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10 février 2010  par Le Délivré

Retour sur les parutions de janvier

Comme à chaque début de mois, les libraires arpentent le Salon des nouveautés pour repérer les titres s’étant démarqués au sein de l’effarante production du mois écoulé, soit environ 3200 titres en janvier. TITANESQUE !

En voici un aperçu, question de s’aiguiser l’appétit livresque…

À signaler dans le secteur général

LITTÉRATURE ÉTRANGÈRE

Dictionnaire Albert Camus, Jean-Yves Guérin (dir.), Robert Laffont, coll. «Bouquins», 974 p.

La consécration précoce du plus jeune lauréat français du prix Nobel de littérature – peu de ses compatriotes du 20e siècle ont obtenu une audience aussi universelle -, s’est pourtant accompagnée de critiques et malentendus. Cinquante ans après sa mort, alors que l’histoire est passée et le temps des procès révolu, cet ouvrage permet de mieux situer l’importance de son œuvre et de sa pensée, de replacer Camus dans son temps et le nôtre.

Paedophilia, Annie Leclerc, préface de Nancy Huston, Actes Sud, coll. «Un endroit où aller», 128 p.

En règle générale, Pædophilia donne la vie, le lait, la confiance, et les mots. Mais il arrive que Pædophilia fasse tout le contraire, semant la terreur, le silence et la mort. C’est un incroyable mystère, tellement éprouvant pour la conscience qu’on ne sait presque rien en dire. Ce n’est pas faute d’éprouver Pædophilia. Tout le monde y passe. C’est le plus répandu, le moins contesté, le plus poignant des sentiments. Mais c’est en même temps le moins interrogé, le moins réfléchi.

Cristallisation secrète, Yoko Ogawa, Actes Sud, 341 p.

L’île où se déroule cette histoire est depuis toujours soumise à un étrange phénomène : les choses et les êtres semblent promis à une sorte d’effacement diaboliquement orchestré. En ces lieux demeurent pourtant de singuliers personnages, habités de souvenirs, en proie à la nostalgie. Traqués par les chasseurs de mémoires, ils font l’objet de rafles terrifiantes… Magnifique roman et subtile métaphore des régimes totalitaires, qui peuvent conduire à accepter le pire.

Cette nuit-là, Indra Sinha, Albin Michel, 442 p.

Dès la première page, la voix du narrateur prend le lecteur à la gorge ; tour à tour truculente, enragée, crue ou cynique, c’est celle d’Animal, un Indien de dix-neuf ans réduit à marcher à quatre pattes depuis l’explosion de la Kampani, une usine américaine de pesticides, qui fera 20 000 victimes. À travers son langage d’une puissance unique, Indra Sinha noue les fils imaginaires de la résistance d’une ville confrontée à une catastrophe industrielles restée à ce jour impunie.

LITTÉRATURE QUÉBÉCOISE

Sous pression, Jean-François Chassay, Boréal, 232 p.

Un ami se présente à vous en déclarant qu’il a pris la décision de se suicider à minuit, le jour-même. Voilà votre ultime chance d’aller au bout. De l’amitié et des devoirs qu’elle vous impose. Au bout des raisons qui font que vous avez choisi de ne pas vous tuer et de continuer à vivre. Au bout de ce que la parole est capable d’exprimer. À partir de cette prémisse extrême, Jean-François Chassay compose un roman à la fois ludique et désespéré.

Extraits de café, André Carpentier, Boréal, 340 p.

Carpentier s’est plongé quelques années dans l’ordinaire quotidien des cafés de Montréal, carnet à la main, y consignant ses observations, impressions et intuitions, y ouvrant sa « géographie affective ». Ces cafés ne sont pas des centres incontestés de la vie sociale, ni même des laboratoires d’idées, mais où le fondement de l’activité est de n’en avoir pas trop ni de très importantes. Un lieu où chacun s’autorise de lui-même à garder le silence ou à jaser tout son soûl.

Un poker à Lascaux, Normand de Bellefeuille, Québec-Amérique, 194 p.

Elles étaient quatre, les quatre femmes de la maison et il y avait lui, le dépositaire officiel de la mémoire du clan. Obsédé par un voyage avorté à la grotte de Lascaux, un auteur prolifique descend dans sa « caverne» pour exorciser une enfance vécue sous le signe du bluff. Et sa belle conjointe sera là pour participer à sa façon à ce curieux exercice de réminiscence. Mais déterrer les bêtes, déterrer le passé, c’est le danger de s’exposer à la corrosion du jour…

Arabesques, Pierre Samson, Herbes rouges, 503 p.

Une communauté soumise à des traditions séculaires vit retranchée dans sa forteresse, recroquevillée autour d’un escalier énigmatique, abreuvée d’histoire, nourrie d’anecdotes et réfractaire au vide du progrès tonitruant. Ce texte protéiforme n’est ni un recueil de nouvelles, un témoignage romancé, une échappée historique ou suspense politique ; il ne propose ni solutions, ni leçon, mais un vibrant plaidoyer pour une langue libre de déployer ses trésors.

BIOGRAPHIES

César, le dictateur démocrate, Luciano Canfora, Flammarion, 496 p.

Jules César, dictateur impitoyable, assit pourtant son autorité sur le lien privilégié qui l’unissait au peuple. Luciano Canfora, dans cette biographie reposant sur une connaissance exhaustive des sources historiographiques anciennes, brosse le portrait étonnamment précis d’une personnalité complexe, dont l’entreprise de « romanisation » est à l’origine de l’Europe moderne.

Hermann Goering, François Kersaudy, Perrin, 800 p.

Grâce à une abondante documentation allemande, anglaise, américaine et suédoise, ainsi qu’à des témoignages comme celui de l’aide de camp d’Adolf Hitler, cet ouvrage revisite le régime national-socialiste et comble un manque étonnant, puisqu’il n’existait aucune biographie française du Néron du 3e Reich – un personnage démesuré, dans tous les sens du terme.

Mémoires captives, Azar Nafisi, Plon, 372 p.

Prise entre les secrets de son père et les mensonges de sa mère, Azar Nafisi s’est longtemps imposé le silence contre lequel elle s’est engagée politiquement, socialement et philosophiquement, silence qu’elle rompt ici avec pudeur et courage. Balayant les combats et les débats du XXe siècle, l’auteure, baignée dès l’enfance dans la politique entre un père maire de Téhéran et une mère première femme élue au parlement iranien, livre un témoignage essentiel et éclairant, celui d’une femme au cœur des paradoxes de son pays.

Proudhon : l’enfant terrible du socialisme, Anne-Sophie Chambost, Armand Colin, 288 p.

À la fois précurseur des idées socialistes et anarchistes, Proudhon demeure pour beaucoup une figure méconnue ou l’homme d’une seule formule, le fameux « la propriété, c’est le vol ». Dans cette biographie fondée entre autres sur de la documentation inédite, Anne-Sophie Chambost rend compte du parcours, de l’œuvre et des idées de ce penseur atypique.

POLICIER

Kolyma, Tom Rob Smith, Belfond, 402 p.

On retrouve Leo Demidov, le héros de Enfant 44, à la tête d’un département de criminologie dans la Russie des années 50, qui va devoir affronter son passé afin de sauver sa famille. Enfant 44 avait été une excellente surprise en 2009 ; Kolyma saura-t-il la renouveler ?

Romans, Dashiell Hammett, Gallimard, coll. «Quarto», 1057 p.

Quarto nous offre dans ce volume cinq grands titres de Dashiell Hammett, dont Moisson rouge et Le faucon maltais. Pour le plus grand plaisir des lecteurs, la nouvelle traduction colle davantage au texte original. Une bonne occasion de redécouvrir ces classiques du roman noir !

Underworld USA, James Ellroy, Rivages, coll. «Rivages/Thriller», 840 p.

James Ellroy aura fait attendre ses lecteurs huit ans pour livrer la fin de sa trilogie commencée avec American Tabloid et American Death Trip. Dans ce dernier volet, il nous plonge dans l’Amérique des années 68-72. Attention, c’est noir, ça va faire mal, et personne n’en sortira indemne !

FANTASTIQUE ET SCIENCE-FICTION

Les bannis et les proscrits t.5 : L’étoile de la sor’cière, James Clemens, Bragelonne, coll. «Fantasy», 621 p.

L’ultime combat contre le Seigneur Noir arrive… Traqués par les sbires de l’ennemi, menacés par un traître dans leurs rangs, Elena la sorc’ière et ses compagnons vont tenter d’achever une quête désespérée. La conclusion d’un série best-seller qui célèbre l’imagination.

Brasyl, Ian McDonald, Bragelonne, coll. «Science-fiction», 402 p.

À Rio de Janeiro, une conspiration mêle télé-réalité et Coupe du monde de football ; en 1732, dans la forêt amazonienne, un missionnaire jésuite poursuit un prêtre hérétique ; en 2032, à São Paulo, un jeune rêve de sortir de sa favela sordide grâce aux technologies quantiques. Trois époques, trois histoires, trois Brésil, une même énigme et le chef-d’œuvre de Ian McDonald.

Océanique, Greg Egan, Le Bélial / Quarante-deux, 624 p.

Un match de football quantique pratiqué par des joueurs âgés de plusieurs millénaires ; des mathématiques en guise d’arme de destruction massive ; des jingles publicitaires si efficients qu’ils en deviennent quasi mortels… Exigence scientifique, qualités littéraires et dimension humaine malgré la supposée inhumanité des nouvelles d’Egan, le fascinant génie de la SF.

ARTS, PHOTO ET BEAUX LIVRES

100 ans de coiffure, Laure-Emmanuelle Bonilla, Coiffure de Paris / Prat éditions, 174 p.

Une somme d’histoires incroyables mais vraies compilées par le magazine Coiffure de Paris qui, à l’occasion de son centenaire à replongé dans ses anciens numéros. Un décoiffant périple socio-capillaire qui en dit long sur une époque.

Le théâtre du monde : Une histoire des masques, Paul-André Sagel, ill. de Nicolas Raccah, Les belles lettres / Archimbaud, 192 p.

Vaste synthèse abondamment illustrée racontant l’épopée éclectique et fantasque du masque dans tous les domaines, parfois inattendus, où il est employé. Des rites tribaux aux catharsis théâtrales, de la publicité à la politique, le masque est le vecteur d’un pouvoir fascinant.

Marc Chagall illustre l’Ancien Testament, peintures de Marc Chagall, Du Chène, 327 p.

Le peintre niçois ramène d’un voyage en Palestine dans les années 30 des gouaches illustrant La genèse, L’exode et Le cantique des cantiques. La beauté touchante et enjouée des images de Chagall enveloppe ces textes comme on le ferait d’un livre de contes magiques.

Le cinéma graphique – Une histoire des jouets animés : des jouets d’optique au cinéma numérique, Dominique Willoughby, Textuel, 286 p.

Une vue d’ensemble inédite d’un art visuel apparu voici 175 ans, les images animées (qu’elles soient dessinées, gravées, peintes, etc.), et qui a toujours su tirer parti des innovations technologiques. Bien au-delà de Disney, un régal pour les yeux.

Mohammed Ali : les images d’une vie, Yann-Brice Dherbier et Candice Bal, YB éditions, 192 p.

L’influence de ce célèbre boxeur, personnage plus grand que nature, aura largement débordé le simple cadre sportif. Portrait en photos magnifiques de cet icône du 20e siècle américain.

Le Mao, Guy Gallice et Claude Hudelot, Rouergue, 472 p.

Soixante ans d’art populaire retraçant la construction du culte de la personnalité ayant entouré la figure mythique du Grand Timonier. En parallèle, un regard sur certains pans de la révolution chinoise.

Le printemps géorgien, Magnum photos, Textuel, 239 p.

Ce journal de bord de dix photographes de la célèbre agence Magnum nous fait découvrir la Géorgie, ce pays du Caucase ayant regagné son indépendance en 1991, et supportant depuis les vingt dernières divers conflits armés et de sérieuses difficultés économiques.

SANTÉ

Alertes grippales : comprendre et choisir. Marc Girard. Dangles. 250 p.

La grippe A(H1N1) a largement occupé l’espace médiatique l’automne dernier. Aujourd’hui, la poussière semble retombée et la catastrophe appréhendée avoir été évitée. La menace grippale n’était-elle finalement qu’une tempête dans un verre d’eau ? Publié en France en plein cœur de la tempête, l’ouvrage du docteur Marc Girard apporte un éclairage fort intéressant sur le sujet et donne des clés pour essayer d’y voir plus clair.

SCIENCES HUMAINES

La crise de trop : reconstruction d’un monde failli, Frédéric Lordon, Fayard, coll. «Essais», 303 p.

Le constat de Frédéric Lordon est implacable : la crise financière de 2008 se double d’une crise économique et marque la faillite du capitalisme. Dans cet ouvrage qui pourra par moment paraître ardu pour les non-initiés, l’auteur analyse les principales dimensions de cette crise et propose des pistes de solution pour la mise en place d’une refonte fondamentale de la structure financière mondiale.

Postcapitalisme : Imaginer l’après, Clémentine Autain (coord.), Au diable Vauvert, 348 p.

Est-il possible d’imaginer un après au capitalisme ? Dans cet ouvrage collectif, les auteurs proposent quelques pistes de réflexion pour fonder les bases d’un autre monde. Parfois contradictoires, les propositions présentées nourriront à n’en point douter le débat sur les alternatives à la recherche du profit… à tout prix.

Casseurs de pub, 10 ans, ouvrage collectif, Parangon, 130 p.

Afin de souligner les 10 ans de l’association, l’ouvrage en retrace les diverses manifestations et coups d’éclat. De quoi donner quelques idées aux exaspérés de la publicité…

Les nations obscures : une histoire populaire du tiers monde, Vijay Prashad, Écosociété, 360 p.

En racontant le Tiers-monde du point de vue de sa propre population et de ses aspirations (faisant sienne la perspective employée par Howard Zinn avec son Histoire populaire des États-Unis de 1492 à nos jours ), Vijay Prashad témoigne du projet politique qu’a constitué l’émergence de plusieurs états indépendants dans la deuxième moitié du 20e siècle. Souhaitant promouvoir la paix, la justice et le changement social, ce projet fut confronté à plusieurs écueils, transformant généralement ce rêve d’émancipation post-colonialiste en renouvellement cynique du mépris et de l’exploitation. Un ouvrage essentiel pour comprendre le dernier siècle.

Gaza : articles pour Haaretz, 2006-2009, Gideon Levy, La fabrique, 239 p.

Cette compilation d’articles parus dans un des journaux de référence de l’État hébreu témoigne des horreurs infligées par les politiques israéliennes aux habitants de Gaza et constitue un plaidoyer pour que la population israélienne assume ses responsabilités. Une voix qui détonne dans le paysage médiatique israélien que celle de Gideon Levy !

Bacchus en Canada : Boisson, buveurs et ivresses en Nouvelle-France, Catherine Ferland, Septentrion, 432 p.

Entreprise fort originale que celle de retracer l’histoire de nos ancêtres à partir de leur consommation d’alcool ! Au carrefour de l’histoire et de l’anthropologie, l’ouvrage porte un regard inédit sur les pratiques culturelles de l’époque.

(sélection et rédaction de David Murray)

PHILOSOPHIE

Au microphone, Dr Walter Benjamin : Walter Benjamin et la création radiophonique, 1929-1933, Philippe Baudouin, Maison des sciences de l’homme, coll. «Philia», 270 p.

Ce document exceptionnel à plusieurs égards nous permet de plonger dans le passionnant travail de réflexion qu’avait élaboré le philosophe allemand sur un médium tout à fait nouveau pour l’époque, la radio. En prime, il est accompagné d’un CD de pièces radiophoniques pour enfants créées par Benjamin, qui témoignent de la grande versatilité de sa pensée. À lire en parallèle avec son essai capital, L’œuvre d’art à l’époque de sa reproductibilité technique.

Œuvres complètes IV : Écrits de Marseille – 1941-1942, Simone Weil, Gallimard, 817 p.

Enfin disponible, le tome IV des œuvres complètes de Simone Weil, Écrits de Marseille, nous livre avec amples détails la passion intellectuelle et vivante de Weil pour les pensées indiennes, chinoises, japonaises et celle du monde Occitan. Pour le vertige de l’intelligence, la démonstration d’une quête spirituelle sans pareil, et une écriture chaleureuse et précise.

Le Nyaya-sutra de Gautama Aksapada, le Nyaya-bhasya d’Aksapada Paksilasvamin : l’art de conduire la pensée en Inde ancienne, Michel Angot (éd.), Belles Lettres, coll. «Indika», 883 p.

Qu’est-ce donc ? En une seule phrase, tirée de la quatrième de couverture : «le Nyaya-sutra et le Nyaya-bhasya représentent le questionnement originel des philosophes sanskrits de l’Inde ancienne. On y discute de tout…» Vaste programme, certes, mais voilà une invitation à plonger dans la philosophie indienne qui ne passe pas tous les jours…

Études pour une phénoménologie de l’étranger, vol. 1 : Topographie de l’étranger, Bernhard Waldenfels, Van Dieren, coll. «Par ailleurs», 258 p.

Ce premier tome tente d’analyser la question de l’étranger à partir des notions d’espace et de lieu. Essai ardu mais incontournable afin d’être en mesure de parler convenablement des grandes questions de ce début de siècle que sont l’identité, le nationalisme et l’interculturalité. Soulignons le magnifique travail éditorial, malheureusement très rare en sciences humaines, dont Van Dieren fait preuve. Magnifique !

(sélection et rédaction de Laurent Borrego)

La crème de la littérature jeunesse

Les Contes macabres, Edgar Allan Poe, ill. de Benjamin Lacombe, Soleil, coll. «Métamorphose», 185 p.

Benjamin Lacombe offre aux amateurs de l’étrange une superbe édition illustrée des Contes macabres d’Edgard Allan Poe : une reliure de luxe avec une tranche en tissu ; la domination du rouge, du noir et du blanc ; des enluminures ; une galerie de personnages énigmatiques. Avec cet œuvre, le style particulier de Lacombe, bien défini dans Généalogie d’une sorcière, gagne encore en maturité et en intensité.

Hansel et Gretel, Lorenzo Mattotti, d’après Jacob et Wilhelm Grimm, Gallimard, 46 p.

Ce Hansel et Gretel sombre et envoûtant s’écarte complètement des versions illustrées habituelles. Ici, nulle trace de la maison en sucre aux couleurs étincelantes, car Lorenzo Mattotti utilise de l’encre noire sur un fond blanc texturé pour réaliser ses illustrations. Une alternance entre les pages réservées au texte et les autres dédiées uniquement aux illustrations contribue à la mise en valeur du travail de l’artiste. Le résultat est percutant !

Mes idées folles, Axl Cendres, Sarbacane, coll. «Exprim’», 188 p.

Les romans de la collection « Exprim’ » ont pour habitude de secouer  le lecteur, et celui-ci ne fait pas exception. Avec une écriture cinglante, vive et drôle, l’auteur aborde des thèmes graves, comme les problèmes mentaux, la drogue et le malaise de vivre. On y suit les déboires d’Abel Francis Sandro, un jeune psychiatre désespéré devant son incompréhension du genre humain. Au fil du texte, le lecteur s’enfonce avec une savoureuse curiosité dans le délire du personnage.

La poudre à prout du professeur Séraphin, Jo Nesbo, Bayard, 221 p.

Si vous aimez Fifi Brindacier et Anne Shirley, vous serez séduit par Bulle, un minuscule rouquin à la langue bien pendue qui sort de l’imagination de Jo Nesbo, ce Norvégien généralement associé au roman policier. Dans ce roman, tout explose : les expériences scientifiques du professeur Séraphin, les prouts de Bulle et notre plaisir de lecture! La plume raffinée et drôle de l’auteur ainsi que les illustrations de ce dernier font de ce roman un petit bijou aux allures de classique.

Quelles couleurs !, Régis Lejonc, Thierry Magnier, 200 p.

Un imagier original pour découvrir les couleurs, toutes les couleurs! Régis Lejonc a su construire un véritable catalogue où les styles des illustrations et des photographies se mélangent, où les symboles et les îcones côtoient bande dessinée et jeux à résoudre. Pour les petits, mais aussi pour les grands, parce que les variations de couleurs sont si nombreuses et si…  colorées !

Le chat-ô en folie t. 4, 5 et 6 : La Guerre des cadeaux, La Reine des loups noirs et La forêt aux mille nains, Alain M. Bergeron, ill. Fil et Julie, Foulire, 45 p. ch.

Voici trois nouveaux titres de la série Le Chat-ô en folie d’Alain M. Bergeron et Fil et Julie ! L’univers de ces petits romans est bien développé, les illustrations sont magnifiques et les intrigues, tout comme les titres des romans, sont drôles à souhait. On les adore !

Une gouvernante épatante, Dominique Demers, coll. «Bilbo», Québec Amérique, 159 p.

Une nouvelle aventure de l’incroyable Mlle C ! Cette fois-ci, Mlle Charlotte devient une gouvernante épatante… Elle mettra de la magie dans la famille d’Alexandre afin que les enfants puissent s’amuser et rêver. C’est à parier que cette lecture fera notre bonheur, car jusqu’ici, la série des Mlle C a du souffle !

J’invente la piscine, Bertrand Laverdure, La courte échelle, 144 p.

Oui, oui, nous sommes en février, mais… nous affirmons tout de même que J’invente la piscine de Bertrand Laverdure est l’un des meilleurs romans pour adolescents de 2010 ! L’auteur y aborde un florilège de thèmes : de la création aux rapports mère-fils, de l’enfance au regard de l’adulte sur sa vie et son œuvre. Esthétiquement, le livre se démarque par un graphisme doux et raffiné. Et lorsqu’on en termine la lecture, une seule envie nous prend : recommencer.

(sélection et rédaction de May Sansregret)

La crème des bandes dessinées

L’encyclomerveille d’un tueur t.1 : L’orphelin de Cocoyer Grand-Bois, Thierry Ségur et Patrick Chamoiseau, Delcourt, coll. «Terres de légendes», 56 p.

Improbable : Patrick Chamoiseau, Goncourt 92, essayiste de la culture créole, et Thierry Ségur, chantre de l’heroïc-fantasy classique, s’unissent, et créent un univers qui dépasse l’entendement. Dans un cimetière martiniquais, un fossoyeur et son apprenti doivent contrôler les failles entre la réel et l’au-delà, sur une île où les croyances s’hybrident et se démultiplient. Troublante mise en abîme de la fiction, fantasy métaphysique, réflexion sur le mariage des cultures ; une spectaculaire révélation, baroque, flamboyante et post-moderne ! (EB)

George Sprott, 1894-1975, Seth, Delcourt, coll. «Outsider», 96 p.

Impressionnant que cet album à l’esthétique rétro, tout d’abord par sa taille (37 x 31 cm), mais aussi par l’ampleur de l’entreprise: imaginer dans ses moindres détails la vie ennuyante d’un obscur animateur télé d’une chaîne câblée. Passé maître dans l’art de dépeindre la platitude du quotidien, Seth se surpasse une fois de plus en poussant la banalité d’une existence donnée aux frontières de l’insignifiance. Fascinante, majestueuse – jamais une BD ayant pour sujet la vacuité de la vie n’aura été aussi élégamment présentée. Grandiose ! (ÉL)

Sous son regard, Marc Malès, Vents d’Ouest, coll. «Intégra», 144 p.

Un commissaire de police antipathique tente de découvrir pourquoi un ex-braqueur de banque, qui mène une vie modèle après avoir purgé sa longue peine, s’est laissé accuser d’un meurtre qu’il n’a pas commis. Entre ces deux personnalités troubles, c’est un puissant duel psychologique qui se joue, dont la tension est renforcée par la structure en poupées gigognes du récit et des noirs et blancs cassants inspirés de l’esthétique des années 30. (EB)

HP : L’asile d’aliénés t.1, Lisa Mandel, L’association, coll. «Espôlette», 112 p.

HP (hôpital psychiatrique) est de ces œuvres dérangeantes de vérité. L’auteure a recueilli les témoignages d’infirmiers et infirmières membres de son entourage ayant œuvré dans ces institutions entre 1968 et 1973, alors qu’on les nommait encore asiles d’aliénés. Un troublant chapelet d’anecdotes sur les pratiques qui y régnaient, toutes aussi inconcevables que tragiques, et qui nous permet d’un peu mieux comprendre comment l’imaginaire de Lisa Mandel a pu engendrer un truc aussi déjanté que Nini Patalo. (ÉL)

Le procès, Chantal Montellier, sc. de David Zane Mairowitz, d’après Kafka, Actes sud, 128 p.

On connaît l’histoire : deux mystérieux policiers viennent notifier la mise en accusation de Joseph K., modeste employé de banque, pour un motif qu’il ne lui sera jamais donné de connaître. Mais Chantal Montellier, la grande dame de la bande dessinée, se l’approprie de sa touche si particulière, dans ce collage d’images répétées, oppressantes, qui tourbillonnent et s’apostrophent les unes les autres.

Rocambole, Federico Bertolucci et Frédéric Brémaud, d’après Ponson du Terrail, Delcourt, coll. «Ex-libris», 47 p.

Adaptation d’un feuilleton extrêmement populaire au 19e siècle, Rocambole suit les aventures rocambolesques (oui, de là vient l’adjectif !) d’un brillant escroc dans ses combines machiavéliques pour devenir riche et puissant. Pour le plaisir d’assister aux frasques surprenantes d’un bon méchant amoral mais somme toute attachant, en espérant que ces aventures au joli dessin fort expressif ne se limiteront pas à ce tome unique… (SP)

Arrête d’oublier de te souvenir, Peter Kuper, Ça et là,  236 p.

Arrête d’oublier de te souvenir, c’est la complète mise à nu d’un artiste en quête de vérité. Servi par moult détails intimes, Peter Kuper nous offre le récit bien senti de sa première cigarette, de son premier joint, de son premier acide, de ses premiers fantasmes, et bien sûr, de sa première relation sexuelle. Jusqu’à quel point un auteur doit-il baisser ses culottes pour être publié ? Cette impudique (me direz-vous) entreprise autobiographique trouva finalement preneur chez l’éditeur Random House treize ans après le début de sa création ! (ÉL)

Dungeon Quest t.1, Joe Daly, L’association, coll. «Espôlette», 136 p.

Millenium Boy, s’ennuyant à mourir dans sa «banlieue du désespoir», s’équipe, sort dans la rue et mène une troupe improvisée dans une vaste quête mystique reprenant les archétypes de la culture des jeux de rôles : accumulation de points d’expérience et de connaissances poético-magiques, mises à jour systématiques des fiches des personnages… À la fois parodique, irrévérencieux et étrangement premier degré, Dungeon Quest est surtout… hilarant ! (EB)

Nemi t.1, Lisa Myrhe, Milady, coll. «Milady graphics», 160 p.

Sous forme de strips, d’illustrations et de petites historiettes, les péripéties de la vie quotidienne d’une «gentille» gothique norvégienne qui n’a pas la langue dans sa poche. Préfacé par Tori Amos, ce recueil fera sourire les jeunes femmes plus ou moins marginales (ainsi que ceux qui les aiment) qui ne se retrouvent pas dans la BD d’humour féminin traditionnel. (SP)

Du côté des séries, il ne faut surtout pas passer à côté de Dans l’œil du cauchemar, le second tome de l’angoissant thriller fantastique Adamson, de Carlo Puerta et Pierre Veys (Delcourt), et du quatrième et dernier tome d’Alim le tanneur, Là où brûlent les regards, de Virginie Augustin et Lupano (Delcourt), l’une des belles réussites fantasy des dernières années. Épuisée depuis de trop nombreuses années, Che, la célèbre biographie des Breccia père et fils et d’Hector Oesterheld (Delcourt) a refait surface. Nous avons également reçu l’édition intégrale de La guerre d’Alan d’Emmanuel Guibert (pour laquelle L’association a conçu un objet tout à fait spectaculaire !), ainsi que celle de ce monument de la science-fiction métaphysique qu’est Universal War One de Denis Bajram (Quadrants). Signalons en conclusion la parution d’un essai de Joseph Ghosn, Romans graphiques : 101 propositions de lecture des années soixante à deux mille (Le mot et le reste), un quasi sans-faute (ce qui n’est pas peu dire !) pour qui désire s’initier au genre. (EB)

(sélection et rédaction d’Éric Lacasse, Eric Bouchard, Sébastien Patenaude et Réjean St-Hilaire)

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Bonnes lectures !

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