Définition du mot inventaire d’après le Petit Robert : « 1. Opération qui consiste à énumérer et à décrire les éléments composants l’actif et le passif  d’une communauté. D’une succession, etc. ; état descriptif dressé lors de cette opération. 2. Revue minutieuse et détaillée (d’un ensemble de choses). »

Le Robert signale aussi : « Un inventaire à la Prévert : une énumération hétéroclite, poétisée par l’accumulation. » Celui-là me plaît particulièrement…

Un inventaire, c’est donc très mécanique, très mathématique ; c’est une énumération dont on a souvent l’impression qu’elle ne prendra jamais fin.

En librairie, cela se caractérise par l’enregistrement informatique de TOUS les livres ; cela implique un recomptage, mais aussi des énumérations plus ou moins rigolotes, ou aussi, plus ou moins fastidieuses. Imaginez un peu la section des livres sur les dinosaures : « les dinosaures, les dinosaures, les dinosaures, les dinosaures, les dino… » Ou encore dans celle de nos amis les chats :  « les chats, les chats, les chats, mon ami le chat, les chats, les chats, le loup (ah, tiens : lui n’est pas à sa place), les chats, les chats, les chats, etc… » Vous voyez l’overdose ? Mais cela reste une étape importante pour la librairie en tant que commerce.

Vous l’aurez compris, si je vous parle d’inventaire, ce n’est pas parce que je me suis découvert une nouvelle lubie, mais bel et bien parce que nous sommes… en inventaire ! Je ne vais pas vous faire participer à cette étape, ni vous raconter les anecdotes de clients qui ne comprennent pas pourquoi nous ne sommes pas ouverts pendant L’INVENTAIRE.

Non, non, non ; j’ai choisi de faire mienne la définition ludique et poétique d’un inventaire à la Prévert, en vous présentant quelques titres de littérature jeunesse, soigneusement sélectionnés dans notre inventaire, et qui rejoindront, après l’écriture de cette article,  notre inventaire, pour être soigneusement inventoriés ce dimanche, oui, car l’inventaire a commencé dimanche soir à 18 heures, et se poursuit ce lundi.

Où certains sont scientifiques

Commençons avec des livres portant le but premier de l’inventaire : celui de répertorier, avecInventaire illustré des animaux et Inventaire illustré des fruits et légumes.

Ce sont de superbes documentaires, qui par leurs illustrations – un travail sublime d’Emmanuelle Tchoukriel – rappellent celles des naturalistes  et botanistes du passé. D’ailleurs, l’illustratrice a été formée à l’illustration médicale et scientifique. Voilà des ouvrages magnifiques pour les curieux, mais aussi des livres pour admirer et s’émerveiller devant ces infimes parties du monde mises à l’honneur sous nos yeux.

Il est à noter qu’Inventaire illustré de la mer, des mêmes auteures, est  à paraître en juin 2011.

Où certains sont poétiques

Continuons avec un inventaire quelque peu poilu et qui s’adresse aux tout-petits : le livre cartonné Poil à l’animal. La quatrième de couverture donne le ton avec un « Attention, animaux poilants », car dans ce tout-carton, nous sont présentés des animaux avec un poil surgissant un peu au hasard de leur anatomie… Hasard, oui, mais pas dans le choix des mots, car le nom de l’animal et celui de l’endroit où se trouve poil riment, ce qui donne lieu à de franches rigolades ! Si le lion, le phacochère, la vache et les autres ont bien un poil disgracieux quelque part, il y a une espèce qui n’en a pas. À vous de le découvrir en lisant l’album !

Pour les tout-petits, on trouve aussi Tout un monde, de Katy Couprie et Antonin Louchard. Eh oui, un imagier est aussi un inventaire ! Mais celui-ci est différent des autres… Je vous reproduis, en partie, la critique que  j’en avais faite :

« Loin des imagiers traditionnels, conventionnels et conservateurs, Tout un monde est une bouffée de fraîcheur, et surtout une bouffée de vie. C’est le monde en vrac. Ici, il n’est pas question d’apprentissage, de pédagogie – un mot d’ailleurs trop souvent mis à toutes les sauces -, pas question d’apprendre des mots et des choses. Dessins, photographies, mises en scène, peintures et sculptures s’entremêlent et se répondent. Une illustration en illustre constamment une autre pour nous dire que les façons de dire, de faire, de représenter, sont multiples ; pour nous dire aussi qu’il existe des liens, parfois ténus, mais qui sont bien là. Il n’y a pas un chemin pour parvenir au monde, mais plusieurs. »

Où certains invitent à la rêverie

Dans mon inventaire à la Prévert, on trouve l’inspirant Le Catalogue des occasions de faire un vœu, livre tête-bêche portant d’un côté ce titre, et Le Catalogue des vœux de l’autre. Cet album propose un inventaire à la fois farfelu, drôle, et émouvant. Il nous invite à faire un vœu « Quand on avale le premier flocon de neige de l’année », « Quand on parvient à monter trois étages à cloche-pied » ou « Quand on éternue en même temps qu’une autre personne ». Mais quel vœu faire ? « Savoir séparer les jaunes des blancs comme maman », « Connaître un vrai secret » ou encore « Voir grandir un arbre » ?

Je vous propose aussi un autre inventaire, une autre poésie, une autre contemplation, avec J’aime…, une énumération de petits moments bien particuliers. On s’y retrouve parfois, on s’en inspire, mais surtout il nous rappelle nos petits moments aimés bien à nous.

« J’aime poser mes pieds sur les chaussures immenses de papa et qu’on marche ensemble autour du salon » : celui-là me rappelle des souvenirs.

« J’aime sentir le pain grillé le matin quand j’arrive dans la cuisine » : tout à fait d’accord avec ça, c’est réconfortant et cela invite à passer une belle journée !

« J’aime écrire mon nom sur la page d’un cahier neuf » : je me trompe peut-être, mais ce J’aime-là est universel, pour les petits comme pour les grands…

Mais inventorier peut aussi être un peu plus iconoclaste tout en invitant à la rêverie, surtout lorsque Bruno Gibert s’inspire de Georges Perec. Dans l’album Quelques-unes des choses qu’il faudrait tout de même que je fasse, Gibert, fidèle à l’esprit de Perec, détourne vingt-deux cartes postales sont détournées pour nous offrir un vagabondage illustré qui n’aurait sans doute pas déplu à son inspirateur… À chaque verso, se trouvent des phrases de Perec s’alliant de façon plus ou moins fantaisiste avec l’illustration. Et l’ouvrage parle aussi bien aux adultes qu’aux enfants !

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Si vous voulez vous aussi inventorier, je vous recommande le petit album Un tas de petites choses, qui présente des objets de la vie quotidienne : boutons, épingles, cailloux, fruits, petites bêtes et autres, à observer, qu’on peut s’amuser à classer, par famille, par couleur, par forme, etc. Un bon moyen pour s’entraîner… et pour venir nous aider l’année prochaine ?

Voilà donc des suggestions d’inventaires à dévorer des yeux ou à rêver. Des lectures idéales à faire seul ou en famille, ou… en classe, car il y a là de la matière à exploiter de façon intelligente et non rébarbative.

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Inventaire illustré des animaux, Virginie Aladjidi, ill. d’Emmanuelle Tchoukriel, Albin Michel jeunesse, 2009, 65 p.
Inventaire illustré des fruits et légumes, Virginie Aladjidi, ill. d’Emmanuelle Tchoukriel, Albin Michel jeunesse, 2010, 64 p.
Poil à l’animal, Marie-Hélène Versini et Vincent Boudgourd, Milan jeunesse, coll.« La mare aux histoires », 2007, 28 p.
Tout un monde, Katy Couprie et Antonin Louchard, Thierry Magnier, 2000, 256 p.
Le catalogue des vœux, Catherine Grive, ill. de Ronan Badel, Gallimard jeunesse, 2007, 212 p.
J’aime…, Minne, ill. de Natali Fortier, Albin Michel jeunesse, 2003, 124p.
Quelques-unes des choses qu’il faudrait tout de même que je fasse, Georges Perec, ill. de Bruno Gibert, 2009, 52 p.
D’autres inventaires à voir :
Le catalogue de parents pour les enfants qui rêvent d’en changer, Claude Ponti, École des loisirs, 2008, 45 p.
Les choses qui font peur, Bruno Gibert, ill. de Pierre Mornet, Autrement jeunesse, 2006, 26 p.
Petite souris, le grand livre des peurs, Emily Gravett, trad. d’Élisabeth Duval, Kaléidoscope, 2007, 24 p.