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3 septembre 2010  par Caroline Le Gal

Collection Café Voltaire

Le bâtiment de l'ancien Café Voltaire

Le bâtiment de l'ancien Café Voltaire

Jetons un œil sur cette collection nommée «Café Voltaire» que nous proposent les éditions Flammarion, du nom du célèbre café aujourd’hui disparu du Quartier latin à Paris, Place de L’Odéon. Fondé au début de l’année 1750, ce café deviendra vers les années 1880 un lieu emblématique pour les écrivains, poètes et autres artistes en vogue, soucieux de pouvoir partager leurs idées entre eux, mais aussi au plus grand public. La raison de cet hommage est que le siège actuel du département de littérature des éditions Flammarion fut occupé pendant plus d’un siècle par le célèbre Café, lieu auquel les noms de Valéry, Gide ou Mallarmé donneront toutes ses lettres de noblesse.

Comme le dit sa responsable, Teresa Cremisi, « l’esprit de cette collection était déjà dans les murs, il ne nous restait qu’à le faire revivre ». La collection se compose de livres d’une centaine de pages, écrits uniquement en langue française, et sans limite de liberté de pensée. Elle compte aujourd’hui vingt-et-un titres, publiés à raison de cinq titres par année depuis sa création en 2006. La grande majorité de ceux-ci traitent surtout de sociologie, d’histoire, de politique, d’art, de philosophie ou de littérature. Les thèmes abordés sont divers et variés, mais restent toujours en accord avec l’actualité. Et même si ces thèmes restent assez universels, chaque parution est plutôt particulière : soit l’auteur est interviewé, soit il nous livre une impression sur un sujet d’aujourd’hui en nous faisant part de son ressenti, avec ses mots à lui. Le rôle de cette collection se veut d’être un souffle nouveau afin d’instaurer le débat entre le lecteur et le ou les auteurs.

Pour en montrer certains aspects assez atypiques, nous nous attarderons sur deux parutions : Éloge de l’amour d’Alain Badiou avec Nicolas Truong, où le philosophe français nous parle d’amour et de philosophie, et Malaise dans les musées de Jean Clair, qui aborde quant à lui le marché de l’art tout en livrant ses avis personnels sur l’art contemporain.

badiou

Alain Badiou est l’un des seuls philosophes contemporains à s’intéresser à l’amour, sujet controversé en philosophie… Pour illustrer ce constat, il cite par exemple Schopenhauer, plus pragmatique, qui pensait que l’amour était un leurre et servait uniquement à la reproduction de l’espèce. Une des toutes premières phrases du livre est par ailleurs celle de Platon qui disait que « Qui ne commence pas par l’amour ne saura jamais ce que c’est que la philosophie ».

Si l’expérience amoureuse comporte en tous points une dose incroyable de hasard, que l’élan amoureux est à la fois universel, mais unique lorsque nous le vivons, que l’amour est, et le restera, une confiance faite au hasard, Alain Badiou pense qu’au 20e siècle, les relations amoureuses se veulent plutôt réconfortantes et sécuritaires, aux dépens de l’aventure et des prises de risque. La jouissance rapide, le manque d’engagement et surtout ces sites de rencontres qui nous confortent en nous laissant choisir l’autre à l’aide de photos et différents critères (couleur de peau, taille, fumeur ou non, bon niveau d’études…) peuvent nous laisser perplexes. Ceux qui cherchent l’amour en oublient alors de se poser la vraie question : « L’amour peut-il se vivre sans passion, sans lâcher-prise ? Les propos que Badiou met en relief dans ce livre sont d’autant plus intéressants qu’il compare les doctrines des philosophes qu’il analyse à leurs propres vies amoureuses…

Mais l’amour peut avoir plusieurs visages. L’essai de Jean Clair, conservateur de renommée mondiale, est en réalité un pamphlet dans lequel il entend dénoncer les dérives de la politique culturelle française, dont un des points critiques est pour lui le prêt d’œuvres d’art. L’ouvrage de Jean Clair se pose comme une réponse à chaud à l’accord signé le 6 mars 2006 entre la France et les Émirats Arabes Unis pour la construction du Musée universel d’Abou Dabi, pour lequel la France prêterait pour 1 milliard d’euros d’œuvres d’art sur trente ans. Pour lui, les musées ne sont pas à vendre et les œuvres perdent leur âme si elles sont déplacées de leur lieu de création originelle. Ces propos de l’auteur l’ont déjà confronté à des débats houleux avec le monde des artistes… Clair compare ce genre de projet à Las Vegas, temple du plaisir et du divertissement rapide, dénué de sens et d’humilité.

Il est certain qu’on peut comprendre Jean Clair sur le fait que l’Art est devenu une monnaie rentable, comme nous le voyons dans le cas de ce prêt culturel ; en effet, maintenant, des moyens extraordinaires peuvent être mis au service d’une certaine conception «clinquante» de l’art, bien à l’opposé d’une conception de l’Art en tant que moyen d’expression populaire qui se veut démocratique, aussi là pour les petits musées. Par ailleurs Clair, grand lecteur de Walter Benjamin, souligne que les gens fondent aujourd’hui leur crédit artistique sur ce qui est beau esthétiquement ; sauf que l’esthétique ne retransmet pas le travail du détail, de l’émotion transmise et surtout du message de l’artiste.

L’âge de Jean Clair nous invite aussi à relire à travers ses yeux une histoire de l’art différente qu’en ferait un critique d’aujourd’hui. Jean Clair pensera toujours, et il le précise, qu’une œuvre d’art n’est pas un «produit» : sa singularité fait qu’elle ne peut précisément pas, à l’inverse des objets de l’industrie, être «reproduite». De tels propos peuvent alors choquer certains musées qui ne subsistent qu’avec les prêts d’œuvres d’art, car pour ces musées, amener la culture dans les plus petites villes, promouvoir toutes les formes d’expression artistique, c’est aussi un acte militant en faveur de l’art.

En somme, à travers ces deux ouvrages, on découvre des personnages publics sous un autre jour. Cette liberté de parole, de la consigne première du refus de la langue de bois, donne un cachet tout particulier à cette collection, tout en réinvestissant l’esprit du fameux Café Voltaire. Mentionnons en terminant que cette collection s’appelle aussi «Les batailleurs», reflétant en cela cette volonté de monter au front des débats contemporains.

* * *

Éloge de l’amour, Alain Badiou avec Nicolas Truong, Flammarion, coll. «Café Voltaire», 90 p.

Malaise dans les musées, Jean Clair, Flammarion, coll. «Café Voltaire», 139 p.


1 septembre 2010  par Élise Tanguay

Les petits policiers ! (1)

Quoi de mieux qu’un bon suspense policier pour se changer les idées et se transporter dans une toute autre réalité ? D’ailleurs, le goût de l’intrigue se développe assez jeune. Qui n’a jamais joué à polices/voleurs dans les rues de son quartier ? Je l’avoue, je crois que c’était mon jeu préféré… C’est donc un peu pour me faire plaisir, mais surtout pour transmettre mon amour du genre, que j’entame cette série de deux articles (ou plus, il y a tant à dire !) sur le roman policier pour les tous premiers lecteurs.

Les auteurs de petits romans d’enquêtes savent mélanger l’humour et l’intrigue pour amener leur lectorat à se questionner tout en se divertissant. Foisonnant de personnages astucieux, curieux et aventuriers, ces romans fournissent également des modèles et des leaders positifs aux petits lecteurs. Voici donc quelques séries que j’ai particulièrement appréciées pour leur originalité et leur efficacité.

L’univers de Cerise, créé par Lili Chartrand, propose une ambiance à mi-chemin entre deux genres littéraires. Sous le signe de la magie et de la fantaisie, Cerise mène l’enquête aux cotés de sa fidèle amie Octavie, son araignée de compagnie. Évidemment, Octavie ne parle pas (c’est une araignée, quand même !), mais elle s’avère d’une aide précieuse puisqu’elle n’a peur de rien, qu’elle se faufile partout et qu’elle pointe de la patte (une des huit) les indices à sa collègue, qui apprécie beaucoup son talent de déduction…

Dans sa première enquête, Cerise se penche sur la disparition d’un précieux tube de peinture rouge magique dont son père a absolument besoin pour terminer son dernier tableau. La petite et son acolyte, sur les lieux de la disparition, fouilleront le magasin de fond en comble à la recherche du coupable. En accumulant des indices et en usant d’observation, on découvrira que les coupables ne sont pas toujours ceux que l’on soupçonne le plus. Pour le second mystère à élucider, la grand-mère de Cerise aura recours à ses services pour mettre au clair une affaire très louche tournant autour de bonbons sopranos qui donnent une jolie voix !

Ces deux mystères sont bien ficelés, bien qu’ils soient d’une simplicité tout à fait adaptée aux premiers lecteurs. La touche de magie ajoute au suspense et fait sourire. Le tout résulte en de petits romans faciles à lire et à aimer.

Pour ce qui est des enquêtes de Marie-P, détective privée, Martine Latulippe s’inspire d’avantage du quotidien pour bâtir son suspense. Cependant, quelques petites touches de fantastique se glissent tout de même dans l’intrigue.

Dans Chapeau, Marie-P !, on apprend que le grand-père de la jeune héroïne avait rêvé un jour de devenir détective privé, mais que son entreprise avait été si vaine qu’il en abandonna l’idée bien avant sa mort. Des années plus tard, alors qu’elle retrouve au fond du grenier le vieux chapeau d’enquêteur de son aïeul, Marie-P décide de prendre la relève. Armée de sa loupe et de son chapeau, la jeune enquêteuse se penche sur les mystères de la vie de tous les jours accompagnée d’une photo de son prédécesseur. Cette photo lui est d’ailleurs d’une grande utilité ; son grand-père, même en deux dimensions, a un très bon sens de la déduction (la voici d’ailleurs, la part de fantastique !)

Dès le premier tome, une enquête s’impose à l’héroïne : des parents au comportement étrange, des rendez-vous inhabituels - il ne lui en faut pas plus pour se douter qu’il se trame quelque chose. Aidée de son adolescent de frère (et ce, toujours un peu malgré lui), elle réussira à élucider les secrets de son univers. Les lecteurs y reconnaitront d’ailleurs leur propre monde peuplé de leurs inquiétudes, leurs réalités et leurs problématiques d’enfants traduits avec simplicité et fidélité par Martine Latulippe. Comme quoi, avec un peu d’imagination, on peut mettre une touche de piquant dans son quotidien si on s’autorise à croire que la vie révèle autant de surprises qu’une enquête policière…

Une dernière chose : Marie-P, c’est évidemment un nom de code pour dissimuler son vrai nom qui attire bien trop l’attention. Pour en savoir plus, plongez-vous dans la série ! Un article sur le policier sans intrigue, ce serait déshonorer le genre !

* * *

Une enquête de Cerise (2 tomes parus), Lili Chartrand, La courte échelle, 56 p. ch.
Les aventures de Marie-P, (5 tomes parus), Martine Latulippe, Fou Lire, 60 p. ch.


30 août 2010  par Eric Bouchard

Du beau dessin ?

Section bandes dessinées - une belle journée où les chariots ploient sous les arrivages. Un libraire s’approche d’un client, le salue, s’informe s’il peut l’aider. Sans vouloir le bousculer, bien sûr. Le sens du service passe avant tout. Mais demeure que le libraire s’interroge : est-ce que ce client a fait le tour de ce qu’il connaissait ? aurait-il envie qu’on l’amène à la découverte de nouveaux paysages livresques ? et même, voudrait-il franchement se jeter à l’eau en ayant envie qu’on le surprenne ? Et voilà que le client se risque : Oui, que proposez-vous ?

Quel bonheur ! alors que le libraire peut se mettre en marche, et commencer son réel boulot : identifier les goûts de ce nouveau lecteur, comme on chercherait à le faire des variables d’une équation à deux inconnues ; entreprise épineuse s’il en est une, mais enthousiasmante au possible, alors qu’on opère, qu’on dissèque, qu’on discerne, bref, qu’on cherche la réponse à l’éternelle et fondamentale question: quel est l’album qu’il faudrait absolument lui mettre entre les mains ?

Parce que souvent, à la question Qu’avez-vous aimé ?, on se fera répondre Ah, mais moi j’aime tout !, et voilà que le champ des livres possibles paraît s’élargir d’un coup, rendant l’opération encore plus délicate. Et si, en tâtonnant ça et là, on aura réussi à se faire une idée du genre de récits qu’affectionne le lecteur en herbe, voire en friche, reste un facteur déterminant : le dessin. Du dessin, ça ne va pas de soi.

Car alors qu’on entreprend de présenter la perle rare à coup d’arguments massue savamment agencés, on perçoit soudain une neutralité non feinte : ça ne prend pas. Très bien, on ne s’attardera pas ; on s’était conservé quelques autres idées lumineuses sous la manche, et on enchaîne tout de suite sur ce nouveau titre qui vous enchantera à coup sûr, voyez ces pages… Mais cette fois, on devine même une pointe d’agacement chez notre destinataire. Celui-ci prend alors le taureau par les cornes et avertit l’obstiné destinateur : Ah, mais moi, ce que j’aime, c’est du beau dessin…

Mmmoui, pas facile de répondre à cet électrochoc de subjectivité. Ce qu’un trouve beau, l’autre ne peut le souffrir en peinture, et vice-versa. Les goûts et les couleurs…, comme le tranche ce célèbre dicton relativiste si utile pour couper court à toute discussion. Mais toujours est-il qu’on ne se laisse pas démonter : on cherche à découvrir LE type de dessin qui se cache derrière cette appréciation individuelle du dessin. Et souvent, on découvre que ce beau dessin est en fait… le réalisme classique.

« Impression, soleil levant » (1872) de Claude Monet, qui a donné son nom à l'impressionnisme

« Impression, soleil levant » (1872) de Claude Monet, qui a donné son nom à l'impressionnisme

À partir de là, le conseil pourra enfin toucher la cible et faire un heureux. Mais tandis que le client s’éloignera ravi et qu’on lui adressera nos vœux sincères, on ne pourra s’empêcher d’avoir cru revivre le conflit de la modernité artistique.

D’une part, qu’est-ce qu’un beau dessin en bande dessinée ? Si de nombreux lecteurs semblent s’entendre sur le fait qu’un dessin beau en est un qui ressemble, qui cherche à imiter le monde qui nous entoure comme le fait une photographie, tant d’autres rejettent cette idée. Je m’explique : si l’imitation du réel était le principal objectif des peintres avant l’invention de la photographie, alors qu’ils vivaient surtout de portraits commandés par les nobles, quel intérêt y eût-il à poursuivre dans cette voie académique alors qu’une machine reproduisait dorénavant le réel d’une manière infiniment plus rapide et économique qu’eux ? Ce pourquoi ceux-ci orientèrent par la suite leur travail dans une autre direction. Apparurent les impressionnistes, nommés ainsi parce qu’ils recherchaient surtout à traduire une impression fugitive des choses ; puis les expressionnistes, qui déformaient volontairement la réalité au service de l’émotion qu’ils désiraient susciter. S’enchaînèrent quantité de ces nouveaux mouvements picturaux (par ailleurs qualifiés d’art dégénéré par les Nazis), dont le travail se radicalisa suite aux horreurs de la première guerre mondiale (où est dorénavant la beauté ?) Dans un même ordre d’idées, Theodor W. Adorno se demandera plus tard si la poésie est encore possible après Auschwitz… Toujours est-il qu’en tant que médium de l’image, la bande dessinée se nourrit évidemment de ces nombreux courants.

Hugo Pratt, 1927-1995.

Hugo Pratt, 1927-1995.

D’autre part, à quoi sert le dessin dans le médium bande dessinée ? Il y est le support de l’histoire. Le dessin doit donc avant tout être narratif : il cherche à servir le récit, avant toute conception de la beauté. Fort de cet état de fait, le dessinateur bénéficie d’une importante liberté : loin d’être cantonné aux textes pour matérialiser son récit, il peut moduler son dessin en fonction de ce qu’il désire raconter. Hugo Pratt disait d’ailleurs à ce propos : Je dessine mon écriture et j’écris mes dessins. S’il est vrai que le père de Corto Maltese avait le sens de la formule, il n’en demeure pas moins qu’il avait touché là à quelque chose d’essentiel. Pourquoi se cantonner à la neutralité du réalisme lorsqu’une infinité d’émotions est possible à partir du travail pictural ?

Un auteur comme Joann Sfar a d’ailleurs usé de manière convaincante de cette philosophie du dessin tandis qu’au fil de ses cases - Pascin, par exemple, nous en offrant une bonne démonstration -, il alterne tracé fin et minutieux ou coup de pinceau rapide et enlevé, détails fourmillants ou évocation brute. Dans L’art invisible, Scott McCloud, quant à lui, définit la représentation en bande dessinée comme un vaste territoire compris entre réalisme, art abstrait et langage, où toutes les situations sont possibles…

Pour revenir au gentil client, évidemment, on ne forcera pas ses goûts. Comme le répète souvent mon estimé collègue Monsieur Lacasse (je paraphrase !) : Dans cette librairie, un de nos plaisirs est de pouvoir servir avec la même attention le fan de Michel Vaillant et le lecteur de bande dessinée d’auteur. Mais, seulement, de temps à autre, présenter un petit truc différent, question de toujours laisser ouverte la possibilité qu’à défaut d’un plongeon, la saucette se fasse !

Et je repense ici aux propos pleins de sagesse d’un autre client s’étant mis «tardivement» à la bande dessinée qui m’avait confié, après quelques rencontres, qu’au fond, les styles visuels en bande dessinée s’appréciaient un peu comme le vin : quand on ne connaît pas, c’est moins évident d’essayer des trucs bien corsés. Et de même que pour un dégustateur novice, au début, il fallait y aller avec quelque chose d’accessible, un cabernet sauvignon par exemple. Bref, qu’il faut laisser au goût le temps de se développer. Et, qu’un jour, ses pupilles pourraient goûter un noir et blanc bien expressionniste !

Puis le client suivant arrive, et demande : Mais vous là, c’est quoi votre bande dessinée préférée ?

* * *

Pascin, Joann Sfar, L’association, coll. «Ciboulette», 186 p.
L’art invisible, Scott McCloud, Delcourt, 224 p.


27 août 2010  par Alice Liénard

Entre douceur et poésie: l’illustration asiatique

Nous vous invitons, lecteurs, à explorer l’univers de l’illustration asiatique avec une dizaine de mes illustrations favorites. Ici, douceur, sensibilité et poésie se conjuguent pour faire naître chez celui qui regarde un élan d’émerveillement et de curiosité.

* * *

Que croyez qu’il y ait dans ce livre ?

Livre qui n'a jamais été ouvert, Jun Ye Suk, ill. de Jung Taek Oh




Attention, le gâteau tombe à l’eau !

La course au gâteau, Thé Tjong-King





« Elle ouvre son parapluie vert et le pose doucement aux côtés du vieil homme. »

Le parapluie vert, Yun Dong-Jae, ill. de Kim Jae-Hong




Belle rencontre…

Ne bouge pas!, Nakawaki Hatsue, ill. de Komako Sakaï




Cette image cache un panda, un raton-laveur, une girafe, un chat, un escargot et d’autres encore. Les trouvez-vous ?

Loup y es-tu?, Mitsumasa Anno




Il y a de l’eau dans la chambre d’Hydromène…

Hydromène : la chambre d'un petit garçon, Wilfred D. Iwan




Chapeau, blouse à pois, jupe à carreaux, sac sympathique… mes petites choses, quoi !

Mes petites choses, Park Hyun-Jung




Quel beau métier que celui de tailleur de pierre !

Le fils du tailleur de pierre, Moon-hee Kwon




Il n’y a rien de meilleur que des tomates fraîchement cueillies…

La vie de Kuma Kuma, Kazue Takahashi




Qu’il fait bon dormir avec Fuma Fuma !

Mon étonnant Fumo Fumo, Kazue Takahashi




Qui se cachent sous ces parapluies ?

Le parapluie jaune, Ryu Jae-Soo




Souriez !

Le chihuahua à pois, Inoué Areno, ill. de Tanaka Kiyo




Au revoir, ami soleil ! xxx

L'eau et le feu, Yum Yôrim, ill. de Pak Suji

***

Livre qui n’a jamais été ouvert,  Jun Ye Suk, ill. Jung Taek Oh, Autrement jeunesse, 2008, 28 p.
La course au gâteau, Thé Tjong-King, Autrement jeunesse, 2006, 26 p.
Le parapluie vert, Yun Dong-Jae, ill. Kim Jae-Hong, Didier, 2008, 32 p.
Ne bouge pas!, Nakawaki Hatsue, ill. Komako Sakaï, École des loisirs, 2006, 22 p.
Loup y es-tu?, Mitsumasa Anno, École des loisirs, 1979, 31 p.
Hydromène : la chambre d’un petit garçon, Wilfred D. Iwan, Quiquandquoi, 2008, 133 p.
Mes petites choses, Park Hyun-Jung, coll. Petits matins, Chan-ok, 2010, 36 p.
Le fils du tailleur de pierre, Moon-hee Kwon, Didier, 2008, 40 p.
La vie de Kuma Kuma, Kazue Takahashi, Autrement jeunesse, 2005, 58 p.
Mon étonnant Fumo Fumo, Kazue Takahashi, Autrement jeunesse, 2010, 66 p.
Le parapluie jaune, Ryu Jae-Soo, Mijade, 2008, 30 p.
Le chihuahua à pois, Inoué Areno, ill. Tanaka Kiyo, Picquier, 2007, 38 p.
L’eau et le feu, Yum Yôrim, ill. Pak Suji, Quiquandquoi, 2008, 24 p.

25 août 2010  par Eric Bouchard

De l’anti-héros à l’anti-Québec

Dans la série «Ces Français qui nous aiment», rencontrons cette semaine le scénariste de bandes dessinées Matz. Bien connu des amateurs de bande dessinée policière, Matz (Alexis Nolent) fourbit ses premières armes avec Chauzy au début des années 90 (Bayou Joey, et Peines perdues, nominé pour l’Alph’Art du Meilleur album à Angoulême 93), avant de nous proposer en 1998 l’étonnant premier tome de la série Le tueur. À l’époque, le parti-pris narratif à la première personne pour cet anti-héros tueur à gages ainsi que les trouvailles visuelles de Jacamon font sensation : la série Le tueur devenait assurément un nouvel incontournable de la bande dessinée policière grand public.

Jusqu’en 2003, ce sont cinq tomes qui paraîtront coup sur coup ; et si l’impact du premier tome s’estompe à la lecture des suivants, on suit tout de même avec excitation la course effrénée de ce tueur qui cherche à se planquer aux Caraïbes pour couler une vie de loisir une fois son magot amassé. Puis Matz semble passer à autre chose alors qu’il scénarise le drame napoléonien Shandy pour l’époustouflant Dominique Bertail ; un autre polar, Du plomb dans la tête, pour le giraudien Colin Wilson ; puis Cyclopes, pour son ex-complice Jacamon, une intéressante série d’anticipation qui peinera toutefois à trouver son public - sans doute la raison pour laquelle le tandem reprendra en 2007 les destinées du Tueur pour un nouveau cycle.

Alexis Nolent est également connu pour sa carrière de scénariste de jeux vidéos chez Ubisoft, carrière qui l’aura amené à travailler à Montréal. Par contre, il semble que Nolent n’ait pas du tout apprécié son expérience dans la métropole québécoise ; on pourrait même songer qu’il a une dent contre le Québec entier… Dans L’ordre naturel des choses, huitième tome de la série Le tueur paru le mois dernier, Nolent profite de sa tribune pour régler ses comptes avec nos compatriotes dans une diatribe à l’em- porte-pièce, grossière, simpliste et haineuse. Et il s’agit bien de Nolent. Pas du tueur.

Car disons-le tout de suite : si le personnage du tueur est bien évidemment misanthrope, sa haine s’adresse aux truands de ce monde - hommes d’affaires et politiciens sans scrupules -, dont il règle froidement le compte et par les comportements desquels il justifie ses assassinats ; jamais sa misanthropie n’aura été de nature discriminatoire envers un peuple. Hélas, les propos qu’il tient via son personnage sur la «médiocrité» québécoise ont tout du discours rapporté, alors que le décalage avec le personnage est flagrant.

Au-delà de l’insulte gratuite, il est encore plus navrant que l’éditeur ait laissé passer pareille chose. S’il avait par exemple été question des Noirs, des Musulmans ou des Juifs, Casterman s’en serait-il autant lavé les mains ? S’avèrerait-il que pour le public français, le Québec est une cible discriminatoire légitime ?

Les Québécois ont exterminé les Amérindiens, n’ont aucun goût (ni au niveau du design, de l’architecture ou de la cuisine) et insultent l’intelligence en vivant sous la neige, c’est bien connu. (p. 36, case 3)

Il est amusant de constater que le même jugement hâtif pourrait être appliqué aux habitants de l’Hexagone. Idée courte, quand tu nous tiens ! Et si nous ne parlons pas la même langue, comment se fait-il que nous comprenons leur français alors qu’ils refusent de comprendre le nôtre ? Que nous acceptons leur accent alors que le nôtre est intolérable ? (p. 36, case 4)

Remplacez «char» par «bagnole» et «blonde» par «meuf», et voyez comme vous aurez tout de suite une idée de la subtilité et de la sophistication. (p. 36, case 6)

La seule réelle conversation qui surviendra avec un Québécois se fera avec un membre des Hell’s Angels, échantillon linguistique probablement jugé représentatif par le scénariste et par lequel il justifie une nécessaire traduction de cette «langue limitée et abâtardie». Et apprenons que «criss» équivaut à «bourge». (p. 39, case 6)

Alors qu’on rigole de l’existence des «bad quartiers» à Montréal (et surtout, qu’on les nomme de la sorte), le Québec regagne sa dignité en constatant que le bad bandit sait faire montre de politesse en vouvoyant à l’interrogatif, et ce, même en sacrant. (p.40, cases 1-2)

Voilà donc l’ordre naturel des choses selon Alexis Nolent, qui confond parler populaire et langue (et il n’est pas le seul à le faire chez Casterman), junk-food et cuisine, accent français et intelligence, et qui surtout se repaît d’un colonialisme, d’une xénophobie primaire et désolante. Aurions-nous trouvé notre Maurice G. Dantec (ou notre Thierry Ardisson) de la bande dessinée ?

* * *

Mentionnons au passage que le huitième tome de cette série, qu’on souhaite biodégradable, est truffé de coquilles et d’erreurs, que cet énième scénario à l’intrigue géopolitico-pétrolo-financier-gnagna est d’un convenu consommé, et que le radotage intérieur du tueur sur ses motivations commence sérieusement à sentir le renfermé…

* * *

Le tueur t. 8 : L’ordre naturel des choses, Casterman, coll. «Ligne rouge», 56 p.


23 août 2010  par Caroline Le Gal

Truffaut, Burton et le roman

Qu’est-ce qui fait la différence entre un cinéaste et un cinéaste-écrivain ? D’où vient cette impression étrange que les cinéastes-écrivains ne tournent pas avec la même pellicule que les autres ? Que font-ils, ces cinéastes-là, que ne font pas les autres ? Si le cinéma est une lecture, à quoi sert le cinéaste-écrivain ? À pouvoir lire des films.

L’écrivain restera toujours un observateur du monde, tandis que le cinéaste le fabriquera en images. Tout film est construit de mots pour panser nos maux en images, car dans la vie, on parle très rarement comme dans les livres ou comme dans certains films. Les mots du quotidien sont souvent simples, maladroits et très éloignés des phrases pertinentes ou des images chocs.

Il y a de fortes similitudes entre le travail de l’écriture et de la mise en images. L’écrivain relira sans cesse chaque phrase pour encore et encore l’améliorer, comme le cinéaste refera chaque prise autant de fois qu’il le faut. L’esthétique de l’image ou du mot n’est pas toujours dirigée vers le beau pour le cinéaste-écrivain. La sincérité du propos et de l’image se doit d’être précise et dénuée d’effets spectaculaires qui nuiraient au résultat final.

Comme le disait le célèbre réalisateur et scénariste François Truffaut, le plus emblématique de ces cinéastes-écrivains de la Nouvelle Vague : « Je fais des films pour réaliser mes rêves d’adolescent, pour me faire du bien et, si possible, faire du bien aux autres ».

Né en 1932 à Paris, François Truffaut se passionne pour le cinéma dès son plus jeune âge. À dix ans, il passe le plus clair de son temps dans les salles de cinéma. Délaissant les bancs de l’école assez rapidement, il fonde un ciné-club à l’âge de quinze ans. Sa passion pour l’écriture ne s’arrête pas en chemin, alors qu’il devient critique de cinéma pour la revue Les cahiers du cinéma. Aux côtés de Claude Chabrol, Éric Rohmer et Jean-Luc Godard, François Truffaut fera partie de la Nouvelle Vague, mouvement cinématographique avant-gardiste par lequel on verra apparaître une nouvelle façon de produire, de tourner et de fabriquer des films. Inspirée par la passion de l’écriture et le souci du mot, ces jeunes réalisateurs s’opposent aux traditions habituelles, soit une simple lecture du roman, sans en transcender l’essence même.

Fortement inspiré par l’œuvre d’Honoré de Balzac, François Truffaut calquera l’intrigue de Le Lys dans la vallée dans son film Baisers Volés, sorti en 1968. Outre sa passion fidèle envers Balzac, il adaptera Fahrenheit 451 de Ray Bradbury et Chambre verte d’Henry James. Truffaut a également écrit plusieurs ouvrages sur le cinéma. Parmi ses ouvrages, le Hitchbook, livre-entretien avec Alfred Hitchcock, reste une des références pour qui veut comprendre le cinéma. Productif et assoiffé d’écriture, il écrira et réalisera tous ses films.

L’invention de la caméra 16 mm éclair, légère et silencieuse, et le goût des tournages en extérieur, imposent une nouvelle esthétique plus proche du réel et va permettre à cette nouvelle génération de réalisateurs férus de lettres de s’exprimer entièrement. La Nouvelle Vague est apparue dans les années d’après-guerre, alors que des jeunes gens animés par un désir de cinéma aspiraient à une vie libre et sans concessions.

Image tirée de « Fahrenheit 451 »

Image tirée de « Fahrenheit 451 »

Alors que le cinéma français de l’époque était relativement dépourvu de créativité et d’originalité, se contentant souvent d’être un simple support au récit, les jeunes cinéastes de la Nouvelle Vague en bousculèrent les règles et fondements : par la prise en considération du point de vue du spectateur par le biais de gros plans et des jeux de regards, par de nombreux arrêts sur images, ralentis et styles saccadés… retransmettant ainsi la sensation qu’aurait un lecteur. Tout cela s’unit afin que le film rappelle sans cesse qu’il est un film, et qu’on ajoute un certain militantisme, suivant les thèmes abordés. Le souci du détail préconisé n’est pas le résultat d’un perfectionnisme contrai- gnant, car il participe à l’équilibre du film, à la construction du roman. Chacun de ces détails se charge de sens et contribue à l’enrichissement de l’image et de sa profondeur. Tous les spectateurs ne les distinguent pas, mais ceux qui les remarquent peuvent alors approfondir leur lecture.

Dans un tout autre style, considérons maintenant Tim Burton, réalisateur, producteur et écrivain américain né en 1958. Comme François Truffaut, Burton fréquente dès ses dix ans le cinéma de son quartier. Il découvre alors le monde de l’épou- vante et des monstres. C’est tout naturellement que Tim Burton se dirigea vers des études en cinéma d’animation. Il est embau- ché par les Studios Disney en 1979, qu’il quittera en 1984.

Tous ses films ont de fortes similitudes, comme cette empreinte gothique basée sur l’effet des ombres pour créer un univers inquiétant, et où la présence de monstres, d’animaux ou du monde du cirque sont autant de codes visuels évoquant son enfance.

En ce qui concerne ses références littéraires, Edgar Allan Poe demeure son mentor en tant qu’auteur. Il découvre son œuvre, tout comme l’univers du cinéma, à l’âge de dix ans, en débutant par ses poèmes. Ne délaissant aucune forme d’expression, Burton publie La triste fin du petit Enfant Huître en 1998, recueil de poèmes courts illustrés par lui-même réunissant ses deux passions après le cinéma : le dessin et l’écriture.

Ce livre raconte des histoires d’enfants-monstres aux destins tragiques, tout cela écrit d’une plume noire et acerbe. Le film L’étrange noël de Monsieur Jack, pour lequel il a participé à l’écriture du scénario, est tiré de l’un de ces poèmes. Tim Burton dira qu’en processus de création, ses œuvres se façonnent, tels des livres, chapitres après chapitres.

* * *

Si le cinéma ne peut se concevoir sans l’écriture, une question se pose : quand peut-on dire qu’un livre est achevé ou qu’un  film en est à sa dernière prise ?

Image tirée du court-métrage « Vincent » de Burton, hommage proclamé à Vincent Price

Image tirée du court-métrage « Vincent » de Burton, hommage proclamé à Vincent Price

Car à partir de cet instant, le réalisateur, l’écrivain ou le scénariste est comme dépossédé de son bien. Dès lors, on ne peut s’empêcher de dire que tant qu’il y aura des lecteurs et des spectateurs, le livre et le film vivront pour toujours. L’écrivain se retourne quand le cinéaste voit. Le cinéaste travaille avec l’image, quand l’écrivain lutte pour soustraire du passé une réalité qui le rend étranger à lui-même. Le cinéaste filme pour l’après, l’écrivain écrit l’avant.

Lire les films, voilà le but du cinéaste-écrivain qui écrit et lit son film pour que nous puissions le voir et en faire notre propre lecture.

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Hitchcock par Truffaut, François Truffaut et Alfred Hitchcock, avec la coll. de Helen Scott, Gallimard, 312 p.
La triste fin du petit Enfant Huître et autres histoires, Tim Burton, 10/18, coll. «Domaine étranger», 122 p.


20 août 2010  par Eric Bouchard

Tamara Drewe : un collage tabulaire

Alors que l’adaptation cinématographique de Stephen Frears arrivera sur nos écrans le 8 octobre, nous recevions cette semaine une édition à prix attractif du Grand prix de la Critique 2009, Tamara Drewe de Posy Simmonds. Que voilà une occasion rêvée pour revenir sur ce bijou à mettre entre toutes les mains ! Car au-delà de son récit croustillant à la croisée des genres et de sa brillante satire de l’institution littéraire, Tamara Drewe propose un impressionnant collage formel ; le véritable tour de force de Simmonds est sans doute d’être parvenue à créer un espace où le tout se tienne naturellement…

Quand la frénésie urbaine s’en mêle

Le récit se déroule à Ewedown, village britannique du Wessex en voie de gentrification, et plus précisément autour de l’ancienne ferme Stonefield, transformée en retraite de travail pour écrivains. Ce lieu idyllique, censé apporter toute la tranquillité requise à ses auteurs en résidence, dont Glen, le prof d’université en panne d’inspiration, est dirigé par un couple de cinquantenaires : la vaillante et replète Beth Hardiman, et son mari, Nicholas, auteur de romans policiers à gros tirages et d’adultères à répétition. Ce petit univers se verra bouleversé par le retour de Londres de la jeune Tamara Drewe, qui reprend possession de la maison familiale Winnards suite au décès de sa mère. Surtout compte tenu du fait que Tamara compte dorénavant un nouvel atout de taille, son énorme nez campagnard ayant été avantageusement raboté pour atteindre les dimensions d’une chic petite bosse urbaine. Avec ses airs de princesse sexuelle, sa chronique mondaine dans le journal The Monitor, ses aspirations à la célébrité et sa propension à briser les cœurs, Tamara Drewe est l’archétype de l’Amazone urbaine de ce début de 21e siècle.

L'oeuvre de Thomas Hardy a été adaptée en 1967 par John Schlesinger.

Mais Ewedown ne se limite pas à Stonefield et à sa population de rentiers : une autre portion du village, plutôt défavorisée, se compose principalement de mères monoparentales assistées sociales et de leurs adolescents désœuvrés. Or, voilà qu’en plus de susciter les jalousies et désirs des membres de la petite communauté d’auteurs, le personnage de Tamara provoquera également un effet non-négligeable sur ces adolescents, et plus particulièrement sur les personnages de Casey Shaw et Jody Long, grandes consommatrices de revues à potins, qui voient dans la présence de la chroniqueuse glamour une certaine forme d’accession directe à leur principal fantasme : l’univers jet-set des gens riches et célèbres.

Si Tamara Drewe s’inspire librement de Far from the Madding Crowd (1874) du Britannique Thomas Hardy, certaines similitudes s’offrant en toute transparence, l’approcher du strict point de vue de la référence à Hardy risquerait de négliger ses particularités et son travail d’innovation. Soulignons d’abord que Posy Simmonds éloigne l’emphase narrative de Tamara en présentant les évènements des points de vue de trois autres personnages : Beth, Glen et Casey, qui offrent chacun des monologues détaillés, tandis que les pensées intimes de Tamara sont confinées aux chroniques qu’elle rédige pour The Monitor.

L’écriture en scène

Cependant, les figures de l’écrit ne s’arrêtent pas là, tandis qu’au-delà de son corps de bandes dessinées, le discours visuel de Tamara Drewe multiplie et intègre d’autres supports d’information.

Le ton est donné dès l’incipit, petite annonce de la retraite de Stonefield, encerclée à la main d’un feutre rouge et déchirée de son support. Cette image condense dès le départ le lieu et les enjeux du conflit : bien sûr, s’inscrit le lieu de l’action, résumé en quelques phrases hachées, télégraphiques, la langue littéraire se retrouvant ainsi dès lors hors-jeu, mise à l’écart à profit de celle du «journalisme». Mais aussi le lieu du conflit, alors que la matière du journal est superposée à l’espace de la page de bande dessinée. Cette coupure de presse devenant par voie de métaphore coupure ontologique du médium, qui de collecteur d’images devient collecteur de supports d’images.

Car à cette occurrence inaugurale s’ajouteront plus loin des images des manuscrits de Nicholas que lit Beth et de la correspondance qu’elle rédige pour lui, de Loin de tout, les chroniques mondaines de Tamara, de coupures de presse, de couvertures de livres et de disques, d’extraits des revues à potins que lisent les adolescentes, de photos prises à l’aide des téléphones cellulaires, de prospectus, de pages Internet, de lettres, courriels et autres messages textes que s’échangent les personnages, tous naturellement intégrés à l’espace des planches, dans un déploiement de mises en page complexes qui ne sacrifient rien à la fluidité et au sens de la lecture.

Scrap-booking

Le récit est donc construit sous la forme d’un collage, collage s’articulant à des niveaux divers. Premièrement, nous avons cette construction chorale, ce jeu des trois narrateurs du récit écrit, qui prennent la parole à tour de rôle, chacun possédant son propre point de vue sur les événements. Dans la majorité des cas, ces monologues ne se suffisent pas à eux-mêmes, et seront illustrés d’un tableau, d’une case unique ou d’un strip, équilibre «factuel» ou «événementiel» du témoignage subjectif.

Ensuite, si l’on passe à l’aspect graphique du discours, ces pavés de textes, de par leur interdépendance aux images environnantes, s’affirment comme des vignettes de texte ; leur inscription dans le continuum tabulaire surdétermine visuellement, matériellement, leur nature textuelle, surdétermination renforcée par le fait que chacun de ces trois narrateurs possède sa propre police de caractère : le Times pour Beth, l’Helvetica pour Glen et le Comic Sans pour Casey. Par un jeu métaphorique simple fondé sur l’identité typographique, Simmonds révèle les enjeux d’écriture qui animent ces narrateurs : le Times, associé au classicisme scriptural, paraphrasant le rôle de secrétaire de Beth, qui met en forme les manuscrits de son mari ; l’Helvetica, née sous l’impulsion de courants tels le Bauhaus, insistant sur le formalisme et le fonctionnalisme, appuyant la réalité académique et austère du professeur d’université ; et enfin, le Comic Sans, une typographie populaire, développée à rebours des standards institutionnels et vertement critiquée par les puristes de la typographie, renforçant le statut de Casey, dont les outils fictionnels sont para-littéraires.

Autrement, certains événements rapportés par la presse sont séparés, déchirés ou découpés de leur contenant pour être rassemblés sur un nouveau support ; en cela nous reconnaissons bien l’esthétique du scrapbook, album vierge servant à accueillir coupures de presse, collections ou collages d’images, etc. Le terme scrap lui-même (fragment, rebut, déchet) renvoie à la fois à une certaine connotation péjorative à travers laquelle nous pourrions transposer les ségrégations littéraires, et à la nature du médium bande dessinée lui-même, dont l’esthétique est fondée sur la fragmentation.

Une bande dessinée ?

On pourrait décrire de manière générale Tamara Drewe comme une bande dessinée, son récit s’offrant essentiellement à la lecture sous forme d’images juxtaposées. Plus encore, son éditeur et la critique l’assimilent au graphic novel. Pourtant, malgré les codes qu’elle partage avec ce genre, cette bande dessinée échappe d’une certaine manière à son cadre formel conventionnel : aux traditionnelles vignettes, se joignent, comme nous l’avons vu, pavés de texte et représentations de différents régimes d’écriture et supports de l’imprimé. Les images qui composent cette œuvre sont autant des dessins, des images de l’espace fictionnel, que des images d’autres supports. Même les textes y sont pris pour objets visuels : plus que simples codifications de la langue écrite, ils revendiquent différentes identités matérielles. On pourrait ainsi dire que non seulement Tamara Drewe cumule les images, mais aussi les systèmes de représentation, puis de communication.

C’est à partir de son premier grand succès international, Gemma Bovery, inspiré très librement du roman de «mœurs de province» de Gustave Flaubert, que l’auteure développe son système de narration entre texte et dessin. Dans un entretien au journal genevois Le Temps, elle explique qu’en 1996, son employeur, le journal londonien The Guardian, lui propose de créer un feuilleton : on lui donne une colonne étroite et cent épisodes. Pour pallier aux contraintes du format, elle commence à utiliser des textes entre les cases et les strips, textes dont elle finira par systématiser l’usage pour la description d’ambiances ou l’évocation d’éléments du passé, alors que la bande dessinée est impartie aux images «fortes», notamment lors des scènes de conflits entre les personnages. Ainsi, Simmonds a été confrontée à certaines contraintes éditoriales matérielles qui l’ont amenée à réfléchir à une cohabitation, à une hybridation des supports narratifs du texte et de l’image. Aux commentaires suivant la publication en France de Gemma Bovery (si ce n’est ni une bande dessinée, ni un roman classique, qu’est-ce que c’est ?), l’auteure lançait en boutade qu’il s’agissait d’« un roman illustré », bien que l’épithète illustré exclue en réalité la forte composante bédéistique de l’œuvre. Par ailleurs, le système encore plus complexe que Simmons atteint dans Tamara Drewe vient à plus forte raison invalider ce choix terminologique.

Du tableau au tabloïd au tabulaire

Deux exemples d'alternance texte/bande dessinée : Les voyages de Théodore de Susan Schade et Jon Buller (Bayard jeunesse) et Capitaine Static d'Alain M. Bergeron et Samuel Parent (Québec Amérique).

Deux exemples d'alternance texte/bande dessinée : Les voyages de Théodore de Susan Schade et Jon Buller (Bayard jeunesse) et Capitaine Static d'Alain M. Bergeron et Samuel Parent (Québec Amérique).

Le marché du livre commence à proposer de plus en plus de ces ouvrages hybrides mêlant texte et bande dessinée. Mais si jusqu’à main- tenant nous avons surtout vu, et principalement du côté de la littérature jeunesse, des systèmes d’alternance (des pages de texte intercalées entre des pages de bandes dessinées, ou des paragraphes de textes intercalés entre des strips), peu d’auteurs auront développé un système allant au-delà, pour utiliser un terme linguistique, du simple code-switching. Dans Tamara Drewe, non seulement des textes, mais une variété d’autres supports sont intégrés au discours du médium, et pour filer le parallèle linguistique, on pourrait dire que nous assistons à une espèce de créolisation, où une syntaxe bédéistique recouvre un lexique de formes diverses du texte et de l’image.

Or, dans Tamara Drewe, il est avant tout question d’une certaine impasse dont souffre la littérature : des écrivains se retrouvent dans une situation censée être idéale pour écrire, mais, englués dans un tableau champêtre, ne trouvent que la page blanche, ou sont prisonniers d’une routine stérile. Puis, cette stagnation se voit contaminée, bousculée par la dynamique de la presse paparazzi (Tamara), et renversée par les moyens d’«écriture» modernes, technologiques (Jody et Casey). Ainsi, Posy Simmonds propose, au-delà d’une simple mise en scène d’un conflit entre littératures académique et populaire, une solution structurelle unifiée au conflit de ces moyens d’écriture hétérogènes, qui permet de rendre compte de leur diversité. Et que ce carrefour est l’espace tabulaire, la planche.

« Retrouver le monde ou retrouver le langage : on exagère à peine en prétendant qu’il s’agit là des attitudes fondamentales qui départagent l’ensemble de ceux qui s’intéressent à la littérature », nous disent Louise Milot et Fernand Roy dans Les figures de l’écrit (Nuit Blanche éditeur, 1993). Mais peut-on dire que ces attitudes se joignent dans Tamara Drewe, alors qu’on y retrouve le monde des langages ?

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Tamara Drewe (broché), Posy Simmonds, Denoël graphic, 2010, 133 p.
Gemma Bovery, Posy Simmonds, Denoël graphic, 2000, 112 p.


18 août 2010  par David Murray

Le modèle Amazon face aux indépendants

Le rictus d'Amazon

Le rictus d'Amazon

Le 28 juillet dernier, l’écrivain Dominic Bellavance publiait sur son blogue un billet dans lequel il fustigeait l’initiative lancée par l’éditeur français L’Autre éditions, initiative par ailleurs endossée par un regroupement de libraires indépendants en France, de boycotter le site de vente en ligne Amazon pour la période estivale. Qualifiant l’idée de «pathétique», il dénonce du même coup l’appui des librairies indépendantes québécoises à cette campagne. Il enjoint par le fait même celles-ci à faire preuve d’innovation pour concurrencer le géant Amazon, et ainsi répondre aux besoins des clients dans leur «nouvelles façons de consommer».

Dominic Bellavance

Dominic Bellavance

L’intéressante discussion qui suit son billet pourrait sembler lui donner raison. Mais permettons-nous d’émettre quelques réserves et d’exposer quelques faits concernant Amazon. S’il est vrai que l’incontournable site de vente en ligne peut s’avérer très pratique pour le consommateur, cela n’est pas sans effet sur les différents maillons de la chaîne du livre. Si le consommateur «je-me-moi je sais ce que je veux et je le veux tout de suite au pied de ma porte» semble y trouver son compte, collectivement, il n’est pas si certain qu’il en soit de même.

Dans The trouble with Amazon, un article publié dans le magazine états-unien The Nation (et également paru sur le webzine alternatif Alternet sous le titre How Amazon Kills Books and Makes Us Stupid), Colin Robinson, co-éditeur chez OR Books, expose quelques-unes des facettes du vrai visage d’Amazon. Car à l’instar de l’impact économique des Wal-Mart de ce monde, les bas prix et l’efficacité des achats que propose Amazon entraînent un coût à payer pour les différents acteurs de l’industrie.

Colin Robinson

Colin Robinson

D’entrée de jeu, rappelons-le, Amazon est un géant, dont les moyens sont maintenant à la mesure de ses ambitions insatiables. Depuis sa fondation en 1995, l’entreprise a connu une croissance fulgurante. Seulement l’an dernier, nous rappelle Colin Robinson, ses ventes ont connu une hausse de 28 % par rapport à l’année précédente. Pour 2009, les ventes de l’entreprise ont ainsi totalisé 24,5 milliards de dollars. À titre de comparaison, en 2008, les ventes de livres de tous les détaillants américains étaient d’un peu moins de 17 milliards… Amazon enregistre donc des ventes nettement supérieures à l’ensemble du marché du livre au sud de nos frontières. Soulignons cependant que de ces ventes, le livre en occupe une place de moins en moins importante : 75 % des ventes chez Amazon ne relèvent ainsi pas du milieu livresque. Malgré tout, ces chiffres sont là pour témoigner du poids énorme que représente Amazon dans le milieu du livre.

Jeff Bezos

Jeff Bezos

Évidemment, l’entreprise se targue de satisfaire les besoins des consommateurs : « Amazon offre aux consommateurs ce qu’ils veulent : des bas prix, une vaste sélection et une commodité extrême », comme le souligne le fondateur d’Amazon, Jeff Bezos. Dans un sens, les chiffres pourraient lui donner raison et force est d’admettre, comme nous l’avons déjà relevé, que le site est effectivement très pratique. Mais là où la rhétorique d’Amazon tombe à plat, c’est lorsque l’entreprise soutient qu’elle contribue à la bibliodiversité et qu’elle offre aux auteurs et éditeurs une visibilité à nulle autre pareil. À n’analyser Amazon qu’à travers la lorgnette individuelle du consommateur averti et éclairé, oui, on peut croire qu’on fait de bonnes affaires avec cette compagnie. Mais à regarder le portrait dans son ensemble, le jeu en vaut-il réellement la chandelle ?

Si la croissance d’Amazon lui permet aujourd’hui d’offrir quelques 2 millions de titres et de vendre des best-sellers avec un escompte avoisinant parfois les 50 %, Colin Robinson rappelle que cette croissance a reposé depuis les débuts sur une approche dure et agressive envers les éditeurs. Les pressions que l’entreprise exerce sur ces derniers pour imposer ses conditions sont constantes. Robinson donne entre autres l’exemple de Melville House qui, à l’instar d’autres éditeurs, s’est vu l’objet de menaces de la part de représentants d’Amazon pour, en quelque sorte, «rentrer dans le rang», à défaut de quoi il deviendrait impossible de se procurer les titres de l’éditeur via le site. Bien que critiquant toujours les façons de faire d’Amazon, Melville House a fini par céder, ne pouvant se permettre de faire l’économie du méga-site de vente en ligne, puisque c’est par lui - le marché étant ce qu’il est - que l’éditeur enregistre ses ventes les plus importantes.

Un autre exemple de relation conflictuelle entre Amazon et les éditeurs est celui de MacMillan. La discorde provenait de la manière de fixer le prix des versions électroniques des ouvrages de ce dernier. Sans entrer dans tous les détails, MacMillan proposait grosso modo à Amazon de pouvoir lui-même fixer le prix des versions électroniques en échange d’une remise fixe, ce que refusait obstinément le géant de la vente en ligne. Contrairement à plusieurs éditeurs qui finissent par plier l’échine, MacMillan a finalement eu gain de cause, mais non sans peine. Une partie de son salut est entre autres venue grâce à l’entrée en scène d’Apple dans le marché du livre électronique, le jeu de la concurrence ayant poussé Amazon à assouplir ses politiques.

Il n’y a pas que les éditeurs qui ont maille à partir avec Amazon ; la bibliodiversité en prend aussi pour son rhume ! Sur Amazon, le choix est immense et l’entreprise entend se faire un devoir de vendre tout ce qui se publie, encouragé en cela par les nouvelles possibilités « d’auto-publication » qui ont vu le jour depuis une quinzaine d’années. Mais la façon de procéder d’Amazon rend l’entreprise victime de ce que le professeur de psychologie sociale Barry Schwartz a appelé le paradoxe du choix, à savoir que plus le choix est grand, moins grande s’avère la diversité. C’est qu’à moins d’être un lecteur averti qui sache ce qu’il veut, la méthode Amazon rend très difficiles les heureux hasards de la découverte. Pourquoi ? Parce qu’à la différence d’un libraire qui peut conseiller le lecteur néophyte et le diriger vers de nouvelles découvertes, la méthode de «promotion» d’Amazon repose sur les ventes déjà effectuées et les correspondances de titres. Un contexte qui favorise la redondance de certains titres et qui est peu propice, par exemple, pour faire connaître un nouveau roman ou de nouveaux auteurs.

Un autre effet pervers de la méthode Amazon provient de la course aux bas prix que l’entreprise suscite. Cette course vers le bas tue littéralement les indépendants qui n’ont pas les moyens de participer à la surenchère des rabais. Comme le rappelle Colin Robinson dans son article, ces dernières vingt années ce sont environ la moitié des librairies indépendantes qui ont du fermer leurs portes au pays de l’Oncle Sam ; en effet, cette guerre des prix ne peut être soutenue que par d’autres gros joueurs comme Wal-Mart. Robinson donne entre autres l’exemple d’Under the Dome de Stephen King qui, sous l’effet de la compétition entre les deux géants, a fini par se vendre à 75 % du prix de vente suggéré de 35$ !

Le phénomène se manifeste aussi chez nous et touche les indépendants d’ici, comme en témoignent la fermeture récente de la Librairie Blais de Rimouski (événement commenté avec saveur par Foglia dans La Presse), ainsi que celle, annoncée, de la Librairie Boule de Neige, spécialisée dans la philosophie et les pratiques de santé orientales. Le propriétaire de cette dernière, Pierre Grenier, affirmait à Rue Frontenac que « l’arrivée des librairies virtuelles et la vente de livres dans les grandes surfaces comme Costco ont sonné le glas des petites entreprises comme la sienne. »

Cette course aux prix les plus bas a aussi des répercussions sur les éditeurs, auxquels on demande sans cesse d’accorder des remises de plus en plus grandes aux détaillants comme Amazon. Dans un tel contexte, les éditeurs ont désormais tendance à se tourner davantage vers les blockbusters pour s’assurer de faire leurs frais, au détriment des nouveaux auteurs et des œuvres moins accessibles dont le risque d’échec devient plus difficile à assumer. Sans promotion adéquate, les auteurs de la relève écopent donc. Étant au bout de la chaîne, ces derniers sont d’ailleurs ceux qui semblent le plus pâtir du succès des géants tels qu’Amazon.

Amazon n’est donc pas nécessairement le meilleur gardien de la diversité culturelle et les méthodes de l’entreprise, à l’instar des autres géants de l’industrie tels que Wal-Mart et Costco, pourraient avoir des effets dévastateurs à cet égard si la tendance actuelle se poursuit. Colin Robinson rapportait que l’American Booksellers Association tire d’ailleurs la sonnette d’alarme, elle qui soutient que « si laissées sans contrôle… les politiques prédatrices de tarification vont dévaster non seulement l’industrie du livre, mais notre capacité collective à maintenir une société dans laquelle le plus large éventail d’idées est toujours accessible à la population. » (notre traduction)

Peinture de Pierre-Luc Bartoli

Peinture de Pierre-Luc Bartoli

Si on peut reconnaître avec Dominic Bellavance que les librairies indépendantes ne devraient pas se contenter de seulement « mettre des livres sur les tablettes », mais faire preuve d’innovation et investir de nouveaux créneaux tels que le livre électronique, ne perdons pas de vue le rôle qu’occupent tous ces libraires dans la promotion d’une réelle diversité culturelle et dans leur fonction de passeur de savoirs et de culture. Le rôle du libraire pourrait assurément à lui seul faire l’objet d’un autre billet, mais mentionnons simplement en terminant qu’encenser Amazon au détriment du libraire indépendant parce que ce dernier serait moins rapide et plus cher, c’est adopter une attitude très nombriliste et individualiste des choses. Et c’est oublier que les Amazon de ce monde ne constituent jamais un portail d’ouverture à la culture digne de ce nom. Comme le souligne un commentateur du billet de Dominic Bellavance, un certain Monsieur de La Marnierre, « Les supermarchés du livre de type entrepôt ou sur le réseau ne sont que de pauvres moyens de se procurer un livre qu’on connaît déjà. Le commerce y gagnera, la culture y perd beaucoup. Mais la culture est morte, il ne reste que les « industries culturelles », qui m’indiffèrent. Je suis finalement bien content de n’avoir plus beaucoup de temps à vivre dans ce monde-là. » En espérant que le monde qui survivra à cet homme ne sera pas celui qu’il dépeint amèrement… et qui apparaît comme celui où nous mènera le modèle Amazon.

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Le paradoxe du choix : Et si la culture de l’abondance nous éloignait du bonheur ?, Barry Schwartz, Marabout, coll. «Société», 252 p.



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