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Articles récents

18 juin 2013  par Le Délivré

Maurice Nadeau : quand un phare de l’édition française s’éteint…

Robert Antelme, Arrabal, Roland Barthes, Georges Bataille, Samuel Beckett, Tahar Ben Jelloun, Walter Benjamin, Thomas Bernhard, Hector Bianciotti, Jorge Luis Borges, Louis-Ferdinand Céline, Chalamov, René Char, Cioran, J. M. Coetzee, Stig Dagerman, J. P. Donleavy, Lawrence Durrell, Claire Etcherelli, Lawrence Ferlinghetti, Witold Gombrowicz, Louis Guilloux, John Hawkes, Michel Houellebecq, Henry James, Jack Kerouac, Arthur Koestler, Jean-Marie Gustave Le Clézio, Michel Leiris, Malcolm Lowry, Henri Michaux, Henry Miller, Edgar Morin, René de Obaldia, Pier Paolo Pasolini, Octavio Paz, Georges Perec, Angelo Rinaldi, David Rousset, Marquis de Sade, Nelly Sachs, Nathalie Sarraute, Bruno Schulz, Leonardo Sciascia, Claude Simon, Alexandre Soljenitsyne, Richard Wright et Andrea Zanzotto.

Qu’ont en commun ces auteurs, qui semblent, à première vue, représenter l’essentiel de ce qui s’est publié de marquant en littérature au XXe siècle ? Ils ont été découverts ou publiés pour la première fois en français par Maurice Nadeau, l’éditeur de la Quinzaine littéraire, des Lettres nouvelles, des Éditions Lettres Nouvelles-Maurice Nadeau et des Éditions Maurice Nadeau, qui vient de nous quitter à l’âge respectable de 102 ans.

Le quotidien français Le Monde nous propose un portrait fort attachant de cette grande personnalité des lettres internationales.

«Maurice Nadeau, éditeur génial et désargenté, mort à la tâche à 102 ans.

Le Monde.fr | 17.06.2013

Il a gardé jusqu’au bout de sa longue vie son air de loubard au cœur tendre, avec son blouson de cuir noir, sa moustache bien tondue et cette manière de causer qu’il s’amusait à rendre gouailleuse. Ne pas faire bourgeois, c’était comme un dernier reste de ses utopies ouvriéristes. Maurice Nadeau, l’un des éditeurs les plus géniaux de tous les temps, est mort le 16 juin chez lui, à Paris, à l’âge de 102 ans. « C’est quand même curieux de mourir à petit feu », disait-il avec le sourire, alors qu’il employait ses toutes dernières forces à sauver de la faillite La Quinzaine littéraire, qu’il avait fondée en 1966… »

Pour lire la suite de cet article et pour visionner le portrait que Le Monde nous propose, cliquez ici.


17 juin 2013  par Le Délivré

Extrait : Retour d’outre-mer de Julia Pawlowicz

Besoin de suggestions de lecture pour l’été ? Les Éditions Triptyque nous ont gracieusement offert un extrait de Retour d’outre-mer de Julia Pawlowicz, paru ce printemps. Voici le résumé de l’éditeur : 

« Trois grandes vagues — la mort de son père, la disparition de sa mère, la passion amoureuse — secouent la vie de Maria. Désormais seule avec son frère, dans une Amérique qu’elle n’a pas choisi d’habiter, elle cherche à se reconstruire. Le souvenir du puissant soleil maghrébin de son enfance se mêle en elle à celui, grisâtre, des immeubles de Varsovie qu’elle revoit en rêve, tandis qu’elle sillonne les États-Unis à la recherche d’un chemin qui la conduira peut-être vers la lumière. »

Retour d’outre-mer

Julia Pawlowicz

Zbigniew (extrait du 1er chapitre)

Leur père est mort.

Cela fait plusieurs semaines, maintenant. Ce soir, ils sont debout devant le lac, figés un instant dans leur solitude. Ils la sentent, glaciale, tapie au fond de leurs corps. Ils la voient. Des éphémères troublent parfois la surface de l’eau, mais l’image demeure claire. Dans le miroir à leurs pieds, il n’y a que le reflet d’un frère et d’une sœur, sous un ciel encore rougi d’avoir vu se coucher le soleil. Sur ce vaste continent, ils n’ont plus personne. La brume du soir se lève. Peu à peu, elle les enveloppe. Voile, linceul. Muette berceuse.

Ils sont dans le Maine, destination de l’enfance, jadis favorite. Tellement attendue. Une fois l’an, entraînés par Zbigniew, ils sortaient des garde-robes leurs cannes à pêche, oubliaient leur répulsion citadine pour les vers de terre, et partaient très tôt le matin faire plusieurs heures de route, le long des épinettes de la Transcanadienne. Ils traversaient le fleuve bleu et blanc à Québec, fendaient en deux la Beauce verte et jaune jusqu’aux douanes, passaient la frontière, fébriles, les doigts encore graisseux des frites et des hot-dogs avalés, sur l’heure du dîner, dans la voiture. For take out, please, aimait dire Zbigniew, dans sa hâte d’arriver. Le soir, quand le trajet ne semblait vraiment plus vouloir finir, ils atteignaient enfin leur destination, fatigués, parfois endormis malgré les cahots du chemin de pierres et de terre. Au Crystal Lake les attendaient des jours d’heureuse compétition de pêche à la truite jusqu’à l’heure du souper, de randonnées dans la forêt, de coups de soleil sur les épaules soulagés parfois par de soudaines averses; bref, des jours de vacances à la fois ordinaires et merveilleux. Ils cueillaient tous les jours des baies, des champignons – quelques bolets au capuchon chocolat, quelques chanterelles délicieuses dont la teinte clémentine les faisait ressembler, aux pieds des arbres, à des feuilles mortes qui auraient pris de l’avance sur la saison. La sueur perlait sur leurs fronts, sous leurs cheveux clairs et fins, dès qu’ils franchissaient, sur le chemin du retour au chalet, l’orée du bois. Frontière impitoyable entre deux climats, séparant le secret ombragé des murmures des arbres des cris accompagnant les jeux sur la plage, des rires des adultes revenant de la chasse ou de la pêche, une bière à la main, une prise dans l’autre. Ces vacances étaient une pause paradisiaque dans un quotidien urbain monotone, parfois dramatique et morne souvent, surtout l’hiver venu, quand les saisons éclatantes s’étaient muées en journées grisâtres et que l’été semblait ne plus jamais pouvoir revenir, quand les murs de la maison étaient leur seul horizon – le papier peint, même fleuri, leur paraissait alors insipide.

Aujourd’hui, debout devant le lac, les cannes à pêche dans la voiture, les doigts collants comme avant, ils regardent en silence la beauté de ce paysage familier. Et doucement l’image se déchire. À leurs pieds, elle tombe en poussière.

C’est leur dernier séjour ici ensemble.

Cette pensée fait émerger Maria de sa torpeur. Viens, Tomek, on va décharger la voiture. Elle se tourne avec urgence vers la route, vers le chalet, s’accroche pour un temps à ses repères. Il me semble qu’après avoir allumé un feu on sera mieux. La porte grince. À l’intérieur, ça sent le bois, les jeux, les années. C’est frais, nu, solide. Ils font le tour des lieux qu’ils connaissent déjà. Maria remarque une lampe cassée, une nouvelle nappe à carreaux rose et crème. Elle ouvre les rideaux même si le jour a décliné, tend les bras, les écarte le plus qu’elle peut. Déchire une toile d’araignée. Vite, elle invente de l’espace, les plafonds lui semblent trop bas, elle se démène, laisse traîner son sac à main, s’approprie les lieux, laisse des traces. Tomek la suit. Une fois à l’étage, ils lancent leurs affaires chacun sur un lit, le même qu’avant. Ouvrent une valise, puis une autre, s’installent dans le désordre. Ne parlent pas. Reviennent peu à peu d’un autre temps. Ouvrent une bouteille de vin. Le bouchon tombe du comptoir, se glisse dans un interstice du plancher où ils finiront par l’oublier. Déjà, leurs coupes sont pleines.

Tomek défait ses bagages, déplace quelques objets, traque un moustique, tandis que Maria commence à préparer le repas. Les sacs d’épicerie volent par terre, valsent entre les pattes de la table, dessinent des arabesques sur des courants d’air invisibles. Ils ne parlent pas et pour eux, ce soir, le vin est triste. Il y a trop de coins vides dans les pièces du chalet. Pas assez de voix. Deux coffres à pêche, pas trois, près de la porte. Un lit de trop, à l’étage, qui ne servira pas. Ses draps lissés pour personne du plat de la main.

Les gestes de Maria sont lents. Elle laisse couler une larme. Deux larmes. Pour la première fois, elle se rend compte qu’elle est le nouveau chef de la famille. Elle sent ses épaules frêles, ses yeux rouges, sa main incertaine. Elle coupe des légumes et chaque rond de carotte lui semble étranger. Inutile. Son corps est un automate, sa pensée la fuit. Plus tard, dans la nuit, les mauvais rêves l’emporteront, secoueront son corps comme un pantin. Ils écraseront son visage contre les oreillers, imprimeront des réseaux de plis dans sa peau. Au matin, ses yeux seront bouffis, ses paupières épaisses. Elle sentira des fourmis dans ses jambes, les dernières emportant avec elles les miettes de ses cauchemars. Elle se réveillera vide et épuisée.

Elle prépare la salade, vérifie la cuisson des pâtes. Une mèche de cheveux bat la mesure de ses gestes. Si elle ne reniflait pas, entre deux tours de moulin à poivre, Tomek oublierait peut-être qu’elle pleure. Rien à faire contre la peine, lui disait son père, sauf lui laisser le temps de passer. Le temps est un fleuve, disait Héraclite. Oui, papa. Il n’arrête jamais sa course. Je sais.

Maria et Tomek s’installent à table dans un genre d’engourdissement. Ils mangent lentement, boivent leur vin en écoutant les derniers cris des derniers huards qui appellent sur le lac, puis dans le silence de la forêt environnante. Un silence brodé de craquements de branches et de bruissements de feuilles, un silence plein, vivant, organique, strié du coassement des grenouilles. Tomek, comme d’habitude, parle peu, mais ses gestes sont empreints de douceur. Une fois, sa main se pose sur l’épaule de sa sœur. Sa paume est chaude. À plat sur la table, sa main ne tremble pas. Rassurante. Ferme. Présente. Le charme ne se brise pas, même si auprès d’eux ont pris place plusieurs fantômes qui font tomber le couteau, glisser par terre une serviette. Des fantômes issus du passé qui veulent occuper toute la place dans un lieu où se sont réfugiés le frère et la sœur pour, justement, tenter de les exorciser. Leur présence est froideur. Maria frissonne, elle a envie d’allumer un feu. Quand Tomek se lève pour jeter quelques bûches dans le poêle, elle se sent soulagée de se retrouver seule un instant. Les fantômes n’apparaissent que lorsqu’ils sont ensemble tous les deux. Il leur faut cette place, cet interstice entre leurs consciences; l’espace du souvenir et des sentiments oubliés ou non dits, l’espace des odeurs qui rappellent quelque chose ou des coups d’œil qu’on jette à l’autre à la dérobée, comme des questions. L’espace qui fait naître les fantômes, c’est l’espace de leur récit.

Est-ce que tu veux un peu de fromage, prends mon couteau, passe-moi une biscotte: plein de mots sont jetés comme des bouteilles à la mer pour tenter de combler le silence entre le frère et la sœur qui ce soir n’arriveront pas à parler de la mort de leur père – surtout parce qu’il n’y a rien à en dire, et que l’orgueil peut-être, la peur certainement, les empêchent de s’avouer combien ils se sentent abandonnés. Surtout Maria ressent cette peur, surtout elle aurait envie de pouvoir en parler pour la chasser. Elle lui en veut de les avoir laissés seuls sur un continent si vaste, sur un territoire si grand et si difficile à habiter, et qu’ils n’ont pas choisi. Mais les mots s’évadent de sa tête, ne trouvent pas le chemin de sa bouche. Elle ne parle pas à Tomek, pas tout de suite. Pour parler de la mort de Zbigniew, et de sa peine immense, Maria a besoin de remonter au début de leur histoire. Elle a besoin de franchir un siècle. C’est long. Elle lave des assiettes, Tom range un peu. La nuit est profonde. Bientôt, le chalet devient aussi muet que l’espace alentour.

* * *

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Les autres parutions de 2013 des Éditions Triptyque :

Ticket pour l’éternité, Pierre-Yves Pépin, 9782890318298*
Découdre le désastre suivi de Anaphore de l’île, Robert Berrouët-Oriol, 9782890318380*
Le cerveau en feu de M. Descartes, Michaël La Chance, 9782890318328*
Le Café Maure, Mazouz OuldAbderrahmane, 9782890318236*
Chinetoque, Marie-Christine Arbour, 9782890318359*

Les abeilles, François Lepage, 9782890318427*
Alejandra, parfois, Dominic Gagné, 9782890318458*
Stand by, Valérie Bourdon, 9782890318489*
Alphabêtes, Patrick Coppens, 9782890318571*

Mœbius, no 136: Ouvrir le XXIe siècle: 80 poètes québécois et français, collectif, 9782890318410*
Mœbius, no 137 : Le parfum, collectif, 9782890318205*

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15 juin 2013  par nos libraires BD

Bandes dessinées : la crème de mai

Comme chaque mois, notre équipe de libraires spécialisés en bandes dessinées passe en revue l’ensemble de l’effarante production du mois écoulé pour en repérer les nouveautés incontournables. Voici un aperçu de ces récits complets et autres premiers tomes, question d’aiguiser votre appétit livresque…

BANDE DESSINÉE QUÉBÉCOISE ADOLESCENTS

Effet secondaire T.1 : Promis juré, Sophie Bédard et Catherine Girard-Audet, Les Malins, 2013, 48 p., 9782896571710*

Annie et Catherine sont meilleures amies depuis toujours. À leur entrée au secondaire, une grande épreuve les attend : Annie a été acceptée dans le programme enrichi, tandis que Catherine devra poursuivre ses études dans le programme régulier. On retrouve nos deux comparses en secondaire 4 au milieu d’une lutte politique entre les élèves des deux programmes pour savoir comment seront dépensés les fonds de l’association étudiante… Sophie Bédard a déjà fait ses preuves en tant qu’auteure de bande dessinée pour ados grâce à Glorieux Printemps. Ses adorables dessins se marient parfaitement au scénario de Catherine Girard-Audet pour créer un micro-univers de polyvalente crédible et prenant. (IM)

BANDE DESSINÉE ÉTRANGÈRE ADOLESCENTS

Kamakura diary T.1, Akimi Yoshida, Kana, 2013, 187 p., 9782505008804*

Les 3 sœurs Kohda, qui habitent à Kamakura, ont reçu une lettre leur annonçant la mort de leur père qu’elles n’avaient pas vu depuis le divorce de leurs parents il y a 15 ans. C’est ainsi que sur ordre de leur grande sœur Sachi, Yoshino et Chika partent à Yamagata pour assister aux funérailles de leur père. Une fois sur place, elles feront la connaissance de Suzu, leur charmante demi-sœur… qu’elles décident d’adopter… Gagnant du prix de l’excellence à sa sortie en 2007 aux Japan Media Arts Festival Awards, Kamakura diary est une série douce et simple qui explore les thèmes de la famille et du deuil. Pas seulement le deuil qui accompagne les décès, mais également celui qui accompagne les changements. On s’attache facilement aux 4 sœurs, personnages complémentaires et attendrissants, et on attend avidement la suite, pour voir comment cette petite famille va évoluer. (IM)

BANDE DESSINÉE QUÉBÉCOISE ADULTES

L’ostie d’chat : Les bonus, Iris et Zviane, publié à compte d’auteur, 2013, 86 p., 9782924054048**

D’abord diffusé sur internet sous forme de webcomic, L’ostie d’chat fut publié en trois tomes chez Delcourt en 2011 et 2012, dans la prestigieuse collection Shampooing. Les nombreux lecteurs qui suivaient la série et qui pleurent chaque soir depuis qu’elle s’est terminée pourront sécher momentanément leur larmes : Iris et Zviane nous offrent cette fois, réunies dans un pratique petit volume, l’intégralité des bonus de L’ostie d’chat préalablement parus sur le blog, ainsi qu’une courte histoire inédite et délicieuse. Dans ce dernier bonus, embarrassant retour dans le passé, Jasmin et Jean-Sébastien préparent une soirée spéciale pour leurs blondes respectives, dans le but avoué et élégant de perdre leur virginité. Bien évidemment, et pour notre plus grand plaisir, tout finit bel et bien par foirer; c’est qu’à 14 ans, on le sait, tout ne peut que foirer. Et on aime ça. (CLD)

Silent worlds, Carlos Santos (suivi d’un essai d’Éric Bouchard), Trip,2013, 58 p., 9780986471247**

Carlos Santos connaît une ou deux choses que vous et moi ne savons pas faire. Il sait plonger au cœur de son ADN et en faire surgir en continu des images folles qui y étaient profondément enfouies; de végétations foisonnantes, de peuplades primitives, d’insectes grouillants et de créatures abyssales, et les coucher sur le papier sans retenu. Il sait aussi, sans aucun mot, recevoir la mort qui s’invite à chacune de ses pages et la rendre belle en lui proposant constamment de nouvelles mises en scène dans ces mondes silencieux, inquiétants, sensuels, presque obscènes. Il sait enfin, à l’aide d’un simple gaufrier de neuf vignettes par page, inventer une nouvelle sorte de bande dessinée où le lecteur aventureux y composerait son propre récit, vivant une expérience hors du commun, presque divine.(HB)

Tibonom, Billy Mavreas, Trip, 2013, 78 p., 9780987840844**

Une authentique chaleur humaine de même qu’une belle sincérité se dégagent des attendrissantes aventures du petit bonhomme de Billy Mavreas. Il s’avère par conséquent fort difficile de ne pas s’attacher à cette sorte de magicien du quotidien qui concocte, dans son chaudron dont le motif décoratif rappelle le chandail de Charlie Brown, des remèdes maison à ses angoisses existentielles. Le psychédélisme joliment bricolé de l’auteur montréalais, de même que la simplicité de ses récits muets, confèrent une atmosphère unique à ces courtes réflexions philosophiques. « Ceux qui croient que l’éveil de l’âme ne peut se produire que par la pratique de chants et de méditations dans des positions douloureuses risquent de changer d’avis après la lecture de ce livre », écrit Joe Ollmann dans sa préface – qui brosse affectueusement le portrait d’un artiste atypique, dont l’univers fort sympathique se situe à la jonction de l’intime et de l’universel. (AFR)

Vil et misérable, Samuel Cantin, Pow Pow, 2013, 148 p., 9782924049099*

Après avoir lu Vil et misérable, vous ressentirez fort probablement une envie irrépressible de prendre un bain dans de l’eau de javel et de vous nettoyer bien en profondeur avec de la laine d’acier. Frottez, récurez tant que vous le voudrez… mais c’est fort probablement votre âme qui est à jamais souillée par cette lecture délicieusement malsaine, dont les dialogues réglés au quart de tour provoquent simultanément le malaise et l’hilarité. Voici un livre qui porte particulièrement bien son titre et dans lequel l’auteur de Phobies des moments seuls, Samuel Cantin, prend à chaque page un malin plaisir à faire preuve d’un mauvais goût encore plus assumé qu’à la précédente. De quoi y est-il question? Lucien, libraire dans un concessionnaire de voitures d’occasion, est un démon qui n’a accès à ses parties génitales qu’une fois par année, lors du jour de la marmotte. La date fatidique approchant à grands pas, le pauvre diable compte bien mettre un terme à une période d’abstinence qui s’étire depuis plusieurs décennies… mais il faudra d’abord, pour se faire, qu’il trouve une fille capable d’endurer à la fois son caractère irascible, sa mauvaise foi spectaculaire et son humour douteux. (AFR)

BANDES DESSINÉES ÉTRANGÈRES ADULTES

L’entrevue, Manuele Fior, Futuropolis, 2013, 176 p., 9782754805834*

Manuele Fior, lauréat du Fauve d’Or d’Angoulême en 2011 pour Cinq milles kilomètres par seconde, continue son exploration des méandres des relations humaines avec ce conte moral se déroulant en 2048. Raniero, un psychologue dont le couple bat de l’aile et réfractaire aux changements technologiques,  voit ses convictions ébranlées de plus belle lorsqu’il rencontre Dora, une patiente convaincue d’être en lien télépathique avec une civilisation extraterrestre. Ce récit sur l’évolution des mentalités et l’ouverture aux autres est brillamment mené grâce à la justesse de l’évolution psychologique des protagonistes et l’utilisation atmosphérique du noir et blanc qui agit comme catalyseur des sentiments. (RSH)

Impostures, Romain Dutreix, Fluide Glacial, 2013, 56 p., 9782352070993*

Les Dalton qui assouvissent leur soif de vengeance : Blake et Mortimer tentant de vendre leur univers à Spirou et Fantasio : une version bergmanienne des schtroumpfs. Avec ce recueil de saynètes grinçantes, Romain Dutreix se paie la tête de quelques héros emblématiques de la BD franco-belge et écorche la dérive consumériste des éditeurs qui sont toujours prompts à revamper leurs héros. (RSH)

Mélo Pop, Lucie Durbiano, Gallimard, coll. « Bayou », 2013, 108 p., 9782070647163*

La légèreté possède toujours un petit arrière-goût amer chez Lucie Durbiano. L’auteure de Trésor et d’Orage et désespoir évite la tragédie en feignant la frivolité, orchestrant avec une adresse réjouissante ses marivaudages houleux. Sa plume fine et alerte, son dessin gracieusement aéré confèrent à son œuvre un charme vif même si, au fond, ses histoires sont toujours un peu tristes. C’est encore le cas avec cet amusant Mélo Pop qui retrace les chassés-croisés amoureux d’un groupe rock et de son entourage lors d’une croisière dans les Caraïbes. Ce cocktail rafraichissant, qui rappelle un peu la série télé Flight of the Conchords ainsi que la mesquinerie candide d’Anouk Ricard, s’avère un parfait divertissement estival. (AFR)

Peau de lapin, Gauthier, Misma, 2013, 106 p., 9782916254289*

Avec son petit format carré, sa couverture orangée et la douceur de son trait, Peau de lapin ne laisse pas deviner la gravité de son propos au premier coup d’œil. Dès les premières planches, on y fait connaissance avec un drôle d’enfant à capuche de lapin, un enfant on ne peut plus normal, qui joue au pirate, qui grimpe aux arbres et qui lit dans l’herbe. Une chose le différencie toutefois des autres enfants de son âge : la peur. Peau de lapin, bouleversant récit autobiographique, aborde le sujet difficile de la maltraitance. D’une grande finesse, l’écriture de Gauthier réussit non seulement à rendre la solitude et la colère avec nuance, mais parvient également à le faire en gardant intactes les sensations de l’enfance dans tout ce qu’elles ont de troublant et de vif. (CLD)

Saga T.1, Fiona Staples et Brian K. Vaughan, Urban Comics, coll. « Urban Indies », 2013, 167 p., 9782365772013*

Saga est l’histoire de Hazel et de ses parents, de dangereux fugitifs intergalactiques. À peine est-elle née, on cherche à la tuer, elle s’envole dans un vaisseau spatial végétal, à un fantôme pour nounou… Puisqu’elle est la narratrice, le lecteur est certain qu’Hazel va survivre à ses aventures de jeunesse… mais sous quelle forme? Sorte de mélange de fantastique, de Space Opéra et de Roméo et Juliette, Saga est la nouvelle série du scénariste à succès Brian K. Vaughan (Y, le dernier homme). Le lecteur est rapidement aspiré par cet univers à la Jodorowsky où la magie côtoie les lasers. Les personnages sont sympathiques, les dessins sont simples et efficaces et l’aventure est rythmée. Idéal pour les fans de Sky Doll ou de l’Incal. (IM)

Cesare T.1, Fuyumi Soryo, Ki-oon, 2013, 224 p., 9782355925078*

À l’époque de la Renaissance, Angelo da Canossa, naïf fils de sculpteur, intègre l’université de Pise. Lorsque le charismatique Cesare Borgia décide de prendre ce nouvel étudiant sous son aile, Angelo se retrouve coincé dans les diverses machinations politiques des deux factions rivales du campus… Cesare est un manga historique visuellement impeccable, bénéficiant d’une rigoureuse recherche et d’un style graphique travaillé et expressif. L’auteure explore avec fascination le passé sulfureux des Borgia, de leurs alliés et de leurs ennemis, tout en incluant des références à l’art et la littérature de l’époque. Malgré une petite lourdeur dans les dialogues (presque inévitable dû au sujet), on s’attache rapidement aux personnages et on attend avidement la suite de leurs complots. (IM)

Poissons en eaux troubles, Susumu Katsumata, Le Lézard noir, 2013, 224 p., 9782353480487*

Artiste de la deuxième génération de gekiga dont les maîtres incontestés demeurent Tatsumi, Mizuki ou Tsuge, Susumu Katsumata fut avec eux un des collaborateurs réguliers de Garo, la revue japonaise mythique des années 70. Ses mangas, très peu traduits on ne lui connaissait que le très remarqué Neige rouge paru chez Cornélius enchainent de courtes nouvelles sensibles, souvent tristes et empreintes de mélancolie. Sises au fond des campagnes de la pré-modernité, peuplées de créatures folkloriques ou d’ indigents combattant pour leur survie, ces histoires dramatiques furent pour son auteur un exutoire poétique aux émotions trop vives de son passé douloureux, et, pour nous, un moment de bonheur privilégié. (HB)

ESSAIS, INTÉGRALES ET RÉÉDITIONS

Total Jazz, Blutch, Cornélius, coll. « Solange », 2013, 96 p., 9782360810406*

Le moins que l’on puisse dire, c’est que le jazz et le dessin virtuose de Blutch sont faits l’un pour l’autre. Car Blutch dessine comme Coltrane joue : il improvise, se déchaîne et s’abandonne, perd le contrôle pour mieux retrouver l’équilibre, suivant librement l’élan d’une inspiration furieuse dont les pages portent la marque encore incandescente. Somptueusement réédité par Cornélius, augmenté pour l’occasion d’une douzaine de planches de bande dessinée ainsi que d’une trentaine de pages de croquis, ce recueil passionnément érudit enchaîne à un rythme endiablé les histoires cocasses et les hommages révérends aux grands noms autant qu’aux illustres inconnus du genre. Total Jazz saura répondre aux attentes des mélomanes les plus exigeants – notamment ceux qui se sont toujours demandé ce que faisait Sun Ra quand il sortait de son costume de Saturnien. (AFR)

Le journal de la jungle, Mathieu Sapin, L’Association, coll. « Ciboulette», 2013, 180 p., 9782844144713*

Mathieu Sapin, auteur de bande dessinée déchu n’ayant jamais hésité à mentir et à tuer pour faire avancer sa pitoyable carrière, habite reclus dans une cambuse minable jusqu’au jour où un scout véreux lui vole sa précieuse pipe à opium. À grand coup de mises en abyme vertigineuses et de digressions aussi débiles qu’inattendues, cette grandiose fresque prouve que personne n’orchestre un gros paquet de n’importe quoi mieux que l’auteur de Saga Poche et de Salade de fluits. (AFR)

La Galerie des Illustres, collectif, Dupuis, 2013, 391 p., 9782800157115*

200 auteurs de bande dessinée rendent hommage à l’univers de Spirou. Les auteurs ont tous droit à 2 pages. Sur la première, il y a une bibliographie et une courte entrevue. Sur la seconde, le lecteur découvre avec plaisir une planche ou une illustration créée par l’auteur autour du thème du journal Spirou et de ses nombreux héros. Les planches sont inspirantes et amusantes, formant au final un tout passionnant, aux couleurs et aux traits variés. Quelques auteurs québécois sont présents dans ce palmarès, notamment Rabagliati et Delisle. (IM)

 * * *

Sélection et rédaction de Catherine Lamontagne-Drolet, Hélène Brosseau, Isabelle Melançon, Alexandre Fontaine Rousseau et Réjean St-Hilaire.

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**Ces titres sont disponibles en librairie seulement.


13 juin 2013  par Le Délivré

Identité littéraire : Éric Dupont

Les livres nous inspirent, nous marquent et nous ouvrent des horizons insoupçonnés. Ils nous accompagnent, aiguisent notre pensée et résonnent en nous bien après qu’on en a terminé la lecture. Chaque lecteur a son propre parcours littéraire. Certaines lectures sont plus significatives que d’autres. Elles ont ponctué une étape de notre vie, nous ont révolté ou complètement transporté. Chaque invité se dévoile le temps de trois livres.

Bienvenue à Identité littéraire !

Pour visionner la webémission Identité littéraire, cliquez ici.

Notre invité : Éric Dupont

Éric Dupont est professeur de traduction à l’Université McGill. Également écrivain, il a publié plusieurs romans aux Éditions Marchand de feuilles. Son tout dernier, La fiançée américaine, publié au Éditions Marchand de feuilles, a connu un vif succès tant critique que populaire. Il est le récipiendaire du Prix des libraires 2013 - Roman québécois, ainsi que du Prix des collégiens du Québec 2013. L’écriture d’Éric Dupont est caractérisée par un humour grinçant et des interventions surnaturelles qui se rapprochent du réalisme magique des écrivains sud-américains.

« Inconnu il y a quatre ans , Éric Dupont fait aujourd’hui partie de nos écrivains les plus originaux, les plus audacieux. » Marie-Claude Fortin – La Presse

« Deux livres ont suffi à Éric Dupont pour inscrire son travail parmi les jeunes œuvres les plus éloquentes de notre littérature. » Tristan Malavoy-Racine – Voir

« Burlesque et vibrant de nostalgie, Bestiaire est issu de l’imaginaire d’un enfant qui regarde l’histoire du Québec à travers la lorgnette de ses fabulations. » Elsa Pépin -Ici

« On se régale en relisant l’histoire, en épiant le quotidien d’une génération née au moment où le Québec changeait de visage. » Manon Guilbert – Journal de Montréal

« Une plume résolument originale, à la fois drôle et grinçante, inventive, débridée et vivace. » Caroline Montpetit – Le Devoir

Les œuvres d’Éric Dupont :

La fiancée américaine, Éditions Marchand de feuilles, 2012, 9782923896151.
Bestiaire, Éditions Marchand de feuilles, 2008 – 2013, 9782923896267.
La logeuse : roman tragique, Éditions Marchand de feuilles, 2006, 9782922944266.
Voleurs de sucre, Éditions Marchand de feuilles, 2004, 9782922944143.

 

Les choix d’Éric Dupont :

Jeanette Winterson, Les oranges ne sont pas les seuls fruits, Éditions de l’Olivier, 9782879299778.
Gabrielle Roy, Ma vache Bossie, Leméac Éditeur, ÉPUISÉ.
Jean Cocteau, Les enfants terribles, Livre de poche, 9782253010258.

Jeanette Winterson, Les oranges ne sont pas les seuls fruits, de l’Olivier, 9782879299778

Gabrielle Roy, Ma vache Bossie, Leméac, ÉPUISÉ

Jean Cocteau, Les enfants terribles, Livre de poche, 9782253010258

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Animatrice : Anne-Pascale Lizotte

Libraire et passionnée de littérature, Anne-Pascale est directrice générale et artistique de l’organisme Diffusion aire libre. Elle est également responsable de la programmation culturelle de la Librairie Monet.

La webémission Identité littéraire est produite par nos partenaires d’airelibre.tv.


12 juin 2013  par Le Délivré

Littératures : retour sur les parutions de mai

Comme à chaque début de mois, nos libraires arpentent le Salon des nouveautés pour repérer les titres s’étant démarqués au sein de l’effarante production du mois écoulé. En voici quelques-uns dignes de mention, question d’aiguiser votre appétit livresque…

LITTÉRATURE ÉTRANGÈRE

À moi seul bien des personnages (+), John Irving, 2013, Seuil, 470 p., 9782021084399*

« Les aventures tragi-comiques, sur plus d’un demi-siècle d’histoire américaine, de Billy, un bisexuel qui vit des histoires d’amour passionnées mais qui n’arrive pas à assouvir totalement son désir. »

Jours blancs, Jeroen Brouwers, 2013, Gallimard, 194 p., 9782070123506*

« Un homme vit isolé dans sa maison blanche. Il compte les arbres pour évaluer l’étendue de la forêt. Un jour, sa femme Mirjam lui confie son envie d’avoir un enfant. Paniqué, il refuse puis, mis devant le fait accompli, il assiste à la naissance de Nathan. Le couple se délite peu à peu jusqu’au départ définitif du jeune père. Sa route va cependant recroiser celle de son fils. »

Immortelle randonnée (+), Jean-Christophe Rufin, 2013, Guérin, 263 p., 9782352210610*

« L’écrivain se met en scène dans le costume du pèlerin qu’il est devenu. Il se défait de tous les attributs de sa position sociale et raconte, à travers des anecdotes et de ses rencontres, son parcours sur ce Chemin qui fascine et qui fête son 1 200e anniversaire. Prix Nomad’s 2013. »

Orgasme à Moscou (+), Edgar Hilsenrath, 2013, Attila, 319 p., 9782917084526*

« Guerre froide, 1970. La fille du patron de la mafia new yorkaise connaît son premier orgasme lors d’un voyage de presse à Moscou. Le responsable? Un fils de rabbin dissident et fauché doté d’une étonnante propension à susciter des orgasmes. La mafia met tout en œuvre pour le faire venir aux États-Unis, mais le passeur qu’elle a recruté est un dangereux dépeceur sexuel. Les obstacles, et pas seulement diplomatiques, s’accumulent… »

Le conseiller, vol. 1 : Dans l’ombre des Tudors, Hilary Mantel, 2013, Sonatine, 809 p., 9782355841705*

« Salué dans le monde entier par une critique unanime, élu meilleur livre de l’année par New York Times et le Washington Post, Dans l’ombre des Tudors est le premier tome d’une trilogie, Le Conseiller, consacrée à Thomas Cromwell et Henri VIII. Prenant pour sujet l’une de ces périodes clés de notre civilisation où l’histoire, la politique, les passions et les destinées individuelles se confondent, Hilary Mantel nous entraîne dans un fabuleux voyage au cœur d’une société en plein bouleversement et nous livre un portrait sans précédent de la maison Tudor. »

 

EN POCHE

Limonov, Emmanuel Carrère, 2013, Folio/Gallimard, 488 p., 9782070450893*

« À travers le personnage de Limonov et ses pérégrinations de l’Ukraine à New York en passant par la France, les Balkans et la Russie, ce roman dépeint une fresque du monde contemporain depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. »

Un océan de pavots, Amitav Ghosh, 2013, 10/18, 665 p., 9782264053459*

« Calcutta, 1838. L’Ibis embarque une poignée de coolies pour l’île Maurice : paysans indiens ruinés, veuve réchappée du bûcher, Française fuyant un mariage sordide, raja déchu, paria chinois. À huis clos, livrée à l’Inconnu et à la haine d’un mulâtre qui joue au petit Blanc, cette Babel de la misère s’unira pourtant, jouant son infatigable espérance contre le destin. Le premier acte d’une trilogie d’une puissance sidérante. »

L’œil du léopard, Henning Mankell, 2013, Points/Seuil, 353 p., 9782757833704*

« Se sentant responsable de la mort de la femme qu’il aime, Hans décide de réaliser son rêve : partir à Mutshatsha, en Zambie, sur les traces d’un missionnaire suédois. À la fois fasciné et effrayé par l’Afrique, la misère, la violence et le chaos, Hans accepte d’aider Judith à diriger sa ferme et tente d’y mettre en œuvre ses idéaux de justice. Il ne comprend pas encore ce qu’il est venu chercher ici… »

Les vaches de Staline, Sofi Oksanen, 2013, LGF, 542 p., 9782253167365*

« Deux femmes, une mère et sa fille, dans la Finlande de la fin du XXe siècle. Katariina a tout tenté pour faire oublier ses origines estoniennes et taire les traumatismes de l’ère soviétique. Anna souffre de troubles alimentaires profonds et ne pense qu’à contrôler l’image de son corps. À travers leur douleur et leurs obsessions, c’est le destin tragique de l’Estonie, le pays de sa mère, que Sofi Oksanen évoque. »

 

LITTÉRATURE QUÉBÉCOISE ET CANADIENNE

Trop de bonheur (+), Alice Munro, 2013, de l’Olivier, 315 p., 9782879297293*

« Recueil de dix nouvelles dont les personnages courent après le bonheur en tentant de surmonter le deuil, l’humiliation ou une crise conjugale. Un des récits met en scène Sofia Kovaleskaïa, une mathématicienne russe du XIXe siècle, qui fut une des premières femmes à enseigner dans une université européenne. »

Made in Canada (+), Matthew Firth, 2013, 13e note, 248 p., 9782363740229*

« L’auteur décrit à travers ses récits et ses personnages les névroses urbaines, le désarroi de la classe ouvrière, l’obsession sexuelle et la fascination pour l’échec. »

Tout ce que je sais en cinq minutes, Corey Frost, 2013, Le Quartanier, coll. « Série QR », 124 p., 9782923400808*

« À cheval entre la nouvelle et le spoken word, les textes de ce livre ont malgré leur éclectisme un principe commun : la fluctuation. Le monde chez Frost défile sans arrêt, par la fenêtre d’un bus ou le hublot d’un avion, à la faveur d’histoires ambivalentes et d’expériences décentrées. Mais des contradictions surgissent quand les paysages idylliques sont fabriqués sur des chaînes de montage. *Le Manifeste du parti communiste* se change ainsi en héros hollywoodien, avant de s’égrener en slogans publicitaires. Gadgets, cartes postales, stylos, boîtes noires, guide du japonais sans peine – le voyageur s’équipe pour suivre la trame flottante des événements, du premier vol jusqu’à la disparition de la lettre Q, qui entraîne avec elle la ligne de métro éponyme à New York. Ce livre démantèle puis réassemble des réalités dissonantes dans des récits ou antirécits aux horizons multiples, qui concilient déficit d’attention et désir de conter sans fin l’entièreté du monde, en cinq minutes. »

Mister Funk Corey Redekop, 2013, XYZ, 408 p., 9782892617580*

« Sheldon Funk est couché sur une table d’autopsie. On vient de scier sa cage thoracique, mais voilà qu’il se lève, ramasse son cœur tombé par terre et rentre chez lui. Il est devenu un zombie ! Il lui faut donc réapprendre à vivre. Mais comment parler quand on ne respire plus ? Où trouver de la chair humaine quand on en ressent une irrépressible envie ? Et que faire des exploiteurs, qui veulent obtenir gloire, richesse et immortalité à nos dépens ? Mister Funk n’est pas qu’une histoire de zombie; c’est une satire sociale grinçante. »

Au cœur du sujet: Imaginaire du gène, Jean-François Chassay, 2013, Le Quartanier, coll. « Erre essais », 384 p., 9782896980901*

« Depuis la découverte de la structure de la molécule d’ADN par James Watson et Francis Crick au début des années 1950 (la célèbre « double hélice »), les avancées de la biologie moléculaire n’ont pas seulement transformé notre rapport au vivant: elles ont aussi joué un rôle central dans l’imaginaire, à travers les textes et les images qui le façonnent. Cet essai explore la « fiction génétique » contemporaine et en propose l’archéologie à l’aide de quelques textes plus anciens, marqués par les théories de la dégénérescence (…). Charles Darwin, Gregor Mendel, James Watson croisent ici Villiers de L’Isle-Adam, Tracy Chevalier, Kurt Vonnegut, Siri Hustvedt, Yoko Ogawa, Kenzaburô Ôé, Kazuo Ishiguro, A. S. Byatt et bien d’autres écrivains. Grâce à eux, on voit qu’entre la science et l’imaginaire littéraire, les frontières sont moins étanches qu’on ne le croit parfois. »

 

EN POCHE

Les frères, Patrick deWitt, 2013, Alto, coll. « Coda », 448 p., 9782896941650*

« Hermann Kermit Warm doit mourir. Le Commodore qui en a décidé ainsi a envoyé aux trousses du chercheur d’or les frères Eli et Charlie Sisters, tueurs à gages aux tempéraments radicalement opposés mais d’égale (et sinistre) réputation. Hermann Kermit Warm est un homme mort. À moins que les apparences s’avèrent trompeuses, que les truands ne soient pas ceux que l’on croit, qu’une crise de vocation ou une rage de dents frappent ? Ponctuée de rencontres inoubliables, d’idylles impossibles, de petites et de grandes cruautés, cette histoire improbable arrosée de mauvais whisky est à la fois un hommage au western et une spectaculaire réinvention du genre. Un pur moment de joie littéraire, un périple à dos de canasson qui vous laissera des bleus aux fesses. »

Le jour des corneilles, Jean-François Beauchemin, 2013, Québec Amérique, coll. « QA Compact », 199 p., 9782764422526*

« Une cabane au fond des bois abrite deux êtres hallucinés : le père Courge et son fils. Névrosés, ces asociaux vivotent en autarcie jusqu’au jour du meurtre du père. Amené à comparaître en jugement, le fils dévoile le destin tragique de son père et fait la lumière sur sa propre carence affective. »

Les mystères de Montréal par M. Ladébauche (+), Hector Berthelot, 2013, Nota Bene, 293 p., 9782895184171*

« Les mystères de Montréal nous font découvrir un autre Montréal, dont la joyeuse vulgarité et l’incroyable vitalité contredisent les idées reçues à propos de la société québécoise du XIXe siècle. Certes, les amoureux y sont chastes : ils échangent tout au plus leurs gommes d’épinette. Mais les personnages qui peuplent les rues du Montréal populaire d’Hector Berthelot sont sans foi ni loi, emportés dans un tourbillon d’actions qui pervertissent les règles pourtant accommodantes du roman feuilleton. On y trouve, dessinée en creux, une autre façon de lire Montréal et, soulignée à gros traits, une langue jouissive qui refuse d’être châtiée. Et on rira, bien sûr. »

Les aventures de Benjamin Tardif T.1: Nulle part au Texas (+), François Barcelo, 2013, Fides, coll. « Biblio-Fides », 160 p., 9782762136531*

« Benjamin Tardif, Québécois et traducteur, fait le tour des États-Unis dans une fourgonnette de camping Westfalia. »

 

POÉSIE ET THÉÂTRE

Les abats du jour, Patrice Desbiens, 2013, L’Oie de Cravan, 76 p., 9782922399813*

« Patrice Desbiens est toujours là, contre vents et marées. La poésie de ce recueil marche sur le fil tendu entre l’esprit libre du poète et les difficultés du corps vieillissant. »

Promenades dans nos dépôts lapidaires, Marcel Labine, 2013, Les Herbes Rouges, 120 p., 9782894193518*

« Avec Promenades dans nos dépôts lapidaires, l’auteur entraîne le lecteur dans un parcours rocailleux désirant ainsi témoigner de la précarité, de la dégradation inéluctable et de la finitude appréhendée de la poésie, sa présence au monde se faisant de plus en plus friable. Sommes-nous près de l’échapper, de l’abandonner à elle-même dans la poussière des chemins que nous empruntons avec l’énergie du désespoir ? »

Sans toi, je n’aurais pas regardé si haut, Denise Desautels, 2013, Noroît, 88 p., 9782890188402*

« Lettre à mon fils aurait pu être un autre sous-titre. Le parc Lafontaine, en un seul mot comme autrefois. C’est ce que j’avais spontanément répondu à Paul, ami poète et éditeur, qui m’invitait il y a déjà dix ans à participer à la collection « Lieu dit » qu’il venait de créer aux Éditions du Noroît. Pourquoi ? Parce que j’y ai passé presque toute ma vie, de la petite enfance à aujourd’hui, et qu’il occupe depuis près de 40 ans beaucoup de place et de pages dans mon travail de création et qu’il est donc déjà lié à l’acte d’écrire. »

Sous la banquise, Serge Patrice Thibodeau, 2013, Noroît, 64 p., 9782890188198*

« Sous la banquise se décline en trois mouvements différents. Ces trois suites poétiques donnent à lire une certaine relation intime avec l’écosystème du littoral de l’océan Atlantique. Ce livre est en quelque sorte la suite de Seul on est (2006), ce dernier recueil étant habité par l’écosystème de la rivière Petitcodiac, en Acadie. Alors que le paysage, le temps et l’environnement changent au fil des épreuves, des saisons et des intempéries inouïes, le travail du poète est d’en témoigner. »

Je parle arme blanche, Jonathan charrette, 2013, Noroît, 86 p., 9782890188051*

« Voici un premier livre aiguisé sur les pierres comme celles que les anciens forçats fracassaient avec leurs membres. La liberté de parole du poète est absolue et elle s’oppose à la décadence du monde. Le livre se construit dans cette révolte métaphysique : mots comme pierres lancées à la face du monde. Ici, la parole veut libérer, dénouer les sangles qui enferment les êtres de leur condition de prisonniers. À cela, il faut ajouter le plain-chant d’une voix qui exacerbe les sens et se constitue en musique. Musique mordante pour des temps d’effondrement. »

 

LITTÉRATURE POLICIÈRE

Du polar, entretiens avec Philippe Blanchet, François Guérif, 2013, Payot, 9782228908825*

« Dans ces entretiens, F. Guérif évoque sa carrière, revient sur la genèse du polar : les premiers grands classiques du genre, ses grandes étapes…, donne ses coups de cœur, et parle de ses amitiés ou encore de ses souvenirs et de ses livres de chevet. »

Diable rouge, Joe R. Lansdale, 2013, Denoël, coll. « Sueurs froides », 317 p., 9782207114957*

« Hap et Leonard sont chargés par leur ami Marvin d’enquêter sur l’affaire classée d’un double homicide. Les détectives découvrent que les victimes étaient sur le point d’obtenir un héritage. En observant la scène de crime, ils trouvent une tête de diable rouge dessinée sur un arbre, qui se révèle être liée à d’autres meurtres. »

Argent sale, Richard Stark, 2013, Rivages, coll. « Rivages-Thriller », 267 p., 9782743624903*

« Parker cherche à récupérer le butin d’un braquage qu’il a commis dans le Massachusetts avec deux complices qu’il considère désormais comme des ennemis. Par ailleurs, il se trouve obligé de conclure un pacte avec Sandra Loscalzo, une chasseuse de primes en manque d’argent. Tous sont poursuivis par l’inspectrice Gwen Reversa, chargée d’enquêter sur le braquage. »

Agent 6, Tom Rob Smith, 2013, Belfond, coll. « Belfond noir », 517 p., 9782714451828*

« Entre New York, Moscou et Kaboul, Leo Demidov, ex-agent du KGB, va risquer sa vie pour élucider la mort de sa femme et protéger ses filles. »

 

EN POCHE

À la trace, Deon Meyer, 2013, Points, coll. « Policier », 744 p., 9782757833834*

« Milla Strachan, lasse de vingt ans de maltraitance, quitte son mari et rejoint la Presidential Intelligence Agency, branche des services secrets. La PIA surveille un groupuscule islamiste qui semble attendre une importante livraison par bateau. »

Film noir à Odessa, William Ryan, 2013, coll. « Grands détectives », 10-18, 381 p., 9782264055910*

« 1937. L’inspecteur Korolev enquête sur le suicide suspect de Maria, jeune citoyenne modèle travaillant dans le cinéma. Il se rend en Ukraine où il retrouve ses amis : l’écrivain Babel, le roi des voleurs Kolya. Là, il découvre les lieux du tournage du film, paysages ravagés par la guerre. »

Fièvre, Val McDermid, 2013, J’ai lu, coll. « Thriller », 507 p., 9782290057599*

« Un meurtrier dialogue sur Internet avec des adolescentes, en faisant semblant de partager leurs centres d’intérêts et leurs croyances pour les mener à une mort certaine. Tony Hill mène l’enquête pour retrouver ce tueur motivé par ses désirs les plus pervers. »

Avant d’aller dormir, S.J. Watson, Pocket, coll. « Thriller », 469 p., 9782266216722*

« Victime d’un accident de voiture, Christine est amnésique. Tous les matins, elle se réveille en croyant être une jeune étudiante célibataire alors qu’elle a 47 ans et est mariée depuis vingt ans. Son neuropsychologue lui conseille de tenir un journal intime. Mais elle est loin de se douter dans quel engrenage elle va basculer. Prix SNCF du polar-roman 2012. »

Descente de Pégase, James Lee Burke, 2013, Rivages, coll. « Rivages – Noirs », 9782743625269*

« Dave Robicheaux se retrouve débordé par une succession de meurtres qui ne sont pas étrangers à l’installation d’un mafieux à proximité de la ville. Mais Dave est également confronté à l’arrivée de l’énigmatique Trish Klein, la fille de son ami assassiné sous ses yeux vingt ans plus tôt, et dont les mœurs l’inquiètent. »

 

SCIENCE-FICTION ET FANTASTIQUE

23 000, VladimirSorokine, 2013, de l’Olivier, 280 p., 9782823600513*

« La confrérie de la Lumière a étendu son pouvoir occulte dans le monde entier. Proche du but, elle capture un jeune garçon qui doit faire partie des 23.000 initiés qui formeront le cercle de la Lumière primordiale. »

Confessions d’un automate mangeur d’opium (+), Fabrice Colin et Mathieu Gaborit, 2013, Bragelonne, coll. « Steampunk », 350 p., 9782352946632*

« Paris, 1889. L’Exposition universelle bat son plein. En apparence, elle célèbre l’éclat de la modernité. Derrière le triomphalisme utopique qui marque l’époque, les aventures rocambolesques de deux personnages révèlent des arcanes fantastiques. Car dans l’ombre, une guerre secrète oppose les magiciens, héritiers de la féerie du Moyen Âge, et des scientifiques dévorés d’ambition. »

La première inquisitrice : la légende de Magda Searus, Terry Goodkind, 2013, Bragelonne, coll. « Fantasy », 573 p., 9782352946281*

« Les ténèbres règnent sur un monde où la trahison impose sa loi. Magda Searus, une femme bannie, ayant perdu son compagnon et n’ayant plus de raison de vivre, affronte seule d’obscures forces. »

I, robot : protéger : la véritable histoire de Susan Calvin T.1, Mickey Zucker Reichert, 2013, Robert Laffont, coll. « Ailleurs et demain », 453 p., 9782221133828*

« La jeunesse de Susan Calvin, l’héroïne de l’œuvre d’Isaac Asimov Les robots. Tout juste diplômée en psychiatrie, Susan trouve un travail au service des enfants hospitalisés pour des affections lourdes, découvre l’amour auprès d’un neurochirurgien et se lie d’amitié avec Nathan, un robot N8-C prisonnier de l’hôpital. »

Les ballons dirigeables rêvent-ils de poupées gonflables ?, Karim Berrouka, 2013, ActuSF, coll. « Les trois souhaits », 234 p., 9782917689462*

« Recueil d’histoires débridées ou suscitant l’angoisse, écrites par l’ancien chanteur du groupe Ludwig Von 88. S’y trouvent des nains furieux dont l’or a été volé, une réincarnation de Claude François ou encore des jeunes filles vêtues de blanc qui hantent les routes, la nuit. Ces neuf nouvelles sont suivies d’une interview de l’auteur. »

 

EN POCHE

Hellraiser, Clive Barker, 2013, Gallimard, coll. « Folio SF », 154 p., 9782070450206*

« Lorsque Rory emménage dans la maison de son enfance avec son épouse Julia, il a toutes les raisons de penser que c’est le début d’une nouvelle vie. Il ne s’inquiète pas de l’absence de son frère Frank qu’il n’a pas revu depuis son mariage. Pourtant, ce dernier a peut-être franchi les limites d’un monde d’où il est impossible de revenir. »

Entretien avec un vampire, Anne Rice, 2013, Pocket, 448 p., 9782266134859*

« De nos jours, à La Nouvelle-Orléans, un jeune homme a été convoqué dans l’obscurité d’une chambre d’hôtel pour écouter la plus étrange histoire qui soit. Son mystérieux interlocuteur raconte sa vie de vampire. »

CLEER: Une fantaisie corporate, L.L Kloetzer, 2013, Gallimard, coll. « Folio SF », 405 p., 9782070450541*

« Le témoignage d’un univers professionnel aux limites de l’incandescence, inspiré de D. Lynch autant que de l’Ancien Testament. Cleer est une corporation, à laquelle participent Vinh et Charlotte. Ils sont des consultants spéciaux et résolvent les problèmes mettant en jeu le bien le plus précieux du groupe, son image. Ils sont la Cohésion interne, l’élite, l’inquisition d’un monde parfait. »

À travers temps (+), Robert Charles Wilson, 2013, Gallimard, coll. « Folio SF », 429 p., 9782070449736*

« En 1989, quitté par Barbara, écologiste acharnée et activiste politique, et récemment licencié, Tom Winter revient dans sa ville natale de Belltower où il acquiert une banale maison en cèdre située à l’écart de la ville. Un soir, sa télévision s’allume toute seule et affiche un message appelant à l’aide. »

Frontière barbare (+), Serge Brussolo, 2013, Gallimard, coll. « Folio SF », 429 p., 9782070447763*

« David Sarella, un exovétérinaire travaillant avec sa femme pour l’Organisation des Planètes unies, doit pacifier et réhabiliter les exomorphes belliqueux une fois les conflits terminés. Leur nouvelle mission les entraîne sur la planète Mémoriana où la situation est encore explosive… »

* * *

Sélection et rédaction : litt. étrangère – Benoit Desmarais ; litt. québécoise, poésie/théâtre et science-fiction – Maxime Nadeau ; policier – Morgane Marvier.

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12 juin 2013  par Le Délivré

Essais et documents : retour sur les parutions de mai

Comme à chaque début de mois, nos libraires arpentent le Salon des nouveautés pour repérer les titres s’étant démarqués au sein de l’effarante production du mois écoulé. En voici quelques-uns dignes de mention, question d’aiguiser votre appétit livresque…

BIOGRAPHIES

Born to run : né pour courir (+), Christopher McDougall, 2013, 410 p., 9782352210627*

« Reporter et coureur, l’auteur s’est lancé à la recherche des Tarahumaras, des Indiens du Mexique coureurs de fond, afin de percer le secret de ces athlètes infatigables. Après avoir traversé quelque 50.000 km à travers les étendues sauvages, il découvre cette tribu recluse dont les membres courent des jours entiers, enfilant des kilomètres, et vivent en paix, sans stress ni violence.»

Zelda et Scott Fitzgerald : les années vingt jusqu’à la folie (+), Kendall Taylor, 2013, 530 p., 9782746733657*

« La vie tumultueuse d’un couple mythique des nuits mondaines new-yorkaises dans les années 1920. Scott Fitzgerald auteurs de romans et de nouvelles, aimant la fête et l’alcool, et Zelda célèbre pour sa beauté et son tempérament aventureux qui sombrera dans la dépression, délaissée par Scott parti en France. »

Jean Moulin : artiste, préfet, résistant, 1899-1943 (+), Christine Levisse-Touzé, 2013, 191 p., 9791021000926*

« Jean Moulin, figure de la Résistance française, travailla à l’unification des différents mouvements d’opposition durant la Seconde Guerre mondiale. Cette biographie revient sur l’itinéraire de ce héros, depuis sa jeunesse, son arrestation par Klaus Barbie à Caluire en 1943 et sa mort. André Malraux lui rendit hommage le 19 décembre 1964, lors du transfert de ses cendres au Panthéon. »

SCIENCES HUMAINES

L’esthétisation du monde, Gilles Lipovetsky & Jean Serroy, 2013, Gallimard, 493 p., 9782070140794*

« On connaît la rengaine, tant elle semble réaliste : richesse du monde, appauvrissement des existences ; triomphe du capital, liquidation des savoir-vivre ; surpuissance de la finance, « prolétarisation » et unification des modes de vie, par l’industrialisation de la camelote kitsch et des produits jetables, interchangeables, insignifiants le capitalisme est une machine de déchéance esthétique et d’enlaidissement du monde. Est-ce si sûr ? Le style, la beauté, la mobilisation des goûts et des sensibilités s’imposent chaque jour davantage comme des impératifs stratégiques des marques : le capitalisme d’hyperconsommation est un mode de production esthétique. Dans les industries de consommation, le design, la mode, la publicité, la décoration, le cinéma, le show-business, des produits chargés de séduction sont créés en masse. (…) Partout le réel se construit comme une image en y intégrant une dimension esthétique-émotionnelle devenue centrale dans la compétition que se livrent les marques. Tel est le capitalisme artiste, lequel se caractérise par le poids grandissant des marchés de la sensibilité, par un travail systématique de stylisation des biens et des lieux marchands, par l’intégration généralisée de l’art, du « look » et de l’affect dans l’univers consumériste. Créant un paysage économique mondial chaotique tout en stylisant l’univers du quotidien, le capitalisme est moins un ogre dévorant ses propres enfants qu’un Janus à deux visages. »

L’Europe barbare : 1945-1950 (+), Keith Lowe, 2013, Perrin, 488 p., 9782262037765*

« La Deuxième Guerre mondiale s’est officiellement achevée en mai 1945, mais son déchaînement de violence perdura des années. Après plus de 35 millions de morts et nombre de villes rasées, les institutions que nous considérons aujourd’hui comme acquises police, médias, transports, gouvernements nationaux et pouvoirs locaux  étaient a reconstruire. Le taux de criminalité montait en flèche, les économies s`effondraient et la population européenne survivait au bord de la famine. Dans ce livre au souffle épique, Keith Lowe décrit un continent secoué par la violence, où de vastes segments de la population répugnent encore à accepter que la guerre soit finie. Il met l’accent sur la morale pervertie et le désir insatiable de vengeance qui furent l’héritage de ce conflit. Il dresse, enfin, le tableau du nettoyage ethnique et des guerres civiles qui déchirèrent l’existence des gens ordinaires, de la mer Baltique à la mer Méditerranée, avant l’instauration chaotique d’un nouvel ordre mondial qui finit par apporter la stabilité à une génération brisée. »

La condition numérique (+), J.F. Fogel & B. Patino, 2013, Grasset, 212 p., 9782246768012*

« Internet n’évolue pas selon le plan secret de quelques producteurs de technologie qui fixeraient son devenir. Des millions de personnes se sont saisies de ce média pour le transformer en un espace social. Il s’agit de bloguer, skyper, tweeter, poster, naviguer, envoyer et relever des sms et des mails, googleiser et, par-dessus tout, de ne pas perdre la connexion.Une forme nouvelle de la condition humaine naît de cet accès permanent au réseau. Il n’y a plus de virtuel ou de réel. Tout est réel. L’expérience numérique est devenue une veille sans fin qui transforme tout. Les mass médias, les loisirs, le système de production, les rapports interpersonnels et même l’idée que nous nous faisons de la vie. »

Ne vends jamais les os de ton père, Brian Schofield, 2013, Albin Michel, 418 p., 9782226245113*

« En 1877, les Nez-Percés entreprennent l’un des voyage les plus incroyables de l’histoire américaine. Tandis que des vagues de colons et d’immigrants déferlent sur le nord-ouest des États-Unis, sept cents Indiens, en majorité des vieillards, des femmes et des enfants, s’enfuient de leur territoire ancestral pour préserver leur liberté. Des semaines durant, ils tiendront en échec l’armée américaine en parcourant plus de deux mille kilomètres. Un exode qui se terminera tragiquement, au moment où ils sont sur le point de trouver refuge au Canada. »

L’islam contre l’islam, Antoine Sfeir, 2013, Grasset, 242 p., 9782246764014*

« Rien ne serait plus périlleux, aujourd’hui, que de décrypter les tumultes qui secouent le monde arabe à travers le prisme de l’opposition entre démocratie et dictature. Ce sont là des catégories qui ne rendent pas compte d’une réalité fondamentale : l’antagonisme immémorial des sunnites et des chiites. C’est pourquoi Antoine Sfeir a choisi de remonter aux sources historiques et théologiques de cette guerre de « l’islam contre l’islam », afin d’en mieux saisir les implications géopolitiques. De l’Iran à l’Égypte, du Qatar à la Syrie, du Maghreb à « l’Orient compliqué »  et, surtout, du prophète Mahomet aux luttes de succession ouvertes par sa mort , il brosse une fresque magistrale du monde arabe tel qu’il est, de ses « printemps » à ses éventuels automnes. Une exploration minutieuse et pédagogique qui, en brassant un immense passé, éclaire singulièrement notre présent. »

PSYCHOLOGIE

Neurophilosophie de l’esprit : ces neurones qui voudraient expliquer le mental, Pierre Buser, 2013, Odile Jacob, 220 p., 9782738129406*

«Professeur de neurosciences, l’auteur dresse un état des connaissances sur le fonctionnement cérébral et le rapport entre la mécanique neuronale et la conscience. Que sait-on aujourd’hui de l’inconscient ? Est-il possible d’expliquer le mental à partir du cerveau ? »

Notre troisième cerveau : la nouvelle révolution psychologique, Jean-Michel Oughourlian, 2013, Albin Michel, 333 p., 9782226245717*

«S’appuyant sur la théorie du désir mimétique de René Girard, le neuropsychiatre propose de distinguer du cerveau cognitif et du cerveau émotionnel, le cerveau mimétique, celui des rapports interpersonnels, mais aussi d’évaluer le place du rapport mimétique dans la naissance et l’évolution de la psychopathologie »

Écouter, soigner : la souffrance psychique de l’enfant, Pierre Delion, 2013, Albin Michel, 178 p., 9782226230669*

«Ce n’est pas nécessaire qu’un enfant soit maltraité pour être en souffrance, or le mal-être des enfants est dénié, contrairement à celui des adultes. L’auteur fait le constat d’un retour en arrière dans l’approche de la pédopsychiatrie. Il évoque tous les enfants qu’il a accueillis depuis trente-cinq ans et explique comment les soigner, les écouter… »

PHILOSOPHIE

Écrits libertaires : 1948-1960, Albert Camus, 2013, Indigène, 337 p., 9791090354371*

«Publié à l’occasion du centenaire de la naissance d’A. Camus en 2013, cet ouvrage présente une somme sur la pensée et les engagements libertaires de Camus. Il retrace l’élaboration de sa pensée au temps de la guerre froide, quand l’intellectuel refuse de choisir l’un des deux camps pour se poser en objecteur de conscience, du côté des syndicalistes, des anticolonialistes et des révolutionnaires. »

La cage d’acier : Max Weber et le marxisme wébérien, Michael Löwy, 2013, Stock, coll. « Un ordre d’idées », 192 p., 9782234070226*

«Relisant l’étude sur les « affinités électives » entre l’éthique protestante et l’esprit du capitalisme, M. Löwy prolonge l’analyse en explorant les « affinités négatives » entre l’éthique catholique et l’esprit du capitalisme. Il suit les filiations anticapitalistes du sociologue de Heidelberg, de G. Lukacs à M. Merleau-Ponty en passant par les premiers théoriciens de l’École de Francfort. »

Histoire des philosophies matérialistes, Pascal Charbonnat, 2013, Kimé, Stock, 706 p., 9782841746224*

«Histoire synthétique du matérialisme, un courant de pensée qui a joué un rôle déterminant dans la vie scientifique et culturelle du monde occidental. »

CUISINE

Le grand livre des grillades : barbecue & rôtisserie : les 200 meilleures recettes, Rachel Lanel, 2013, Marabout, 416 p., 9782501087223*

«200 recettes autour du barbecue pour changer des saucisses et autres côtes de porc : des conseils et astuces pour tout ce qui passe au gril ainsi que des recettes de salades et marinades.»

Plantes à boire : du petit déjeuner au digestif, histoires humaines des plantes à boisson, Serge Schall, Plume de carotte, 2013, 192 p., 9782915840974*

« Toutes les boissons, sauf le lait, du café du petit déjeuner à la tisane du soir proviennent des plantes. À travers 70 portraits, des histoires et des anecdotes relatives à tous ces végétaux qui sont la base des breuvages, comme la gentiane ou le houblon. Avec une évocation des batailles économiques qui se jouent autour d’elles.»

Délicieusement cru, Judita Wignall, Guy Saint-Jean, 2013, 191 p., 9782894556337*

«La plus délicieuse façon de changer votre vie, un repas à la fois ! Consommer des aliments crus est la meilleure façon de détoxifier votre organisme, lui fournir tous les nutriments dont il a besoin pour combattre la maladie, éloigner les allergies, assurer sa longévité et resplendir de beauté et de bien-être. Que vous choisissiez de bénéficier de tout ce que les aliments crus ont à offrir à chaque repas ou seulement de temps à autre. »

Sélection et rédaction : biographies et sciences humaines – Benoit Desmarais ; psycho, philo et cuisine – Caroline Le Gal.

 

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