Le Délivré
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25 août 2010  par Eric Bouchard

De l’anti-héros à l’anti-Québec

Dans la série «Ces Français qui nous aiment», rencontrons cette semaine le scénariste de bandes dessinées Matz. Bien connu des amateurs de bande dessinée policière, Matz (Alexis Nolent) fourbit ses premières armes avec Chauzy au début des années 90 (Bayou Joey, et Peines perdues, nominé pour l’Alph’Art du Meilleur album à Angoulême 93), avant de nous proposer en 1998 l’étonnant premier tome de la série Le tueur. À l’époque, le parti-pris narratif à la première personne pour cet anti-héros tueur à gages ainsi que les trouvailles visuelles de Jacamon font sensation : la série Le tueur devenait assurément un nouvel incontournable de la bande dessinée policière grand public.

Jusqu’en 2003, ce sont cinq tomes qui paraîtront coup sur coup ; et si l’impact du premier tome s’estompe à la lecture des suivants, on suit tout de même avec excitation la course effrénée de ce tueur qui cherche à se planquer aux Caraïbes pour couler une vie de loisir une fois son magot amassé. Puis Matz semble passer à autre chose alors qu’il scénarise le drame napoléonien Shandy pour l’époustouflant Dominique Bertail ; un autre polar, Du plomb dans la tête, pour le giraudien Colin Wilson ; puis Cyclopes, pour son ex-complice Jacamon, une intéressante série d’anticipation qui peinera toutefois à trouver son public – sans doute la raison pour laquelle le tandem reprendra en 2007 les destinées du Tueur pour un nouveau cycle.

Alexis Nolent est également connu pour sa carrière de scénariste de jeux vidéos chez Ubisoft, carrière qui l’aura amené à travailler à Montréal. Par contre, il semble que Nolent n’ait pas du tout apprécié son expérience dans la métropole québécoise ; on pourrait même songer qu’il a une dent contre le Québec entier… Dans L’ordre naturel des choses, huitième tome de la série Le tueur paru le mois dernier, Nolent profite de sa tribune pour régler ses comptes avec nos compatriotes dans une diatribe à l’em- porte-pièce, grossière, simpliste et haineuse. Et il s’agit bien de Nolent. Pas du tueur.

Car disons-le tout de suite : si le personnage du tueur est bien évidemment misanthrope, sa haine s’adresse aux truands de ce monde – hommes d’affaires et politiciens sans scrupules -, dont il règle froidement le compte et par les comportements desquels il justifie ses assassinats ; jamais sa misanthropie n’aura été de nature discriminatoire envers un peuple. Hélas, les propos qu’il tient via son personnage sur la «médiocrité» québécoise ont tout du discours rapporté, alors que le décalage avec le personnage est flagrant.

Au-delà de l’insulte gratuite, il est encore plus navrant que l’éditeur ait laissé passer pareille chose. S’il avait par exemple été question des Noirs, des Musulmans ou des Juifs, Casterman s’en serait-il autant lavé les mains ? S’avèrerait-il que pour le public français, le Québec est une cible discriminatoire légitime ?

Les Québécois ont exterminé les Amérindiens, n’ont aucun goût (ni au niveau du design, de l’architecture ou de la cuisine) et insultent l’intelligence en vivant sous la neige, c’est bien connu. (p. 36, case 3)

Il est amusant de constater que le même jugement hâtif pourrait être appliqué aux habitants de l’Hexagone. Idée courte, quand tu nous tiens ! Et si nous ne parlons pas la même langue, comment se fait-il que nous comprenons leur français alors qu’ils refusent de comprendre le nôtre ? Que nous acceptons leur accent alors que le nôtre est intolérable ? (p. 36, case 4)

Remplacez «char» par «bagnole» et «blonde» par «meuf», et voyez comme vous aurez tout de suite une idée de la subtilité et de la sophistication. (p. 36, case 6)

La seule réelle conversation qui surviendra avec un Québécois se fera avec un membre des Hell’s Angels, échantillon linguistique probablement jugé représentatif par le scénariste et par lequel il justifie une nécessaire traduction de cette «langue limitée et abâtardie». Et apprenons que «criss» équivaut à «bourge». (p. 39, case 6)

Alors qu’on rigole de l’existence des «bad quartiers» à Montréal (et surtout, qu’on les nomme de la sorte), le Québec regagne sa dignité en constatant que le bad bandit sait faire montre de politesse en vouvoyant à l’interrogatif, et ce, même en sacrant. (p.40, cases 1-2)

Voilà donc l’ordre naturel des choses selon Alexis Nolent, qui confond parler populaire et langue (et il n’est pas le seul à le faire chez Casterman), junk-food et cuisine, accent français et intelligence, et qui surtout se repaît d’un colonialisme, d’une xénophobie primaire et désolante. Aurions-nous trouvé notre Maurice G. Dantec (ou notre Thierry Ardisson) de la bande dessinée ?

* * *

Mentionnons au passage que le huitième tome de cette série, qu’on souhaite biodégradable, est truffé de coquilles et d’erreurs, que cet énième scénario à l’intrigue géopolitico-pétrolo-financier-gnagna est d’un convenu consommé, et que le radotage intérieur du tueur sur ses motivations commence sérieusement à sentir le renfermé…

* * *

Le tueur t. 8 : L’ordre naturel des choses, Casterman, coll. «Ligne rouge», 56 p.

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25 commentaires à cet article

  1. Jean Milette dit :

    Il vaut avouer que c’est un peu raide comme critique du Québec. Mais sommes-nous vraiment en reste? On entend tous les jours tellement de clichés antifrançais. C’est triste ces deux solitudes francophones.

  2. sarah dit :

    Ses dessins sont meme pas beaux. C’est tout calqué. Moi je dit qu’il a du se faire planter là par une québécoise.
    Ca lui fait de la publicité, par contre, la controverse. (…)
    Il a droit a son opinion, j’imagine. C’est une mauvaise opinion, mais c’est correct au fond parce qu’on a pas une bonne opinion de lui non plus.
    ;)

  3. Eric Bouchard Eric Bouchard dit :

    Effectivement, on peut dire que Matz a droit à son opinion, toute pétrie de préjugés qu’elle est. Mais le problème est que son éditeur la cautionne, et là on se retrouve devant quelque chose d’inacceptable.

    Et, en passant, Matz n’est pas l’auteur des dessins, qui sont réalisés par Jacamon.

  4. OlivierMTL dit :

    Beaucoup de bruit pour pas grand chose, mais sortir des phrases de son contexte, le procédé est douteux et éculé.

  5. MATZ dit :

    Bonjour,
    Je suis Matz, le scénariste du Tueur, et je m’étonne quelque peu de votre article. Je ne m’étonne pas que vous n’aimiez pas Le Tueur, c’est votre droit le plus strict, ainsi que de le dire et de l’écrire. En revanche, votre article est à la fois quelque peu naïf, diffamatoire et intellectuellement malhonnête. Naïf, parce que confondre ce que dit un personnage et ce que pense l’auteur est indigne d’un chroniqueur ou critique. Par exemple, un acteur qui joue un nazi serait-il forcément nazi ? Ce que disent le Tueur et Mariano relève de la création et de la fiction. Diffamatoire, parce que vous affirmez catégoriquement que les pensées du Tueur sont les miennes. Je ne me souviens pas que vous m’ayez contacté pour une interview et que vous m’ayez posé la moindre question à ce sujet (je vous aurais volontiers répondu, d’ailleurs). Dès lors, comment pouvez-vous affirmer une telle chose ? Enfin, intellectuellement malhonnête parce que vous présentez une version tronquée de la séquence que vous critiquez : vous avez omis la conclusion de ce dialogue, Mariano qui traite le Tueur de « sale petit Français prétentieux »… Ce qui remet les choses en perspective. Je vous invite (ainsi que les lecteurs) à vous reporter à l’album, au cas où vous l’auriez ratée, ou si la rage vous avait déjà submergé au point de ne pas pouvoir poursuivre lucidement votre lecture. Et je vous invite au passage à mieux lire, mieux comprendre, et pourquoi pas à cultiver un peu de sens de l’humour, éventuellement…
    Amicalement,
    Matz

  6. Eric Bouchard Eric Bouchard dit :

    Bonjour Monsieur Matz,

    Tout d’abord, merci pour votre message. Et effectivement, j’aurais pu tenter de vous joindre, c’est une leçon pour la prochaine fois. Il est vrai que nous sommes davantage des libraires et des bloguistes du monde du livre que des journalistes ; notre perception se construisant davantage du point de vue de l’objet-livre considéré comme tel.

    Je tiens à préciser que je ne crois pas avoir affirmé ne pas aimer votre série Le tueur ; si j’ai de sérieux bémols à propos du dernier tome, je n’ai pas hésité à qualifier votre série, dont je reconnais les mérites, d’incontournable de la bande dessinée policière, et je l’ai même encore recommandée pas plus tard que la semaine dernière.

    Vous dites que je suis naïf de confondre le discours d’un auteur et celui d’un personnage ; je pourrais vous répondre de même que vous êtes naïf de croire que je le confonde effectivement… Vous m’accusez de diffamation, or si je m’attarde à votre série, je ne crois pas que mes arguments soient des contre-vérités. J’ai bien exposé les raisons pour lesquelles j’ai perçu que la fiction n’avait pas le dos si large ; ce discours détonne dans la bouche de votre personnage. Comment justifier cette dimension soudaine du personnage, qui n’avait jusqu’à lors jamais fait partie de lui, et le pourquoi de sa hargne précisément dirigée vers le Québec – ce qui apparaît de manière tout à fait gratuite et déconnectée dans le contexte de la série ? (Le commentaire précédant le vôtre m’incrimine d’ailleurs de décontextualiser le propos, alors que c’est justement le problème qui nous occupe : ce discours est décontextualisé du personnage et de la série, et du reste ne sert en rien le récit.)

    Vous dites ensuite que je suis malhonnête de présenter une version tronquée de la séquence, omettant la réplique de « sale petit Français prétentieux » (En quoi est-ce un argument ? Bien sûr qu’il est prétentieux. Et de toute manière, cette réplique ne signifie pas grand chose puisque Mariano finit par se rire avec le Tueur de la médiocrité québécoise). Je ne l’ai pas ajoutée parce que le personnage de Mariano se tient à l’extérieur de la diatribe du Tueur. Il n’en est qu’un auditeur involontaire, comme le lecteur.

    Cet article n’a pas été poussé par la rage que vous supposez, mais plutôt dicté par un sentiment de malaise, malaise généralisé chez bien des lecteurs de notre librairie qui nous l’ont témoigné, d’abord, sentiment qui en déborde ensuite largement, comme en ont fait foi les commentaires personnels que j’en ai reçus d’autres lecteurs de la série au Québec.

    Et afin que je cultive mon humour, et pour le bénéfice de tous vos autres lecteurs québécois qui en sont apparemment dépourvus, il faudrait sans doute que vous m’expliquiez en quoi cette diatribe au premier degré est si drôle…

    Eric B.

  7. Julien dit :

    En tant que Québécois, je dois avouer que c’est triste comme discours, venant de la fiction ou non. Des imbéciles Français, il y en a je vous le jure. De plus Un Hell’s dirait pas: « Din Bad Cartier »: « Dan l’boutte » (« Din Bad cartier » j’ai jamais entendu ça)
    V’z'êtes vous des boeufs esti » mais bien:  » Té-tu un boeuf Criss ».
    Faudrait étudier un peu mieux votre sujet, bout d’viande!

  8. Philippe Lange dit :

    Bien dit Éric B.
    Ton article est on ne peut moins clair et concis! Son explication par contre relève d’un sophisme pur et dur!!

    Ça revient souvent ce genre de situation franco-québécoise.

    Souvenez-vous de la visite de l’exécrable John Charest en France…Non mais!!

    http://www.cyberpresse.ca/chroniqueurs/stephane-laporte/200902/08/01-825257-le-quebecois-est-trop-complique-pour-les-francais.php

  9. Tino dit :

    I was born and raised in Montreal, Quebec. What is the big deal here? Lets not forget this is a COMIC BOOK. Its Fiction, not made to be fact. Pour quoi on est toujours sur la defensive?? il ya persone qui nous attaque.

  10. Yves S. dit :

    Excellente réponse, Eric. Mieux écrite d’ailleurs que celle de ce pauvre Matz qui tombe dans le cliché (…)

  11. MATZ dit :

    Bonjour Eric,
    J’ai l’impression que nous aurons du mal à nous entendre sur cette séquence, parce que je maintiens que ce que dit le Tueur lui appartient et non à moi, et ça m’étonne que vous croyiez mieux connaître que moi le personnage que j’ai créé – et mieux savoir que moi ce que je pense ! De même, je trouve que ce que lui répond Mariano le remet en place. Et nous n’avons sans doute pas non plus la même lecture de l’album, parce que personnellement, je trouve beaucoup plus grave et dérangeant ce que le Tueur dit du comportement de la France au Niger, quelques pages plus tôt, par exemple, que les piques sur le Québec… L’humour à mon sens (mais évidemment, ça peut toujours tomber à côté ou être mal compris) est visible lorsque le Tueur dit par exemple « exterminer les Indiens pour faire ça, c’était pas la peine ». C’est vraiment de l’humour noir et absurde, froid et cynique, bien dans la manière du Tueur et de ses raisonnements quelque peu biaisés, car évidemment, les premiers colons qui sont arrivés en Amérique du Nord (USA et Canada) et qui ont mené la vie dure aux Indiens (là-dessus je pense que nous pouvons tous être d’accord?) ne savaient pas où tout cela mènerait. J’aurais à ce sujet pu aussi bien lui faire dire la même chose sur les USA – et peut-être que ça vous aurait fait plus rire? De plus, c’est de l’humour noir anticolonialiste, il me semble, pour reprendre votre terminologie. D’ailleurs, le Tueur a une vision anticolonialiste en général, il n’est pas européocentriste, ni occidentalocentriste, si vous me permettez ce néologisme. Une des raisons d’être de cette séquence, c’est que pour l’album précédent, je m’étais fait éreinter ici en France à cause de ce que le Tueur avait dit sur Cuba, parce qu’il est convenu de dire du mal de Cuba, et il est aussi convenu de dire du bien du Québec (contrairement à ce que vous avez l’air de penser). Alors je me suis dit que le Tueur allait prendre les choses à rebrousse-poil, pour rester dans sa manière habituelle mais en changeant quand même un peu (et j’ajouterais par ailleurs, comme le dit Mariano, que le Canada est un des rares pays à apporter un soutien à Cuba). Si vous et vos lecteurs en ont éprouvé un malaise, j’en suis désolé, et vous pouvez le leur dire. Si vous le souhaitez, lors de mon prochain passage à Montréal, nous pourrions organiser une rencontre-dédicace, ce qui permettra de discuter de ça… Ils pourront engueuler le « maudit Français », lui expliquer que le texte en « québécois » est bidon, et même le corriger pour la prochaine édition, pourquoi pas ?
    Amicalement,
    Matz

  12. Sarah dit :

    Personne n’aime se faire dire qu’il est médiocre, que ce soit dans une fiction ou dans la réalité. Je sais qu’on un peu sensible aux Québec, un peu insécure et possiblement soupe au lait. Cependant, que ce soit un personnage raciste ou un auteur raciste, c’est quand même raciste.
    Mais c’est une fiction, alors ce n’est pas grave, n’est-ce pas?
    En passant, les indiens vivent en Inde.

  13. Sly dit :

    Il a voulu exploiter son expérience Québécoise, mais il ne semble pas avoir la sensibilité pour la comprendre. Il a mélangé sa création avec son ignorance. C’est ce qui arrive quand tu manques de profondeur. Bonne chance.

  14. Yann Roas dit :

    Moi qui connais assez bien la direction de Casterman et le milieu des librairies ici, je vais m’employer à faire savoir que je ne suis pas dupe des plates explications de l’auteur. De toute évidence, elles prolongent son discours et sa pensée méprisante à l’effet que nous sommes des sots.
    Je suis surpris, tellement surpris, et déçu. S’il se pointe au salon du livre de Montréal, il peut s’attendre à un accueil des plus chaleureux.

  15. Yann Roas dit :

    Il y a tellement de critique à faire sur notre société, beaucoup à dire, en mal comme en bien, mais ce que je viens de lire, c’est tellement gros bourrin…
    On dirait la montée de lait d’un campagnard qui sort de son lopin de terre natale pour la première fois: Ni digne de l’auteur, ni de son personnage. On lui souhaite de faire mieux la prochaine fois, quoi.

  16. Patrick Emond dit :

    MATZ… J’peux pas croire que tu as passé beaucoup de temps ici (Montréal) pour transcrire aussi mal le québécois populaire. « Bad quartiers » ??? Plus franchouillard, tu meurs.

  17. Michel Jacques dit :

    Le 23 août dernier, j’envoyais une lettre au responsable éditorial des éditions Casterman par l’entremise du site de l’éditeur (lettre restée sans réponse d’ailleurs), donc avant le blogue d’Eric Bouchard (25 août) et les deux commentaires de Matz (2 et 3 septembre). Pour ne pas trop allonger mon propos, je vais citer l’essentiel de ma missive. Voici.

    Étant un fervent lecteur de bandes dessinées et, va de soi, collectionneur, c’est avec beaucoup stupéfaction que j’ai lu certaines pages du tome 8 de la série Le Tueur. Je prends le temps de vous écrire pour vous dire mon indignation sur certains propos que le scénariste Matz met dans la bouche de son héros. Mais je dois faire vite car, après tout, étant Québécois, je ne possède «que 40 mots de vocabulaire […] d’une langue limitée et abâtardie» (p.36), comme l’affirme son Tueur.

    Vous me suivez toujours? Heureusement que vous ne m’entendez pas de vive voix car mon accent «écorche méchamment les oreilles» (p. 36), semble-t-il. Des accents, qu’on n’entend sûrement pas en Alsace, en Bretagne, en Auvergne, en Corse, en Provence, en Wallonie ou en pays basque, n’est-ce pas ?

    Je ne suis pas frileux mais les propos de Matz sont blessants, voire haineux ! Et ne venez pas me dire qu’il y a un second degré dans son texte, que le Tueur est un cynique dont l’humour noir tire sur tout ce qui bouge, ou qu’IL NE S’AGIT QUE D’UNE BD DE FICTION.

    Chez nous, quel laisser-aller, nous appelons «une voiture un char et notre femme notre blonde» (p.36). Exact, et il y a des centaines d’autres exemples. Est-ce que nous reprochons aux Français d’appeler leur voiture «une caisse», leur épouse «ma régulière» et un copain «un pote» ? Il y a des dictionnaires assez volumineux sur l’argot français. Vous dites drugstore, sponsor et shopping; nous disons pharmacie, commanditaires et magasinage. Qu’est-ce qu’on s’en fout! Le français des Belges a ses particularismes aussi j’imagine et celui des Suisses également.

    D’avoir à résister à la langue et la culture anglophones dominante en Amérique du Nord pour sauver nos racines explique que l’anglomanie des nos cousins français nous agace un peu, beaucoup. Mais de là à dire que nous nous proclamons «les vrais défenseurs de la pureté de la langue» (p.36), Matz charrie. Disons-le en bon québécois: pousse, mais pousse égal!

    La cerise sur le gâteau, Matz trouve que «ça respire la médiocrité, ici. On dirait que les gens ont ramené ce qu’ils ont pu de là d’où ils venaient, sans vraiment essayer d’améliorer grand-chose.» (p. 36). Merci pour nos aïeux! Je suis Québécois et fier de l’être. Mon lointain ancêtre venu de Picardie, a pris épouse à Québec en 1688.

    Les affrontements avec les tribus indiennes (nous ne les avons pas «exterminés» comme dit le Tueur!), l’hiver extrêmement rude, les grandes distances à parcourir, les moustiques et les bêtes sauvages, le désintéressement puis l’abandon par la mère patrie (pour limiter et abâtardir une langue, c’est l’idéal, surtout quand presque toutes les élites, sauf les curés, sont retournées en France après la conquête!), les guerres coloniales à 1 contre 10 contre les troupes anglaises, le défrichement des terres, les tentatives d’assimilation par le régime britannique, l’emprise étouffante de l’Église catholique, l’encerclement culturel par le monde anglo-saxon depuis plus d’un siècle, tout cela nous a faits.

    On est partis de loin! Des paysans pour la plupart, des trappeurs, des bûcherons, des pêcheurs, des petits artisans, des soldats. De ces colons est né un pays et un parler populaire familier. Malheur à nous, on est comme on est! ET L’ACCENT VIENT EN PRIME.

    Moi, je décèle dans ces bulles un propos éditorial quand il fait dire au Tueur à propos du Québec : «Je suis déjà venu. J’aime pas.» (p. 35). ON S’ÉLOIGNE DE LA FICTION, LÀ, ne trouvez-vous pas? J’ai relu les 7 premiers tomes et nulle part ailleurs il y va une charge personnalisée contre un peuple quelconque.

    Matz a-t-il vécu ici quelque temps? Ça sent les comptes à régler. Pourquoi cette hargne gratuite qu’il met dans la bouche de son héros, paroles qui n’ajoutent absolument rien au déroulement du passage avec les mafieux Hells Angels?

    Votre équipe éditoriale aurait-elle laissé un auteur insulter carrément les Algériens, les Libanais, les Suisses romands dans une BD? Il y a des limites à la liberté d’expression. Faites votre boulot d’éditeur !

    Je suis peut-être le premier à vous écrire à ce sujet mais en ayant discuté avec quelques amis lecteurs, tous on été outrés.

    Fin de la lettre.

    P.-S. Que Matz ajoute dans ses commentaires du 2 septembre que, suite aux propos du Tueur, Mariano le traite de «petit Français prétentiard» (p.36) est une bien faible excuse et ne remet rien «en perspective»! D’autant que trois lignes plus bas Matz nous invite à «cultiver un peu notre sens de l’humour»! J’ai déjà lu des BD plus drôles que cette série.

  18. Pierre-Greg Luneau dit :

    Bravo, monsieur Bouchard,

    Je ne saurais dire si monsieur Matz a une dent contre notre contrée ou s’il ne fait que dans l’humour noir, comme il semble le prétendre, mais je constate trois choses:
    a) si c’est de l’humour, il tombe complètement à plat, ce qui ne m’incite pas à lire sa série.
    b) sa représentation du parler québécois, via la bouche de son motard, est aussi risible que toutes celles que les Français nous mettent en bouche en se croyant futés parce qu’«ayant réussi à cerner le caractère pittoresque du dialecte québécois». Neuf fois sur dix, ils ressortent des expressions que je n’ai jamais entendues de ma vie, ou qui ne se disent plus depuis au moins vingt ans!! Félicitations à Loisel et Tripp, qui ont eu la brillante idée de consulter un vrai Québécois pour éviter ce piège dans leur excellent Magasin général.
    c)Vous avez réussi, d’une manière réfléchie, détaillée et articulée, à exposer et contrer toutes les maladresses idéologiques et lexicales des passages que vous mettez en exergue. Vous le faites avec toute l’intelligence, l’honnêteté et le doigté qu’on vous connaît.

    Je tenais à vous en remercier, et à vous féliciter.

  19. [...] Bouchard, sur le Délivré, le blogue de la Librairie Monet — où j’ai découvert l’existence de l’Ordre naturel des [...]

  20. Richard Gratton dit :

    Salut Eric,

    Félicitations pour ta critique du dernier TUEUR.
    À la lecture de la BD hier, je me suis dit que l’auteur avait fait une mauvaise recherche sur le Québec.
    Les « indiens/ amérindiens », pas si certain si c’est nous qui les avons tué et pas les colons français…
    Les dialogues avec les Hells sont totalement pourris et mauvais et leur traduction est infecte….
    Les scènes de rues typiques sont méconnaissables et la qualité du dessin n’est pas très bonne non plus…
    Je pense que cela mériterait une réédition de la part de Casterman et sans doute qu’un beau jour son TUEUR se fasse descendre au Québec ou au moins se fasse donner une bonne raclée par un petit Hells qui parle à la française!!!

  21. Patrice dit :

    Je vis au Québec.

    Je vais pas revenir sur les commentaires désobligeants du tueur à l’endroit des québécois.

    Je voudrais simplement dire que l’épisode du tueur à Montréal, qui fait seulement un détours pour réclamer de l’argent à des motards, c’est totalement inutile et ça n’apporte rien à l’histoire.

    Et aussi, et ça m’a frappé dès la première case, au Québec, les motos ne sortent pas en février. C’est risible.

  22. Patrice dit :

    Je prends seulement quelques minutes pour vous citer un passage de La Grande Aventure de la Langue Française, un ouvrage fascinant de Julie Barlow et Jean-Benoît Nadeau :

    « L’étiquette de « patois canadien-français » était en fait un outil politique qui servait à hâter l’assimilation des francophones. Elle a dépouillé les Canadien français du statut et du prestige dont ils auraient pu tirer avantage en tant que locuteurs de la principale langue internationale du temps, et dépossédé les francophones de la confiance en eux-mêmes qu’ils auraient pu avoir devant leurs patrons anglais. » (p. 262)

    Si le sujet vous intéresse, je vous recommande fortement ce livre. Si vous avez peu de temps, lisez d’abord le chapitre 10.

  23. Simon dit :

    Je viens de me mettre à jour quant à la série le Tueur. Comme monsieur Bouchard, j’ai moi aussi été complètement subjugué par cette critique injustement réductrice de la belle province.

    On sent nettement que ce n’est plus le personnage qui parle et je trouve cette transgression aussi inutile qu’inacceptable. Le discours du Tueur sur Montréal et le Québec va complètement à l’encontre de ses propos habituels. Jamais auparavant il ne dénigre un peuple de cette façon et jamais auparavant il prend position de cette manière, préférant plutôt le détachement et le mépris. J’en conclue donc, surtout sachant que l’auteur a séjourné à Montréal, de un qu’il a un sens médiocre de l’observation et de deux qu’il doit détester personnellement le Québec pour faire tenir à son personnages ces propos aussi injurieux qu’hors-contextes.

    Je souligne que nos policiers n’ont absolument pas la belle vie, ici, contrairement à ce qu’en pense le Tueur, puisque nos Hells Angels (qui ne roulent tellement pas sur des motos en février!) ne sont pas armés que de petits couteaux suisses, mais plutôt d’armes à feu, malheureusement. Sans vouloir glorifier nos criminels (c’est quand même la dernière chose que je ferais, il faut s’entendre), je pense que d’avoir représenté des Hells Angels si arriérés, si mal équipés et s’enfuyant devant deux hommmes n’était pas très recherché.

    Finalement, j’ai été très dérangé quand le Tueur déclare: «Qu’est-ce qu’ils ont donné au monde? La poutine?» Remarquez que le Tueur n’a jamais accordé la moindre importance à ce qu’un pays aurait «donné au monde», préférant plutôt mépriser ceux qui affirment que ce don est une chose positive. Mais bon, s’il faut qu’on ait donné que la poutine au monde, je pense que c’est déjà largement plus positif que ce qu’ont donné un grand nombre d’autres états ou provinces de divers pays… c’est si bon, la poutine!

    En tout cas, j’espère que votre sens de l’humour, monsieur Matz, n’est pas représentatif de celui des Français en général…

  24. Mute dit :

    Hello à tous,

    Sans vouloir remuer la cuillère dans la plaie, il me semble là qu’il y avait un procès d’intentions des plus ridicules. La langue est vivante, laissons l’auteur donner les mots qu’il veut à ses personnages.
    Les répliques du Tueur ne m’ont pas choqué. M’enfin quoi, vous attendez quoi d’un mec qui butte des gens en se justifiant ?? Sérieusement… Et ça ne vous dérangeait pas avant ses écarts de langage ?

    Votre absence de plaisir à la lecture de cette BD est si évidente que vous en cherchez la moindre bévue. Et tout vous sert de prétexte à tenter de raisonner la parole du scénariste. On s’en tape, honnêtement, non ?
    Alors oui, les expressions sont parfois approximatives, oui la séquence des Bikers est bancale (mais rien que le concept de Bikers est bancal en soi) et puis oui, la poutine c’est un des pires trucs de la terre avec le tablier de sapeur. Breeeeuaaaaah!
    Non mais.
    Donc merci Eric de cette embardée chauvine des plus inutiles, et merci Matz de tenter de justifier un petit excès de mauvais goût sur ce bon Québec. :)
    Mais c’est pas comme si on avait des choses mieux à se dire, et la proposition de rencontre de Matz est des plus généreuses. J’apprécie. (Je viendrai en Scooter en Janvier si je veux, et si j’en sors vivant, je fais goûter ma poêlée de tripes à qui veut).

    A bon entendeur à tous,
    Saperlipopette !

    M-

  25. Félix RA dit :

    1- Les motards rangent les bécanes en HIVER
    2- Les « bad quartiers », y’a personne qui dit ça, au Québec. Faites vos recherches.
    3- Le Français du Québec s’est développé dans son américanité, origine du Français du XVIe, celui de la France.
    4- Depuis quand ce connard de tueur a des opinions ? Voilà pourquoi j’abonde dans le sens de cette critique: comptes perso à régler.
    5- Quand on fait le raciste, faut être impec. Le Québec ne s’est pas offusqué de ce torchon, parce que la critique ne porte pas.
    Merci,
    Un Québécois

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