Simon Labelle est une fable inquiétante et délicieuse.

Numéro 8. Nicolas raconte le deuil du personnage principal pour son petit frère. Le livre se divise en plusieurs petites séquences de dessins rapides mettant en scène des événements prenant place sur une vingtaine d’années. Pascal Girard montre les bons et les mauvais souvenirs du personnage, qui oscille entre mélancolie, apathie et humour, comme c’est souvent le cas lorsqu’on vieillit avec un deuil. Le ton est juste, l’émotion soutenue. Les sentiments complexes sont exprimés avec efficacité grâce à un trait simple et nerveux.

Numéro 7. Horus est un livre jeunesse incomparable mélangeant humour, histoire antique et action. Nofret est une jeune égyptienne, qui, comme plusieurs jeunes filles de son âge, se demande si elle devra se résoudre à se marier. Mais les dieux lui réservent un tout autre avenir… Puis, alors que le pharaon Touthmôsis III et sa tante se disputent le trône royal, le conflit royal est interrompu par le dieu Horus, qui revient sur terre sous la forme d’un petit garçon à tête de faucon. Menacé par d’autres dieux, ce dernier est sauvé de justesse par la jeune Nofret. Le dessin de Johane Matte, superbe et dynamique (ce qui est bien normal de la part d’une vétérane des studios Dreamworks), les rebondissements de l’histoire et les personnages recherchés sauront captiver les jeunes et les moins jeunes !

Numéro 6. Bien que cette série d’Iris et Zviane soit publiée chez Delcourt, parce que son « édition originale » est un blogue, je me considère en droit de l’ajouter à mon palmarès ! L’ostie d’chat, c’est l’histoire de Jasmin Bourvil, Jean-Sébastien Manolli et du chat immonde dont ils partagent la garde. L’histoire se concentre sur la vie de tous les jours – à la fois humoristique et triste – des personnages. Le quotidien des personnages mélange des sujets plus sérieux, tels les troubles familiaux ou mentaux, avec des complications amoureuses et des gaffes de fêtards éméchés… L’ostie d’chat, c’est simple, drôle et savoureux. Au Québec comme en Europe, la série a déjà de nombreux admirateurs.

Numéro 5. La fille invisible est une bande dessinée sensible et unique qui parle d’un problème important : celui de l’anorexie et de la boulimie. Le livre suit d’une part le personnage de Flavie, une jeune fille ayant une opinion déplorable d’elle-même, qui décide de suivre un programme amaigrissant pour devenir… une nouvelle Flavie, et d’autre part le personnage de la journaliste, qui interroge un médecin spécialiste des troubles alimentaires. Au final, l’album de Émilie Villeneuve et Julie Rocheleau présente le problème avec un ton critique et informatif, tout en créant un environnement où évoluent des personnages captivants.

Numéro 4. La vie, ça va vite. Et la vie en ville, encore plus. Cependant, la vie ralentit parfois, notamment lors de pannes d’électricité générales. C’est d’ailleurs grâce à l’une d’elles au cœur d’un été que deux jeunes voisins, qui habituellement s’ignorent, passeront un moment ensemble. Ma voisine en maillot est une ode au quotidien, aux amourettes et aux petites choses de la vie.  Le lecteur est séduit pas le rythme lent du récit et le style de dessin léger de Jimmy Beaulieu.

Numéro 3. Un ardent militant gauchiste élève seul sa fille, Alberte ; à son grand désespoir, celle-ci est un chef-d’œuvre de superficialité. Pour remédier à la situation, le père impose à sa fille le port permanent de la burqa ! Burquette propose une série de gags montrant comment Alberte et son père font face à cette situation et comment leur relation évolue grâce à ce vêtement lourdement chargé par sa signification politique et sociale. Il s’agit à la fois d’une critique sociale intelligente et de gags familiaux absurdes. Francis Desharnais puise à même l’actualité pour la restituer sous une forme légère et hilarante.

Numéro 2. Stéphanie, qui connaît un succès mitigé en tant que pigiste, commence à trouver sa vie un peu vaine. Elle dépend du salaire de son chum, à qui appartient la maison, et rêve d’avoir des enfants et des chats, alors que ce dernier ne s’intéresse ni aux uns ni aux autres. Stéphanie finit par « adopter » le chat de son amie lorsque cette dernière quitte le pays. Son chum, gravement allergique, la met au défi : c’est le chat ou lui… Mais Stéphanie choisit le chat ! Valentin d’Yves Pelletier et Pascal Girard explore les effets de la routine et l’importance des petits bonheurs qui nous motivent à vivre cette dernière avec le sourire. Cette bande dessinée drôle et intimiste, qui plaira aux amateurs de chats, fait aussi la promotion des antihistaminiques !

Numéro 1. On ne présente plus Michel Rabagliati, dorénavant un grand nom de la bande dessinée québécoise. Ses livres racontent le quotidien d’un homme dans différentes situations et à différents âges de sa vie avec humour, sensibilité et finesse. Paul en appartement, qui se déroule principalement à Montréal, est mon préféré de la série. Car la métropole y est dessinée sous tous les angles, avec un souci du détail époustouflant ! Dans ce tome, Paul, l’alter-ego de l’auteur, emménage avec sa petite amie dans leur premier appartement, au cours des années 1980. Le récit mélange des séquences montrant les études en graphisme de l’auteur, son emménagement avec sa copine Lucie et d’autres où le couple garde les deux filles de la sœur de Lucie. On ressent bien la nostalgie de l’auteur, et le récit est aussi intéressant pour un baby boomer que pour un adolescent qui vient d’emménager ; en effet, peu importe l’âge du lecteur, certaines expériences transcendent les époques…

* * *

Pour commander L’Académie des chasseurs de primes (3 t. parus), Yanick Champoux, Michel Lacombe et Benoit Godbout, Les 400 coups, coll. « Rotor », 64 p. coul., 978284596105.
Pour commander Le suicide de la déesse, Simon Labelle, Les 400 coups, coll. « Mécanique générale », 72 p. n&b, 9782922827446.
Pour commander Nicolas, Pascal Girard, Les 400 coups, coll. « Mécanique générale », 80 p. n&b, 9782922827293.
Pour commander Horus , t.1 : L’enfant à la tête de faucon, Johane Matte, Les 400 coups, coll. « Rotor », 64 p. coul., 9782895404118.
Pour commander L’ostie d’chat, t. 1, Iris et Zviane, Delcourt, 158 p. n&b., 9782756025971.
Pour commander La fille invisible, Émilie Villeneuve et Julie Rocheleau, Glénat Quebec, 46 p. coul., 9782923621197.
Pour commander Ma voisine en maillot, Jimmy Beaulieu, Les 400 coups, coll. « Mécanique générale », 60 p. n&b, 9782922827217.
Pour commander Burquette (2 tomes), Francis Desharnais, Les 400 coups, coll. « Strips », 84 p. n&b, 9782895403661.
Pour commander Valentin, Yves Pelletier et Pascal Girard, La pastèque, 136 p. coul., 9782922585919.
Pour commander Paul en appartement, Michel Rabagliati, La pastèque, 120 p. n&b, 9782922585223.

 

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6 commentaires à cet article

  1. Éric Thériault dit :

    C’est bien évident que « L’ostie de Chat » est québécois ! Manquerait plus rien que de snober la bd québécoise quand le talent est reconnu à l’étranger !

  2. www.passemot.blogspot.com dit :

    Merci de cette belle promotion de la bédé québécoise.

    Si jamais, il lit mon commentaire, il me fustigerait mais l’an prochain, Marsi sera peut-être de cette liste avec son Colis 22 publié à la Pastèque en avril ! ;-)

  3. Isabelle Melançon dit :

    @ Éric Thériault

    Merci d’avoir pris le temps de me laisser un petit commentaire ! Cependant, pour rectifier le tir, il n’est absolument pas question de snobisme dans cet article. J’admire les auteurs qui réussissent à l’échelle internationale.

    Le but de l’article était de lister les œuvres non seulement créées au Québec, mais également éditées au Québec. C’est pourquoi j’ai mis l’accent sur le format blogue de L’ostie d’chat plutôt que sur sa publication chez Delcourt.

  4. Jacques Loyer dit :

    Isabelle, vous n’avez donc pas lu « le fond du trou » chez La Pastèque?

  5. William dit :

    Bonjour,

    je m’appelle William et j’habite à Rio de Janeiro, Br. J’aime bien la littérature de langue française et, en ce moment, je voulais bien exploiter l’univers des BDQ. Pourriez-vous, par hasard, m’indiquer quelques BDQ mettant en relief la scène policière ou la construction d’un tueur en série?

    Merci par avance,

    William

  6. Helene B Helene B dit :

    Il existe Serial Killer, un album d’humour noir québécois à compte d’auteur réalisé par Eric Braün en 2001 ( http://www.usine106u.com/editions106u.htm ) et également – en étirant vraiment la sauce, Red Ketchup, l’agent fou du FBI ( http://fr.wikipedia.org/wiki/Red_Ketchup ) qui ne donne pas sa place pour la tuerie ;). En traduction, nous vous suggérons l’excellent Mon ami Dahmer de Derf Backderf – un auteur américain, aux éditions çà et là qui raconte justement l’histoire de la jeunesse de ce tueur.

    Hélène

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