La littérature jeunesse souffre encore de nombreux préjugés et de nombreuses assertions quant à ce qu’elle doit (ou devrait) être. Elle est souvent ballottée un peu partout et surtout n’importe comment. Entre pseudo-élitisme bien-pensant, moralisme et didactisme grossiers, commercialisation à outrance et contenus insipides, la littérature pour enfants n’est pas souvent reconnue comme littérature. Et si on se penche sur les livres d’art, beaux livres et cahiers de création, alors là…

Il n’est pas rare d’entendre que tel livre est trop beau (et donc trop cher) pour un enfant. Et paradoxalement, le dit livre doit en même temps être à la hauteur des attentes, car l’enfant est, la plupart du temps, un génie, c’est bien connu ! Il semble pourtant que la beauté, le papier de qualité, les illustrations recherchées, le travail d’un artiste ne sont réservés qu’à l’appréciation des adultes, qui pourtant regardent souvent d’un œil presque inquisiteur tout signe d’innovation. Dommage que tous ces enfants « très avancés » ne puissent bénéficier de tels ouvrages, non ?

Ces beaux livres sont importants, les enfants doivent y avoir accès. Ils sont source d’émerveillement, de contemplation, d’interrogation. Je pense par exemple à l’artiste tchèque Kveta Pacovska avec Un livre pour toi, et plus récemment, Les couleurs du jour. Dans une entrevue publiée sur le site de l’Académie Créteil, elle explique que pour elle, le livre d’art est aussi pour les enfants : « J’estime que le travail destiné aux enfants ne doit pas être de moins bonne qualité que pour des adultes, mais meilleur au contraire. Je n’aime pas l’attitude qui consiste à dire « Bah, de toute façon, c’est destiné à des enfants… » Justement, leur esprit est encore vierge, profond, ils y impriment plein de choses qu’ils vont garder toute leur vie. Je crois en cela, et je crois qu’il est important que ces enfants, futurs architectes ou ingénieurs, aient acquis d’une manière plus sensitive que pédagogique ces notions d’espace, de forme, d’abstraction. »

* * *

C’est dans cet esprit que je souhaite vous présenter aujourd’hui une sélection, non exhaustive, de livres destinés à la création et à l’imagination. Mon choix se porte aujourd’hui sur des livres de coloriages bien particuliers. En effet, les cahiers de coloriages invitent de plus en plus les enfants à exprimer leur créativité, et ce n’est pas un drame si ceux-ci dépassent le cadre imposé par un coup de crayon trop enthousiaste !

Il ne s’agit plus seulement de remplir des blancs mais de les faire vivre différemment : attacher ensemble les lacets de chaussures d’un monstre, colorier un monstre puis arracher la page, la chiffonner et la jeter à la poubelle, dessiner sa réaction face à un cafard, etc. Dans ces cahiers, point de place pour les enfants trop sages : place aux rires, place aux coquins et place à l’inventivité !

Gribouillages, un livre à dessiner et à colorier, Taro Gomi, Seuil jeunesse, 368 p.
Mon cahier de monstres, Arnaud Boutin, Milan jeunesse, 180 p.
Dessiner, une méthode pas comme les autres! Quentin Blake et John Cassidy, Nathan, 95 p.
Le livre d’anticoloriage, Susan Stricker et Edward Kimmel, Seuil jeunesse, 96 p.
La tête dans les nuages, Diego Bianki, Casterman, 62 p.
Les beaux instants : un imagier-coloriages, Laurent Moreau, Hélium, 40 p.
Cahier de peinture pour apprendre les couleurs, Pascale Estellon, Les Grandes Personnes, 24 p.
Coloriages, Joelle Jolivet, Les Grandes Personnes, 24 p.
Magasin de doudous à colorier, Emile Jadoul, Casterman, 80 p.

Cette créativité ne se retrouve pas seulement via les coups de crayons. Les mots, ainsi que les petites choses, peuvent aussi être à l’honneur :

J’aime les autres : un livre-cahier pour écrire, découper et s’amuser, Françoize Boucher, Hélium, 120 p.
Boîte à lettres : Le livre-jeu de l’écriture, Valérie Guidoux, ill. de Joëlle Jolivet, Seuil jeunesse, 64 p.

À vos crayons !