Les relations raciales aux États-Unis vivent une période critique. Si certains peuvent s’en étonner, les observateurs de la scène politique et sociale se rappelleront les événements des années soixante avec émotion. 50 ans plus tard, la réalité des Afro-américains semble toujours confrontée à ces relents de racisme ordinaire, quotidien, institutionnalisé, et ce dans une vaste partie du pays. 

Voici quelques livres, certains tout récents, d’autres plus anciens, qui nous révèlent l’Histoire de cette Amérique déchirée ou qui nous dévoilent avec lucidité la situation actuelle.

All power to the people : textes et déclarations des Black Panthers, édité par Philip S. Foner, 2016, Éditions Syllepse, coll. Radical America, 397 p., 9782849504673

Recueil de textes écrits par les membres du Black Panther Party publié pour la première fois en 1970. Ces sources permettent de comprendre leur organisation et leurs activités au sein des ghettos noirs, leurs positions en faveur du Vietnam et des luttes de libération, leur engagement armé et leurs revendications politiques.

Americanah, de Chimamanda Ngozi Adichie, 2016, Éditions Gallimard, coll. Folio, 684 p., 9782070468805

Ifemelu et Obinze, lycéens issus de milieux favorisés, tombent amoureux l’un de l’autre. Leur pays, le Nigeria, est sous le joug d’une dictature militaire et ils rêvent de partir en Amérique. Leur expérience de l’exil se révèle plus compliquée que prévu : Ifemelu découvre le racisme de l’Amérique, tandis qu’Obinze vit un cauchemar en Angleterre. Quinze ans plus tard, ils se retrouvent au Nigeria.

Aminata, de Lawrence Hill, 2014, Éditions de la Pleine lune, 568 p., 9782890244122

Lorsque Aminata Diallo entreprend d’écrire l’histoire de sa vie à Londres, en Angleterre, à l’aube du dix-neuvième siècle, elle possède tout un bagage d’expériences. Enlevée de son village en Afrique de l’Ouest à l’âge de onze ans et forcée de marcher jusqu’à la mer pendant des mois dans un convoi d’esclaves, Aminata est ensuite amenée à travailler dans une plantation d’indigo sur une île au large de la Caroline du Sud. Elle survit grâce à ses compétences de sage-femme acquises auprès de sa mère et grâce à sa force de caractère héritée de ses parents. Mais Aminata reste piégée, échappant de justesse à la violence qui coûte la vie à de nombreuses personnes de son entourage. Elle aura la chance d’inscrire son nom dans le Registre des Nègres, authentique registre de l’armée britannique qui permit à 3 000 loyalistes noirs d’embarquer à Manhattan sur des bateaux à destination de la Nouvelle-Écosse après la guerre de l’Indépendance américaine. Lauréat 2013 du Combat des livres de Radio-Canada.

Beloved, de Toni Morrison, 2008, Éditions 10/18, coll. Domaine étranger, 379 p., 9782264047960

Un livre de la mémoire, inspiré d’une histoire vraie. On est en 1873, à Cincinnati, dans l’Ohio, au nord du fleuve qui marquait autrefois pour les esclaves fugitifs la frontière avec la liberté. Prix Pulitzer 1988. Toni Morrison est la première Noire à avoir été admise à l’université de Princeton, où elle occupe la chaire de littérature.

Black Boy : jeunesse noire, de Richard Wright, 1974, Éditions Gallimard, coll. Folio, 448 p., 9782070369652

« – Qu’est-ce qu’il a en lui, papa ? demandai-je. – Un peu de blanc, un peu de rouge et un peu de noir. – Indien, blanc et nègre ? – Oui. – Alors qu’est-ce que je suis ? – Quand tu seras grand, on dira de toi que tu es un homme de couleur, répondit-elle. Ensuite, se tournant vers moi avec un sourire moqueur, elle demanda : – Vous n’y voyez pas d’inconvénient, Monsieur Wright ? »

Chien blanc, de Romain Gary, 1972, Éditions Gallimard, coll. Folio, 220 p., 9782070360505

« C’était un chien gris avec une verrue comme un grain de beauté sur le côté droit du museau et du poil roussi autour de la truffe qui le faisait ressembler au fumeur invétéré sur l’enseigne du Chien-qui-fume, un bar-tabac à Nice, non loin du lycée de mon enfance. Il m’observait, la tête légèrement penchée de côté, d’un regard intense et fixe, ce regard des chiens de fourrière qui vous guettent au passage avec un espoir angoissé et insupportable. Il entra dans mon existence le 17 février 1968 à Beverly Hills, où je venais de rejoindre ma femme Jean Seberg, pendant le tournage d’un film. »

Home, de Toni Morrison, 2013, Éditions 10-18. coll. Littérature étrangère, 141 p., 9782264058799

Frank Money est Noir, brisé par la guerre de Corée, en proie à une rage folle. Il doit retrouver à Atlanta sa jeune soeur Cee, gravement malade, afin de la ramener dans la ville de leur enfance en Géorgie – «le pire endroit du monde». S’engage pour lui un périple dans l’Amérique ségrégationniste des années 1950 où dansent toutes sortes de démons. Avant de trouver, peut-être, l’apaisement. Parabole épurée, violemment poétique, Home conte avec une grâce authentique la mémoire marquée au fer d’un peuple et l’épiphanie d’un homme. Prix Nobel de littérature en 1993.

Lumière d’août, de William Faulkner, 1974, Éditions Gallimard, coll. Folio, 640 p., 9782070366217

« La main allait, lente et calme, le long du flanc invisible. Il ne répondit pas tout de suite. Non qu’il essayât de l’intriguer. Il avait l’air de ne pas se rappeler qu’il devait en dire davantage. Elle répéta la question. Alors, il lui dit : – J’ai du sang noir. Elle resta étendue, parfaitement immobile, mais d’une immobilité différente. Mais il ne parut point s’en apercevoir. Il était couché, calme aussi et, de sa main, doucement lui caressait le flanc. » Dans cette analyse de la genèse d’un meurtre, William Faulkner s’égale aux plus grands, sans excepter Dostoïevski. Prix Nobel de littérature 1949.

Les Noirs américains : des champs de coton à la Maison Blanche, de Nicole Bacharan, 2010, Éditions Perrin, coll. Tempus, 618 p., 9782262032753

Ils sont arrivés au Nouveau Monde réduits à l’état de sous-hommes. Quatre siècles d’asservissement, de ségrégation, de violences, de souffrances ont suivi. Quatre siècles de combats pour reconquérir le statut d’être humain et imposer leurs droits. Il n’y a pas si longtemps, Martin Luther King était assassiné, et les Noirs d’Amérique risquaient encore le lynchage. Nicole Bacharan a reconstitué cette histoire tumultueuse dans laquelle défilent d’immenses personnalités, de Frederick Douglass à Muhammad Ali, de Malcolm X à Barack Obama. La spécialiste des Etats-Unis nous fait vivre ici chacune des étapes de la longue marche de ceux qu’on appela tour à tour «esclaves», puis «gens de couleur», «Negroes», «Noirs», «Afro-Américains» et qui se nomment enfin «Américains».

La prochaine fois, le feu, de James Baldwin, 1996, Éditions Gallimard, coll. Folio, 136 p., 9782070400508

En dépit des bouleversements psychologiques et sociaux qu’il exige, cet ouvrage ne veut que proposer la solution de bon sens au problème de la place des Noirs dans la société américaine. Malgré le ton parfois menaçant, malgré la satire souvent mordante, La prochaine fois, le feu est avant tout un appel à la modération, une ultime tentative de compromis (en 1963) entre les extrémistes des deux bords aveuglés par la passion. Tant par l’actualité des phénomènes dont il présente l’analyse irréfutable que par le mélange de douleur contenue et d’ironie cinglante qui lui donne ce ton si particulier, ce témoignage ne manquera pas d’attirer l’attention du lecteur qui en retiendra les qualités littéraires autant que l’importance politique.

Racines, d’Alex Haley, 1999, Éditions J’ai lu, 750 p., 9782290053935

Alors qu’il ramassait du bois pour en faire un tambour, le fier Kinté est capturé par des toubabs qui l’envoient récolter le coton de l’autre côté de l’océan, en Virginie. Le destin de sa race est scellé : ses descendants seront esclaves de père en fils, humiliés, battus, vendus, séparés de ceux qu’ils aiment.

La Rose dans le bus jaune, d’Eugène Ébodé, 2016, Éditions Gallimard, coll. Folio, 379 p., 9782070468249

Ce récit fait s’exprimer Rosa Parks, cette Noire américaine de Montgomery, en Alabama, qui refusa, en 1955, de céder sa place dans le bus à un passager blanc, devenant ainsi une icône pour le mouvement des droits civiques initié le jour même par le pasteur Martin Luther King.

La tache, de Philip Roth, 2004, Éditions Gallimard, coll. Folio, 479 p., 9782070315932

Lors d’un cours, Coleman Silk, vieux professeur juif à l’université a traité deux de ses étudiants noirs toujours absents de spooks, ce qui veut dire invisibles, alors que c’est aussi un terme péjoratif appliqué aux Noirs. C’est le début de l’humiliation pour Silk. L’histoire de l’Amérique moderne, celle de 1940 à 1998 vue à travers l’histoire de ce personnage. Prix Médicis étranger 2002.

 

Le temps où nous chantions, de Richard Powers, 2008, Éditions 10/18, coll. Domaine étranger, 1045 p., 9782264041449

Tout commence en 1939, lorsque Delia Daley et David Strom se rencontrent à un concert de Marian Anderson. Peut-on alors imaginer qu’une jeune femme noire épouse un juif allemand fuyant le nazisme ? Et pourtant… Leur passion pour la musique l’emporte sur les conventions et offre à leur amour un sanctuaire de paix où, loin des hurlements du monde et de ses vicissitudes, ils élèvent leurs trois enfants. Chacun d’eux cherche sa voix dans la grande cacophonie américaine, inventant son destin en marge des lieux communs : Jonah embrasse une prometteuse carrière de ténor, Ruth, la cadette, lutte aux côtés des Black Panthers, tandis que Joseph essaye, coûte que coûte, de préserver l’harmonie familiale. Peuplé de personnages d’une humanité rare, Le temps où nous chantions couvre un demi-siècle d’histoire américaine, nous offrant, au passage, des pages inoubliables sur la musique.

Une colère noire : lettre à mon fils, de Ta-Nehisi Coates, 2016, Éditions Autrement, 202 p., 9782746743410

« Voilà ce qu’il faut que tu saches : en Amérique, la destruction du corps noir est une tradition – un héritage. Je ne voudrais pas que tu te couches dans un rêve. Je voudrais que tu sois un citoyen de ce monde beau et terrible à la fois, un citoyen conscient. J’ai décidé de ne rien te cacher. ». Dans cet ouvrage, le journaliste américain démontre qu’en dépit des luttes pour les droits civiques, de la production d’une culture avec ses icônes (Frederick Douglass, Billie Holiday, Martin Luther King) et de l’élection d’un président noir, les violences contre les Noirs n’ont jamais cessé aux Etats-Unis.

Wash, de Margaret Wrinkle, 2016, Éditions 10/18, coll. Littérature étrangère, 477 p., 9782264065582

Alors que la frontière du Tennessee avance inexorablement vers l’Ouest, Richardson, propriétaire terrien, fait un terrible constat : le Sud ne possède pas assez d’esclaves pour défricher ces nouvelles terres et il se demande comment lutter contre la pénurie. Il décide d’utiliser Wash, un esclave doté d’une beauté et d’une puissance impressionnantes, comme étalon reproducteur.

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