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14 décembre 2011  par Le délivré

Les bandes dessinées de 2011

L’année 2011 tire à sa fin et nous en sommes déjà à l’heure des bilans. Comme le veut la coutume, nos libraires se sont creusé la tête pour se prêter au périlleux exercice du choix de leurs meilleurs livres de l’année… De quoi faire quelques belles découvertes, ou trouver des suggestions de lecture comme des idées cadeaux pour la période des Fêtes !

Parmi les quelques 5000 bandes dessinées paraissant chaque année, si en 2010 une puissante unanimité se forgeait autour d’Asterios Polyp de David Mazzuchelli (Casterman), les tops dix personnels de nos libraires semblent pour 2011 dessiner un consensus fort autour de Portugal de Cyril Pedrosa, et pointer quelques autres albums qui tirent leur épingle du jeu. C’est le cas notamment avec Bride stories de Kaoru Mori et Le viandier de Polpette de Julien Neel (trois nominations chacun), ainsi qu’avec La plaine du Kantô de Kazuo Kamimura, Beauté des Kerascoët et Hubert, L’art de voler d’Antonio Altarriba et Kim, Voyage aux îles de la Désolation d’Emmanuel Lepage, Je ne suis pas un homme d’Usamaru Furuya, La saga d’Atlas et Axis de Pau, puis avec l’auteur Grégory Mardon et sa série L’extravagante comédie du quotidien, tous cités à deux reprises.

Pour découvrir tous ces livres alléchants, nous vous invitons à profiter du fait que la quasi-totalité d’entre eux ont été cette année chroniqués par nos libraires. Pour ce faire, rien de plus simple : un petit clic sur le titre !

Autrement, ces palmarès ressemblent-ils aux vôtres ? La discussion est lancée…

RÉJEAN

1. Portugal, Cyril Pedrosa, Dupuis, coll. « Aire libre », 261 p., 9782800148137*
2. L’art de voler, Antonio Altarriba et Kim, Denoël graphic, 213 p., 9782207109724*
3. Wollodrin, t.1-2, Jérôme Lereculey et David Chauvel, Delcourt, coll. « Terres de légendes », 56 p. ch., 9782756017976*
4. Mono & Lobo, Sergio Garcia et Lola Moral, Delcourt jeunesse, 2 doubles posters recto-verso à déplier, 9782756022185*
5. Voyage aux îles de la Désolation, Emmanuel Lepage, Futuropolis, 158 p., 9782754804240
6. Chroniques de la nécropole, Golo et Dibou, Futuropolis, 202 p., 9782754804332*
7. Love is in the air guitare, Romain Ronzeau et Yann Le Quellec, Delcourt, coll. « Mirages », 284 p. 9782756021980*
8. Le dragon bleu, Fred Jourdain d’après Robert Lepage et Marie Michaud, Alto / Ex Machina, coll. « Rubato », 176 p., 9782923550756*
9. Chroniques de Jérusalem, Guy Delisle, 2011, Delcourt, coll. « Shampoing », 336 p., 9782756025698*
10. Je ne suis pas un homme, t.1-2, Usamaru Furuya, Casterman, 256 p. ch., 9782203038790*

ISABELLE

1. Bride stories, t.1-2, Kaoru Mori, Ki-oon, env. 191 p. ch., 9782355922749*
2. Habibi, Craig Thompson, 2011, Casterman, coll. « Écritures », 672 p., 9782203003279*
3. Beauté, t.1 : Désirs exaucés, Kerascoët et Hubert, Dupuis, 48 p., 9782800150239*
4. Aâma, t. 1 : L’odeur de la poussière chaude, Frederik Peeters, 2011, Gallimard, 86 p., 9782070638109*
5. L’incroyable histoire de la sauce soja, Fumio Obata, La Pastèque, 118 p., 9782922585933*
6. Portugal, Cyril Pedrosa, Dupuis, coll. « Aire libre », 261 p., 9782800148137*
7. Les poils (L’extravagante comédie du quotidien, t.2), Grégory Mardon, Dupuis, 70 p., 9782800148960*
8. Le Viandier de Polpette, t.1 : L’ail des ours, Julien Neel et Olivier Milhaud, 136 p., 9782070629602*
9. Élinor et Jack, t.1-2, Raul Arnaiz et Mari Paz Villar, Delcourt, 48 p., 9782756021256*
10. Le désespoir du singe, t.3 : Le dernier vœu, Alfred et Jean-Philippe Peyraud, Delcourt, coll. « Conquistador », 64 p., 9782756005980*

HÉLÈNE

1. Portugal, Cyril Pedrosa, Dupuis, coll. « Aire libre », 261 p., 9782800148137*
2. Polina, Bastien Vivès, KSTR, 2011, 206 p., 9782203026131*
3. La plaine du Kantô : Images flottantes de la jeunesse, t.1 à 3, Kazuo Kamimura, Kana, coll. « Sensei », env. 396 p. ch., 9782505010333*
4. Bride stories, t.1-2, Kaoru Mori, Ki-oon, env. 191 p. ch., 9782355922749*
5. Le Viandier de Polpette, t. 1 : L’ail des ours, Julien Neel et Olivier Milhaud, 136 p., 9782070629602*
6. Ralph Azham, t.1-2, Lewis Trondheim, Dupuis, 45 p. ch., 9782800149929*
7. Toxic, t.1, Charles Burns, Cornélius, coll. « Solange », 64 p., 9782360810048*
8. La saga d’Atlas et Axis, t.1, Pau, Ankama, coll. « Étincelle », 74 p., 9782359101546*
9. C’est comment qu’on freine ? (L’extravagante comédie du quotidien, t.3), Grégory Mardon, Dupuis, 62 p., 9782800151212*
10. Spirale (Intégrale), Junji Ito, Tonkam, 662 p., 9782759506620*

MARIE-ÈVE

1. Les légendes de la garde, t.2 : Hiver 1152, David Petersen, Gallimard, 161 p., 9782070695737*
2. Le Viandier de Polpette, t.1 : L’ail des ours, Julien Neel et Olivier Milhaud, 136 p., 9782070629602*
3. Chi : Une vie de chat, t.1 à 6, Konami Kanata, Glénat, coll. « Kids », env. 168 p. ch., 9782723478380*
4. Beauté, t.1 : Désirs exaucés, Kerascoët et Hubert, Dupuis, 48 p., 9782800150239*
5. Bride stories, t.1-2, Kaoru Mori, Ki-oon, env. 191 p. ch., 9782355922749*
6. L’histoire d’un sorcier, David Wendel et Kurt Busiek, Soleil, coll. « US Comics », 144 p., 9782302015326*
7. Tu mourras moins bête, t.1 : La science, c’est pas du cinéma !, Marion Montaigne, Ankama, 255 p., 9782359102208*
8. La dynastie Donald Duck, t.1 à 5, Carl Barks, Glénat, env. 384 p. ch., 9782723480185*
9. Chroniques sauvages : Teshkan, François Lapierre, Glénat Québec, 9782923621043*
10. La saga d’Atlas et Axis, t.1, Pau, Ankama, coll. « Étincelle », 74 p., 9782359101546*

ERIC

1. La plaine du Kantô : Images flottantes de la jeunesse, t.1 à 3, Kazuo Kamimura, Kana, coll. « Sensei », env. 396 p. ch., 9782505010333*
2. Je ne suis pas un homme, t.1-2, Usamaru Furuya, Casterman, 256 p. ch., 9782203038790*
3. Lomax : Collecteurs de folk songs, Frantz Duchazeau, Dargaud, 118 p., 9782205066579*
4. Portugal, Cyril Pedrosa, Dupuis, coll. « Aire libre », 261 p., 9782800148137*
5. Peindre sur le rivage, Anneli Furmark, Actes sud – L’An 2, 165 p., 9782742792481
6. Barrio, Carlos Gimeñez, Fluide glacial, 235 p., 9782352070702*
7. Voyage aux îles de la Désolation, Emmanuel Lepage, Futuropolis, 158 p., 9782754804240
8. 3’’, Marc-Antoine Mathieu, 2011, Delcourt, 72 p., 9782756025957*
9. L’art de voler, Antonio Altarriba et Kim, Denoël graphic, 213 p., 9782207109724*
10. Lucky in love, t.1 : Histoire d’un pauvre homme, Stephen DeStefano et George Chieffet, Ça et là, 126 p., 9782916207490*

* * *

Retrouvez les palmarès personnels de nos libraires du secteur général ici et ne manquez pas ceux de nos libraires jeunesse vendredi !

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2 commentaires à cet article

  1. Michel Jacques dit :

    Salut les libraires,

    J’ajoute mon grain de sel à vos choix éclairés des meilleures bandes dessinées de 2011. Depuis une semaine je tourne autour de la marmite pour savoir quels albums je mettrai dedans. Je ne peux me résoudre à en choisir moins de 16. D’abord parce que je suis sans doute un boulimique. Ensuite parce qu’à vous cinq, excluant les recoupages, vous proposez 37 coups de coeur différents et c’est très bien ainsi ! Évidemment, cette diversité amène que je n’ai pu lire tous les albums que vous citez, mais quand même une bonne proportion, en fait 19 sur 50.

    Vous constaterez que dans ma liste je ne peux résister aux productions de vieilles et aimables connaissances que sont Brüno, Alfred, Cailleaux, Gaultier, Mardon, Jason et Duchazeau. L’ordre de citation n’a aucune importance, sauf les trois premiers titres, qui sont des musts selon moi.

    1. Portugal de Pedrosa
    2. L’art de voler de Altarriba et Kim
    3. Polina de Vivès
    4. Lomax de Duchazeau
    5. Les poils de Mardon
    6. Atar Gull de Neury et Brüno
    7. L’île aux cent mille morts de Vehlmann et Jason
    8. La faute aux Chinois de Ducoudray et Ravard
    9. Mojo de Rodolfe et Van Linthout
    10. Le fantôme de l’Opéra de Leroux et Gaultier
    11. Succube (t. 2) de Renart
    12. 3 secondes de Mathieu – voir note 1-
    13. Les larmes de l’assassin de Murat
    14. Le désespoir du singe (t. 3) de Peyraud et Alfred
    15. Les longues traversées de Giraudeau et Cailleaux
    16. Habibi de Thompson – voir note 2 -

    Michel Jacques
    3 janvier 2011

    Note 1 : Depuis une vingtaine d’années, j’achète du Mathieu. Bien qu’il fasse partie de mes choix, j’ai trouvé un peu glacé son 3 secondes version papier. La version numérique de cette œuvre (cf. le site Delcourt) est plus appropriée à cet exercice de style. Questions : jusqu’où cet auteur poussera la prouesse graphique ? Une des qualités de la BD n’est-elle pas la lisibilité ? Vous avez résolu l’énigme policière quelqu’un ? Le graphiste prend-il le pas sur le bédéiste ?

    Comme dans un film, j’aime être touché en parcourant une BD, secoué dans mes émotions ou mes convictions. Allez Mathieu, donne-nous de l’amitié virile, des rires, de l’amour, du sang, des engueulades, du sexe, de la peur, du suspense, des larmes, de l’ HUMANITÉ tonnerre de Brest ! Ce que Bruno Heitz réussit en trois coups de crayon dans son dernier opus…

    Note 2 : J’ai hésité à choisir Habibi de Thompson et c’est la critique élogieuse d’Isabelle qui a fait penché la balance. Graphiquement, l’œuvre est une somme époustouflante. Ici, ce n’est pas la vie qui manque, au contraire, mais les rebondissements qui foisonnent sont souvent à la limite de la vraisemblance. Des gens de mon entourage ont dételé en chemin. Dans l’enchevêtrement des multiples thèmes – l’amour filial, la sexualité, l’esprit de sacrifice, le monde arabe, l’écologie,… – celui du presque délire métaphysico religieux m’a un peu lassé. Thompson serait-il devenu une autre «bibite» à la Chris Ware ?

  2. Eric Bouchard Eric Bouchard dit :

    Bonjour Michel,

    Merci de t’être prêté à cet exercice ingrat ;) Brüno, Alfred, Cailleaux, Gaultier, Mardon, Jason et Duchazeau : que du bon ! À l’exception de Cailleaux, qui a un peu plus de kilométrage derrière la cravate, on tient là une sacrée génération…

    Beaucoup des titres que tu pointes, si nous ne les avons pas cités, n’ont pas terminé très loin derrière dans nos tops 10. Personnellement, c’est le cas pour Polina, Les poils et Les larmes de l’assassin, une des grandes adaptations de l’année, passée sans doute un peu trop inaperçue. Autrement, La faute aux chinois serait assurément en bonne position dans une éventuelle catégorie «Révélation de l’année».

    Néanmoins, puisqu’on est là pour discuter ;) , je me permettrai d’être critique envers certains titres que tu soulignes, en me promettant de lire ces deux autres sur lesquels tu ne manques pas d’attirer mon attention : la série Succube de Renart, passée sous le radar, et la très tardive conclusion de Le désespoir du singe, que j’ai un peu boudée pour cette raison il est vrai…

    1- Brunö : expressivité, puissance et style très personnel, le tout avec une belle économie de moyens. Vraiment, chapeau à cet auteur toujours à suivre ! Et Atar Gull, un album qui a été particulièrement encensé en Europe, est assurément un régal pour les yeux. Quant au récit, c’est une histoire de vengeance… J’ai apprécié l’album, mais son intrigue m’a peut-être parue trop linéaire pour qu’il soit digne de figurer dans un top 10…

    2- On attend toujours avec impatience un nouveau titre de Jason. Hemingway est un coup de maître, et l’histoire qui donne son titre au recueil Les poches pleines de pluie est d’une audace narrative assez inouïe. De plus, on se dit qu’avec un scénariste de la qualité de Velhmann, ça ne peut que donner de bons résultats, et, effectivement, celui-ci s’est agréablement laissé couler dans l’identité forte de Jason. Sauf que L’île aux cent mille morts a été pour moi une déception ; en fait, non : cette histoire est captivante, mais sa fin m’est apparue si quelconque… Il me semble qu’il y avait là du potentiel pour conclure de manière beaucoup plus excitante. Au final, cela m’a fait l’effet, comme malheureusement de nombreux d’albums d’ailleurs, d’un élastique qui pète, d’un soufflé qui se dégonfle, d’une fin dont la faiblesse, après une tension soutenue tout au long de l’album, plutôt que de venir consolider l’histoire, la dépouille de sa force. Mais sans doute suis-je trop sévère.

    3- Bien que sa production soit parfois inégale, j’apprécie énormément l’énergie et la polyvalence du trait de Gauthier, qui suscite toute mon admiration : nerveux dans Clichés Beyrouth 1990, stylé fin ‘70 dans Demi-course et casquette Motul, fouillé dans Donjon Potron-Minet… Dans son adaptation plutôt réussie de Robinson Crusoé, son dessin cette fois écorché donnait une forte ambiance, mais j’avoue qu’en dépit d’un travail sur la couleur assez convaincant dans son adaptation du Fantôme…, celle-ci m’a laissé froid, difficile d’expliquer pourquoi. Je crois que c’est le personnage principal qui m’a semblé un peu fade.

    Autrement, par rapport à tes deux notes, il y a là aussi matière à débat ! J’ai pour ma part été très enthousiaste face au 3 » de Mathieu, et je répondrai à ta critique, qui rejoint en partie une autre qui a été formulée sur le site Du9 (3″ et son double) sur l’inadéquation de l’œuvre à la forme bande dessinée. L’auteur de la critique y signale notamment que les cases intermédiaires entre deux scènes n’apportent rien, mais aussi que le visionnement de la version numérique se déroule si rapidement qu’on y perd un peu pied, incapable d’assimiler toutes les informations qui défilent sous nos yeux. En même temps, il y souligne ce « plaisir du vertige » du zoom infini, qu’il pose comme le réel sujet du livre. Pour ma part, je n’ai pas visionné la version numérique, mais j’ai l’impression que c’est justement le rythme individuel du lecteur (pour ainsi dire, le sien) devant sa bande dessinée qui permet l’expérience de ce vertige en équilibre, par rapport à la version numérique, dont la vitesse de défilement subie lui fait perdre pied.

    Effectivement, Mathieu est plus un cérébral qu’un émotif. Mais bien que je ne rechigne absolument pas sur les œuvres émouvantes – bien au contraire –, je considère que Mathieu fait preuve d’une audace salutaire en ramant à contre courant dans une culture où c’est l’émotion qui prime.

    Quant à Habibi, les avis semblent en effet très partagés. Si la somme de l’œuvre est en effet époustouflante, je pense pour ma part que Thompson le dévot pêche par excès… D’ailleurs, il me semble que ma collègue Isabelle, qui a écrit ce très bel article sur le livre, a dit elle-même quelque chose comme « il y a ceux qui vont adorer et ceux qui vont détester » (tu me corrigeras, Isa !). Je crois que Thompson semble trop vouloir écrire « le grand roman graphique américain », et, à ce compte, je préfère encore pour ma part l’ingénuité et la candeur adolescente de son Blankets (et à plus forte raison, la charmante simplicité de Goodbye, Chunky Rice) à son Habibi et ses messages à grands traits soulignés, fussent-ils si soigneusement ornementés. Pour moi, Thompson a ce même défaut qui m’agace chez Eisner (malgré toute sa grandeur) : le dessin trop démonstratif, les apparences manichéennes. Oui, Chris, l’amour, c’est pur, l’ouverture à l’autre culture, c’est noble, et le viol et la pollution, c’est mal ; on s’attendait seulement à davantage de nuance, non ? Reste que certaines pages de Habibi sont dignes d’anthologie.

    J’aime bien ton expression de « bibite » à la Chris Ware ! Mais puisqu’on est dans la comparaison, la démarche de Ware me semble beaucoup plus intégrée : malgré la monstruosité de ses œuvres, celles-ci font preuve d’une grande cohérence interne, tandis qu’Habibi semble, comme tu l’indiques, s’éparpiller dans son assemblage de thèmes, de références et d’intrigues.

    En même temps, les œuvres qui provoquent des dissensions sont toujours intéressantes !

    Au plaisir de te lire à nouveau,

    Eric

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