Pour un premier article, il faut bien commencer par le commencement, comme on dit ! Alors, pourquoi ne pas débuter avec une question qui n’a pas de réponse. En effet, il y a des spécialistes encore aujourd’hui qui se penchent sur la question millénaire de savoir de quoi il est question lorsque l’on parle de philosophie. Pour les besoins de la cause, nous allons nous en tenir à la terminologie : philosophie vient du grec philosophia, qui est un composé de philos (ami/amour) et sophia (sagesse). La philosophie consiste donc à être un(e) ami(e) de la sagesse, d’aimer la sagesse et la connaissance. Mais à quoi ça sert de chercher cette sagesse ? À quoi ça sert de se casser la tête à lire des livres compliqués dans un langage jargonneux pas possible ? La réponse, ou du moins l’une d’elles : précisément parce que ça ne sert à rien. Je m’explique.

On consacre beaucoup de notre temps aux choses qui sont techniques ou pratiques : on passe plusieurs années à étudier, on apprend un métier, ou du moins des choses qui pourront être appliquées dans un emploi quelconque, ensuite on passe une quarantaine d’années à consacrer la plus grande partie de nos journées à essayer d’être les meilleur(e)s dans notre emploi, et tout cela en remplissant toutes nos autres responsabilités (et elles sont nombreuses…). À travers ce marathon d’accomplissements, on peut facilement oublier (et je m’inclus clairement dans ce groupe) que nous sommes des humains et que nous ne vivrons pas éternellement. À la fin de notre vie, je présume que nous ne repenserons pas à tous les réveille-matins qui nous ont agressivement réveillés, à tous les trajets de voiture, d’autobus ou de métro, aux multiples brassées de linge sale. Non. On se posera plutôt des questions un peu plus « philosophiques » : Ai-je vécu une bonne vie ? Ai-je été une bonne personne ? Est-ce que la Vie a un sens, et si oui, suis-je allé dans sa direction ou à son encontre ? Je ne sais pas pour vous, mais je considère que ces questions sont assez importantes pour y consacrer un peu plus de temps ! Et c’est précisément ce que fait la philosophie : réfléchir à ces grandes questions qui touchent directement les racines fondamentales de l’expérience humaine.

Maintenant que vous êtes convaincu(e), puisque comment pourrait-il en être autrement, comment fait-on de la philosophie ? En fait, vous en faites probablement couramment, à chaque fois où vous réfléchissez à des concepts abstraits ou quand vous débattez avec les membres de la famille durant le souper de Noël. Critiquer les choix du gouvernement en place parce qu’ils ne sont pas en accord avec le bien commun, c’est de la philosophie politique. Se questionner à savoir s’il est justifié ou non de mentir dans une situation particulière, c’est de l’éthique, une branche de la philosophie. Se demander si l’on croit en une entité transcendante (Dieu, mettons…), c’est de la métaphysique, une autre branche de la philosophie. La philosophie est donc probablement déjà présente dans votre vie, suffit d’en prendre conscience. Au-delà de ces réflexions que nous faisions déjà, il n’y a pas de mal à aller voir ce que les grands philosophes ont dit avant nous : Platon, Aristote, Augustin, Descartes, Kant, Camus, Sartre… Peut-être que le jargon qu’ils utilisent peut être repoussant aux premiers abords, mais il ne faut pas oublier que derrière ces mots qui valent beaucoup de points au Scrabble, il y a cette volonté de communiquer une réflexion sur ce que c’est que d’être en vie, et on ne peut pas sous-estimer l’apport que peut avoir la lecture d’un de ces textes sur le sens que prendra notre existence.

Et pour tous ceux qui ne sont pas d’accord avec ce que j’ai présenté dans cet article et considèrent que la philosophie ne sert à rien, écrivez-moi ou bien venez jaser avec moi à la librairie pour m’expliquer votre point de vue. Or, je vous préviens : le simple fait de réfléchir à cette question revient à faire de la philosophie. Je gagne.