Les yeux grands ouverts, je bois les images de Benjamin Lacombe et me nourris des histoires qu’il illustre, parfois les siennes, parfois celles des autres (dont un collaborateur qui revient quelques fois, Sébastien Perez). Mais une chose est sûre : à la fin de ses albums, j’ai souvent une impression de douceur et de mélancolie. J’adore ses animaux aux grands yeux, ses oiseaux étranges et ses personnages aux visages délicats.

J’ai donc décidé de vous le présenter : né à Paris en 1982, Benjamin Lacombe n’a pas encore trente ans et déjà derrière lui presque vingt albums. Cet ancien étudiant de l’École Nationale des Arts Décoratifs s’est imposé parmi les grands illustrateurs du début de ce siècle. Son site comporte d’ailleurs une galerie qui vaut le détour !

Cerise Griotte, son projet de fin d’études, raconte l’histoire d’une petite fille un peu boulotte, plus à l’aise avec les livres qu’avec ses camarades de classe ; ces derniers se moquent d’elle, de son surpoids. Elle n’a pas d’amis, mais aime en secret le plus beau garçon de la classe. Ses seules consolations : les livres et Griotte, un chien shar-pei recueilli à la fourrière tenue par son père. Si personne ne le réclame au bout d’un mois, elle pourra le garder. Elle fera tout ce qu’elle pourra pour éviter que ses maîtres croisent sont nouvel ami, et apprendra à s’affirmer.

Un autre magnifique album (avec CD, celui-là) dont Benjamin signe les textes et illustrations est La mélodie des tuyaux, paru en 2009, toujours au Seuil. Ici, on raconte l’histoire d’Alexandre, un garçon de treize ans qui habite une ville terne où les habitants travaillent à l’usine qui domine le paysage. Un cirque arrive en ville et bouscule les habitudes de ces gens, qui, confrontés à la différence, en ont peur. Alexandre tombera amoureux d’Elena, une jeune gitane, et se découvrira un talent pour la musique. Petit détail amusant : on retrouve dans Grimoire de sorcières, un album paru un an plus tard, les même fameuses sœurs siamoises rencontrées dans La mélodie des tuyaux

D’ailleurs, Grimoire de sorcières est le livre que la petite Lisbeth trouve dans une autre des histoires de l’auteur, La petite sorcière ! Dans celle-ci, Lisbeth, une petite sorcière, va comme chaque année passer les vacances de Noël chez sa grand-mère Olga. Lisbeth a l’habitude de terminer les phrases des autres, chose qui les agace… Mais pas sa grand-mère, qui croit qu’elle a un don, et pas son ami Edward, un charmant petit garçon bègue secrètement amoureux d’elle. Sébastien Perez et Benjamin Lacombe ont su conjuguer leurs talents pour faire une histoire originale et sensible.

Et que dire de Blanche Neige, la magnifique adaptation qu’il fait de ce classique ! En alternant entre couleurs et noir et blanc, l’illustrateur a su nous envelopper d’une ambiance à la fois sombre et lumineuse. La méchante belle-mère y est mortellement cruelle, et Blanche Neige y est délicate et naïve. Lacombe avait déjà fait des prouesses avec Le petit chaperon rouge, qui n’est malheureusement plus disponible, et il a su nous replonger dans le ravissement en renouant avec le conte.

Toute son œuvre est à découvrir, je vous le conseille vivement. Et surtout, ses productions à venir sont à surveiller !

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Blanche Neige, d’après Jacob et Wilhelm Grimm, Milan jeunesse, coll. « Albums classiques », 2011, 44 p.
La mélodie des tuyaux, Seuil, 2010,
La petite sorcière, texte de Sébastien Perez, Seuil, 2010, 34 p.
Grimoire de sorcières, texte de Sébastien Perez, Seuil, 2010, 75 p.
Cerise Griotte, Seuil, 2006, 30 p.
Le petit chaperon rouge, d’après Charles Perreault, Soleil, 2004, 48 p.