Arthur, Merlin, Excalibur… tous en ont déjà entendu parler, qu’ils connaissent ou non les légendes arthuriennes. Depuis mille cinq cent ans, ces récits-cultes n’ont cessé de fasciner ; ils sont d’ailleurs à l’origine des archétypes les plus importants qui façonnent l’imaginaire occidental.

Bien qu’aujourd’hui les versions les plus connues de ces légendes soient celles écrites durant le Moyen Âge chrétien (Lancelot, le Graal et la mission chrétienne), ces récits, créés quelques sept cent ans plus tôt, tirent réalité leur origine de la Bretagne celtique (soit, aux VIe et VIIe siècles, l’Angleterre et Pays de Galles). En effet, Arthur et ses guerriers sont nés à travers les récits historiques racontant les exploits d’un chef breton qui rassembla les différentes petites principautés de Bretagne pour chasser l’envahisseur Saxon venu du continent.

En raison de leur origine ancienne et de leur transmission orale, les légendes arthuriennes ont donné lieu à de multiples versions et permis d’innombrables adaptations, interprétations et appropriations, et la bande dessinée n’y a (heureusement) pas échappé.

La série Arthur de Jérôme Lereculey et David Chauvel, qui prend place en Bretagne celtique, alors que les Kimry (peuplade bretonne) se rassemblent sous le chef de guerre Arthur pour repousser les Saxons, est sans contredit celle qui se rapproche le plus du récit original. Outre sa proximité avec les légendes orales et écrites de l’époque, Arthur est aussi la bande dessinée la plus fidèle aux réalités historiques ; en effet, tous les aspects de son univers témoignent manifestement d’une recherche exhaustive de la part des auteurs, qu’il s’agisse du décor « concret » – vêtements, armements, habitations et autres – ou de la représentation de la vie sociale et politique qui avait alors cours. Ce souci d’exactitude se retrouve même dans la narration, récitée à la façon des textes anciens d’où la série tire son inspiration. Fait intéressant, si Chauvel mêle parfois une dose de fantasy au récit, il est aussi sur ce plan soucieux de conserver une crédibilité historique puisqu’il tente de restituer cet « imaginaire » tel qu’il faisait partie prenante du mode de vie quotidien de l’époque. En somme, la force et l’unité que dégage Arthur parvient à nous transporter dans un univers tribal et mythique tout à fait enivrant.

Beaucoup d’adaptations exploitent d’avantage l’aspect heroic fantasy des légendes arthuriennes. C’est le cas des séries Merlin d’Éric Lambert et Jean-Luc Istin et La quête du Graal de Stéphane Bileau et François Debois, toutes deux publiées chez Soleil. Dans les deux cas, le dessin et le déroulement de l’aventure sont fidèles à l’école «Soleil», soit un fantasy plutôt tape-à-l’œil à la Lanfeust, ce qui n’empêche pas la formule d’être tout de même efficace. L’originalité de Merlin, qui repose sur le fait que ce sont les divinités qui sont mises de l’avant, lui a d’ailleurs conféré une popularité ayant permis à son univers de se prolonger à travers deux autres séries : Merlin – La Quête de l’épée et Merlin – Le Prophète. Quant à La Quête du Graal, elle trouve sa force dans son utilisation des légendes de l’histoire d’Irlande et de Grande-Bretagne, elle aussi très fidèle aux textes d’origine, qui donne à cette série la crédibilité venant renforcir un cadre général plus libre.

Comme tout élément issu de la culture populaire, les légendes arthuriennes ont aussi fait l’objet de parodies. La bande dessinée Kaamelot de Steven Dupré et Alexandre Astier, en fait l’adaptation d’une série télé elle-même inspirée d’Arthur et de son univers, met en scène le roi découragé par l’incompétence et l’imbécillité de ses chevaliers. Cependant, si cette adaptation n’a pas souffert des risques encourus par le passage d’un médium à l’autre et demeure un bon divertissement, elle reste cependant plus intéressante et accessible à ceux qui ont préalablement connu la série télévisée. Pour sa part, la série Le chant d’Excalibur d’Éric Hübsch et Christophe Arleston, si elle ne se prend pas au sérieux avec ses personnages ludiques et son humour ironique, elle nous offre tout de même une aventure d’heroic fantasy solide et rythmée. Un mélange bien dosé et fort agréable !

Tout compte fait, même si les adaptations qui en sont faites sont nombreuses, les légendes arthuriennes possèdent un contenu si varié qu’elles resteront toujours une source inépuisable d’inspiration. Après tout, celle-ci se renouvelle depuis déjà mille cinq cent ans…

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Arthur : Une épopée celtique (9 tomes), Jérôme Lereculey et David Chauvel, Delcourt, 56 p. ch., 9782840552666.
Merlin (10 t. parus), Éric Lambert et Jean-Luc Istin, Soleil, 48 p. ch., 9782845655263.
La quête du Graal (4 t. parus), Stéphane Bileau et François Debois, Soleil, coll. « Soleil celtic », 48 p. ch., 9782302003620.
Kaamelot (5 t. parus), Steven Dupré et Alexandre Astier, Casterman, 48 p. ch., 9782203370159. commander
Le chant d’Excalibur (6 t. parus), Éric Hübsch et Christophe Arleston, Soleil, 48 p. ch., 9782845658820